‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 82 sur 226 · Sénèque dans une lettre à Lucilius · texte numérisé non relu

Sénèque dans une lettre à Lucilius

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Remerciez bien les serviteurs, le cuisinier et ce Frère coadjuteur qui a tant fait; il est si bon! » Puis, à de certains moments où il souffrait davantage: « Frère Yerj us, que faire ? répétait-il. Que faire ? — La volonté du Sacré Cœur ! — Oh ! oui, la volonté du Sacré Cœur, en tout, partout, toujours. Oh ! qu'il est bon le Cœur de Jésus ! C'est un océan d'amour. » Une autre fois, au moment do préparer sa confession : « Suggérez-moi, disait-il, les devoirs d'un bon religieux afin que je fasse mon examen de conscience... » Puis: « Expliquez-moi les sept paroles de Notre-Seigneur en croix. » A ces mots : « Femme, voilà votre enfant ! » un éclair de bonheur illumina son front. Le seul nom de la très sainte Vierge le faisait tressaillir. Au sortir d'une crise plus longue et plus douloureuse : a Je me résigne tant que je puis, disait-il, cependant j'aurais été heureux de dire la sainte messe avant de mourir. » A son directeur qui lui demandait si rien ne le troublait, à ceux qui le venaient voir, il répétait : (( J'aurais aimé à dire une fois la sainte messe. » Le Jeudi saint, il reçoit le viatique. « Quelle grâce, mon cher Frère, lui demanda-t-on, solliciterez-vous de Notre- Seigneur comme fruit de votre communion ? — D'abord la guérison, dit-il, puis la résignation à la volonté de Dieu. » Quelque temps après : « Oh ! mon Père, j'ai obtenu la grâce : je suis bien résigné. » La fièvre tomba. Le malade, toute la matinée, fut d'une gaieté charmante. On se reprenait à Pespoir. Mais, vers midi : « La nuit prochaine, dit-il, sera mauvaise. » Et, toute la soirée, il répétera cette parole. La nuit fut en effet très agitée. Vers 3 heures 1/2, on appelle le frère Verjus. « J'accours, raconte le cher infirmier. Le bon Frère avait perdu connaissance. Bientôt il revient à lui et me reconnaît. Prévoyant sa mort prochaine, je me mets au côté droit du lit et je prends intérieurement la résolution de ne pas le quitter qu'il n'ait rendu le dernier soupir. Je n'oublierai jamais ces paroles : « Frère Verjus, il est inutile que je « vous le dise, je prierai pour vous et pour vos chères Mis-

« sions. » Son regard pénétra le mien. Nous nous comprîmes comme autrefois. Il voulait me dire : Je sais tout. Vous m'avez tout confié. Je n'oublierai rien. Comptez sur moi. Je le remercie avec effusion, v Un autre Frère scolastique entra: « Où sont les enfants de la Petite-Œuvre ? — Au dortoir, mon cher Frère. — Dites-leur combien je les aime et que je prierai pour eux. » A un Père qui s'approche : « Oh! dans quelle belle nuit le Sacré Cœur m'a envoyé cette crise, la nuit du Jeudi saint au Vendredi ! » Ensuite il demanda qu'on lui récitât la prière du vénérable Guignion de Montfort: Réjouissez-vous, Vierge Marie, qu'à pareil jour, l'année précédente, un autre scolastique, le frère Octave de Brinon aimait à répéter sur son lit de mort. Le pieux malade voulait redire chaque mot à haute voix. Mais, ces efforts le fatiguaient et le Père remit à plus tard la fin de la prière. Il eut un souvenir pour tous les siens : « Vous leur annoncerez la nouvelle peu à peu... Ménagez... Ménagez... Pauvres parents ! Pauvre frère Daniel ! Quelle peine ma mort va leur faire ! » Le Père lui rappela les promesses que Notre-Seigneur fit à la bienheureuse Marguerite-Marie en faveur des personnes vouées à son divin Cœur : Je serai leur refuge assuré à V heure de la mort. Le visage du Frère s'assombrit: « Une seule chose me fait de la peine, dit-il. — Laquelle donc, mon cher Frère ? — C'est de n'être pas Missionnaire du Sacré-Cœur. — Comment? N'avez-vous pas fait, il y a quelques mois, vos vœux perpétuels de Missionnaire du Sacré-Cœur ? et vous les avez renouvelés hier après votre communion!... — C'est vrai, c'est vrai; mais je ne suis pas un véritable Missionnaire du Sacré-Cœur. » Alors, le Père l'exhorte à renouveler le sacrifice de sa vie à l'exemple de Notre-Seigneur au jardin des Oliviers durant sa cruelle agonie... Le malade l'interrompt et dit aussitôt : Fiat voluntas tua ! Fiat ! Fiat !

Cependant, il fallut songer aux derniers sacrements, car le mal faisait d'effrayants progrès. L'étouffement augmentait, malgré les remèdes les plus énergiques que

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prescrivait le médecin debout au chevet du moribond. La communauté tout entière se leva pour les dernières onctions et les dernières prières. Le malade semble avoir perdu toute connaissance. Ses mains sont crispées si violemment qu'on ne peut les ouvrir pour les oindre. Son visage pale est comme voilé par l'ombre de la mort. Le regard n'est plus vivant. Seule, la poitrine se gonfle. La respiration, déplus en plus pénible, devient haletante... Et voilà que, tout à coup, tandis que le prèlre récite la prière de la Recommandation de l'âme, le malade ferme les yeux, puis les rouvre. Ses traits se raniment. Une expression de joie, pour ainsi dire lumineuse, baigne tout son visage. Ses regards semblent fixer une apparition céleste. Ses mains froides et lourdes s'agitent, se soulèvent, comme pour saisir l'objet divin. Puis, ce sont des mots d'extase, entrecoupés de silence : « Oh ! que c'est beau!.. Que c'est beau !.. Bonne Mère!.. Sacré Cœur!.. Qu'elle est bonne, cette bonne Mère, de venir me trouver en ce moment !.. Quel bonheur !.. Sacré Cœur !.. Que c'est beau !.. » Et, fixant toujours de ses yeux irradiés le point céleste, l'heureux Frère souriait comme doit sourire un ange.

