‹ Monseigneur Joseph-Octave Plessis, premier archevêque de Québec. Par L.O. DavidChapitre 13 sur 29 · IG · texte numérisé non relu

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vilége de répandre l'éducation par leurs donations pieuses qui n'ont d'autres bornes que leur ardent patriotisme.

C'cst là,- éaus ce centre bienfaisant, que naquit Michel-François-Hyacinthe Prévost, le 1er septembre 1822, d'une famille qui, comme presque toutes nos famillles canadiennes, alliait l'amour du travail à l'amour de la Religion. Nous pouvons le dire tout d'abord : jamais père et mère ne trouvèrent un enfant plus heureusement né, ni plus disposé à recevoir les premières leçons de la piété filiale. Son cœur était, pour ainsi dire, fiiçonné dans le moule sacré de l'obéissance et de tous les devoirs que l'on pouvait raisonnablement attendre de son âge.

Le petit Hyacinthe avançait donc gaîment dans les sentiers fleuris de la vie, tantôt entouré des soins empressés de sa famille, tantôt fortement appuyé sur le bras protecteur d'une tante, modèle de piété.

Aussi les leçons qu'il reçut alors, profondément gravées dans le cœur de l'enfant, ne cessèrent-elles de le diriger dans toutes les situations de la vie, soit que, élève du collège de Montréal, il édifiât ses condisciples par la régularité de sa conduite et par son application à ses devoirs, soit que, prêtre de St. Sulpice, il augmentât le

renom de cette maison, déjà si illustre par tant de services rendus à la religion et à la patrie.

Hyacinthe entra de bonne heure dans la maison de l'honorable J. 0. Turgeon, Conseiller Législatif, son oncle maternel, qui lui servit de père. Madame Turgeon fut constamment pour lui une véritable mère, aimable, prévenante, dévouée. Ceux qui, comme nous, ont eu l'avantage de la connaître, savent si elle était charitable sans ostentation, pieuse sans affectation. C'était une belle et riche nature qui revit dans plus d'un de ses enfants, et que Terrebonne regrettera longtemps.

Le petit saint du village^ comme l'appelle Monsieur Valade, son premier maître, en changeant de demeure, resta donc toujours dans le même milieu embaumé par l'odeur des mêmes vertus. Mais ici déposons notre plume de biographe, et laissons la parole à un vénérable prêtre qui fut son protecteur et son ami : " Je n'ai que bien peu de choses, nous écrit le R. Messire Porlier, ancien curé de Terrebonne, et maintenant curé de la Pointe aux Trembles, je n'ai que bien peu de choses ii vous dire sur le bon M. Prévost.

*' Il fut élevé en grande partie chez son oncle, Thono-; rable J. 0. Turgeon. Dès son enfance, il montra ces qualités aimables de modestie, de simplicité, de douceur, qui lui ont mérité à si juste titre l'estime de tout le

monde. H faisait voir une sagesse au-dessus de son âge, et on n'eut jamais à lui reprocher ces fautes et ces légèretés que Ton rencontre cliez les enfants. Il ne manquait pas de venir, tous les matins, servir la sainte messe, fonction qu'il partageait avec son ami et condisciple, M. Limoges, mort il y a peu d'années, curé de Sorel, regretté, aussi lui, par tous ceux qui eurent l'avantage de le connaître.

Il apporta à sa première communion la préparation que demande cette grande action. Dès ce moment, sa conduite fut plus régulière encore, et il donna à ses études une plus grande application. Cette conduite irréprochable et les talents plus qu'ordinaires que l'on découvrit en lui, engagèrent ses parents et ses amis à lui faire faire un cours d'études. Ce fut à Terrebonne même qu'il fit ses premières années de latin qu'il continua au petit Séminaire de Montréal."

