‹ Monseigneur Joseph-Octave Plessis, premier archevêque de Québec. Par L.O. DavidChapitre 17 sur 29 · RÈGLEMENT · texte numérisé non relu

RÈGLEMENT

Prêchant un jour à la paroi^kse et commentant ces dernières paroles du Sauveur mourant, " siLio^fui so?'f^^^ je disais à mes auditeurs que celte soif du divin Maîire, n'était pas seulement une soif naturelle, mais plutôt une soif intérieure, une soif de nos âmes et de nos cœurs. J'ajoutai que celte soif était passée dans le cœur du prêtre, s'il était ce qu'il devait être.

Je serais un menteur et un hypocrite, si je n? soutenais ces paroles par ma conduite et si mon

(1) 1849, 1850, 1851, 18.^2, ISôS, 1854, 1855, 185G, 1857 1858, 1859, 18C0, 18G1, 18G2, 1863. '

zèle ne répondait pas aux expressi lèvres. Donc, le zèle pour le salut des âmes doit être maintenant le mobile de mes actions ; donc, c'est lui que je dois envisager dans l'exercice du saint ministère. Oui, Seigneur : dixi^ nunc cœpi ; je Pai dit, je commence maintenard ; tel est le fruit que je veux retirer de ma retraite. A cet effet, je veux observer le présent règlement, comme devant m'aider à acquérir ce zèle que je veux avoir, et comme devant aussi m'aider à le montrer, dans les occasions qu'il plaira à la divine providence.

O Marie, inspirez-moi les saintes résolutions et pratiques par lesquelles je pourrai satisfaire au zèle de votre cœur ainsi qu'à celui de votre divin Fils !

V Lever. — Je me lèverai à l'heure indiquée par le règlement de la maison, un quart d'heure avant les autres, par permission. Au premier signal, je ferai sur moi le signe de la croix et ferai aussitôt à Dieu, par Marie, l'offrande de mon cœur et des actions de la journée. Je m'habillerai modestement, repassant en mon esprit le sujet d'oraison. Après m'être habillé,

— Gravant de sortir de ma chambre, je me mettrai à genoux pour demander la bénédiction de la Ste. Vierge, par ces paroles : nos cum proie piâ benedicat Virgo Maria ; Vierge Marie^ bénissezmoi par votre divin Fils. Je le fesais étant séminariste, et je ne doute point avoir obtenu par là beaucoup de grâces.

2° Oraison. — C'est en vain que j'essayerai de devenir zélé, si je ne suis pas homme d'oraison. Nécessité donc pour moi de la faire, et de la bien faire ; nécessité aussi de n'y aller que bien préparé, et de prendre les moyens qui doivent m'en assurer le succès. Donc, je dois pratiquer le recueillement, si nécessaire que sans lui, je ne serais qu'un fantôme de prêtre ; je le pratiquerai dans ma chambre, et encore au dehors, en m'entretenant de quelque bonne pensée ; par là je pourrai me délivrer de cette multitude de pensées inutiles qui cherchent sans cesse à occuper notre cœur. (Une heure d'oraison en commençant à cinq heures.)

Je ferai avec la communauté la première demi-heure ; je suppléerai à l'autre par une

préparation plus longue à la Ste. Messe, ou allongeant Paction de giâces.

3° Messe. — Oh ! qu'il m'impoile beaucoup que je la dise bien ! impossible de faire rien de il bon, si la Ste. Messe est pour moi une action ordinaire ; je tomberais bientôt dans une tiédeur qui me conduirait insensiblement à l'endurcissement du cœur. Je ferai donc tous mes efforts pour la bien dire ; je m'y préparerai de mon mieux, réveillant en moi les sentiments de la foi, et purifiant mon cœur par un acte de contrition, avant de la commencer; j'éviterai toute action qui serait de nature à me distraire.

Je ne commencerai jamais sans avoir f)rmulé mes intentions ; je ne me bornerai pas à une intention principale ; j'aurai en outre quelques intentions particulières; le St. Tribunal, les malades, mes parents,etc., m'en fourniront assez.

