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de dénûment dans lequel il se trouvait, à son arrivée à Montréal, le . 17 septembre: ‘Quand j'arrivai à Montréal, dit-il, je n'avais plus rien ni argent ni habits convenables pour paraître en publie. Je fus obligé d'emprunter quelques piastres pour m'acheter une. soutane, des souliers et un chapeau. En ‘attendant ces trois articles, il me fallut rester enfermé au logis, tant se trouvaient en mauvais état ceux qu'ils devaiènt remplacer.”
Quelle sublime grandeur dans ces simples lignes! Ne témoignent- elles pas éloquemment de la foi que ces pionniers évangé.isateurs implantèrent iei il y a un siècle? Ne sont-elles pas marquées du sceau du divin fondateur de l’Église qui, pieds nus, parcourait les hourgades de la Judée, enseignant aux populations accourrues sur ses pas que la voie du sacrifice seule peut conduire au salut éternel?
M. Provencher était loin de s'attendre qu’à la première visite faite à son évêque, celui-ei lui remettrait ses bulles. Dans son humilité, il sentait combien serait lourd le fardeau de l’épiseopat. Brisé à l’école du sacrifice, aÿant pendant les deux années passées à la AE re Rouge broyé, pour ainsi dire, sa grande âme à toutes les oufrances, il remit à Mgr Plessis, sans l'ouvrir, la lettre du Pape ‘eonténänt ses bulles, en le suppliant de lui accorder du temps avant de prononcer son ‘‘fiat.’’ Se rendant à son désir, Mgr Plessis le nomma curé d’Yamachiche. Pendant les deux années qu’il occupa cette charge, il se prépara par l’ étudereti a. -prière à recevoir cette hante dignité d’évêque, dont l’ rapostolät déya it. être si fécond. -
Dans l’ ‘intervalletles deux eréffes compagnies rivales du Nord- Ouest et de la Baie d'Hudson se fusionnaient#$ous le nom de Compagnie de la Baie d'Hudson. C:t événement fut la cause d’une grande joie pour le futur évêque qui, dans ses premières années de mission, avait dû, en maintes oécasions, intervenir pour maintenir la. paix au sein. de la colonie. La cérémonie du sacre eut lieu le 12 mai 1822, dans.l’église paroissiale des Trois-Rivières. L'évêque conséerateur fut Mgr Plessis, assisté de Mgr Panet, coadjuteur de Québec, et de Mgr Lartigue, auxiliaire de Montréal, Le premier juin, Mgr Provencher quitta pour la seconde fois son pays natal, et le 7 août 1822, il fit son entrée solennelle à Saint-Boniface. Les colons, heureux de son retour, étaient accourus pour le saluer et recevoir sa bénédiction. Une ère Aouvelle allait s'ouvrir pour la colonie. Ce pays qui jusqu”alors n'avait offert que le‘spectacle de la division, de la haine et de la vengeance, voyait tout à coup l’union régner entre ses habitants, sans distinction dé croyances ni de races.
Les exho»tâtions de Mgr Provencher, non moins que ses exemples, amenèfent ce-résultat. Aussi, l'évêque était-il vénéré des protestants presque antant que des catholiques. Plus d'une fois, des anglicans et des méthodistes se recommandèrent à ses prières. L'un d'entre eux lui demanda même un jour de célébrer deux messes pour attirer sur sa famille et ses travaux la bénédiction ‘du Ciel. Autres temps. autres moeurs !
A l'arr'vée des missionnaires, la populat'on, habituée à la vie nomade des prairiès, était ignorante et avait des moeurs se rapprochant de celle des sauvages. Les idées d’art de métier et d'agriceulture lui étaient inconnues. Mgr ‘Provencher eut done à façonner, pour ainsi dire, cette population, et la rendre apte-aux travaux de l'agriculture. Il n'hésita pas à se mettre à la tâche et, spectacle bien, réconfortant pour les colons, les mains consacrées par l'onction sainte, prirent les'manchons de la charrue. (C'et évêque-laboureur ne nous offre-t-il pas un témoignage éclatant de la grandeur et de la noblesse de l'agriculture? À l'exemple de l’auguste charpentier de Nazareth, il annoblissait et sanctifiat le travail manuel.