Le Rév. M. Porlier nous pardonnera bien si nous lui otons un moment la plume pour nous occuper encore de l'enfance du jeune Hyacinthe, avant de le retrouver plus tard au collège de Montréal, faisant dans une égale mesure le bonheur de ses maîtres et l'édification de ses condisciples. La première enfance des grands citoyens, des hommes qui se sont illustrés, en usant leurs forces et leur vie au service du pays ou de la religion, a tou-

jours tant de charmes et de poésie pour le cœur et pour l'esprit ; leur berceau nous est si cher, et souvent la tombe, qui engloutit et ddvore tant et de si légitimes espérances, s'ouvre si prématurément I

Nous l'avons déjà dit, le jeune Hyacinthe était le plus heureusement né ; aussi ne tarda-t-il point à donner les plus belles espérances. Dès ses plus tendres années, il était en état de répondre pertinemment aux questions les plus difficiles du catéchisme. Sa bonne conduite et sa piété le firent choisir pour être enfant de chœur. Fier de l'honneur qu'on lui avait fait, " il ne manquait jamais, dit le digne M. Porlier, de venir tous les matins servir la sainte messe." Il s'acquittait avec une grande exactitude et une grande religion, des fonctions de sa charge, et préludait ainsi à ce qu'il serait un jour au collège de Montréal et ù la vaste et importante paroiss© de cette ville.

Il montrait une ardeur incroyable pour apprendre : il ne lisait pas, il dévorait les livres que ses maîtres lui mettaient entre les mains. Il était surtout avide d'entendre raconter des histoires édifiantes, et après les avoir apprises, il se plaisait à les raconter lui-même à ses petits amis ou à sa bonne tante, et quelquefois à tous ses parents réunis pendant les longues soirées d'hiver. Peu partisan des jeux bruyants, il aimait mieux passer

Bon temps dans une conversation instructive ; et nouveal Louis de Gonzague, il faisait aimer la piété et la vertt par tous les cœurs qui avaient le bonheur de l'écouter.' Nous avons tous eu, nous gens du monde, dans un degré différent, notre heure de faiblesse et d'erreur. Mais quand nous jetons, poussés par le dégoût des choses humaines ou par une réflexion sérieuse, notre pensée sur les années de notre jeunesse, nous rencontrons un jour qui brille parmi tous les autres, jour de joie sainte, de bonheur sans mélange, et de rayonnante satisfaction d'une conscience en paix avec le ciel et la terre ; jour où nous sommes fiers comme des rois et purs comme les esprits célestes ;jour où nos amis nous sourient du cœur, où nos parents joignent leurs bénédictions à celle du Dieu que nous portons dans nos âmes, et où les anges nous appellent leurs frères. C'est le jour de la première communion. Quel monde d'idées ce jour nous rappelle, quel soulagement il nous apporte ! quelles sages résolutions il nous fait prendre !

" M. Prévost, nous dit encore le vénérable prêtre qui le communia, apporta à sa première communion la préparation que demande cette grande action." Et telle fut la salutaire influence de ce grand acte sur l'âme si bien préparée de cet enfant, " que dès ce moment, continue M. Porlier, sa conduite fut plus exem-

plaire que jamais, et qu'il donna à tous ses devoirs d'écolier et de chrétien un surcroît visible d'application. Cette conduite irréprochable et les talents que l'on découvrit en lui, engagèrent alors ses parents et ses amis à lui faire faire un cours d'études. Ainsi la piété et la vertu portent avec elles leur récompense !"

On reconnait bien là, dans M. Porlier qui se cache, qui s'efface sous le modeste titre d'ami du jeune Hyacinthe, le type si beau du Prêtre catholique ; et ce sera éternellement l'honneur du clergé canadien, en particulier, d'avoir favorisé le développement de ces heureuses natures qu'il a su discerner dans tous les rangs de la société. Combien de nos plus grandes illustrations politiques ou religieuses, combien des plus nobles caractères de notre histoire sont sortis, par ses soins, des classes même les plus humbles de notre hiérarchie sociale?

Oui, c'est le clergé canadien qui, en répandant à pleines mains l'éducation parmi le peuple, a su par des choix judicieux et par des sacrifices dont Dieu seul connaît le prix, donner aux tribunaux leurs premiers magistrats, à la nation ses premiers hommes d'Etat, et à l'Eglise ses premiers pasteurs. Celui qui fait le sujet de cette courte biographie en est une éclatante preuve.

M. Porlier appliqua donc le jeune Hyacinthe aux études de latinité et le confia aux soins d'un homme de

mérite, M. Valade, alors instituteur à Terrebonne, aujourd'hui inspecteur d'écoles dans notre district. Nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que de transcrire ici, en son entier, la lettre que nous venons de recevoir de ce digne fonctionnaire, en réponse à la demande que nous lui avions faite de vouloir bien nous communiquer ses souvenirs au sujet des premières années de son ancien élève,

Longueuil, 22 Septembre 1864.

