MANDEMENT POUR DES PRIERES PUBLIQUES
29 octobre 1812.
Joseph Octave Plessis,
Par la miséricorde de Dieu et la grâce du saint Siège apostolique, Evêque de Québec, etc. A tous les fidèles de Notre Diocèse
Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur.
Il y a plus de quatre mois que la guerre eét déclarée, nos très chers frères, et cependant il ne vous a pas encore été indiqué de prières publiques pour détourner de dessus vous les suites malheureuses auxquelles ce fléau expose d'ordinaire les pays qui en sont désolés. Il est vrai que, jusqu'à ce jour, la guerre n'a servi qu'à mettre en évidence notre supériorité sur l'ennemi que nous avons en tête. Les différentes actions ^dans lesquelles nos forces se sont trouvé engagées, ont été autant de victoires pour nous, autant de leçons pour lui. Il a dû apprendre com-
bien peu il gagnerait à attaquer cette province, puisque celle du Haut Canada, avec une poignée de troupes et de milices, lui a fait éprouver des revers auxquels il ne devait nullement s'attendre. Ce ne sont pas seulement les succès obtenus dans le mois d'août dernier, que nous prétendons vous rappeler ici, mais encore et principalement la glorieuse victoire remportée le 13 du courant, entre Niagara et le Fort Erié, où un détachement de l'armée britannique.peu considérable, mais composé d'autant de héros que d'officiers et de soldats, vient de battre et de détruire une division plus que double de son nombre, et de faire sur elle 900 prisonniers, laissant à peine à l'ennemi autant de monde qu'il lui en fallait pour enlever ses morts et ses mourants étendus sur le champ de bataille.
Après un aussi brillant succès, que ne devez-vous pas espérer, nos très chers FRÈRES dans le cas où l'ennemi, poussant plus loin sa témérité, oserait entreprendre l'invasion du Bas-Canada ? Que n'aurait-il pas à craindre d'une armée qui, par son organisa-
tion et sa discipline, fait l'admiration des officiers les plus expérimentés ; d'un peuple entier brûlant du désir de se lever en masse pour donner des preuves de sa fidélité et de son courage : d'un commandant en chef, dont l'activité infatigable fait le sujet continuel de vos conversations, dont la condescendance a gagné tous les cœurs, dont la sage expérience a prévu tous les dangers, dont l'impartialité fait comprendre à tous les sujets de Sa Majesté dans ces provinces qu'ils n'ont qu'un seul et môme intérêt, celui de la défense commune ?
Peut-être, nos très chers frères, qu'à nulle autre époque avant celle-ci vous n'avez senti, comme vous le faites, combien la divine Providence a été libérale envers vous lorsqu'elle a permis que vous devinssiez sujets d'un gouvernement protecteur de votre sûreté, de votre religion, de vos fortunes ; d'un gouvernement auprès duquel les peuples opprimés, les souverains détrônés, les victimes sans nombre de l'ambition et de la perfidie d'un conquérant insatiable, viennent chercher un asyle et des moyens de lecou-
rONSEIGNEUR PLESSIS.
vrer leur liberté ravie ou de défendre le peu qui leur en reste. C'est dans le sein de ce gouvernement paternel que vous vivez ; c'est par ses ordres que vous courez aux armes avec une ardeur presque sans exemple ; c'est de ses officiers que vous apprenez les exercices militaires, c'est sous ses drapeaux que vous deviendrez invincibles. Quelle satisfaction pour vous, CHERS Canadiens, lorsqu'à la fln de cette guerre, vous vous rappellerez qu'elle a été, en grande partie, soutenue et heureusement terminée par vos efforts, par votre zèle, par votre'^esprit de subordination et d'obéissance à ceux qui en dirigent les opérations.
S'il vous fallait quelque motif ultérieur d'affection et de confiance au gouvernement britannique, nous vous inviterions à jeter les yeux sur le Portugal et l'Espagne. Ces deux royaumes presque anéantis par une invasion perfide ont appelé l'Angleterre à leur secours^ Elle n'a épargné ni soins, ni troupes, ni flottes, ni argent pour leur délivrance. Elle a mis à la tête des forces combinées un des plus habiles généraux du monde, lequel, après
avoir lassé et harcelé, pendant trois ans, l'armée française, s'est dernièrement couvert de gloire dans la mémorable bataille de Salamanque, a mis l'ennemi dans une dérpute complète et le poursuit encore, sans que l'on puisse calculer jusqu'où s'étendent les fruits prodigieux de cette victoire.
Quelle ample matière d'actions de grâces pour vous, NOS TRÈS CHERS FRÈRES, qui daus tous ces avantages reconnaissez la main de Dieu relevant les faibles, abaissant les superbes, récompensant la Grande Bretagne de sa juste horreur pour les principes de la révolution française, source malheureuse d'où ont découlé tous les maux qui, depuis vingt deux ans, désolent l'ancien et le nouveau monde et qui menacent enfin de s'étendre jusqu'à vous !