Je dirai la Messe au lieu et à l'heure indiqués ; si l'obéissance ne m'appelle nulle part, je la dirai aussitôt après mon oraison.

4" Bréviaire. — Si la récitation du St. Office est une source de grâces, il n'en est pas moins aussi une source de péchés, dès qu'on n'y ap-

porte pas les dispositions reqmises. Résolution donc de le bien dire ; pour cela,

1° je ne le dirai pas dans les lieux oh je pourrais être di^trait ;

2" avant de commencer, je me recueillerai, formulerai mes intentions, et me mettrai en la sainte présence de Dieu ;

3" en le récitant, j'éviterai la précipitation et prendrai tout le temps nécessaire ; j'essayerai aussi d'entrer dans les sentiments du St. Roi Prophète et m'unirai à lui et à toutes les dispositions qu'il a eues en composant les Psaumes.

Je ne sortirai jamais le matin, hors quelque cause légitime, sans avoir récité les petites heures ; je dirai Vêpres et Compiles après la récréation.

Pour Matines et Laudes, je les réciterai auprès de mon confessionnal, ou avant d'y aller lorsque je prévoirai ne pas en avoir le temps.

N. B. — Pour le bréviaire, m'occuper intérieurement suivant le tableau qui est en ma possession. {On le trouvera à la fin du volume.)

5" Ecriture Sainte. — Impossible de dire bie^ mon bréviaire, d'annoncer avec fruit la parole de Dieu, d'exhorter avec piété, si je n'étudie la Sainte Ecriture, le livre du prêtre par excellence. A cet effet,

P je lirai'tous les jours un chapitre de l'Ancien Testament ;

2" un chapitre du Nouveau, à l'examen particulier. En outre je donnerai une demi-heure à l'étude des psaumes.

6o Théologie. — • Yœ vobis duces cœci ; malheur à vous^ guides aveugles. Pour éviter ce malheur et cette malédiction de Dieu sur ceux qui y vont à l'aveugle, je donnerai tous les jours une demi-heure ou au moins un quart d'heure à l'étude de la Théologie ; j'y ajouterai une courte lecture de quelques pages de l'histoire de l'Eglise ; et si mes occupations me le permettent, je profiterai de ce temps pour étudier la religion et ses dogmes dans quelques bons livres.

7° Lecture Spirituelle. — Après mon bréviaire,

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-rima principale occupation sera de m'acquilter de ma lecture spirituelle ; si pour quelque raison, je n'avais pu la faire, j'y suppléerais le soir par un chapitre de V Imitation ; la faire le matin ou après la récréation.

8° Coucher. — Après la prière du soir, recueillement et grand silence. Je terminerai la journée par la récitation de mon chapelet: trois choses à éviter en le récitant, défaut d'intention, de recueillement, et précipitation.

Lecture d'un sujet d'oraison, si déjà il n'en a pas été lu un, après la prière de la communauté. Enfin, je ferai cette dernière action avec modestie, je tâcherai de m'endormir dans de saintes pensées. Je ne retarderai jamais l'heure de mon coucher au-delà de neuf heures et demie.

9° Confession. — Toutes les semaines, je ne manquerai pas de me confesser. J'en connais assez le besoin ; qu'il suffise de me rappeler le bien que j'ai éprouvé, toutes les fois que j'y suis allé. Mais je tâcherai de faire mes confessions de mon mieux, m'y préparant avec tout le soin

'possible ; m'examinant avec soin et m'excitant surtout au regret et au repentir.

Les Saints se confessaient chaque fois, comme si c'était la dernière de leur vie. Suivre leurs exemples, ils me conduiront en toute sûreté au salut éternel.

Eviter dans ma confession la routine qui peut se glisser facilement dans cetie pratique de la confession de tous les huit jours ; dans l'examen, éviter l'empressement de finir au plus tôt, sous le prétexte que je ne suis pas obligé de confesser les péchés véniels.