Pendant que par la prédication et l’eau sainte du baptême il engerbait les âmes pour les greniers célestes, il creusait lui-même les sillons, où devait germer le froment nécessaire à sa subsistance. Mesdames et Messieurs, quelle grande, et sublime leçon pour ceux de nos compatriotes.qui, de nos jours, abandonnent la campagne, désertent la terre que des générations d'ancêtres -ont arrosée et fertilisée de sueurs. Attirés et comme éblouis par les mirages trompeurs de la vie des villes, ils oublient que le travail agricole est celui de l’état normal de l'homme ici-bas. Ah! s'ils songeaient combien sont heureux ceux qui vivent à la campagne, au sein de la grande nature, car elle seule ‘conserve l'éternelle beauté et donne les plus pures joies, parce qu’elles n'ont aucun arrière-goût d'amertume! ‘‘Le labourage et le pastourage, disait le grand ministre Sully, voilà les deux mamelles dont la ” France est alimentée, les vrayes mines du Pérou.’
Ces paroles ne ‘Kappliquent-elles pas à notre cher Canada, dont les ressources agricoles sont inépuisables? Dans nos seules vastes prairies de l'Ouest, nous pouvons nourrir cent millions d’habitant Oui, Mesdames.et Messieurs, la prospérité et l'avenir de notre ra se trouvent dans la culture et les pâturages de notre riche territoife. Puissignsfous comprendre cette vérité importante et ne la jam -perdre de-vue st nous voulons -acéémplir les grandes destinées qüe nous réserve la Providence! “:
Après avoir payé généreusement, de sa personne en enseignant aux colons les moyens d'extraire du so} les choses nécessaires à la vie
9 ° / du corps, il infusait dans l’âme des petits enfants les éléments de la religion. (C'est ainsi que, vivant dans une atmosphère tout impré-
‘gnée de foi, la première école fut pour eux le gage assuré d” une
saine et solide éducation. C'était le premier pas vers le collège/êlas-
‘sique qu'il devait ériger plus tard. Mais les épreuves que devaient subir l'héroïque missionnaire n'étaient pas finies. L’ inondation cau printemps de 1826 faillit détruire la colonie, la moitié des habita Ioùs. furent détruites et emportées par les vagues furieuses. Ave les | quelques colons qui lui restaient, deux cent cinquante ayant émigré aux Etats-Unis, il entréprit l'oeuvre pénible de la reconstruction.
* Après avoir construit un évêché, il fît en 1830 un voyage au Canada. Il y recueillit des secours pour élever une cathédrale en pierre et ramena un auxiliaire précieux, M. Belcourt, qui apprit la langue des sauvages et fonda des missions chez eux. Faute d’ouvriers, la construction de l'église n’avançait guère. On le vit transporter la pierre et le mortier. Comme sa force était hereuléenne, il soulevait des poids très lourds. Souvent, il disait aux manoeuvres eu leur désignant un brancard pesamment chargé de pierres: ‘“Prenez,un bout à vous deux, je porterai l’autre.” Mesdames et Messieurs, T6 disais au commencement de cette courte étude que Mgr Provencher était prédestiné à devenir le premier évêque de Saint-Boniface ; je ne crois pas m'être trompé. Jamais apôtre ne fut mieux doué, sous tous les rapports, pour accomplir la rude mission qui lui fut confiée. Le manque de missionnaires et de ressources pécuniaires l'obligèrent à entreprendre un voyage au Canada et en Europe. Il s’embarqua New-York le premier décembre 1835. Le 22 février suivant il était Rome. Chargé d'obtenir l'érection de l'évêché de Montréal, composa un mémoire si conciuant que la Congrégation de la Propagande et le Souverain Pontife décidèrent la création immédiate de cet évêché, dont le prèmier titulaire fut Mgr Lartigue. Il se trouvait à Rome pendant la Semaine Sainte. Le jour de Pâques, il ässista
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‘à la messe célébrée par le Pape dans la basilique de Saint-Pierre. Ïl
“fut vivement impressionné par la grandeur et la magnificence du spectacle. :