Cependant, autour de lui, on continuait les prières des agonisants. « Surpris des divers sentiments d'allégresse, de crainte, de bonheur, qui se peignaient successivement sur son visage, je fis, raconte le frère Verjus, une attention spéciale aux paroles liturgiques, et je crus remarquer, à n'en pas douter, que notre bon Frère, qui regardait toujours la vision, lisait, dans celte lumière de l'autre vie, tout ce que Ton demandait pour lui sur cette terre. Il suivait les prières dans la vision. Quand le prêtre dit : Venez, anges de Dieu, à sa rencontre , il sembla tout rayonnant et il saluait de la tète les êtres invisibles qui paraissaient devant lui. Quand le prêtre dit : Pardonnezlui, Seigneur, il a toujours cru et espéré en vous, il fit des signes d'affirmation et il y avait de l'amour et du regret dans son regard. Enfin, quand le prêtre dit : Partez,

âme chrétienne, notre bon Frère sourit une dernière fois, puis s'abattit. »

Alors ce furent les suprêmes angoisses. L'agonisant se mit à prier avec force, d'une voix haletante et saccadée. Manifestement, il luttait contre un ennemi qui était là : « Notre-Dame du Sacré-Cœur, criait-il, priez pour nous... O Notre-Dame du Sacré-Cœur, priez pour nous ! » Et, plus de trente fois, sans interruption, il répéta la même prière. Une expression d'épouvante avait contracté son beau visage, tout à l'heure extasié. Un âpre et dédaigneux sourire plissait ses lèvres. Des mots violents sortaient de sa bouche : « Va-t'en !.. Je me moque de toi... Tu ne peux rien sur moi... Il fallait venir plus tôt, si tu voulais... Je me moque de toi... » Le calme revint. Le visage reprit sa physionomie sereine et douce. Le bon Frère récita les premiers versets du Te Deum qu'il interrompit soudain par cette fière exclamation : « Oh ! triomphe ! Je me moque de toi. Quel beau triomphe ! » Le Père donne au mourant l'indulgence plénière in articulo mortis. « Confiance en Marie ! dit le mourant, confiance en Marie ! » Puis, lentement, avec le Père : a Aimé soit partout le Sacré Cœur de Jésus !.. Notre-Dame du Sacré- Cœur, priez pour nous ! » Les forces lui manquèrent pour invoquer saint Joseph. Et suavement, sans larmes ni sanglots, tandis que, autour de lui, ses Frères récitaient le chapelet, et qu'à l'église, on commençait l'office du Vendredi saint, l'âme du frère William Neenan faisait son entrée dans la lumière éternelle.

Au moment où l'on ensevelissait la dépouille mortelle, le frère Verjus, avec cette naïve candeur et simplicité d'enfant qu'il gardera toute sa vie, glissa dans le cercueil une lettre où il rappelait à l'âme envolée la promesse qu'elle lui avait faite de ne pas oublier au ciel « la grande grâce » des Missions et du martyre.

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(Suite.) PRÉPARATION OFFICIELLE AUX MISSIONS. — LA PRÊTRISE

Depuis le départ du Barcelona, on peut dire que le Frère n'a pas cessé de vivre à bord du navire et de voguer à travers les océans. Que sont devenus les chers apôtres ? Où sont-ils? Que font-ils? Est-ce qu'enfin ils ont vu de leurs yeux la Nouvelle-Guinée? Comment expliquer leur long et douloureux silence? Au moindre bruit, le Frère prêtait l'oreille et son cœur tressaillait... Les premières nouvelles furent tristes. On croyait déjà les Missionnaires au milieu de leurs sauvages, et ils étaient, comme nous l'avons raconté, à Manille. Depuis lors, rien de certain. Des rumeurs poignantes. « Un Dominicain, à qui nos Pères ont confié, à Manille, leurs lettres pour Issoudun et pour Rome, aurait appris, en arrivant à Port-Saïd, le naufrage de deux navires partis pour Batavia. Or, nos Pères lui avaient assuré qu'ils allaient se mettre en route pour cette ville. Les naufragés du premier navire se sont tous sauvés. Une partie des passagers du second sont noyés. O mon Dieu, quelles cruelles incertitudes! O Notre-Dame du Sacré-Cœur, est-ce ainsi que vous abandonnez vos enfants? Souvenez-vous donc que vous êtes leur Mère, qu'ils sont partis pour vous, pleins de confiance en vous... Donnezleur du courage et sauvez-les1... » — « La pensée que nos chers Missionnaires sont dans l'épreuve ne me sort plus de la tête. Pauvres Pères et Frères! Que ne suis-je avec eux pour partager leurs souffrances et les adoucir, en me faisant leur serviteur bien aimant!... Oh! oui, je les aime davantage, maintenant qu'ils sont contredits par le démon

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