‹ Monseigneur Joseph-Octave Plessis, premier archevêque de Québec [microforme]Chapitre 4 sur 13 · RE TE · texte numérisé non relu

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Il partit pour l’Europe, dans le mois de juillet 1819, accompagné de MM. Lartigue et Turgeon devenus depuis tous deux évêques, se présenta devant les ministres du roi, les surprit par la sagesse de ses pensées, la force de ses arguments et la distinction de son esprit et de ses manières, lutta contre leurs préventions, renversa leurs objections et remporta une victoire complète.

Heureux de ses succès, il se hâta d'aller à Rome où il obtint tout ce qu’il voulut. Peu de temps après, il pouvait, sous l’autorité du Saint-Siège et du gouvernement anglais, mettre à exécution le projet pour lequel il avait tant travaillé, déployé tant de talent et d'énergie.

Il était nommé archevêque de Québec ; les districts de Québec, des Trois-Rivières et de Gaspé,étaient placés sous sa juridiction immé:diateetle reste de l'Amérique anglaise formait quatre grandes divisions dontchacune recevait un évêque suffragant et auxiliaire. On donnait à Mgr McEachern le Nouveau-Brunswick, les [les du Prince-Edouard et de la Magdeleine ;

à Mgr McDonald, le Haut-Canada ; à Mgr

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Provencher, le territoire du Nord-Ouest, et à Mgr Lartigue, le siège épiscopal de Montréal.

A côté de la grande œuvre de l'émancipation de l'Eglise du Canada, Mgr Plessis en poursuivait une autre avec non moins de zèle et de succès : c’est celle de l’éducation. Il avait compris que le meilleur moyen d'assurer l'avenir de la religion et de la patrie était de leur préparer des défenseurs ins‘ruits et habiles. Les efforts de ceux qui avaient voulu briser nos destinées avaient rendu cette tâche difficile. La Chambre d’assemblée avait, dans un moment d'aveuglement, établi, en 1801, “ l’Institution royale, ” loi inique destinée à anglifier le pays en le couvrant d'écoles protestantes. Les enfants n'y allaient pas, et

‘ils restaient sans éducation.

Fonder des écoles et des collèges et faire disparaître cette loi injuste furent deux des grands objets de la vie de Mgr Plessis. Il trouva, pour réaliser la première partie de ce programme, des prêtres admirables dont le dévouement et les sacrifices jetèrent à Nicolet et à Saint-Hyacinthe les fondements de ces

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deux brillantes maisons d'éducation qui nous

ont fait tant de bien. Lui-même ne recula devant aucun sacrifice ; lorsqu'il trouvait dans une famille pauvre un enfant remarquable, il était heureux de se charger de son éducation. C’est à ce dévouement que nous devons quelques-uns de nos prêtres et de nos hommes les plus distingués, entre autres l’illustre Vallières.

Un jour, le prêtre qui faisait le oatéchisme à la cathédrale disait à Mgr Plessis qu’il y avait parmi les enfants qui se préparaient à leur première communion un jeune Vallières dont les réponses étaient étonnantes et beaucoup au-dessus de son âge. Le dimanche suivant, Mgr Plessis faisait venir Vallières à son presbytère et lui posait une foule de questions. Il fut'étonné de la mémoire, de la perspicacité et de la présence d'esprit de cet enfant qui avait appris seul à lire et à écrire et citait les auteurs avec le plus grand aplomb.

Il comprit qu’il avait sous la main un de ces diamants bruts qu'on trouve aussi diffcilement au milieu des hommes que parmi les sables du désert. 11 résolut de façonnex de

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A polir ce diamant pour en faire un jour la

à gloire de son pays et, peut-être, l’'ornement du t clergé.

r —Aimerais-tu à faire tes études, lui dit-il, F après un moment de réflexion.

—Ah ! oui, Monseigneur, c’est mon rêve.

—Eh ! bien, si tu veux rester avec moi, je

L commencerai dès demain à te donner des Î leçons de latin.

Vallières courut chez sa tante, où il de-

k meurait, pour lui annoncer le bonheur qui lui

à | arrivait et revint, le lendemain, s'installer à

M \ l'évêché de Québec et commencer ses études.

Ip 1 Mgr Plessis s'arracha tous les jours à ses

t, : nombreuses occupations, sacrifia souvent ses

g: : moments de récréation pour faire la classe à

Il . 4 son protégé. Les progrès rapides du jeune À

té | Vallières le récompensèrent de son dévoue- À

gt ment. Jamais enfant n’apprit avec plus de :

où L facilité, ne comprit plus promptement. Mgr : ù | Plessis se félicitait tous les jours d’avoir

es 1 découvert un pareil trésor, il prenait plaisir à |

” 1 raconter les bons mots de son Rémi, à parler je À

og de ses succès étonnants. |

le La législature du Bas-Canada avait pu 1

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en 1828, une loi équitable dans le but de favoriser l’établissement d'écoles catholiques, et cette loi avait été réservée à la sanction royale. Mgr Plessis mit tout en œuvre pour la faire adopter par le gouvernement anglais ; ses correspondances avec Lord Bathurst à ce sujet font foi de son habileté et de son énergie. 4: Il lui fut donné de voir, avant de mourir, le Hi É triomphe des idées pour lesquelles il. avait nl lutté pendant quinze ans; il voyait disparaître, .| à en 1824, cette grande injustice qui obligeait L le Bas-Cauada à soutenir une institution destinée à l’angifier ; les fabriques obtenaient le droit de posséder des écoles paroissiales ou

| . communes.