Le Pape le reçut plüsieurs fois en audience privée,et lui fit cadeau d'un calice d ‘argent: ‘doré. ‘‘Il n’est pas béni, lui dit-il, mais vous, vous pouvez le bénir. Très Saint Père, répondit le prélat, ce serait augmenter de. beaucoùp le prix de votre don si Votre Sainteté avait la bonté de le bénir elle-même.=Eh ! bien, reprit-le Pape, je le bénirai demain.” Grégoire XVI avait été surpris de l’air majestueux et bon, non moins que de- la‘taille élevée de Mgr Provencher. Il disait à son entourage : j'Je n’ai jamais vu un si bel évêque.” Un jour, à l'hôtel
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de Londres où Mgr Provencher était descendu, un‘ Anglais ne pouvant se lasser de contempler sa haute stature et son air de distinction, le fixa pendant plus d’une demi-heure, puis il lui dit : ‘'Excusez-moi, mylord, si je vous regarde ainsi, mais de ma vie je n’ai vu un plus bel homme que vous!” L'évêque se contenta de dire en souriant à son compagnon : ‘Quel homme excentrique que cet Anglais!” Cette interpellation du fils d’Albion était bien caragtéristique de sa race. Cette admission, de sa part, qu’une telle supériorité pouvait exister en dehors de l'Angleterre était, il faut bien l’admettre, des plus étonnantes. 1! faut dire que celui qui était l'objet de ce compliment mesurait six pieds et quatre pouces de taille. De retour au Canada, il eut la joie d'introniser Mgr Lartigue sur son siège de Montréal, le 8 septembre 1836; il prononça à cette occasion un éloquent discours. Au printemps de l'année 1837, il reprit la route de la Rivière Rouge. Malgré la pénurie des moyens à sa disposition, les missions éloignées étaient plus que jamäis l’objet de ses‘plus tendres sollicitudes. En 1838, il envoya M. Belcourt der la mission de Fort Francis, sur les bords du Lace la Pluie. M. Poiré, ordonné prêtre à St Boniface en 1832, fut chargé de celle de la Baie Saint-Paul, sur la Rivière Assiniboine. Toutes ces missions, établies au prix des plus grands sacrifices, furent les jalons qui devaient plus tard former ce groupe si important de nos paroisses françaises dans l'Ouest. On ne peut oublier que la paroisse fut le berceau où naquit et se développa si providentiellement notre race. C'est là que, groupés autour du clocher, nous
nous, $ommes retrempés aux jours les plus sombres de notre histoire.
-Forteresse inexpugnabhle, gardienne vigilante de notre foi et de
‘ notre langue, la paroisse canadienne fut aux premiers jours de notre
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vie nationale, comme elle le sera d’ailleurs toujours, la sauvegarde de nos institutions et le foyer qui alimentera ‘et vivifiera nos plus chères et nos plus légitimes aspirations... Messieurs Blanchet et Demers— deux recrues que Mgr Provencher avait choisies lui-même pour les missions de la Colombie, et deux futurs évêques—allèrent prêcher l'évangile au-dela des Montagnes Rocheuses.
Au comble de ses voeux l’évêque s’écriait: ‘‘Terres de la Colombie, vous allez done enfin retentir des louanges du Saint Nom de Jésus, la croix va s'élever de rive en rive sur un espace de mille lieues que vont parcourir ces deux apôtres pour arriver à leur des- . tination, et la parole de Celui qui a dit que ce signe adorable attirerait à Lui tous les hommes, va se vérifier à l’égard des pauvres tribus errantes vers leëquelles ils sont envoyés.’ Mesdames et Mes-
- sieurs, ce chant d’allégresse ne vous fait-il pas pénétrer, jusqu'aux
fibres les plus intimes, cette âme d’apôtre? Ne vous semble-t-il pas
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entendre la voix de ce nouveau précurseur, elamant à travers les dé. serts du Nord-Ouest, l'avènement du Christ Rédempteur? Que de fois dans les lôngues nuits de nos hivers hyperboréens, guidé par la clarté resplendissante des aurores boréales, ces lumineux flambeaux
le Créateur suspend dans l’espace, l'humble missionnaire, portant, sur sa poitrine, le dépôt sacré, n'a-t-il pas pénétré dans les wigwams enfumés des pauvres tribus sauvages!
