ALLOCUTION
prononcée par Messire M. F. H. Prévost, sur l'Œuvre des Bons-Livres. — 1856.
Defunctus adkuc loquitur ;
H n''est plus, et cependant il nous parle encore (Epitre aux Hébreux, Ch. Il, v. 4.)
Nous ne saurions trop vous recommander, M. F, de profiter des avantages de l'excellente Institution de l'Œuvre des Bons-Livres. Sa Bibliothèque est composée des meilleurs livres de piété, de morale, de religion, sans excepter les ouvrages qui, exempts de toute suspicion dans la foi et dans les mœurs, peuvent servir à l'ornement de l'esprit, comme à l'avancement et au progrès de la science. Voici déjà près de onze ans, qu'elle est ouverte aux Catholiques de Montréal, et Dieu sait quel bien a été opéré par son moyen dans toute cette vaste paroisse.
Un bon livre, dans une famille, instruit, éclaire, fortifie et convertit. Les avis et les instructions que l'on reçoit s'effacent bientôt de la mémoire, s'ils ne sont entretenus par la lecture des bons livres. La piété et l'amour de Dieu sont comme un feu qui s'entretient par les bonnes pensées et les saintes affections. Or, où puise-t-on les pensées salutaires et les pieuses affections ? Dans de bonnes et saintes lectures.
L'admirable conversion de St. Augustin fut commencée par la lecture du livre de la Sagesse ; elle fut avancée par l'exemple de deux courtisans qui s'étaient convertis en lisant la vie de St. Antoine ; elle fut enfin achevée par la lecture du Nouveau-Testament qu'une voix du ciel lui commanda de lire, en lui faisant entendre ces paroles : prenez et lisez. Ce fut par le même moyen que la grâce opéra le changement de St. Sérapion. La lecture de l'Evangile le toucha si vivement qu'il abandonna ses biens ; et après avoir donné aux pauvres jusqu'à ses habits, il portait avec lui son livre du Nouveau-Testament, et disait en le montrant : Voilà celui qui m! a dépouillé. Oh ! qu'une sainte lecture a de force ! Que de bien il lui est donné de faire !
Nous recommanderons donc surtout aux pères et aux mères de famille d'être, des premiers, abonnés à l'CEtfvre
si excellente des Bons-Livres. Grâce à la diffusion de l'enseignement dans toutes les classes de la société, le plus grand nombre des enfants savent lire. Bientôt même tous seront initiés à cette première connaissance des lettres humaines qui ouvre devant eux les avenues de toutes les études.
" A l'aide donc de cette première initiation, ne l'oubliez pas, M. F., vous dit ici par ma bouche, un savant et pieux Eveque, les yeux de vos enfants seront ouverts, l'arbre de la science du bien et du mal est mis à leur portée. Il s'agit de savoir si vous voulez qu'ils vivent, ou qu'ils meurent ; qu'ils se nourrissent d'aliments sains ou empoisonnés ; qu'ils deviennent comme des Dieux en s'éclairant de la lumière qui vient du Ciel, ou qu'ils descendent au niveau de la brute, en s'enivrant des fumées qui sortent des puits de l'abîme ; car une fois mis en possession de la faculté de lire, il n'est plus en votre puissance d'en empêcher l'exercice. Si vous mettez entre leurs mains de bons livres, ils les liront dans la simplicité de leurs cœurs ; leur curiosité satisfaite, le peu de loisir que le travail leur laisse pour la lecture, n'éveilleront point en eux la dangereuse tentation de s'en procurer d'autres, et vous aurez la consolation de les voir croître en savoir, sans péril pour la vertu. Si, au contraire, ces eaux pures leur manquent,
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combien n'est-il pas à craindre qu'emportés par cettô jeune ardeur que leur inspire une connaissance nouvellement acquise, ils n'aillent s'abreuver à des sources corrompues ? Que dis-je ? ils n'auront pas besoin d'aller à la rechercbe du mal ; le mal viendra de lui-même au WÊ devant d'eux. Les bons livres se font chercher ; les livres corrupteurs, sans parler de l'attrait qu'ils présentent aux mauvais instincts de notre nature, n'attendent pas même qu'on les désire ; ils viennent d'euxmêmes frapper à notre porte et se placer sous nos yeux et sous notre main." __
Hélas ! vous le savez, M. F., les mauvais livres multipliés, de nos jours, par milliers et par centaines de milliers, ne connaissent plus de limites à leur cours dévastateur. C'est un torrent qui, du haut des mon- « tagnes dont il a déchiré les flancs, s'est précipité dans les humbles vallées, inondant les places publiques et couvrant toute la face de la terre de son limon impur. Ce n'est plus seulement par les gros livres, que les hommes de loisir et d'étude peuvent seuls digérer, que le poison circule au milieu de nous, mais par cette dissémination de petits écrits, de feuilles légères et de brochures suspectes, infectés du venin de l'irréligion, remplis d'attaques grossières ou de perfides insinuations contre l'Eglise et ses ministres, ou enfin, flattant la plus
dangereuse des passions par le brillant des images. Parents, fermez bien la porte de vos demeures à de pareils hôtes. Un mauvais livre dans une famille est un serpent que vous gardez, qui fera une blessure mortelle, au moment que vous y penserez le moins. En vain vous dira-t-on que ces livres sont composés avec esprit, que l'on y apprend la beauté du style et la pureté du langage ; que l'on y trouve des choses amusantes et agréables. Laisseriez-vous, je vous le demande, M. F., laisseriez-vous un poison entre les mains de vos enfants, parce qu'il serait agréable au goût ? Les couvririez-vous des vêtements d'un pestiféré, parce qu'ils seraient d'une forme élégante et gracieuse ? Les engageriez-vous à aller se récréer au dessus d'un gouflFre, parce que sa surface serait couverte de verdure et de fleurs ? A ceux qui vous vanteraient ainsi ces livres suspects, répondez-leur, avec un grand saint et un grand savant aussi. St. Augustin , que par ces mauvais livres, on n'apprend pas à devenir éloquent, mais à devenir vicieux ; et que par ces lectures amusantes, on apprend à connaître le mal sans horreur, à en parler sans pudeur, à le commettre sans retenue.