Monsieur,

*' Je me fais un devoir de répondre à votre gracieuse lettre d'hier. Oui, je vous dirai avec bonheur qu'il m'a été donné de compter parmi mes élèves le regretté monsieur Prévost. Bien qu'il n'eût guère que huit ans, lorsque ses bons parents me le confièrent, il était déjà un modèle de piété, de douceur, de bonne volonté, je dirai presque, d'abnégation. Ses progrès à l'école répondaient à son travail assidu et à son application constante ; et bien qu'il fût supérieur en talent et en succès à la plupart de ses petits compagnons, cependant il en était estimé et chéri par son caractère franc et honnête. Combien je prenais de plaisir à le voir lutter avec de jeunes amis, qui ont occupé ou qui occupent encore aujourd'hui un rang distingué dans la société.

et surtout avec un très digne condisciple, le regretté Messire Limoges, qui l'a précédé dans la tombe et au ciel ! Je n'oublierai jamais que ces deux enfants ne connaissaient à Terrebonne que deux chemins, celui de l'école et celui qui conduisait à l'Eglise.

" Entr'autres progrès scbolaires du jeune Prévost, il excellait surtout dans les mathématiques, science qui déjà assurait à son intelligence cette clarti, cette précision, cette justesse caractéristique de sa vie privée et publique.

" Vous savez ce qu'il fut au collège, élève soumis et distingué. Bien qu'il fût séparé de moi, il me suivait toujours dans ma pensée ; tant son souvenir était resté gravé dans ma mémoire.

" Prêtre et membre de la maison de St. Sulpice, tout Montréal sait combien il fut zélé, prudent, sage, dévoué, aflfable et d'une politesse exquise. Un journal de cette ville a déjà résumé, en deux mots, ses qualités, en disant que la haute société l 'appelait V aimable et le -parfait gentilhomme ; et le peuple le hon M. Prévost.

" Lorsqu'on 1853, le gouvernement voulut bien me nommer Inspecteur d'écoles pour Montréal, etc., je compris que les avis et surtout l'appui d'un homme initié aux travaux scholaires delà ville me seraient infiniment utiles ; je m'adressai donc avec confiance à mon ancien

et affectionné élève M. Prévost, que la Corporation de Montréal avait si judicieusement choisi pour être l'un des Commissaires d'écoles, charge qu'il a si habilement remplie jusqu'à sa mort.

" Malgré ses nombreuses occupations, ce vénérable ami se faisait un devoir de m' accompagner à chacune de mes visites d'écoles. Comme il était aimable et intéressant au milieu de cette belle jeunesse à laquelle il savait communiquer quelque chose de son esprit de travail et d'énergie ! Que d'utiles leçons, que de sages conseils il a donnés aux élèves reconnaissants ! Comme sa parole les impressionnait ! L'époque de mes examens était pour les élèves une vraie fête de famille, parce qu'ils attendaient la visite d'un protecteur, d'un ami, d'un père, dans la personne de M. Prévost qui, de son côté, faisait ses délices de se trouver au milieu des enfants.

" Il n'est plus ! je dois dire ici combien m'a paru vive et profonde la douleur de ces milliers d'enfants des écoles de la grande Cité de Montréal, lorsque se pressant autour de sa dépouille mortelle, chacun d'eux s'empressait de faire toucher à cette main qui les avait si souvent bénis, un livre de piét^, un chapelet, des médailles, etc. C'était certes un hommage bien mérité, à ce vénérable membre de la Maison de St. Sulpice dont

l'esprit de dévouement et de charité était l'âme de ses actions privées et publiqu^,"

F. X. Valade,

Inspecteur d'écoles.

Ce témoignage si flatteur nous dispense de toute réflexion, comme aussi de toute autre recherche sur cette période de la vie du jeune Hyacinthe Prévost.

M. PRtSVOST ÉLÈVE DU COLLÈGE DE MONTRÉAL.

En entrant au collège, le jeune Hyacinthe trouva sa place toute marquée dans le cœur des maîtres et des élèves ; sa sagesse, sa bonne conduite, ses succès^ le firent estimer des premiers ; son afiabilité, sa douceur, ses manières polies, en un mot son caractère heureux et conciliant, lui firent autant d'amis qu'il y avait d'élèves dans la maison.