Le Fort des Prairies, aujourd’hui Edmonton, le plus important des postes de l'Ouest, établi sur la Saskatchewan, demandait depuis longtemps un prêtre. ÆEn.1842, il envoya dans cette région M. Thibault, qui connaissait les langues cerise et sauteuse. Cet intrépide apôtre, à travers tous les dangers, exposé à la mort, dans ces plaines immenses sillonnées par les tribus barbares, parvint enfin à sa destination, après un voyage de six mois. Après bien des démarches et des sollicitations pour obtenir des religieuses à qui confier l’édueation des jeunes filles, Mgr Provencher eût le bonheur, en 1843, de saluer l’arrivée des Soeurs Grises à la Rivière Rouge. Ces vaillantes religieuses, dont les nombreuses missions s'étendent aujourd'hui jus/ qu'aux plages glacées du fleuve MacKenzie, furent les premières religieuses éducatrices dans le pays. Outre les langues française et anglaise, elles enseignèrent äussi les beaux-arts, la musique et le dessih. La haute éducation qu'y recurent leurs élèves eut un effet merveilleux sur les moeurs et les coutumes de ces populations qui avaient vécu si longtemps dans l'ignorance. L'oéuvre du collège qu’il avait commencée dès les débuts de son apostolat se développait lentement faute de professeurs. Après de longues attentes et après avoir sollicité inutilement l’envoi de prêtres séeuliers ou religieux, il se décida à faire un nouveau voyage an Canada et en France, où il eût la joie de voir l’union établie entre l’oeuvre de la Propagation da la Foi de Lyon et celle de Québec et de Montréal. On lui accorda une allocation de 30,000 francs pour ses missions. Au Canada il recruta deux sujets d'élite, MM. Laflèche et Bourassa, le premier devenu plus tard évêque des Trois-Rivières.
Revenu à Saint-Boniface le 31 mai 1844—c'était son quatrième et dernier voyage au C'anada-—Mgr Provencher eût la consolation, le 25 août 1845, de voir sa demande de l’année précédente exaucée. Ce jour-là, qui marque une date importante dans l'histoire du Nord- Ouest, arrivèrent. à Saint-Boniface les deux premiers fils de Mgr de Mazenod, l’illustre fondateur de l’Ordre des Oblats : le R. P. Aubert et le frère Taché. .
‘Si, dit l’auteur de la vie de Mgr Provencher, le digne évêque de Saint-Boniface avait pu lire dans l'avenir, et voir à ce moment
-- les hants desseins que la Divine Providence formait sur le frère.
Taché, ce jeune et timide religieux qui venait demander humble. | . ment sa part de labeurs dans la vigne du Seigneur, il eût dès lors entonné un double chant de reconnaissance pour bénir le Dieu bon qui, dans ce même jour, accomplissait le dernier de ses voeux, celui de voir son successeur avant de mourir.’
À l'arrivée du jeune sous-diacre portant encore les traits d’un
“adolescent, Mgr Provencher fut quelque peu désappointé; il attendait
dés ouvriers prêts à se mettre à l'ouvrage, il eût préféré voir arriver un prêtre, cependant il ne fñt pas longtemps sans s’apercevoir qu'il possédait un sujet distingué doué de rares talents et de qualités admirables. Il écrivit à Mgr Bourget, évêque de Montréal, -et le remercia
.de la peine qu'il s ‘était donnée pour lui aider à obtenir les Oblats. J
L'éiue-de-ces.r religieux n'est plus à faire. Ils ont imprimé en caractères indélébiles 1e nôm- de-leur institut des rives de l'Atlantique jusqu'au Pacifique, que dis-je jusqu'ät-pays des Esquimaux. Leurs courses apostoliques à travers ces immenses plämes. plus étendues que toute l’Europe, tiennent du prodige. Plusieurs de ces-nobles fils ont, dans une dernière et suprême lutte, versé leur sang pour la cause de L ’évangélisation. F
‘En 1846 M. Laflèche et le Père laché eurent pour champ de leurs travaux apostoliques l’Ile à la Crosse et le Lac des Esclaves, le‘ Père Aubert, le Lae Winnipeg, et M. Belcourt accompagnait les chasseurs à la prairie. Dans cette même année une épidémie se déclara dans la colonie et jeta l’épouvante dans tous les coeurs.
