‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 89 sur 226 · février · texte numérisé non relu

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plaire, ô mon Dieu ! et avec moi l'Eucharistie, et avec moi le Crucifix, envoyez-moi où vous voudrez, je serai bien partout ; toujours je serai assez riche. — Le Cœur de Jésus, centre de tout. Quelle sublime contemplation ! Le plus loin possible, hors de la portée des rayons du Sacré Cœur, les damnés. Ma place était parmi eux; mais Jésus ne l'a pas permis. Après les réprouvés, viennent tant de millions d'infidèles qui ne savent pas que Jésus les aime. J'aurais mérité d'être parmi eux. Jésus ne l'a pas permis. Il m'a dit : Viens à mon Cœur! Je t'enverrai à ces brebis errantes. Viennent ensuite les fidèles. Que de froideurs et que d'offenses ! Mon Dieu, qu'ils sont rares ceux qui vous comprennent et qui vous aiment! Voici les prêtres. Le Cœur de Jésus daigne m'appeler à ce rang si élevé. Quelle grâce! Voici les religieux. Je le suis malgré mon indignité. Je vois autour du divin Cœur une place réservée à notre chère Société. O mon Dieu, qu'elle en soit digne ! Faites que jamais je ne la déshonore. Faites que mon sang versé pour elle soit la preuve de mon amour!... — Et, dans mes élans, de tout cœur, j'ai demandé des martyrs pour notre petite Société. Je la voudrais voir tout entière, durant l'éternité, tout près du Sacré Cœur de Jésus. — Comme Missionnaires, nous sommes nés de l'Immaculée-Conception. De là l'obligation rigoureuse de conserver bien blanche l'aube de mon sous-diaconat. Le but de notre Société est de combattre le sensualisme et l'orgueil. Sensualisme et orgueil, c'est tout un. Le mo}ren de combattre, pureté et humilité. C'est tout un aussi... Nécessité de tout sacrifier au Sacré Cœur, jusqu'aux désirs formés pour sa gloire. Il n'est pas d'un bon religieux, disait le Père supérieur, de déterminer lui-même, d'une manière ou d'une autre, comment il veut servir le Sacré Cœur dans la Société. Il faut tout sacrifier... Merci, mon Dieu ! Je comprends... Vous savez si le désir de me consacrer aux Missions est ancré profondément dans mon cœur. Vous seul savez le pourquoi de cette conviction si intime et si énergique qui surnage à tout dans ma vie.

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Vous savez ce que je voudrais faire et combien je paraîtrais extravagant aux hommes si je leur disais sur ce point tout ce que j'ai au cœur... Eh bien, mon Jésus, si j'ai trop manifesté ce désir, si j'y ai mis de l'humain, oh! pardonnezmoi ! Si je dois par là contredire le moindre de vos désirs, s'il y a pour moi plus de perfection à ne rien désirer de ce que vous me faites aimer passionnément, si je dois être, en m'abstenant, un peu plus victime de votre divin Cœur, un peu plus Missionnaire, si je dois vous procurer un degré de gloire de plus en renonçant à tout, dès cet instant, ô mon Jésus ! je me jette à vos pieds, nu, pauvre, ignorant, sans préparation, sans lumière, sans rien,... résigné à tout ce que vous voudrez. Cela me coûte. Je sens mille objections qui surgissent. Je sens ma nature qui se révolte ; mais je tiendrai bon, et, je le répète, je renonce à tout ; je sacrifie tout. Je ne veux plus rien que votre très sainte volonté. Donnez-moi la force de ne pas vous trahir, et faites de moi tout ce que vous voudrez, excepté \\n homme qui ne puisse vous aimer de tout son cœur. — Il m'a semblé que l'enfer, pour le Missionnaire du Sacré-Cœur, serait de ne pouvoir plus dire notre chère et belle devise : « Aimé soit partout le Sacré Cœur de Jésus! — Au ciel on se reposera; mais, jusque-là, point de trêve! »

Après l'ordination, l'heureux Frère reprend la plume et il écrit : « C'est le grand jour de mes noces spirituelles avec la sainte Eglise... La grâce me travaille comme jamais. Je tâche de ne pas lui mettre d'obstacle ; c'est ma seule occupation. Je suis par office le serviteur des serviteurs de Dieu. La Société m'a promis la « table commune m ; comme pour me dire : Ne le préoccupe pas de toi. Notre- Dame m'a donné mon aube, pour me dire : Sois pur. Mon bon ange m'a donné mon cordon pour me dire : Sois mortifié. Et moi, j'ai tout donné au Sacré Cœur par Notre-Dame. O sainte journée, non, jamais je ne vous oublierai. Vous resterez gravée dans ma mémoire comme le beau jour de ma première communion, en

attendant le jour plus beau encore de la première messe et le triomphe final, le beau jour du martyre ! » Ainsi parlait, ainsi priait, ainsi chantait cette âme mélodieuse. Elle attendra plus d'un an la prêtrise. Jusque-là recueillons quelques menus faits de cette vie si précieuse et que nous avons dû négliger pour ne point rompre la trame du récit.