Car au milieu des grands succès qui couronnent les armes de notre très gracieux souverain, il ne faut pas, nos très ghers FRÈRES, perdre de vue l'inconstance des choses humaines. Il n'est cause si juste, armée si formidable, mesures si bien prises, qui soient à l'abri de tous les revers. Dieu
les permet quelquefois, ou pour éprouver ses serviteurs, ou pour puuir son peuple de quelque infidélité. Ainsi les Machabées, armés pour la défense de leurs foyers et de leurs autels et animés du zèle le plus pur pour la loi sainte, éprouvent, néanmoins, des pertes et des défaites qui ne servent qu'à redoubler leur piété et leur courage. Ainsi Israël, tout glorieux de la prise miraculeuse de Jéricho, est repoussé avec perte de devant la ville de Haï, en punition de la désobéissance et de l'avarice d'un seul homme.
Deux choses vous sont nécessaires, ô miliciens chargés, sur la frontière, de la défense de nos plus chers intérêts, et vous. Commandants et officiers de ces corps estimables* La première est de ne pas mettre votre confiance dans vos propres forces, comme feraient des infidèles. Hi in curribus^ et hi m equis. Les brillants succès que nous attendons de votre ardeur militaire reposent essentiellement sur la bénédiction que Dieu voudra bien donner à vos armes.
Nos autem in nomine Domini Dei nostri invo cabimus. La seconde est de fuir les vices qui,
en vous rendant indignes de la protection du Ciel, pourraient attirer sur votre patrie quelque fâcheux et humiliant revers. Que le saint nom de Dieu ne soit donc jamais blasphémé sous vos tentes ; que la piété, la justice, la charité, la pudeur régnent dans vos discours et dans toute votre conduite. Ah ! que les ennemis du dehors sont peu redoutables au soldat chrétien qui a su mettre le Seigneur dans ses intérêts !
Et vous, NOS TRÈS CHERS FRÈRES, qui,
éloignés du champ de bataille prenez néanmoins une part si vive au sort de nos guerriers; milice sédentaire impatiente d'être appelée à partager leurs travaux ; femmes pieuses qui, avec une émotion mêlée de confiance, vous attendez au départ de vos époux comme vous consentez à celui de vos enfants ; prêtres dont le zèle ardent pour la cause publique s'est communiqué si efTicacement à vos ouailles par le ministère de la parole, ou qu'une charité attentive a conduits au camp pour y encowrager vos jeunes paroissiens ; que vous reste-t-il à faire, sinon de lever les mains vers le ciel comme Moïse, si l'armée
d'Israël en vient jamais aux prises avec les Amalécites ? Remercier Dieu des avantages qu'il a déjà accordés à nos armes ; le prier instamment de continuer sa protection toute puissante à ce vaste empire, spécialement à la partie que nous en occupons, afin qu'à la présente guerre succède une paix prompte, solide et honorable ; ce sont des devoirs que vous impose cet esprit de religion, de loyauté et de patriot'isme qui s'est manifesté dans toutes les parties de notr» immense troupeau avec une consolation infinie pour le pasteur
Mandement de monseigneur j. o. plessis.év^qce DE Québec, pour des prières publiques.
11 Novembre 1813.
Joseph-Octave Plessis, par la grâce de Dieu et du saint Siège aposloliqueyévêque de Québec, etc. etc. Au clergé et aux fidèles du district de Montréal,
Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur.
Nous apprenons dans ramertume de notre âme, Nos très chers frères, que nonobstant l'échec considérable reçu dans le haut de la rivière Chateauguay, nos ennemis se présentent d'un autre côté en grande force pour envahir votre district. Que ne nous est-il donné de voler à votre secours et de nous mettre au devant de leurs bataillons pour protéger contre leurs attaques cette portion de notre cher troupeau. Mais les armes que la Providence nous a mises en main n'exigeant pas notre présente au milieu de vous et pouvant opérer de loin comme de près,
nous nous bornerons à gémir sur le pavé du sanctuaire et à demander à Dieu avec larmes la délivrance des maux qui nous menacent.
Guerriers, c'est à vous qu'il appartient de vous opposer comme un mur à l'approche des ennemis et de déconcerter leurs mesures. Ils cesseront d'être formidables dès que le Dieu des armées combattra avec nous. Marchez au combat comme à la victoire. Soutenez cette réputation d'obéissance, de discipline, de valeur et d'intrépidité que vous ont méritée vos premiers succès. Votre confiance ne sera pas vaine, si en exposant vos vies, pour la défense de votre roi et de vos foyers, vous avez soin avant toute chose de faire votre paix avec Dieu. En vous mettant dans la nécessité de combattre les ennemis de l'état, il vous impose l'obligation préalable de vous réconcilier à lui. C'est à cette condition qu'il s'engage à vous protéger, or vous n'ignorez pas que de cette protection beaucoup plus que de vos efforts et de vos veilles dépend la conservation de nos cités et de nos forteresses, [Ps. 122) Nisi Dominus custodierit civitatem^ fustra vigilat qui custodit eam.
