‹ Monseigneur Joseph-Octave Plessis, premier archevêque de Québec. Par L.O. DavidChapitre 6 sur 29 · QUELQUES NOTES RELATIVEMENT A LA FRANCE · texte numérisé non relu

QUELQUES NOTES RELATIVEMENT A LA FRANCE

Il exprime le plaisir qu'il éprouve de pouvoir parler français et de fouler le sol de la France, puis il ajoute :

" Après avoir voyagé dans les élégantes voitures d'Angleterre et y aToir été conduit par des chevaux luisants et noblement enharnachés, on recule presque d'horreur à la vue des lourds et sombres carrosses de France, portés sur des roues aussi épaisses que celles des chariots, et conduits par des chevaux assez vigoureux, mais maigres, sales, attelés de cordes ou de mauvais cuir, avec des attels de colliers larges comme des cangues et surmontés de quatre à cinq livres de laine bleue ou rouge...

"'Les chemins, quoique inférieurs à ceux d'Angleterre, étaient néanmoins beaux, et nous les avons trouvés semblables par toute la France... Les hôtelleries de France ne valent pas celles d'Angleterre du côté de l'ordre et de la propreté. On n'y connaît point l'usage des tapis, quoique les appartements aient généralement des pavés au lieu de plan-

chers, ce que les étrangers trouvent fort incommodes pour les pieds et encore plus pour les genoux, quand ils veulent prier. "

D'un autre côté, les campagnes lui parurent plus riantes en France qu'en Angleterre. " Plus de ruisseaux, écrit-il, plus de bosquets ; les arbres, même isolés, ne présentent pas la même monotonie ; les vallées sont plus variées ; les champs, plus vastes, ne sont pas divisés, comme dans l'autre royaume, à

l'instar des carreaux d'un damier On y a

un soin extrême d'entretenir une rangea d'arbres de chaque côté des grands chemins, et il y a très-peu d'endroits où ce soin soit négligé. "

NOTES SUR L'iTALIE.

Ses remarques sur l'Italie sont fort intéressantes. Il parle avec enthousiasme de la Savoie, de son clergé surtout dont il vante le patriotisme et le dévouement sans bornes.

'' Toute petite qu'est la Savoie dit-il, il n'est pas rare d'y trouver des ecclésiastiques, devenus curés, qui ne sont jamais sortis de leur patrie. Celui qui a été jusqu'à Turin, ou de l'autre côté, jusqu'à Grenoble, passe pour

un homme qui a beaucoup couru. C'est bien autre chose s'il a vu Lyon, ou Milan, ou Gênes 1 les autres se rangent autour de lui et l'écoutent en silence, pendant qu'il raconte les choses merveilleuses qu'il a rencontrées dans ces longues et extraordinaires excursions. Quelle doit donc être leur surprise de voir chez eux des hommes venus du Canada 1 La géographie leur apprend qu'il existe une telle contrée ; mais que l'on ose venir de là dans leur pays, c'est une entreprise dont la hardiesse peut à peine leur entrer dans la tête. " '' Le Piedmont, écrit l'évoque, est un pays fertile,bien fait pour contraster avec la maigre Savoie. Les champs, très étendus, sont cultivés comme des jardins. Les vignes ne sont pas

comme en France, des arbrisseaux

elles sont très-hautes et très grosses ; chacune est attachée à un arbre. Ces arbres, qui sont communément des ormes, sont plantés sur toutes les terres en ligne droite et à perte de vue... Cette manière de réunir la vigne aux arbres et d'en orner les champs ensemencés n'est pas particulière au Piedmont ; elle est commune à toute l'Italie, où le bon vin

abonde, quoiqu'on n'y trouve point de vignoble proprement dit. Qui, en voyant cette manière d'unir la vigne aux ormeaux, ne ^ti rappellera le ulmisque adjungcre vîtes de Virgile ? Dès le temps de ce poète l'on avait déjà, sans doute, adopté en Italie le genre de culture qui s'y pratique encore. "

" Presque partout, dans le Piedmont, on trouve d'espace en espace, sur les bords du chemin,non-seulement des croix plantées,mais de petites chapelles, ou plutôt des colonnes carrées, hautes d'une douzaine de pieds et sur lesquelles sont peintes des images pieuses. Dans les villages, les boutiques ont souvent pour enseignes des peintures de ce genre,

appliquées sur le mur ;. il faut avouer

que des yeux catholiques retrouvent avec délectation ces monuments de la piété publique. " i

Piome devait naturellement l'impressionner vivement.