Quoiqu'il ne paraisse pas avoir eu d’abord à LA une grande confiance dans les résultats du (| gouvernement représentatif et qu'il ait par- 4 l fois exprimé à ce sujet des opinions qui nous ! |] étonnent, l’histoire admet qu’il sut au besoin | servir la cause que défendaient les Bédard et l {| les Papineau. Lorsqu’en 1822 l'Angleterre, : Î| ; cédant aux instances de nos ennemis achar. | à nés, voulut nous imposer, sans nous consul- Al ter, cet infâme projet d'union avec le Haut-

Canada, dont l’objet était extinction de notre nationalité, quelle fut la voix puissante qui protesta avec le plus de force contre cet acte | où inique ? Ce fut celle de Mgr Plessis. Cette E voix retentit dans toute sa puissance aux j oreilles des Lymburner, des Sherbrooke, des Bright et des Poynter, ces amis sincères des S Canadiens-Français, pour stimuler leur zèle : ñ en notre faveur. Et c'est dans cette circons- | tance que Mgr Plessis écrivait à l’hon. M. | Papineau, que le Bas-Canada avait député en Angleterre, une lettre d'encouragement et | ‘d’éloges qui les honore tous deux. Plus d’une | fois ces deux grands hommes, les deux plus | brillantes illustrations de l’époque où ils vé- | curent, s’entendirent et se prêtèrent un 5e- | || cours mutuel pour faire triompher le Bas- 4 À | f | |

‘Canada dont ils étaient les chefs reconnus et vénérés. Ils réussirent encore, dans cette occasion, à éloigner du ciel de leur pays le dt nuage qui le menaçait. Puisse la patrie leur en garder une reconnaissance éternelle !

es Mais cette vie si belle, si pleine de mérites, L devait s’user et finir comme tout ce qui est t- | humain. Lorsque le fils de l’humble forgeron

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de Montréal, devenu l’un des plus grands évêques et des hommes les plus illustres de son pays, fut arrivé à l’âge de soixante et deux ans, Dieu trouva qu'il était temps de lui décerner la récompense de ses travaux et de ses vertus ; il l’appela à lui, le quatre décembre mil huit cent vingt-cinq.

La nation désolée s’inclina sur cette tombe auguste ; grands et petits, riches et pauvres vinrent y déposer le tribut de leur douleur êt de leur respect. On aurait dit que le ciel de la patrie, devenu triste etsombre, avait perdu son astre le plus brillant. A Londres comme à Rome, dans les rangs les plus élevés de la société, sur les marches même du trône, on vit éclater les sympathies les plus nobles.

Ceux que le grand évêque avait le plus

ardemment combattus pendant sa vie ne purent s'empêcher de joindre leur voix à ce concert unanime d’éloges et d’admiration.

Empruntons à M. l'abbé Ferland le récit des regrets et des démonstrations que provoqua la mort de Mgr Plessis.

‘“ Dans un clin-d’œil la nouvelle de sa mort ‘ fut portée dans toutes les parties de la ville

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MONSEIGNEUR PLESSIS. 37 |s “ de Québec et accueillie avec la plus prole “ fonde douleur.

ER “ Cette mort semblait produire un vide 6. “ que rien ne pourrait combler. L'évèque de : Le “ Saldes surtout était accablé de la perspec- É re « tive de recueillir cette succession : “ Vous { “ ne sauriez croire dans quel embarras nous ! Je ‘“ mous trouvons ici,” écrivait-il à Mgr Poynes “ter; (et que puis-je faire, moi, à mon âge 1 et t« de soixante-treize ans, pour l'expédition des la & affaires, qui se multiplient toujours de plus L A ; “ en plus ?” à $ ‘ La première stupeur passée, l’on songea la 1 “ à rendre à l'illustre défunt les honneurs nm di “qui lui étaient dus à si juste titre. D'abord, 8. “ comme il avait à plusieurs reprises témoigné AS | “n'avoir aucune répugnance à ce que son ne “ corps fût ouvert après sa mort, les docteurs f ce L ‘# Forgues, Painchaud et Paront furent char. L | “ gés de faire cette opération, en présence de à it h : ‘ plusieurs membres du clergé. Son cœur ‘ 0- “ fut réservé pour être placé dans l’église de d- “ Saint-Roch. | rt ‘“ Le six, son corps fut transporté à l’église | le “ de l’'Hôtel-Dieu ; il était accompagné d’une |

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‘ garde d'honneur, du clergé de la villeet des ‘“ paroisses voisines et d’une foule immense “ de fidèles.