“La récolte ayant fait défaut, il s’ensuivit une grande disette. Il fut question à cette même époque d'’ériger le vicariat de la Rivière Rouge en province ecclésiastique. . Mgr Provencher s’y opposa fortement. Ji écrivit à Rome et au Canada: ‘‘Je n’entre pas dans les vues de ceux qui ont proposé de partager mon vicariat. Il ne suffit pas de regarder sur une carte son immense étendue; il y a bien du terrain pour faire vingt évêchés et plus; mais dans ce pays il n’y a pas une seule ville, bourgade ou village quelconque. Il n’y à. que les postes de traite de la compagnie, où se trouvent seulement quelques hommes pour la traite. Qu'érigcra-t-on en évêché? Toute la population du pays est sauvage; je serais bien en peine de vous proposer des titulaires canadiens pour ces postes futurs.’?
Au jugement de Mgr Provencher il y avait pour le moment une question plus pressante que celle de son vicariat. Il craignait de mourir sans coadjuteur, et de laisser par là un sujet de grave embar-
ÆË$ pour les missions naissantes. Celui que je voudrais avoir pour
coadjuteur, écrivait-il, est M, Leflôche. 1 a vingt neuf ans, il en aurait tout près de trente quand , fout serait réglé.”?
Une infirmité survenue à M. Laflèche l’empêcha d'accepter les bulles demandées pour lui en 1848. Mgr Provencher dût chercher un autre sujet. ‘Mon opinion, comme celle du Père Aubert, écrivit-il, est que cette charge doit retomber sur le Père Taché. Il connaît le pays, les missions, les langues; il est fort et robuste.’’ Ce choix d’un religieux comme.coadjuteur de Mgr.Provencher était providentiel.
Mgr de Mazenod donna son consentement et voulut consacrer lui-même Mgr Taché en promettant d'envoyer encore des Oblats dans le Nord-Ouest. . Tandis que Mgr Taché allait recevoir en France !a consécration épiscopale, une inondation semblable à celle de 1826 ruinait Saint-Boniface et les environs. Mgr Provencher écrivait à l’évêque de Montréal, le 6 juin 1852:
‘L’inondation a entraîné les maisons, les granges, les étables, les clôtures, les ponts. . . Il x avait cinq pieds d’eau autour de ma maison; encore deux pouces de plus et elle était sur le plancher. Je
Ë-— ne suis pas sorti; mais j'étais comme sur un vaisseau en pleine mer:
j'entendais-jour et nuit des vagues poussées par des vents furieux battre les murs de ma maison, comme. je les ai entendues. dans mes voyages d'outre-mer. L' eau à monté jusqu’au 20 mai. bes gens et les troupeaux s'étaient refugiés au loin dans les prair‘es; personne n’a péri .. L'église et ma maison ont servi de hangars publics, toutes les autres maisons étaient en danger d'être emportées.
L'eau a causé infiniment plus de dommages qu'en 1826/ parce que la
population est plus nombreuse. Quelle triste perspective pour l° année:- É
prochaine !?° La famine devint générale et le prélat, dont la grande âmé était
restée inébranlable sous le poids des souffrances personnelles, se fit
quêteur pour venir en aide à ses diocésains. Mgr Taché, revent de Rome, au mois de juin de cette terrible année, avait apporté uË peu ” de baume à sa douleur. Il était heureux de se sentir revivre en la personne du jeune évêque. Celui-ei séjourna peu de temps à Saint-Boniface, sa-présence étant nécessaire à l'Île à la Crosse. En faisant ses adieux à son coadjuteur, le vieil évêque avait eu le pressentiment de sa fin prochaine, Comme Mgr Taché s'était agenouillé devant lui pour lui demander sa bénédiction, il lui dit: ‘‘Il n’est pas d’ usage
qu'un évêque en bénisse un autre, mais comme je vais mourir bientôt |
et que je ne vous reverrai plus, je vous bénis encore une fois ici-bas, en attendant que je vous embrasse au ciel.” -
Ses pressentiments n'étaient que trop fondés. Une maladie qui le minait depuis quelque temps le terrassa, et il rémit son âme à Dieu le 7 juin 1853. 1
Cette mort jeta la consternation dans la colonie. Celui qui pendant 35 années de vie laborieuse avait présidé au bien être spirituel et matériel de ces populations, laissait un vide bien difficile à remplir. Mais la Providence allait faire germer sur cette tombe des pousses . vigoureuses, destinées à jeter un lustre éclatant sur la jeune église
de Saint-Boniface.
