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Li 42 MONSEIGNEUR PLESSIS.
‘“ Mgr Plessis, j'ai eu la douleur d'apprendre “ que l'Eglise avait perdu ce grand prélat.… “ Le Pape et les membres de la propagande ‘“ ont été profondément affligés de cette nou- | A « velle. ” (1) | ‘ll “ Très cher seigneur,” écrivait le cardinal | “ Somalia, préfet de cette vénérable congré- “ gation, (2) “nos âmes ont été frappées de la ‘“ plus profonde douleur en apprenant la la- | ‘“ mentäble nouvelle de la mort de l’illustre ‘“ évêque Jos. Oct. Plessis. ” h Les autorités civiles s’associèrent à ces i | témoignages de regret universel. Lord Dal- L | housie voulut les consigner dans une dépêche 4 officielle : (3)
‘ Prenant une part sincère dans le deuil ‘“ pénéral, je me permettrai de vous offrir Î | ‘ mes condoléances sur la perte affligeante 1 “ que nous avons éprouvée par la mort de {| | “ Mor Plessis, évêque catholique romain du
‘“ diocèse de Québec. Le peuple de cette pro- | |
(1) M.R. Gradwell, 12 mars 1826.
(2) Le Cardinal Somalia à Mgr. Panet, 18 février 1826.
‘4 (3) Lord Dalhousie à l’évêque de Saldes, 9 décembre \ 1826.
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re ‘ vince, de toutes les classes de la société, a ‘rendu justice à ses vertus et à son caracle 4 ““tère ; l'Église a perdu un prélat vénérable ; U- ES “ le peuple un gardien ferme et infatigable ‘ de ses intérêts spirituels ; le roi a perdu un at : “ sujet loyal et fidèle. Comme le représen- 6- ‘* tant de Sa Majesté, en ce lieu, je suis partila ‘“ulièrement heureux de reconnaître son à a- ‘‘ attention continuelle et ses bons procédés à ! re ‘ mon égard ; ils ont produit cette harmonie [k ‘ qui a existé dans tous nos rapports ; et vous | k es . “pouvez juger que j'éprouve une sinc! «e À | l- ‘“ douleur avec tout le pays, dans cette triste th ne ‘ circonstance. ” 4 | Quelques mots suffiront pour compléter ma ‘ vil tâche. | ir | Mgr Plessis n’était pas grand, mais il était Lil te gros, robuste et vigoureux ; il avait une tête | de forte et belle, solidement posée sur de larges 1 lu | épaules ; un front élevé, remarquable par la . 0- noblesse, l'élégance et la hardiesse des lignes; | des yeux magnifiques, au regard vif, distingué : È n. et pénétrant qui semblait capable de lire au À a fond de la mer comme au fond des âmes ; la A bouche ferme, un peu soulevée, avait tous les - (f {
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indices de l'énergie et de la bienveillance; sa physionomie réflétait les charmes de son esprit, les qualités de son cœur. Son extérieur imposait à tous le respect et la confiance.
C'était une noble nature ; l'amour de Dieu et de la patrie, la charité, la générosité et la douceur s’y mêlaient à la vivacité, à l’enjouement et à:la gaieté la plus attrayante.
Ajoutons à cela un esprit fin, délicat, admirablement cultivé, une mémoire étonnante, ‘un jugement profond, solide comme le.roc, une vie pure exclusivement occupée de la gloire de Dieu et du bonheur des autres ;—et l’on comprendra le prestige et l'influence de cet homme, l’amitié et l'admiration qu’il inspirait à ses compatriotes comme aux étrangers.
Mgr Plessis ne manquait pas d’imagination et de sentiment, mais les sermons et discours qu’il a laissés se distinguent plus par l'éloquence de la. raison que celle du cœur.
