‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 42 sur 226 · juin · texte numérisé non relu

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vent. Ses honneurs sont impuissants à satisfaire notre cœur. Que penserons-nous de tout cela au moment de la mort? A la mort, on voit les choses telles qu'elles sont. Songez-y, ma très chère mère, et faites tout votre devoir, le devoir d'une sainte chrétienne.

De plus, je sais combien vous aimez la très sainte Vierge : c'est pour cela que je vous veux donner une prière à dire après la sainte communion. La voici :

Ame très sainte de Marie, illuminez-moi.

Yeux très purs de Marie, regardez-moi.

Bouche très douce de Marie, intercédez pour moi.

Langue très innocente de Marie, louez Dieu pour moi.

Mains très généreuses de Marie, caressez-moi.

Cœur très aimant de Marie, de l'amour de Jésus embrasez-moi.

Pieds immaculés de Marie, guidez-moi.

Corps sans tache de Marie, purifiez-moi.

Passion douloureuse de Marie, fortifiez-moi.

Mort glorieuse de Marie, gardez-moi.

O Marie, mère de grâce, exaucez-moi.

De tous les maux, ô Marie, délivrez-moi.

De l'ennemi infernal, ô Marie, défendez-moi.

A l'heure de ma mort, ô Marie, aidez-moi.

Et faites que j'aille à vous, afin qu'avec vous et avec tous les Anges et les Saints, nous chantions, bénissions et remercions votre divin Fils pendant tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Voilà une belle prière, ma très chère mère, qui vous fera du bien. Pour aller en Paradis, il faut prier beaucoup; mais on prie aussi en travaillant. En travaillant, on prie avec le corps. En priant, on travaille avec l'âme; et ainsi, l'on s'en s'en va au bon Dieu. Voir Dieu face à face! aimer Dieu sans mesure! le posséder, sans crainte de le perdre! voilà, ma très chère mère, les biens que vous désirez!... Patience! encore quelques jours d'exil, et nous verrons Jésus et Marie, et nos parents et nos amis, pendant toute l'éternité!

Maintenant, ma très chère mère, ma promesse est remplie : je vous ai parlé de Dieu.

Je vous donne un baiser, comme aussi à Jean mon frère.

Votre enfant bien-aimé,

FR. ST.-H. VERJUS, Mise, du S.-C.

Voici une autre lettre où le cœur éclate:

Issoudtin, le 7 août 1879.

Ma très chère Maman,

Avec très grand plaisir et tendresse, j'ai lu votre lettre du 2 août. Une chose cependant me fait delà peine. Vous êtes attristée

116 RETOUR A CHEZAL-BENOÎT

de ce que je ne vous ai pas écrit, et vous me dites que je ne pense plus que j'ai encore une mère bien-aimée. Oh! très chère maman, vous le savez bien, je vous aime trop pour vous oublier! Je pense toujours à vous et je prie pour vous. Si je ne vous ai pas écrit, croyez-le, je ne le pouvais pas : le temps m'a fait défaut.

Je suis très content de savoir que vous vous portez bien. Que Dieu soit béni ! C'est ma croix de penser que vous êtes malade. Moi aussi, je vais très bien, sauf de temps en temps quelques maux de tête.

Je veux un peu vous parler de moi, ma très chère mère, et vous dire tout ce que j'ai dans le cœur, mes joies et mes peines. Ce sera vous montrer combien je vous aime. Je veux ouvrir à une mère bien-aimée le cœur de son enfant.

Mes peines et tristesses maintenant ne sont pas grandes; cependant, il y en a quelques-unes qui me touchent davantage. Ma première affliction, c'est de penser que vous êtes seule... Pauvre mère! Moi, je ne veux pas vous abandonner. Je ferai tout ce que pourrai faire, et qui sait? peut-être que nous nous verrons, si Dieu le veut? Mais, patience, ma bien-aimée maman, patience ! Jean aussi vous aime, et il vous aime beaucoup; il me le dit toujours dans ses lettres.

Une autre croix, c'est de penser que depuis si longtemps je n'ai pas vu ma pauvre famille... Je ne dois pas pleurer, mais laisser tout à la très sainte volonté de Dieu.

Voici ma dernière angoisse :

Comme ma mémoire n'est guère bonne, mon dernier examen n'a pas été brillant. Je vous dis tout ceci, ma très chère mère, dans l'espoir que vous prierez beaucoup pour moi. Obtenez-moi du bon Dieu une meilleure mémoire. Je dois savoir tant de choses! Un Missionnaire, ce n'est pas un prêtre ordinaire : il doit être dans le sacerdoce très docte et très saint pour montrer la route à ses frères. J'ai du courage; vous prierez et Dieu fera le reste.

Voici mes joies : Ma première, je l'ai dite, c'est que vous allez bien, et que vous êtes chez les bonnes Sœurs de Saint-Joseph.

Ma seconde, c'est que mes supérieurs sont contents de moi. Après Dieu et ma mère, mon devoir est de contenter mes supérieurs. Remerciez Dieu avec moi, et priez-le pour qu'il en soit toujours ainsi.

Une autre joie, c'est que, prochainement, je recevrai des mains de Mgr l'Archevêque de Bourges la tonsure. Je suis heureux à cette pensée, car ce sera mon premier pas dans la hiérarchie sacerdotale.

Je dois finir, ma très chère maman, mais je ne le ferai pas sans vous donner un baiser de tout mon cœur.

Votre très affectionné enfant,

FR. ST.-H. VERJUS, Miss, du S.-C.