Le vénérable prêtre qui était alors à la tête du Collège ne tarda point à découvrir les qualités précieuses du nouvel élève, sa piété tendre, son amour de l'étude, son esprit toujours droit, son goût élevé pour les pompes du culte catholique. Hyacinthe, dès sa seconde ann^ç

eut, entre les autres charges confiées ordinairement aux élèves, la plus honorable, celle qui semblait s'adapter le mieux à ses goûts eoclésiastiques, le soin des ornements de l'église et de la propreté du lieu saint. Ses anciens compagnons de collège, se rappellent encore avec quel soin , quelle intelligence la chapelle était toujours entretenue et ornée, surtout aux grandes solennités. En ce genre, chaque fête au collège amenait une surprise. On entourait le jeune sacristain, on l'accablait de félicitations : pour lui, il jetait un bon mot à ses condisciples et se dérobait ainsi à ces petits triomphes qui blessaient sa modestie. Tel était son goût pour l'ornementation des autels que, pendant les Retraites pastorales, on rappelait de Terrebonne le jeune écolier au collège, pour avoir soin de la chapelle ; et quelques membres du clergé, encore vivants aujourd'hui, ont dit depuis qift, pendant ces jours de prières et de méditations, ils n'avaient pas été médiocrement édifiés du zèle déployé par le vertueux écolier pour l'ornement de la maison de Pieu.

Mais voici un témoignage d'autant plus honorable pour la mémoire de notre cher défunt qu'il descend du __ plus haut, et que le digne Evêque , Mgr. Farrell, || Evêque de Hamilton, qui a tracé ces quelques lignes a

vécu, longues années, dans une douce intimité avec M. Prévost :

Monsieur,

" Je m'empresse de repondre à votre lettre et de vous *' communiquer ce que je connais concernant M. Hya- " cinthe Prévost que le Séminaire de Saint Sulpice " vient de perdre.

" C'est avec joie que je me reporte vers les heureuses " années que j'ai passées côte à côte avec lui, comme " condisciple de classe, d'abord au Collège de Mont- " réal, puis au Grand Séminaire.

" Au Collège, M. Prévost fut toujours un par/ait " écolier, dans toute l'acception du terme, exact obser- " vateur du règlement, plein de respect envers les " Directeurs et Professeurs de la maison. Ses condis- " ciples admiraient ses vertus, enviaient ses succès et " l'aimaient tous avec la plus franche cordialité. Le " modeste jeune homme s'efforçait de répondre à toutes " ces marques d'estime et de sympathie, en redoublant ". de prévenances, d'attentions, d'aménité et de cette " inaltérable gaîté qui faisait pour ainsi dire le fond de " son excellent caractère.

" Mais parmi toutes les belles qualités de son cœur " généreux, il en est une qui a brillé au Collège de

" Montréal du plus vif éclat, je veux parler de sa " grande religion.

" Pieux comme un ange, on le voyait, à la prière, " immobile, les yeux modestement baissés et dans l'at- " titude la plus recueillie. A la chapelle, devant le Saint *• Sacrement, une sainte frayeur était peinte sur son " visage et elle redoublait encore pendant l'auguste '* Sacrifice de nos autels.

" Son plus grand bonheur était d'orner le sanctuaire " dont on lui avait confié le soin, et il le ftiisait tou- " jours avec un goût exquis et une grande piété. Je " l'ai vu quelquefois au comble du bonheur, quand on " lui avait remis quelques petites sommes pour la parure " et l'ornement de sa chère chapelle. Alors, il ne pou- " vait plus contenir sa joie et sa reconnaissance."

Ajoutons à ce beau témoignage de Sa Grandeur, Mgr. Farrell, que le vertueux jeune homme devenu prêtre a toujours conservé depuis, ce grand amour et ce grand zèle pour la maison de Dieu. Ceux qui l'ont connu se rappellent encore combien M. Prévost était heureux dans les belles fêtes et les grandes cérémonies

de la Paroisse.

