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4 je lui ai parlé de sa position et de celle de
“ son clergé... Il m'exprima le désir que
‘“ cette affaire se terminêt. Il me dit qu’il
‘allait aux Trois-Rivières dans quelques
Le “jours, et me pria de remettre la question | à jusqu’après son retour... Quand ilest revenu
‘ ici, je l'ai trouvé tout changé, car sa cons- .
‘“cience ne lui permettait pas de consentir ‘à ce que la couronne nommât aux cures.
| “ Je lui dis aussitôt qu’il était inutile de con-
“tinuer la conversation ; que cela ne dépendait 7 “ ni de son refus ni de son consentement ; que ; “ ce droit appartenait à la couronne et serait ‘“ certainement repris tôt ou tard par le roi. “ Notre conversation dura deux heures et ‘“ demie, mais sans aucun résultat ni d’un ‘“ côté ni de l’autre... Nous nous séparâmes ‘ bons amis. ”
“Mgr Plessis arendu compte, dans une lettre à son grand vicaire, M. Roux, de cet entretien, Nous en détachons les lignes suivantes :
F “ Hier, j'eus avec son Excellence le gou- ‘“ verneur une conversation de sept quarts ‘ d'heure, dans laquelle il s’épuisa à parler, et ‘“ moi aussi, sans que nous fussions d'accord
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“sur le seul point qui fut agité, savoir la ‘nomination aux cures. J’ajoutai que “ personne n’était plus soumis que moi, ni “plus affectionné au gouvernement ; que ‘“ javais pour principe général de seconder ‘“ ses vues dans tout ce qui ne blessait pas ‘“ ma conscience, mais qu’il m'était défendu “ d'aller au-delà; que je sentais plus que ‘“ personne le désagrément d'occuper une ‘“ place qui n’était pas avouée et d'y vivre ‘“ dans la pauvreté, mais que je consentirais “ volontiers à de plus grandes privations ‘ plutôt que de faire des démarches qui me “ discréditeraient auprès de mon clergé et de ‘“ mon peuple, engageraient ma conscience et
‘4 seraient considérées comme une trahison
‘“ envers l'Eglise, comme une vente de mon épiscopat, surtout s’il en résultait pour moi ‘“ quelque addition de revenu ; qu'ayant fait “autant que mes prédécesseurs pour le ‘ service du gouvernement, j'espérais que ce ‘“ gouvernement ne voudrait pas me mal- “traiter plus que mes yrédécesseurs ne ‘« l'avaient été, et que, de plus, je tâcherais ‘ de mériter de plus en plus sa protection,
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‘“ non pour moi qui avais passé le méridien .
“de la vie, mais pour les fidèles au salut ‘“ desquels je m’intéressais ; que la divine pro- ‘“ vidence, qui dirigeait les cœurs et les esprits amènerait sans doute des circonstances plus ‘ favorables. ”
Les Etats-Unis devaient être pour nous uhe occasion de salut, en 1812, comme ils l'avaient été en 1776 ; on allait avoir besoin de nous, il fallait nous ménager.
Craig était parti, laissant une mémoire détestée et la nationalité qu'il avait voulu détruire plus forte et plus confiante que jamais.
Sir George Prévost était arrivé, chargé d’une mission de paix et de conciliation.
Résolu de se gagner les bonnes grâces du clergé, il eut plusieurs entrevues avec Mgr Plessis, lui fit des promesses séduisantes pour l’engager à faire des concessions, et lui demanda un mémoire contenant ses idées et ses principes.
L’illustre évêque fit ce mémoire qu’il com mença par ces paroles remarquables :
“Je suis obligé de déclarer d'avance qu’aucune offre temporelle ne me ferait renoncer
à aucune partie de ma juridiction spirituelle. Elle n’est pas à moi; je la tiens de l'Eglise comme un dépôt qu'il ne m'est nullement permis de dissiper et dont il faut que je rende compte. ”
Les adversaires de Mgr Plessis cherchaient leurs armes dans les articles du traité de 1763 et de 1774, qui nous accordaient le libre exercice de la religion sans préjudice aux lois d'Angleterre et à la suprématie royale.
S'appuyant sur cette réserve, ils-prétendaient que la nomination des prètres et des évêques appartenait au roi d'Angleterre, et que toute interprétation contraire était une atteinte portée à sa suprématie.