Citons encore deux fragments de cette pieuse et affectueuse correspondance:

... 0 ma bien-aimée maman, tout ce que vous me dites dans votre lettre m'a fait beaucoup pleurer de compassion et de douleur. Pauvre mère! Si je pouvais aller vous voir ! Oh! alors, quel bonheur pour mon pauvre cœur! Depuis sept ans, je n'ai pas vu ma famille; mais, mon sacrifice, je l'ai offert à Dieu pour qu'il garde ma très chère mère et qu'elle soit contente et aimée de tous, pour qu'il lui accorde la grâce de me voir prêtre, disant la messe pour nos défunts et donnant la sainte Communion à ma très chère maman ! Quand arrivera-t-il, ce temps? Patience! patience! Je crois qu'il n'est pas loin,

J'ai été heureux d'apprendre que vous êtes en bonne santé. C'est pour moi une grande joie. Je prie tous les jours à cette intention, et je ne prie pas seul : tous mes amis prient avec moi. Ils sont bons, mes amis, et ils vous aiment et ils prient avec moi pour vous...

Le cœur que vous me montrez dans vos lettres me fait pleurer de tendresse, ma bien-aimée mère... Et moi aussi, je vous aime, vous le savez. Oui, vous le savez, et je vous aimerai toujours et je veux toujours faire tout ce que je pourrai pour votre bon plaisir, et pour me montrer digne d'une mère si bénie par le bon Dieu, si aimée de tous, si pieuse, au cœur si bon. »

Regardez toujours les afflictions, ma très chère mère, comme des bénédictions de Dieu, qui veut dans sa miséricorde les souffrances pour cette terre et la gloire pour le Paradis. Oh! que nous serons contents à l'heure de la mort, si nous avons bien souffert, et si toujours la volonté de Dieu a été notre règle !

Maintenant, laissez-moi vous adresser une prière, chère mère. Mon cœur souffre de se voir loin de vous, si loin, et, à présent que je vous sais dans la peine, je souffre encore davantage. Je voudrais vous écrire très souvent; si vous avez le temps, je vous prie en charité de répondre à toutes mes lettres. L'écriture de ma chère maman me fait du bien au cœur; je la lis et je la baise avec amour. Il me semble vous voir pleurer, quand vous m'écrivez! Ne pleurez pas, ma très chère mère : votre Henry va bien, sa santé est très bonne, ses études ne vont pas mal, Dieu merci! Je suis heureux et ne dés;re rien, si ce n'est de voir encore ma bien-aimée mère...

Enfin cette dernière lettre de l'année 1880 :

Chezal-Benoît, décembre.

Ma très chère Maman,

Je veux commencer cette lettre par un tendre baiser plein de sainte affection. Vous le savez, personne au monde ne vous aime

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comme votre cher Henry, et aussi personne ne vous désire pour l'année qui commence, une vie plus heureuse, plus sainte et plus fructueuse pour la vie éternelle. 0 ma très chère mère, que nous serons heureux en Paradis! Nous nous verrons tous ensemble avec les nôtres!... Quand je pense à toutes ces belles choses, je voudrais vite m'en aller de ce pauvre monde ; mais je dois auparavant sauver les pauvres âmes qui m'attendent; et je suis content de rester pour faire la joie de mon cher Jésus.

Vous le savez déjà, chère mère, pour moi je ne désire rien que devenir saint et savant pour sauver quelques âmes, être martyr pour la gloire du Sacré Cœur. Ceci est mon grand désir que j'avais déjà quand j'étais tout petit à Seynod. Je vous en prie en charité, ma bien-aimée maman, priez beaucoup et tous les jours à cette fin que je sois savant, saint et martyr. C'est le voeu de mon cœur, et du votre, n'est-ce pas?

Adieu, chère mère! Peut-être Dieu me fera-t-il la grâce de vous voir un jour. Ah! si alors je pouvais déjà célébrer la sainte Messe et vous donner la communion! Mais que la volonté de Dieu soit faite toujours!

Adieu! adieu! je vous donne un double baiser en vous souhaitant les grâces les plus précieuses du Sacré-Cœur.

En implorant votre bénédiction, je suis, très chère et bien-aimée mère, votre cher petit enfant.

FR. ST. -H. VERJUS, Miss, du S.-C.

Les vivants ne lui faisaient point oublier les morts. Il avait une tendre dévotion aux âmes du Purgatoire, — il y revient souvent dans ses notes — et surtout aux âmes de ses parents. Il écrit le 16 juillet 1880:

« Je passerai la journée de demain dans la prière et dans le recueillement, en mémoire de la fête de mon bien-aimé père. C'est demain saint Alexis, fête que nous célébrions autrefois à Seynod avec tant d'allégresse et une si pure affection. O Dieu, quelle joie pour mon bon père, s'il vivait encore, de me voir Missionnaire du Sacré- Cœur, et tonsuré! »

Après la lecture de ces fragments, que nous aurions pu aisément multiplier, osera-t-on répéter, comme on se plait à le faire dans un monde ennemi, que le surnaturel détachement de la terre atrophie les cœurs et tue les

affections les plus sacrées ? Non, la grâce ne détruit point la nature, elle la purifie, l'élève, l'embellit, la transfigure. Rien de ce qui touche à la famille, même dans l'ordre temporel, ne saurait être indifférent au religieux. Seulement, comme il apprécie à leur valeur la terre et le Paradis, il est moins préoccupé des corps que des âmes, des biens éphémères que des intérêts de l'éternité. Voilà pourquoi, avant tout, quand il écrit aux siens, plus particulièrement à sa mère, le frère Verjus a le regard tourné vers le ciel. Au surplus, la mère était digne de l'enfant.

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