C'était avant tout un homme d'esprit, de bon sens et de jugement, un philosophe, un administrateur remarquable et un diplomate habile, Les personnages distingués
du Canada et d'Angleterre, devant lesquels il plaida pendant tant d'années la cause de ses compatriotes et de son église, étaient étonnés de la largeur et de la sagacité de ses vues, de la profondeur et de la libéralité de ses convictions et de l’habileté avec laquelle il savait s'emparer de leur sympathie. C'était bien l’homme qu’il fallait pour agir sur ces esprits fiers, subtils et prévenus, pour les forcer à respecter une religion et une nationalité si bien représentées. Tous les gouverneurs qui eurent des rapports avec lui avouaient qu’ils avaient rencontré dans l’évêque Plessis un esprit supérieur et un grand caractère, un homme capable de leur tenir tête.
Il écrivait avec élégance et précision. On trouve dans le journal qu’il écrivit pendant son voyage en Europe des pages charmantes où se révèlent son esprit clair, fin et observateur. Les sermons et mandements que nous publions plus loin, permettront d'apprécier la nature de son esprit et de son caractère, ses talents d'écrivain et d’orateur. On est porté à y trouver au premier abord trop d'enthousiasme pour le gouvernement an-
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glais et pas assez de sympathie pour la liberté politique et la France. 1 on était encore à cette époque, sous l'empire de l’effroi que la révolution française avait répandu dans le monde entier et on croyait que la Providence avait fait une faveur signalée au Canada en la faisant passer sous la domination anglaise à la veille de ce bouleversement social et re. ligieux.
Il faut aussi tenir compte des efforts que Mgr Plessis était obligé d’ ire pour engager la population à combat. our un gouveruement qui lui refusait la liberté politique.
On est moins étonné, quand on pense aux circonstances, de ne pas trouver dans les sermons et les mandements de Mgr Plessis des restrictions, des explications qui tempère raient la rigueur de certains principes, la sécheresse de certains sentiments.
Sa conversation vive, animée, semée de traits piquants, d’anecdotes plaisantes, était recherchée des hommes d'esprit. Les choses ridicules lui causaient même dans les cir-
constances les plus solennelles, des accès de
gaieté qu’il ne pouvait réprimer. Plus d’une
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fois, on l’a vu, dans la chaire ou à l'autel, s'arrêter tout court et faire les plus grands efforts pour réprimer une malheureuse envie de rire provoquée par une peinture grotesque, un incident bizarre. Plein de bonté et de déférence pour ses prètres et les jeunes ecclésiastiques, il prenait souvent plaisir à les taquiner et à les railler avec une familiarité agréable.
Le révérend M. Mignault, ancien curé de Chambly, dont tout le monde garde un si bon souvenir, avait été son secrétaire. Lors. qu’il fut obligé de faire son premier sermon, à la cathédrale de Québec, il exprima à Mgr Plessis son anxiété. ‘ Marche, marche, lui dit l’évêque, dis-toi en montant que tu es le moins fin de la bande.” Le jeune prêtre monta dans la chaire et s’acquitta de sa tâche avec succès : “Eh ! bien, lui dit Monseigneur après le sermon, le diable a-t-il trouvé moyen de te dire que tu étais le plus fin ?”
Versé dans la littérature, l’histoire et la
philosophie, il avait l'esprit orné des plus
riches connaissances et son heureuse mémoire lui rappelait les pages qui l'avaient le plus
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frappé dix et vingt ans après qu'il les avait lues.
Il n’y a qu’une chose qu'il ne put jamais apprendre parfaitement, malgré ses efforts, c’est l'anglais. Il prenait plaisir à raconter lui-même ce qui lui était arrivé un jour. Une irlandaise était venue le consulter et lui avait exposé son affaire avec la faconde et l’entrain
‘qui caractérisent les enfants de la verte Erin,
les femmes surtout. Mgr Plessis lui répondit en anglais, et il y avait déjà plusieurs minutes qu'il parlait, lorsque la pauvre femme lui dit, toute confuse, qu’elle ne comprenait pas le français.
