Mgr de Périgueux
Ma joie est ineffable. Cette retraite sera pour moi la retraite des retraites, la retraite de l'amour. » Nous savons, par une note de son Journal, qu'il a écrit presque en entier toutes les méditations de cette « retraite de l'amour ». Malheureusement, ce manuscrit, comme beaucoup d'autres, n'est pas entre nos mains. Où est-il ? Encore une citation : « Je commence à comprendre (il est temps!) que Jésus- Christ Notre-Seigneur est le centre de tout, que le prêtre est son lieutenant sur terre, qu'il doit surtout prier pour ceux qui ne prient pas... O mon Dieu, faites-moi comprendre ce que c'est qu'un prêtre. J'aurai beau lire et méditer; si vous ne parlez vous-même, temps et peine perdus. O Jésus, grand prêtre, autel, victime! Dites-moi ce que vous êtes. Dites-moi ce que je serai par votre grâce dans un jour... La crainte envahit mon cœur ce soir. Si j'allais devenir un mauvais prêtre, ou seulement un prêtre médiocre ! Oh ! non, mon Dieu ; plutôt mourir ! »
Le lendemain, 1er novembre, il fut ordonné dans la chapelle du Vicariat général. Le soir, il écrivait :
« 1er novembre 1883!
« A Domino factum est istud et est mirabile in oculis nostris ! — De stercore érigeas pauperem ! — Fecit milii magna quipotens est ! — O Domine, quia ego se/vus tuus ! — Da, Domine, quod jubés et jubé quod vis! — Fac ut istud portare sic valeam quod consequar tuam gratiam i ! »
« Mon Dieu, voyez ce que vous avez fait! Mon cœur tourbillonne en ce moment. Je ne puis rien écrire. Demain, je serai plus calme. Ecce ego, Domine, ut faciam voluntatem tuam.
« Ce sont les premières lignes écrites par mes doigts consacrés. »
Le 18 novembre, dans cette lettre à un ami, à laquelle
1. C'est le Seigneur qui a fait cela, et la merveille est sous nos yeux. — Du fumier il a élevé le pauvre. — Il a fait en moi de grandes choses, Celui qui est puissant. — O Dieu, je suis votre serviteur. — Donnez, Seigneur, ce que vous ordonnez, et ordonnez ce que vous voudrez. — Faites que je puisse porter mon sacerdoce de manière à obtenir votre grâce.
nous avons déjà fait de larges emprunts, il épanchait ainsi son àme :
« Enfin le 1er novembre arriva. Vous souriez à l'idée d'une ordination le jour de la Toussaint. C'est singulier, en effet; mais ici, à Rome, rien ne nous surprend.
« Comment vous décrire, bien cher Père, les dernières paroles de préparation ! Cette dernière nuit passée sans pouvoir dormir! cette aurore impatiemment attendue!.. Le R. Père supérieur, les Pères, les Frères, voulurent assister à l'ordination.
« Vous savez le reste, et vous savez que ce reste ne peut se dire.
« Je ne pouvais plus réfléchir ni penser. Je me sentais attiré si fortement à Notre-Seigneur ! L'union intime qui doit exister entre le Prêtre et Jésus Notre-Seigneur me frappait surtout. Je ne pouvais concevoir comment Notre- Seigneur consentirait à s'unir ainsi à moi; mais je lui en étais profondément reconnaissant. Et ne sachant faire autre chose, je m'efforçais de lui exprimer combien j'aurais voulu lui rendre quelque chose pour tant d'amour. Je ne vous dis pas que j'étais heureux... J'étais hors de moi.
« Un horizon tout nouveau s'ouvrait. Accédant quiordinandi sunt ad presbyteratum ' .' Comme j'attendais avec impatience ces heureuses paroles ! Enfin, elles furent prononcées. Je crus entendre notre chère petite Société, la Petite-Œuvre, qui, heureuses, m'appelaient h la prêtrise. Il me sembla surtout entendre la voix de ces millions de pauvres âmes qui, sans le savoir, sont cause de mon appel. Chères Missions ! elles furent ainsi cause de mon ordination, après avoir fait ma seule vraie joie, mon bonheur et ma consolation durant toute ma vie ! Vous imaginez bien, bon Père, que cette pensée doubla pour moi la joie de ce beau jour.
« Lorsqu'après la question : Scis illos esse dignos1 ? et la
1. Qu'ils s'approchent, ceux qui doivent être ordonnés prêtres ! ( Paroles du Pontifical.)