Mais comment échapper à ces pièges si habilement tendus sous vos pas ? Quel remède apporter à ce mal qui menace de dévorer les parties encore saines du corps
moral ? Quelle barrière opposer à cette contagion des mauvais livres qui s'étend et gagne de proche en proche comme une gangrène? Un seul moyen de préservation, une seule chance de salut nous sont laissés, c'est de combattre le mal par le bien, le mensonge par la vérité ; c'est d'offrir, pères et mères, de bons livres à vos enfants qui ont le goût et le temps de lire, pour leur ôter la tentation d'en lire de dangereux et de mauvais ; parlà, vous pourrez neutraliser en quelque sorte l'action du poison par celle de l'antidote, si, malgré votre vigilance, le poison arrive jusqu'à eux. Or, c'est justement pour venir à votre aide et à votre secours, en mettant à votre disposition une riche collection de livres aussi instructifs qu'amusants, que Y Œuvre des Bons-Livres a été instituée au milieu de vous. L'Œuvre des Bons-Livres est comme un arsenal muni de toutes pièces ; ou plutôt, c'est cette tour de David d'où pendent mille boucliers, où chacun puisse s'armer du casque du salut et du glaive de la parole pour la défense de son plus précieux patrimoine.
A l'aide encore de V Œuvre des Bons-Livres, vous pouvez, M. F., utiliser ces longues veillées d'automne, où sans cela vous seriez, comme bien d'autres, exposés à vous laisser aller à une profane joie. Sous l'impression de ce charme innocent d'une bonne lecture, vous
oublierez les labeurs de la journée ; ou, si c'est un jour de fête, vous prolongerez avec bonheur le saint repos qui en a consacré tous les instants.
Quel spectacle digne des complaisances du Ciel, s'écrie le saint Pontife à qui j'emprunte aujourd'hui une bonne partie des paroles que je vous adresse, quel spectacle que celui d'une famille chrétienne, réunie le soir autour du foyer domestique, après les travaux des champs ou les pieux loisirs du jour du Seigneur ! L'heure de la prière commune a sonné, mais on veut la faire précéder d'une lecture édifiante. Alors l'heureux privilégié de l'instruction, vers lequel se portent tous les regards avec une admiration mêlée d'envie, ouvre un de ces volumes que r Œuvre des Bons-Livres a mis dans ses mains et qui lui fournissent tour à tour les sujets de lecture les plus variés, les plus utiles et les plus attrayants. C'est tantôt une solide explication des principales vérités de la foi ; tantôt l'histoire de la Keligion et de l'Eglise, où se révèle à chaque page le doigt de Dieu ; c'est la vie des Saints, ces héros du Christianisme, nos lumières, nos protecteurs et nos modèles ; ce sont enfin des anecdotes morales, les traits les plus touchants des Ecritures inspirées de Dieu. Chacun prête à ces lectures une attention recueillie. Les petits enfants boivent d'une
oreille avide les merveilleuses et naïves histoires d'un
Foseph, d'un Tobie, d'un Daniel qui ne s'effaceront plus de leur mémoire. Les vieillards méditent les oracles de la Sagesse éternelle auxquels ils comparent les proverbes des anciens qu'il ne faut pas mépriser, et les maximes qu'ils ont apprises de leur longue expérience ; enfin, tous se sentent exhortés intérieurement à admirer Dieu dans ses ouvrages, à bénir sa Providence, à porter avec résignation, et la malice de chaque jour, et le poids de toute une vie pleine de misères, en vue de la récompense promise.
Qu'ils sont donc précieux les avantages que l'on peut retirer de l'établissement au milieu de nous de V Œuvre des Bons-Livres ! Sachons donc, M. F,, en profiter, en vue de nos intérêts les plus chers, et de ceux de vos familles. Puissent mes paroles vous y porter ; c'est là tout le vœu de mon cœur ! Âmen.