Combien de pages il faudrait maintenant pour rendre un digne hommage à ses vertus sacerdotales, à son zèle admirable pour le salut des âmes et à ses généreux efforts pour faire fleurir dans sa patrie bien-aimée la foi et les vertus qui font la force et la grandeur des nations, pour dire avec quel soin il travailla afin d'atteindre ce but sublime, à donner à ses prêtres la sagesse et le dévouement qu’il possédait lui-même à un si haut degré !
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MONSEIGNEUR PLESSIS. 49 it Pour donner une idée de la douce influence É qu’il devait exercer sur son clergé, citons une a: is belle parole qu’on peut regarder comme l'ex: à 8, pression des sentiments du pays tout entier. 1 er | “Si j'avais offensé cet homme-là,” disait 1 1e | un jour M. Painchaud, fondateur du collège : 1 it Sainte-Anne, je consentirais à me trainer sur in | .. les genoux, depuis mon presbytère jusqu’à 1 M Québec, pour lui demander pardon.” 1 lit | La vie de Mgr Plessis est pleine de grands à es enseignements. | it, A ceux qui nient ou méconnaissent les | le services rendus par la religion au Canada, |: elle donne un démenti solennel, et au | e- | clergé lui-même elle présente des exemples ses | salutaires de prudence, d'énergie et de pa- ï { ur { triotisme. Elle a réalisé, cette vie sublime, l ts | le problème difficile de rendre à Dieu ce il ée qui est à Dieu, à César ce qui est à César, } la { et à la patrie ce qui est à la patrie. Mgr Plessis | el aura le mérite éternel d’avoir conduit sûsUL- rement la barque qui portait les destinées de | le l’église du Canada, au plus fcrt de la tempête, \l si lorsqu'une main trop nerveuse ou inexpéri- |.
mentée aurait pu la jeter sur les écueils, et (r | 4
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d’avoir ouvert au catholicisme dans l’Amérique du Nord, ces vastes champs qu'il parcourt si glorieusement. Il aura aussi l'honneur d’avoir compris que la mission civilisatrice de la Nouvelle-France devait se poursuivre, comme autrefois, par l'alliance et la protection mutuelle de la religion et de la patrie, de la foi et du patriotisme, et que plus la confiance du peuple dans son clergé est.
grande, plus la conduite de celui-ci doit être sage, prudente et nationale.
Aussi, tant que le clergé marchera à la lumière de cette grande existence, la croix plantée sur les bords du Saint-Laurent par Jacques Cartier sera le signe de salut et le plus glorieux symbole de la nationalité canadienne-française, Pen
ORAISON FUNÈBRE DE MGR BRIAND, PRONONCÉE À LA CATHÉDRALE DE QUÉBEC ‘ praesenie Corpore, le 27 juin 1794,
par J. O. PLessis, ptre.
‘“ Morltuusque est ibi Mouses servus Domini, jubenie Domino.….fleveruntque eum filii Israel in campestribus Moab. ”
«Là mourut par ordre de Dieu, son serviteur Moyse...et les Israélites le pleurèrent dans les champs de Moab.”’ Ces paroles sont tirées du livre du Deutéronome, chap. 34 v. 5 et 8.
Douleur bien légitime, que celle des enfants d'Israël à la mort de leur chef! Ne soyons pas surpris qu’ils le pleurent pendant trente jours, après l’avoir eu quarante ans à leur tête, ni que le Seigneur leur dérobe la connaissance de son tombeau, de crainte qu'ils ne voulussent honorer comme Dieu celui
dont Dieu s'était servi tant de fois pour opérer devant eux les plus grandes merveilles. Il avait été leur ami, leur conseil, leur refuge, leur lumière, leur médiateur, leur juge, leur
père commun. Aucun d’eux qui n'eut fait
quelque épreuve ou de sa bonté, ou de sa tendresse, ou de son équité, ou de son crédit auprès du Très-Haut. S'aveuglant eux-mêmes sur son grand âge, ils se flattaient de ne le jamais perdre et ne voulaient point qu’il s’éloignât d'eux. Son absence de quelques jours les avait réduits au désespoir ; et voilà que tout à coup il leur échappe pour toujours.
