‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 95 sur 226 · Il atteint jusqu'à la division de l'âme · texte numérisé non relu

Il atteint jusqu'à la division de l'âme

j'étais tout hors de moi ! Enfin, pour le moment, il s'agissait de fêter nos nouveaux proies...

« Son Eminence le Cardinal- Vicaire et Sa Sainteté ellemême contribuèrent à rendre cette fête des plus touchantes. Ce fut réellement une journée d'or.

« Mais, voici que commencent les difficultés. Il s'agit d'abord de fixer le jour de l'ordination. On confie l'affaire à la Providence, et le premier novembre est le jour déterminé. Quinze jours donc devant soi pour obtenir quatre dispenses et faire dix bons jours de retraite. Enfin, malgré les sages lenteurs de Rome, le R. P. Jouet mena tout à bonne fin. Il ne s'agissait donc plus que de la retraite. Je la désirais beaucoup. C'est vous dire qu'elle fut bonne. C'est certainement la meilleure retraite de ma vie... Les jours s'écoulèrent tantôt rapides, tantôt longs, selon que, suivant l'expression de sainte Thérèse, il me fallait tirer l'eau de la grâce à tour de bras ou que le Ciel arrosait luimême le jardin de mon âme l. Que d'actions de grâces je dois au Sacré Cœur pour cette retraite ! »

Excellente retraite, en effet, et dont le Journal nous apporte des échos vibrants. Plus de raisonnements. Des élans, des soupirs, des coups d'aile, des feux et des flammes. « Etre prêtre, c'est être Jésus. — Le bon Jésus (après ma confession générale) a signé la paix avec son pauvre serviteur qui a promis de ne plus vivre que d'amour. — Je me sens tout à l'aise avec le bon maître. Je

1. Dans cette même lettre, il dit son contentement d'avoir un peu compris M. Olier et le P. de Condren sur le sacerdoce; puis il apprécie en ces termes une nouvelle Vie de sainte Thérèse: «C'est, sous tous rapports, un vrai chef-d'œuvre. Elle fait aimer la sainte autant que les autres la faisaient peu comprendre. On ne peut la lire sans être captivé... Je prétends, mon bon Père, ne pas pouvoir vous témoigner plus d'attachement pour votre avancement spirituel qu'en vous souhaitant de lire un jour cette Vie. Puisse-t-elle vous faire autant de bien qu'elle en a fait à notre petite communauté et à votre frère en particulier! Je la relis avec grand profit, selon notre méthode d'autrefois, la plume à la main. » Nous avons lieu de croire qu'il s'agit de l'Histoire de sainte Thérèse d'après les Bollandistes, ouvrage anonyme qui a pour auteur, si nous sommes bien informé, une religieuse du Carmel de Caen. Paris, Retaux.

voudrais lui parler continuellement. Je me sens de plus en plus attiré à l'esprit de recueillement, d'oraison, à la vie de foi. — Pour être bon prêtre, il ne faudrait vivre que pour dire la messe. » Pendant sa retraite, le Frère entend le supérieur demander à un évêque en visite à la maison \ une bénédiction spéciale « pour un pauvre enfant qui va être prêtre et qui, sitôt après, doit partir pour les Missions lointaines ». « C'est alors, écrit-il, que j'éprouvai une émotion dont le souvenir restera toute ma vie gravé dans ma mémoire... Je vis, d'un coup d'œil, tous mes vœux exaucés ensemble. Je vis la bonté, la providence admirable du Cœur de Jésus. En un mot, j'étais en Paradis! » Le frère remonta dans sa petite « chambre des Missions » et les larmes coulèrent à flots. « Je me mis à pleurer comme un enfant. C'était trop. Mon Dieu ! Bonne Mère ! Oh! que je ne vous trahisse pas!.. Mon cœur bouillonnait. Je me sentis comme transporté dans un nouvel horizon. O mon Dieu, je suis donc exaucé. Je ne vous demanderai plus rien que le martyre, désormais. Je n'importunerai plus vos oreilles par ma prière perpétuelle : La prêtrise et les Missions ! car je serai prêtre : on s'en apercevra en Purgatoire ; et je serai Missionnaire : le diable en aura des nouvelles en Mélanésie. Vive Jésus ! Lui seul est bon. Vive Marie ! » Dans ses entretiens avec le Père supérieur, le retraitant médite quelques-unes des paroles du Pontifical, celles-ci par exemple : « Accédant qui ordinandi sunt : Qu'ils s'approchent, ceux qui doivent être ordonnés ! » Paroles bénies, depuis si longtemps attendues, elles vont retentir. Accédant ! Et qui donc ose m'appeler à ce ministère terrible? C'est Jésus; c'est le Cœur compatissant de Jésus. C'est Marie qui, depuis douze ans, me poursuit de ses grâces. C'est la Société des Missionnaires du Sacré- Cœur! Oh! que j'aime cette pensée. C'est notre chère petite Société qui m'appelle. C'est aussi la Nouvelle-Guinée qui m'appelle. O mon Dieu, c'est assez! c'est assez!

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