M. PRÉVOST PROFESSEUR AU COLLÈGE DE MONTRÉAL
Pendant sa dernière année de philosopliic , M. Prévost ne cessa de prier le Seigneur de vouloir bien lui faire connaître sa vocation. Ayant appris, de la bouche de ses maîtres et surtout de son directeur, que Dieu l'appelait à l'état ecclésiastique, il ne balança pas un instant entre les gloires tumultueuses que le monde présentait ù, son imagination, et les rudes labeurs que l'Eglise offrait à sa foi : il prit donc la soutane, et s'appliqua avec une nouvelle ardeur à acquérir les vertus.que demande un état si saint et si sublime.
Ses études classiques terminées, ses supérieurs lui confièrent une des classes élémentaires les plus importantes, la Méthode.
L'enseignement est comme un sacerdoce qui demande des connaissances variées, de la suite dans l'action, une grande patience de caractère et une grande intelligence du cœur humain. Il faut savoir se faire respecter, et
respecter soi-même les élèves, brider leurs petits caprices sans les froisser, stimuler leur émulation par de nobles concours, sans nourir leurs jalousies. Il faut les préparer à leur insu, ou pour l'église ou pour le monde, afin que, arrivés au terme de leurs études, ils ne se trouvent désorientés nulle part, soit qu'ils aient à diriger la conscience des fidèles ou les destinées de la nation.
Le nouveau professeur excellait dans toutes ces choses. Aux manières polies de l'hom;! e de salon, il joignait la réserve d'un Religieux, se faisant tout à tous pour leur avancement personnel. Chaque année ses élèves devenaient bientôt ses amis, ses admirateurs passionnés, ses enfants reconnaissants. Aux vacances, à l'heure toujours cruelle de la séparation, les larmes tombaient avec une égale abondance et une égale sincérité, des yeux des élèves et de ceux du professeur. Nous l'avons déjà dit, il nous a été donné de visiter pes cahiers de notes lorsqu'il était élève et professeur ; or, nous y avons remarqué, plus encore que lorsqu'il n'était que simple élève, même propreté, même soin, même travail, même succès dans les unes comme dans les autres. Quand on a fini de les parcourir, on s'écrie avec satisfaction : Mais c'est admirable l 11 n'est donc pas étonnant que, pendant son fructueux professorat, il ait préparé au pays bon nombre de jeunes
gens qui l'honorent aujourd'hui autant par la solidité de leur talent que par leur chaud patriotisme.
Cependant approchait peu à peu le jour où il devait s'agenouiller devant le Pontife pour recevoir l'onction sacerdotale. Tout en formant ses élèves, il n'oublia point de se perfectionner lui-mC*me dans les vertus et les connaissances propres de son état. On le voyait se livrer avec ardeur à l'dtude de la théologie, des livres saints et des Pères de l'Eglise jusqu'à l'époque de son ordination au sncerdoco.
Car, en même temps qu'il professait au Colléire, il suivait le cours de Théologie du Grand Séminaire. Voici comment il est apprécié sous cette qualité de Séminariste pur son ancien condisciple et ami, Mgr. Farrell, Evêque de Hamilton :
" Au Grand Séminaire, ajoute sa Grandeur, dans la " note que nous avons citée plus haut, M. Prévost mon- " ira constamment un grand esprit de foi. La règle était " pour lui l'expression de la sainte volonté de Dieu, et " il l'observait avec une fidélité exemplaire. Considé- " rant la personne de Jésus-Christ dans les Directeurs " de la maison, il professait à leur égard un amour filial " et un respect sincère, il était, en un mot, un par/ait " Séminariste, comme il avait été un parfait écolier.
" Depuis son entrée dans la carrière sacerdotale, vous
" connaissez mieux que moi, vous qui en avez 6i6 " témoin, les fruits de bénédiction que doivent néces- *' siirement produire dans le champ du Pure de Famille " une vie si saintement commencée, une vertu si pure " et si constanteJ'
Ce fut le 6 juin 1544 que M. Prévost reçut la prôtrise des mains de 3Ionseigneur Ignace Bourget, Evoque de Montréal , dans la chapelle da collège de C2tto ville. (1)
Le 25 septembre de la mOrae année, il entra dans la compagnie de St. Sulpice, et subit ses épreuves fous la conduite du vénérable M. Billaudùle, alors directeur du grand séminaire, et son directeur de conscience depuis son entrée en théologie.
(1) M. Prévost reçut la Tonsure (le Mgr. Ignnce Bourget, Evêque de Montéal, le 4 Juin 1843, dans la diiliédrale de St. jHcqucs de Montréal ; Ie3 Ordres Mineurs, d« Mgr. Joseph Norbert Provencher, Evêqne de Juliopoli?, le 23 Décembre 1843, dans la Ciiapelle des Sœur^-Grises ; le Sous-Diaconnt, de Mgr. Rémi Gaulin, Evêque de King-ton, le 17 Mai 1845, dans la Calliédnile de St. Jacques de Muntréal ; le Diaconat, de Mgr. Jean (Imrles Prince, Kvê-pie de M.-iriyropulis et Coadjiiteur de Montréal, le 20 Décembre 1845, daos la Chi^belle des Sœurs-Grises,