" Rome, écrivait-il, n'est pas la plus belle ville du monde, mais elle est assurément la plus curieuse, la plus célèbre, la plus digne de fixer les regards d'un étranger et d'exalter

son imagination, par des souvenirs de toute espèce, par les monuments profanes et religieux, anciens et modernes, dont'elle est remplie. On se sent élever l'âme, en réfléchissant que l'on marche sur les mêmes places et dans les mômes rues que foulèrent autrefois les pieds du sage Numa, du sobre Quintus Fabius, des Camille, des Scipion, des Pompée, des Gicéron, des César, des Constantin. Mais ce sentiment acquiert bien une autre énergie, lorsqu'un chrétien y reconnaît les lieux arrosés des sueurs des apôtres et du sang des martyrs ; lorsqu'il voit le chef de l'Eglise catholique régner en souverain et faire régner la vraie religion et toutes les vertus sur le même trône où tant de scélérats • et d'impies s'assirent autrefois en maîtres, et dans la même ville qui fut si lontemps livrée au culte sacrilège de toutes les fausses divinités. "

On aimera sans doute à connaître le jugement que portait un homme si sage, sur le gouvernement pontifical et sur les chefs de l'état ; son journal nous fournit à ce sujet les passages suivants.

" Considéré sous le rapport politique, le souverain pontife a une autorité sans bornes. Sa volonté fait loi ; mais il s'en faut bien que ce despotisme tende à molester le peuple. Au contraire, il est avoué que le gouvernement de l'état ecclésiastique est le plus doux et le plus paternel qui existe au monde. S'il y avait quelque chose à lui reprocher, ce serait moins un abus d'autorité qu'un défaut d'énergie.

"• Des écrivains mal intentionnés, les uns protestants, les autres mauvais catholiques, se sont beaucoup récriés sur le luxe des cardinaux et les ont donnés comme tout occupés de vanité et menant une vie oisive et délicieuse. Rien de plus calomnieux que ces im- ' putations. Les cardinaux sont généralement des personnages qui ne sont conduits à cette dignité que par leur piété, leur savoir et les services qu'ils ont rendus à l'Eglise, dans des situations moins importantes. Parvenus à la pourpre, ils mènent une vie fort retirée, mangent rarement au dehors et donnent encore plus rarement à manger chez eux. S'ils habitent des palais, s'ils ont des domestiques et des équipages, ils ne font en cela que ce que font

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les ambassadeurs étrangers, les princes et les nobles de l'état pontifical, qui tous leur sont inférieurs en dignité. Car chacun des cardinaux peut parvenir au souverain pontificat, et ils sont réellement à la cour de Rome ce que sont les princes du sang dans les autres cours. D'après cette observation, on n'a pas droit de trouver mauvais qu'ils gardent un certain décorum ; on a plutôt à s'édifier de leur modestie et de l'emploi que font de leurs revenus ceux d'entre eux qui sont riches par eux-mêmes ; les autres, réduits au traitement de cinq mille scudis par an, qui leur est alloué parle pape, n'ont pas le moyen de faire grande figure, quand on leur en supposerait l'inclination. Mais ils sont plus remarquables par leur aumônes, par leur régularité et leur piété, que par ce prétendu luxe qui leur est attribué par la malveillance de ceux qui veulent que tout soit mauvais dans la cour de Rome, et par l'ignorance d'autres qui, ne l'ayant pas vue, sont les dupes de ces calomnies. "

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