Cependant, quoique sa conduite fut en tout si exemplaire, il lui serait arrivé d'être trouvé une, ou deux fois, en défaut. Un jour, entr'autres, il voulut faire une

petite malice à un condisciple, mais il fut pris sur le fait. C'était avant dîner. <' Allez, lui dit son maître après l'avoir passablement fustigé; vite, au réfectoire, mon ajui, vous en aurez meilleur appétit.^' C'était luimême qui aimait à raconter cette anecdote de sa vie de collège.

^ Les succès qu'il obtenait dans ses études n'étaient pas moins remarquables que ses progrès dans la piété. II faisait partie d'une cVdsse/orte, des rangs de laquelle sont sortis plusieurs hommes remarquables : Mgr. Farrell , aujourd'hui évêque de Hamilton, Messire Limoges enlevé si jeune à l'amour de toute une paroisse, à l'estime générale de tout le clergé du pays ; et M. Labrèche-Viger, député à l'Assemblée Législative.

Le jeune Hyacinthe lutta souvent avec succès contre de pareils rivaux qui, ù. la fin de l'année, se disputaient et se partageaient, au milieu de vives acclamations, tous les prix de leur classe.

Il nous été donné de parcourir plusieurs cahiers de l'écolier d'autrefois ; ils sont tous parfaitement tenus, bien faits, et d'une propreté qui révèle la beauté et la sérénité de son caractère. Quelques pièces de sa composition, débitées sur le théâtre, A, la distribution des prix, peuvent passer pour modèles dans le genre : on peut les voir encore, car elles méritèrent leur insertion

lans lo cahier cTJionneur de l'Académie établie au [Collège de Montréal.

Aimerait-oa à savoir comment l'écolier passait ses vamces dans sa paroisse, pour se reposer des travaux de l'année ? On sait combien les vacances sont, pour le jeune homme, une épreuve délicate. Pendant ce temps de loisir où il est plus abandonné à lui-môme, et* plus exposé aux périlleuses rencontres du dehors, il fait mieux voir ce que la vertu a jeté de racines dans son âme, ou au contraire ce qu'elle laisse à désirer. L'effet ordinaire de cette expérience est d'éprouver les vocations, et c'est lîl une des raisons pour lesquelles les vacances sont réputées nécessaires. Que de fois on a vu des jeunes gens qui donnaient les plus belles espérances, y trouver l'occasion d'une ruine complète, et se perdre irrévocablement pour la religion et la patrie. Mais Hyacinthe avait reçu dans sa famille une éducation première trop profondément empreinte de vertu, et au collège trop d'instruction solide pour être tenté de dissiper ces germes précieux dans les folies du jeune Tige.

Ici encore laissons parler un témoin oculaire, son ami et son protecteur, le digne M. Porlier :

" Dans ses vacances, qu'il passait, partie dans sa famille, partie au presbytère de sa paroisse, il était toujours aimable, poli, respectueux pour ses parents et

pour ceux qui lui portaient intérêt. Il ne l'était pas moins avec ses confrères ; et, on peut le dire, il était comme l'âme de leurs petites fêtes. Au milieu de leurs délassements innocents, il n'oubliait pas ses exercices de piété qu'il remplissait avec une grande régularité. Quant à moi, il m'a toujours témoigné, et jusqu'à la fin, son respect et sa reconnaissance pour les petite services que j'ai eu occasion de lui rendre. Il aimait à. me parler souvent des jours qu'il avait passés en compagnie de ma vénérable tante qui avait su apprécier le riche caractère de ce cher et regretté défunt. C'était, me disaitil, des jours d'un bonheur véritable pour lui et qu'il ne pouvait oublier.

" Dans la douleur que j'éprouve de sa perte, je me console par la pensée qu'il a trouvé au ciel la récompense des vertus qu'il a pratiquées, au milieu des vénérables prêtres en la compagnie desquels il a eu le bonheur de vivre et de mourir."

Ces paroles simples du respectable curé font voir de quel heureux caractère était doué M. Prévost, et quelles sympathies il savait s'attirer de tous ceux qui avaient l'avantage de le connaître. Mais ces paroles nous paraîtront encore plus vraies, le chagrin de M. Porlier sur la tombe de son protégé nous semblera encore plus juste,

lorsque nous l'aurons suivi sur le théâtre plus élevé et

plus vaste où il va exercer désormais son action, et faire briller d'un plus vif éclat ses rares vertus.

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