Le 2 février 1882, c'est la coutume à Rome que tous les procureurs généraux portent un cierge au Souverain Pontife, comme pour reconnaître que tout flambeau s'allume au foyer du Pontificat romain, qui est vraiment la lumière illuminant le monde. Le frère Verjus et le frère Neenan accompagnaient le R. P. Jouet. « Avec quelle émotion, ditil, je montais les escaliers du Vatican ! J'allais voir pour la première fois celui qui tient ici-bas la place de Dieu... Il m'a semblé que Léon XIII était transparent. Je voyais en lui mon Jésus. Quels instants j'ai passés là ! Par deux fois j'ai eu le bonheur de baiser le pied du Pape et sa main. J'ai tenu sa main dans la mienne ! Mon intention était de demander une bénédiction pour ma mère et de faire bénir des chapelets. J'étais trop ému. J'étais extasié. » 11 reverra le Pape, notamment le 13 février 1883, en compagnie de Mgr l'évoque de Tarentaise. « Ce sont des scolastiques du Sacré-Cœur, Très Saint Père, dit le prélat, et de futurs Missionnaires en Océanie. » A ces mots, Léon XIII s'anime et parle avec enthousiasme des Missions, du zèle des Missionnaires et de la nécessité de se préparer à un si bel apostolat. « Très Saint Père, dit à son tour le frère Verjus, bénissez nos Pères et nos Frères d'Océanie. — Oui, mon cher enfant, dites-leur bien que je les bénis de tout mon cœur. La Guinée ! La Guinée !» — « Nous sortîmes du Vatican, écrit le bon Frère, le cœur plein de reconnaissance, profondément émus, et plus que jamais dévoués jusqu'à la mort au Saint-Siège et aux Missions. »

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Une autre de ses joies fut une excursion à Ostie. Ce qui l'attirait, c'était moins la vaste et morne solitude où roulent silencieusement, entre de maigres broussailles, les eaux jaunâtres du Tibre et que traversent çà et là des troupeaux de bœufs et de chevaux conduits par des pâtres farouches; c'était moins le souvenir à demi effacé delà grande ville, autrefois l'une des plus affairées du monde et des plus tumultueuses, et muette aujourd'hui et morte, que le souvenir toujours vivant de saint Augustin et de sa mère. Assis à la fenêtre d'une hôtellerie; la main dans la main, les yeux au ciel et plus encore le cœur; montant de la triste région des larmes, par delà les mers, les montagnes et les soleils, au pays de l'éternelle beauté, ils furent ravis. Là, sans doute, au seuil de l'église ou parmi les ruines, on relut la page d'Augustin. Elle est sublime. Pas n'était besoin du pinceau d'Ary Scheffer pour représenter cette scène idéale; la plume du « fils de tant de larmes » y suffisait pour tous les siècles. Aussi bien la page des Confessions, seule de tout le passé, a survécu, dans son immortelle et radieuse jeunesse. « Vive Jésus! écrivit le lendemain x le frère Verjus. Bonne journée. Mon âme s'est dilatée. J'ai parlé de mes chères Missions à cœur joie. »

Un jour, dans la crypte de Saint-Pierre, il assiste à la messe d'un Père du Saint-Esprit, Missionnaire à Zanzibar. Le Père était accompagné d'un naturel devenu prêtre. Il est heureux de leur baiser la main. « Quand donc auronsnous, disait-il, un clergé indigène? Mon Dieu, préparez-le dès maintenant2. » Ces rencontres de Missionnaires le transportaient. « Nous avions aujourd'hui la visite de Mgr Guillemin, évêque de Canton. C'est bien là le saint et zélé Missionnaire que je rêve, dévoué jusqu'à se dépouiller de tout pour son troupeau, ne désirant que la gloire de Dieu et l'oubli de soi-même 3. » Quelques jours plus tard, c'était le tour du cardinal Lavigerie.

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