‘Mesdames et Messieurs, trois générations d’archevêques se sont succédées sur le siège archiépiscopale de Saint-Boniface depuis le jour où Mgr Provencher plantait la croix et déployait l’étendard de la civilisation dans ces pays déserts. Quelle nterveilleuse transformation s'est opérée depuis! Nos vastes prairies, où naguère le bison régnait en souverain, se sont couvertes d’ilôts humains; nos plaines incultes se sont changées en une mer de blonds épis dont le surplus nourrit le vieux monde épuisé., Des villes nombreuses <t prospères ont surgi comme par enchantement.
D'mnombrables voies ferrées sillonnent 1’ espace en tous sens et
les voyageurs emportés par de puissantes locomotives traversent les.
énormes Montagnes Rocheuses et s'en vont dévalant de l’autre côté vers les cités paisibles et heureuses qui bordent le grand Océan Pacifique. Aux lieux mêmes où débarqua l'héroïque évêque missionnaire grandit une cité moderne, sans égale par sa richesse et ses monuments.
Saint-Boniface, la bourgade de 1818, est devenue, elle aussi, une eité qui, si e:le n'a pas les splendeurs de son orgueilleuse voisine, n’en offre pas moins un cachet de grandeur qui ne le cède aucunement à sa rivale. Ses monuments religieux, qui dressent de tons côtés leurs flèches vers le ciel, témoignent éloquemment de la foi de sa population, en même temps que du génie des vaillants évêques qui se sont succédés sur le siège archiépiseopal de Saint-Boniface.
Nos maisons d'éducation, collège classique, séminaire, juniorat et'pensionnats ne le cèdent à aucunes, tant par leur beauté architecturale que par la haute éducation qu'y recoit la jeunesse. Un hôpital général des plus modernes, où la science médicale, dans une noble émulation avec les saintes filles de la vénérable Mère d’Youville, pour- ‘voit au soulagement’ des souffrances morales et physiques. D'après des témoignages non équivoques, cet imposant édifice ferait l’orgueil de villes plus opulentes. ÆEnfin des orphelinats et refuges pour les vieillards offrent un asile aux déshérités de la fortune.
De nombreuses communautés de religieux et de religieuses y continuent les”Sairités traditions qui y furent implantées il y a un siècle. Mesdames et Messieurs, à l’évocation de ces merveilleux développeménts, n’avons-nous pas raison d'espérer pour l'avenir. Ce qui s’est accompli depuis cent ans,; n'est-il pas un gage assuré des progrès
futurs ? Malgré les ennuis et les persécutions auxquels nous sommes en butte, je le répète, notre race, appuyée sur un tel passé, ne pourra défaillir si nous continuons et, ce n'est qu'à ce prix, à lutter sans reâches pour la revendication de nos droits les plus chers et les plus sacrés. Si Mgr Provencher pouvait aujourd'hui secouer la poussière du tombeau où ses restes bénis reposent sous les voûtes de l’imposante cathédrale de Saint-Boniface, comme il bénirait le jour où, humble missionnaire, il fondait l'Eglise du Nord-Ouest! Mesdames et Mes-
sieurs, je termine, en caressant l'espoir que, nonobstant le peu de
valeur du conférencier, j'aurai contribué quelque peu à vous faire apprécier cette grande et noble carrièré.
Avec le plus illustre de nos poète/canadiens, r nous vous salnons, héroïque phalange d'évêques et de missionnaires : ue
Ilumbles soldats de Dieu, sans reproche et sans crainte, Qui portiez le flambeau de la vérité sainte Dans ces parages inconnus?
Des volontés Qu Ciel exécuteurs dociles, : Li Vous -fûtes les jalons qui rendent plus faciles | Les durs sentiers où doit marcher l’humanité ... FO.
‘. Gloire à vous tous! du temps franchissant les abîmes </
Vos noms environnés d’auréoles sublimes Iront à l’immortalité.