Mortuusque est ibi Moyses: Quelle désolation ! Ils font retentir les vallées de Moab de leurs regrets et de leurs sanglots, fleveruntque in campestribus Moab.
C'est ainsi, grand Dieu, que pour exercer votre souverain domaine, vous nous ravissez de temps en temps des têtes précieuses, des hommes irréparables, lorsque nous avons appris à les apprécier. L'illustre mort dont la pompe funèbre nous assemble aujourd’hui, est un de ces hommes rares dont la perte ne se répare que très difficilement. Comme Moyse, il nous avait été accordé dans des temps plus difficiles encore, et lorsque nous commençons à peine à goûter le fruit de ses travaux, votre main toute puissante vient
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MONSEIGNEUR PLESSIS. | 53 l it nous le ravir, Mortuusque est ibi Moyses. Vous | | ss vous étiez servi de son ministère comme de +0 lit Ù celui de Moyse pour nous conduire à vous. Il | JE était l'organe de vos volontés, le chef de votre | le peuple, le père de vos orphelins, le conso- |
6. lateur des aflligés, l'âme de la discipline, la | gloire de notre église : et c’est peut-être en |
de punition de nos iniquités que le Canada perd | 19 aujourd’hui un homme qui, ce semble, 4 "4 n'aurait jamais dû mourir. Mais cet acci- ‘#4 ab | dent est la volonté de Dieu, jubente Domino : | LL | que nous reste-il donc à faire, sinon d’adorer * | en silence ses décrets éternels et de faire en- 4 tendre nos gémissements et nos soupirs de 4 ni jusqu'aux extrémités de cette province arrosée 4 ia de ses sueurs et sanctifiée par ses travaux, vi fleveruntque eum fi Israël in campestribus " Moab ?
nt | i, | Je me trompe, mes frères, la piété, la jus- | FR ( tice, la reconnaissance, exigent de nous 1 en quelque chose de plus : c’est, en lui rendant LA +44 les derniers devoirs, de chercher dans le | di souveñir de ses vertus, de ses grandes œuvres, ii L de ses rares mérites des sujets précieux d’édi- | À né fication. 1 ÿ |
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Il est parlé dans l’histoire des Rois, d’un cœur docile et soumis à toutes les leçons de la vérité, cor docile : il est parlé dans l’Ecclésiastique d’un cœur noble et élevé dont tous les desseins brillent d’une véritable grandeur, cor splendidum ; il est parlé dans le même livre d’un cœur généreux et intrépide, cor confirmatum. Or, il faudrait n'avoir point connu l'Illustrissime et Révérendissime SEIGNEUR JEAN OLIVIER BRiaNp, ancien évêque de Québec, pour ne pas avouer que ces trois mots font le portrait achevé de son cœur. Il n’en fut peut-être jamais un plus droit, plus sincère, et plus capable de saisir la vérité, jamais un plus élevé, plus grand et plus sublime dans ses vues ; jamais un plus ferme, plus intrépide et plus uni en lui-même contre les événements les plus fâcheux. Car, dans des emplois subalternes il a conservé une docilité, une déférence inestimable pour la volonté de ses supérieurs, cor docile ; ce sera la première partie de son éloge. Dans l’épiscopat, il a montré une supériorité de vues et de génie dont peu d'hommes sont capables, cor splendidum ; ce sera la seconde partie,
Dans sa retraite, Dieu lui a accordé une constance, une fermeté à l'épreuve des frayeurs ordinaires de la mort, cor confirmatum ; ce sera la troisième. MEs FRÈRES, ne perdez pas un trait de tout ce que je vais vous dire. Je n’avancerai rien dont vous ne puissiez aisément vous procurer la preuve.