Mgr Plessis revendiqua avec beaucoup de talent et d'énergie les libertés de l'Eglise catholique ; démontra que depuis la conquête on avait reconnu la juridiction des évêques catholiques et leurs titres ; que le traité de Paris ayant accordé aux habitants du Canada le libre exercice de leur religion, avait par là même admis l'existence légale des prêtres et des évêques nécessaires à cet exercice, et que l'Eglise devait être guidée par l’ancien droit,
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suivant lequel l’évêque était élu par le clergé etconfirmé par lemétropolitain ou par le pape, sous le bon plaisir du souverain.
Mgr Plessis eut bientôt le bonheur de voir ses généreux efforts couronnés de succès.
La guerre avait éclaté entre l'Angleterre et les Etats-Unis. L’évêque de Québec écrivit des lettres pastorales et des mandements patriotiques pour exciter la loyauté et l'esprit guerrier de la population. Il disait dans une de ces lettres pastorales :
‘“ Le succès a pleinement répondu à vos efforts, auxquels on peut attribuer cette ardeur qui, chaque jour, se développe de plus en plus pour seconder les vues du gouvernement et concourir unanimement et efficacement à la défense de la province. Nul spectacle plus consolant que celui du patriotisme et de la piété se donnant la main l’un à l’autre, de manière que les fidèles les plus empressés de se purifier par la réception des sacrements sont aussi les premiers rendus où les ordres de leurs officiers les appellent, et les plus prêts
à voler au combat. dé
Quelques jours après, il adressait des avis
et des exhortations à tous ses diocésains, et plus particulièrement à ceux qui surveillaient les mouvements de l’ennemi près de La frontière.
‘ Deux choses vous sont nécessaires, miliciens chargés sur la frontière de nos plus chers intérêts, et vous commandants et officiers de ces corps estimables ! La première est de ne pas mettre votre confiance dans vos propres forces, comme feraient des infidèles : hi in curribus et hi in equis. Les brillants succès que nous attendons de votre ardeur militaire reposent essentiellement sur la bénédiction que Dieu voudra bien donner à vos armes : nos autem in nomine domini nostri invocabimus. La seconde est de fuir les vices jui, en- vous rendant indignes de la protection du ciel, pourraient attirer sur votre patrie quelque fâcheux et humiliant revers...
“Et vous, N. T. C. F., qui, éloignés du champ de bataille, prenez néanmoins une part si vive au sort de nos guerriers et vous montrez impatients d’être appelés à partager leurs travaux; vous, femmes pieuses, qui, avec une émotion mêlée de confiance, vous
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attendez au départ de vos époux comme vous avez consenti à celui de vos enfants ; prêtres,
: dont le zèle ardent pour la cause publique s’est communiqué si efficacement à vos ouailles par le ministère de la parole, ou qu’une charité attentive a conduits au camp pour y encourager vos jeunes paroissiens, que vous reste-t-il à faire ? sinon de lever les mains vers le ciel, comme Moïse, si l’armée d'Israël en venait aux prises avec les Amalécites. ”
Guerriers, ” leur disait-il dans son mandement du onze novembre, ‘‘ c’est à vous qu’il appartient de vous opposer comme un mur à l'approche des ennemis et de déconcerter leurs mesures. Ils cesseront d’être redoutables dès que le Dieu des armées combattra avec vous ; sous sa sainte protection, marchez au combat comme à la victoire ; soutenez cette réputation d’obéissance, de discipline, de valeur et d’intrépidité que vous ont méritée |
° vos premiers succès. Votre confiance ne sera É pas vaine si, en exposant vos vies pour la défense de votre pays et de vos foyers, vous
Es avez soin, avant toutes choses, de faire votre
paix avec Dieu.”
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Les Canadiens-Français prirent les armes avec enthousiasme et contribuèrent par leurs glorieux exploits à repousser l'invasion. L’Angleterre crut qu'après tout, une population qui venait de verser si généreusement son son sang pour elle, et une religion si loyale méritaient d’être respectées.
Mgr Plessis recevait bientôt des lettres qui reconnaissaient son titre et sa juridiction d’évêque catholique de Québec, et lui accordaient des appointements de mille louis par année avec un siège dans le conseil législatif. Plus tard, il voyait se réaliser une idée qu'il avait caressée ét cherché à faire triompher depuis bien des années.
Toute l'Amérique anglaise, depuis l’île du Cap Breton jüsqu’au territoire du Nord-Ouest, ne formait alors qu’un vaste diocèse soumis à la juridiction de l’évêque de Québec.
Démembrer cette vaste contrée et en former plusieurs diocèses lui paraissait une chose nécessaire au progrès de la religion et à la propagation de la foi.
Déjà, il avait, le premier, fait arborer la croix dans le vaste territoire de la Rivière-
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