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114 RETOUR A CHEZAL-BENOÎT
noircit. Ne le croyons pas trop vite, ni surtout trop absolument. Voici comment il médite, un lendemain de séance, où, comme toujours, il s'était dépensé : « La fatigue ne me permet pas de suivre un sujet. Je me mets en la présence de Dieu. Je regarde le Cœur de Jésus. Je vois qu'il est heureux ; j'en suis content. Je vois mon néant ; je m'en réjouis. Je dis au Sacré Cœur que je veux l'aimer jusqu'à la mort. Je suis heureux qu'il m'aime. Voilà toute ma méditation '. » Combien d'àmes se contenteraient de cette manière de prier! Et n'est-il pas vrai que saint Ignace, à ces quelques mots admirables, jetés là, inconsciemment pour ainsi dire, reconnaîtrait un de ses disciples? Ses désirs vont très loin et très haut; il est d'une sensibilité exquise et d'une conscience très délicate ; de là, des inquiétudes (nous ne disons pas des scrupules) et d'amers reproches ; mais, tout de suite, des élans généreux, des actes, plus particulièrement des chemins de croix, ce qu'il appelle ses retours à Dieu : « Je reviens, ô mon Jésus, je reviens 2 ! »
Il ne faut pas qu'un regard prolongé sur l'homme d'oraison nous fasse oublier les relations du religieux avec sa famille. Ouvrons sa correspondance.
A peine profès, le jeune apôtre prêche le détachement :
Issoudun, le C octobre 187S.
... Écoutez, ma très chère mère, les paroles de votre pauvre enfant qui veut vous faire plaisir en vous parlant des choses de l'àme : il sait tout l'attrait que vous avez pour ces saintes conversations. Je voudrais vous parler sur le mépris du monde et sur le paradis qui en sera la récompense.
Lorsqu'on commence à s'attacher au monde, on cesse en quelque sorte d'être chrétien. O très chère mère, pourquoi aimer le monde qui ne donne que des douleurs? Le monde n'a vraiment rien qui soit digne de votre amour. Il paie en souffrances ceux qui le ser-