“ Le lendemain, il fut transféré de l’église “ de l’'Hôtel-Dieu à la cathédrale, au milieu “ d'un concours empressé de citoyens de ‘ toutes les classes et de toutes les dénomi- ‘“ nations. À la suite du cercueil marchaient ‘ le gouverneur général, lord Dalhousie, les ‘officiers supérieurs de la garnison, les ‘“ membres du conseil exécutif et du conseil « législatif, les juges de la cour du banc du “roi En vertu d’un ordre général, toutes ‘les troupes de la garnison, composées des “ soixante-onze et soixante-dix-neuvième ré- “ giments et d’un détachement de l'artillerie “ royale, assistaient sous les armes ; le canon & tirait de minute en minute; les magasins “et les boutiques étaient fermés: rien ne ‘ manquait pour prouver que c'était un deuil “ général.

A l’arrivée du convoi dans la cathédrale, l’affluence du peuple devint si considérable, ‘ que cet édifice, quoique spacieux, ne put en ‘ contenir qu’une partie. Le service fut chanté

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de par Mgr Panet, accablé encore plus par la ‘“ douleur que par les années. M. Demers, ‘“ supérieur du séminaire, et qui avait été “nommé vicaire général dans le mois de ‘juin, prononça l’oraison funèbre avec une ‘ éloquence qui répondait au besoin de tous

. les cœurs.

“IL était près d’une heure lorsque les ‘‘ restes du vénéré prélat, regretté si sincère- ‘“ ment par son troupeau, furent déposés dans “une voûte de brique, pratiquée du côté de ‘ l’'évangile, sous la partie du sanctuaire qu’il ‘ avait indiquée lui-même, et où il avait cou- ‘“tume de faire son action de grâces, et de “ passer un temps considérable en adoration ‘ devant le saint Sacrement.

“Le même jour, vers deux heures de “ l'après-midi, le cœur de Mgr Plessis, ren- ‘ fermé dans un vase de cristal de forme ‘ cylindrique, fut transporté solennellement ‘“ de l’'Hôpital-Général à l’église de Saint- ‘“ Roch. Un nombreux clergé précédait le “ brancard sur lequel était posé le précieux “ vase. Les syndics faisaient l’office de por- “ teurs, et les citoyens du faubourg Saint-

“ Roch, accourüs en foule, marchaient à la “ suite de la procession.

‘“ Le quatorze décembre suivant, un ser- & vice solennel fut chanté dans l’église de Saint-Roch par Mgr Panet. M. Ranvoyzé, ‘“ curé de Sainte-Anne du Nord, fit l’oraison funèbre de l’illustre défunt. Pendant cette “ cérémonie, à laquelle assista une foule im- ‘“ mense des citoyens de toutes les parties de ‘{ la cité, le cœur du prélat, déposé dans une ‘‘ urne funéraire, apparaissait au-dessus du “ catafalque. Après le service, le vase de “ cristal qui le contenait fut renfermé dans ‘ une boîte, de plomb, et placé dans une exca- & vation pratiquée à l’intérieur du mur de la “ chapelle de Saint-Roch. Sur une plaque “ de métal, recouvrant le mur, fut gravé le “ nom du défunt. |

Le vingt-un décembre suivant, Mgr. Panet mandait à l'évêque d'Halifax la perte'que venait de faire le Canada :

‘“ Cest avec peine que j'annonce à Votre & Grandeur la mort prompte et inattendue de “ mon prédécesseur que nous pleurons tous.

“ Elle a éu lieu le quatre du courant, au mo-

“ ment que son médecin lui disait, en con- “ versant, qu’il le trouvait mieux. C’est une “ perte irréparable pour le diocèse. Ici sur- ‘tout tout le monde, protestants comme ca- “ tholiques, tous en ont été très afiligés.”

Mgr Poynter lui répondait dans des termes qui méritent d’être consignés ici :

‘Je m’unis sincèrement aux sentiments de “ Votre Grandeur, à l’occasion du triste évé- “nement qui a privé le diocèse de Québec # d’un prélat si distingué, les fidèles d’un père ‘ affectionné et tendrement aimé, le clergé, ‘“ de son modèle et de son soutien, et je me ‘“ ferai l'honneur d'ajouter, qui nous a enlevé, “ à vous et à moi, un ami bien cher.” (1)

Les mêmes éloges sortaient des bouches les plus vénérées ; c’est ainsi que M. Robert Gradwell, grand vicaire et agent de Mgr.

Plessis à Rome, faisait connaître la profonde impression qu'avait produite cette nouvelle sur le souverain pontife et les cardinaux qui connaissaient Mgr Plessis :

‘ Peu de jours après ma dernière lettre à

(1) Mgr Poynter, 27 janvier 1826.

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