Pour VOUS, prêtres, clers, vieillards, femmes, malades, enfants, qui par état ou par circonstance êtes dispensés du service militaire, ne restez pas dans une stérile inquiétude des événements de la guerre Unissez-vous de cœur et d'esprit à votre premier pasteur ; servez la patrie autant que vous le pouvez, soit en priant avec plus de ferveur dans vos maisons, soit en vous rendant chaque jour aux pieds des autels pour répandre vos âmes devant le Seigneur et faire au ciel une sainte violence.
Vous savez qu'il peut accorder la victoire au petit nombre comme au plus grnnd. (Reg. 1 4. C. ) No7i est Domino difficile salvare vel in multis velinpaucis. Suppliez le donc en toute humilité de ne pas appesantir son bras sur nous, mais de faire ( Ps. 9. 16 ) tomber nos ennemis dans les pièges qu'ils nous préparent, en sorte que leurs nouvelles tentatives ne servent qu'à donner à nos armes un nouveau lustre, et à nous une occasion de plus de chanter à jamais ses miséricordes.
EXTRAITS DU JOURNAL DANS LEQUEL MGR PLESSIS ÉCRIVIT SES IMPRESSIONS PENDANT SON VOYAGE EN EUROPE.
Voyons d'abord ce qu'il dit et pense en arrivant à Liverpool.
" Quelle ville que celle-ci ! Quel bruit 1 Quelle obscurité ! Gomme les premières rues que l'on rencontre sont étroites ! quelle puanteur occasionnée par la vapeur du charbon de terre ! Tout en est affecté : têtes, poitrines, linge, murs, appartements. Il faudrait beaucoup de temps pour détailler tout ce que Liverpool offre d'abord de curieux et ensuite de désagréable aux yeux d'un étranger, surtout lorsqu'il n'a pas encore voyagé en Angleterre. "
mgr plessis visite les institutions catholiques, recueille des renseignements sur l'État de la religion et fait les , réflexions QUI suivent :
" Les étrangers ne soupçonneraient pas
que la religion catholique eût autant de
ressources, dans un royaume où elle a été en proie à de si nombreuses et si violentes persécutions. Mais Dieu s'y était réservé des élus, et l'on peut dire à la louange des catholiques anglais, qu'ils sont les sujets de l'empire les plus paisibles. Le gouvernement leur rend cette justice, mais n'a encore pu se résoudre à leur émancipation, par diverses considérations politiques dont la plus vraisemblable est la jalousie qu'en éprouverait le
peuple d'Irlande, auquel on ne veut
point l'accorder. "
" On pourrait ajouter à cela l'opposition constante du clergé anglican dont les prélats croient apercevoir leur ruine dans l'émancipation des catholiques ; ceux-ci continuent de pétitionner le parlement pour leur émancipation, parce qu'ils voient avec peine les familles nobles de leur communion exclues des places auxquelles leur naissance les appelle. 11 est remarquable que le premier duc et le premier comte d'Angleterre soient catholiques. (*) Ajoutez-y plusieurs autres
{*) Le duc de Norfolk, et le comte de Shrewsbury.
lords et barons, obligés de vivre dans leurs terres, sans prendre aucune part aux affaires publiques, privation qui devient pour eux une tentation presque continuelle d'abandonner la religion catholique, et qui les fait trembler
pour la persévérance de leurs enfants
Du reste, sous une infinité de rapports, l'émancipation ferait plus de mal que de bien aux catholiques, en réveillant la vanité, l'ambition de parvenir aux places qui leur seraient ouvertes, et en les jetant, au préjudice de leur foi et de leur morale, dans les sociétés protestantes. "
Ces prédictions se sont en partie réalisées, dit M. Ferland, car lorsque l'acte d'émancipation eût été accordé aux catholiques, quelques-uns des grands seigneurs qui avaient conservé extérieurement la religion de leurs pères, plutôt par un sentiment d'orgueil que par attachement à la foi, renonceront au catholicisme, qu'ils regardaient comme plus gênant dans ce monde que le protestantisme.
A la suite de ces réflexions sur l'état de la religion catholique en Angleterre, l'évêque tourne ses regards vers le Canada. " Les ha-
bitants du Ganada,dit-il,se félicitent beaucoup de n'avoir jamais eu à gémir sous les privations qu'endurent les catholiques en Angleterre. Hélas ! s'ils considéraient la chose sous le rapport de la religion, ils reconnaîtraient qu'ils n'y ont rien gagné. La liberté de la religion ne consiste pas précisément à faire des processions dans les rues, à porter les sacrements au dehors avec solennité, à faire marcher la croix et le clergé à la tête d'un convoi. Cet extérieur a assurément son avantage et donne à nos cérémonies une pompe dont Dieu peut tirer sa gloire. Mais, indépendamment de tout cet extérieur, on peut dire que la religion est libre, lorsque les fidèles peuvent, sans être inquiétés, en faire les exercices dans leurs maisons et leurs églises, entendre la parole de Dieu, chanter ses louanges et participer-aux sacrements. Les catholiques anglais ont cet avantage et l'apprécient beaucoup. "
MONSEIGNEUR PLESSIfl. ~ 101