Pour motifs de contrition, la passion du Sauveur, et les plaies de son St. Cœur. (Fidélité, 1850)

Convenir avec mon confesseur d'un défaut K éviter et d'une vertu à acquérir ; en rendre compte en peu de mots à mon ctonfesseur à la confession suivante. (Fidéliié, 1850.)

10° Confessionnal. — J'observerai au confessionnal les règles suivantes :

1» J'y serai assidu, ne m'en dispensant pas sous le moindre prétexte ; il vaut mieux que je ne trouve pas de pénitents, que si les pénitents

étaient obligés de me chercher partout. J'y serai tous les jours, hors le cas où l'obéissance m'appellerait ailleurs, le malin jusqu'à huit heures, hors le temps pascal ; l'après-midi depuis trois heures jusqu'à sept. Les jour.-» de congé cependant, j'irai un peu plus tard. (Les samedis et veilles de fêles, vers les deux heures et quart.)

2° Je ne ferai acception de personne, et recevrai avec la même charité les pauvres comme les riches et ne refuserai personne sans raison.

3" Avant la confession, je dirai avec ferveur mon " Veni Sande Spirilus^'^ pour obtenir les lumières de l'Esprit Saint; j'y ajouterai un Ave 'Maria pour me recommandera la T. S. Vierge.

4° Pendant la confession, 1» je serai attentif à ce que me dira le pénilent ; 2° je ne me presserai pas d'aller au plus vite ; 3° j'élèverai souvent mon cœur à Dieu pour me recommander à lui et lui recommander mes pénitents.

S" Après la confession, dire mon Sub iuum,* etc. ; demander au bon Dieu pardon des fautes que j'aurai pu avoir commises.

Je me rendrai compte de temps en temps de la manière dont je me suis conduit dans tel

ou tel cas, et sur quels principes j'ai donné ou" refusé l'absolution.

11° Malades. — Je partirai au premier instant lorsqu'un malade exigera les secours de mon ministère. S'il est en danger, je m'empresserai de lui donner les derniers sacrements, m'embarrassant peu du temps que j'y donnerai, me rappelant qu'un malade en danger a droit à ma présence plus que cent personnes qui m'attendraient au confessionnal ou ailleurs. Je n'abandonnerai pas mes malades après les avoir administrés, mais je les visiterai de temps en temps pour les fortifier dans leurs derniers moments.

Je ferai cette visite le matin ou pendant la récréation de midi. Deux choses à éviter par rapport aux malades ; faire les visites trop longues, et attendre trop de temps pour les ad- /ninistrer.

12» Visites. — Outre les malades, il est quelquefois à propos de faire certaines visites de convenance, etc. ; les faire courtes et rares sera toujours le mieux pour le prêtre ; il y a plus à

perdre qu'à gagner dans un commerce trop fréquent avec le monde.

13° Chaire. — Lorsque j'aurai à prêcher, je le ferai de mon mieux et m'y préparerai avec tout le soin possible. Je n'aurai jamais la témérité de le faire sans préparation, ce serait évidemment tenter Dieu. De même en sera-t-il toutes les fois que j'aurai à parler aux autres ; j'aurai à prévoir ce que je dois leur dire ; mais, pour le faire avec piété et dans la vue de plaire à Dieu, j'observerai :

1° De ne jamais faire de préparation qu'elle ne soit précédée de la prière ; et lorsque ce sera en certains lieux et devant certaines personnes qui exigeront plus de préparation, je recommanderai la chose à Dieu plusieurs jours auparavant, au St. Sacrifice.

N. B. Si je fais bien mon oraison, je prêcherai avec fruit.

2° Je ne m'amuserai pas à faire des phrases, ni à vouloir briller par le style ou les ornements du discours ; ce serait, à la vérilé, le moyen de plaire, mais aussi de ne réussir jani^is et de ne retirer aucun fruit.

S" Je ne chercherai pas à tout lirer de mon fond, car ce ne serait pas toujours bon ; je me servirai surtout de la Ste. Ecriture et des Pères de TEgliàe, ce moyen m'a déjà réussi.

(Après avoir prêché bien ou mal, gare à la vanité ou à l'amour-propre.)

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