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Monseigneur Plessis [microforme]

IL est un portrait que l'étranger visitant le Bas-Canada trouve partout, dans la demeure du riche comme dans la maisonnette du cultivateur, depuis les côtes de la Gaspésie jusqu'aux plaines de l’Ottawa.

Et lorsque cet étranger demande quel est l'homme dont le peuple canadien conserve ainsi la mémoire et les traits remarquables, on lui répond : C’est monseigneur Plessis.

Et chacun vante à l’envi les talents et les

vertus de cet illustre évêque.

Ayant entrepris d'écrire la vie ‘du hommes qui ont le plus honoré le nom canadien par la grandeur du caractère et

de l'intelligence, je ne pouvais m'empêcher ac parler de Mgr. Plessis. Dessinons en quelques coups de crayon cette noble figure aont l'éclat illumine les plus belles pages de notre histoire religieuse et nationale.

Au moment où la Nouvelle-France passait, après une lutte héroïque et désespérée, sous la domination anglaise, la Providence, qui veillait sur ses destinées, faisait naître, à Montréal, dans une humble et pieuse famille, un enfant de prédilection que l'église baptisait sor:: la nom de Joseph- Octave Plessis. Son père, sieur Joseph Plessis, et sa mère, Louise Ménard, avaient une grande réputation de foi, de vertu et de probité. Ils accueillirent avec joie la naissance de cet enfant dont ils résolurent

‘de faire, à tout prix, un bon chrétien et un

bon citoyen. Ils virent bientôt avec bonheur que leurs peines ne seraient pas perdues. Joseph-Octave était doué d’une belle intelligence et du caractère le plus heureux.

Après quelques mois passés dans l’école paroissiale du célèbre père Lucette, il entra à l’école latine que monsieur Curateau ouvrit d’abord à la Longue-Pointe et continua au château Vaudreuil, dans la ville de Montréal. Cette école devint plus tard 1e collége de Montréal, où la jeunesse fait sans bruit et sans éclat de si fortes études. Mais à cette époque, l’école de monsieur Curateau, la principale maison d'éducation de Montréal, avait des proportions très modestes ; on y enseignait bien les belles lettres, mais on n'allait pas plus loin ; la rhétorique était la colonne d’'Hercule qu’on ne pouvait dépasser. Ceux qui désiraient terminer leurs études étaient forcés d’ailer au petit séminaire de Québec.

Or, aller à Québec en ce temps-là n’était pas chose facile et agréable comme aujourd’hui ; on ne s’endormait pas, le soir, à Montréal, à bord d’un de ces palais flottants, qui sillonnent maintenant le St.

Laurent, pour se réveiller à l’ombre du

cap Diamant. C’était l’époque paisible où les goëlettes et les calèches d’heureuse mémoire se disputaient seules les faveurs publiques. (On partait quelquefois de Québec le vingt-cinq juillet, et on arrivait à Montréal vers le premier septembre, cinq semaines après ; souvent, lorsque les élèves dont les parents demeuraient à Montréal, mettaient le pied sur le seuil de la maison paternelle, leur vacance était finie ; ils l’avaient passée en goëlette.

“ Bien différente était la voie de terre, “ dit le savant abbé Ferland, pour les vigou- “reux gaillards qui préféraient la suivre.

“ Réunis dans la chapelle du Séminaire, les “ voyageurs saluaient, par un cantique, læ “ protectrice des pélerins ; puis la bande “ joyeuse défilait; elle poussait un cri “ d'adieu au milieu de la grande cour, et “ comme une volée d’outardes, se dirigeait “vers l’ouest, qui pour elle renfermait la “ terre promise.’?

Lorsque le jeune Plessis eut appris tout

cesque le bon M. Curateau pouvait lui enseigner, il refusa d’aller continuer ses études à Québec et manifesta le désir de rester à la maison paternelle. Nous croyons devoir détacher ici une des jolies pages de M. Ferland.

“ Monsieur Joseph Plessis, à qui l’étudi- “ant communiqua son projet, ne voulut “ point forcer les inclinations de son fils ; “ mais, d'un autre côté, il comprenait qu'il “ne fallait pas compromettre l'avenir de “ses enfants en se prêtant à leurs fantai- “sies. Il était père comme on l'était “alors, c’est-à-dire le chef de la famille.

“Tout en se rendant aux justes demandes “de son fils, il aurait cru manquer à son “ devoir s’il se fût laissé guider par des “ projets éphémères. “C’est bien, Joseph,'’ “ répondit-il au jeune homme : “ demain “vous quitterez le capot d’écolier ; vous “ prendrez le tablier et vous descendrez “ avec moi à la forge. Quand vous voudrez “reprendre vos études, vous m'en aver-

“tirez.” Ce n'était pas précisément la “réponse qu'attendait l'écolier ; mais il “ fallait se soumettre car, suivant une ex- “ pression, la parole de son père’était une “ parole de roi.

“ Le jour suivant, Joseph-Octave Plessis “ maniait le soufflet et frappait l’enclume ! “ Les heures semblaient longues au nouvel “ ouvrier peu accoutumé aux travaux ma- “ nuels ; en effet, pour un étudiant qui se “ sentait plus de force dans l'intelligence | “ que dans les poignets, l’épreuve était fort “ dure. Néanmoins, pendant toute une “ semaine, il tint ferme contre la fatigue “ du corps et surtout contre l’ennui de « l'esprit, qui se trouvait privé de sa nour- “ riture habituelle.

|| « Il fallut enfin céder sous le poids de la “ lassitude et du dégoût ; avec l’assentiment “ de son père, le jeune Plessis déposa le “ tablier, reprit l’habit d’écolier, et, dans ‘ l'automne de 1780, partit avec son frère

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“ pour aller terminer ses études au .

“ séminaire de Québec. ’

Le 29 novembre us un beau jeune homme de vingt-trois ans, pieusement agenouillé au pied des autels, se dévouait au service de Dieu et de la religion. Déjà il

avait enseigné les belles-lettres et la rhrto- | rique pendant plusieurs années au collége de Montréal avec un grand succès, at ilavait été jugé digne d’être le secrétaire de Mgr.

Briand, qui avait pour lui la plus grande estime.

Ses talents et ses vertus lui avaient déjà fait une grande réputation dans le clerge et parmi les fidèles, et le fesaient considérer comme une des gloires futures de l’Eglise du Canada.

Aussi une foule nombreuse se pressait autour du sanctuaire de la cathédrale pour assister à l’ordination du jeune lévite. On admirait ses traits nobles et distingués, son attitude digne et modeste, sa physionomie remarquable.

Avec quelle joie l’illustre évêque, dont il avait été l'ami, le confident et le digne élève, recevait ses vœux et lui conférait les sublimes pouvoirs du sacerdoce ! Avec quel bonheur il entrevit dans l’avenir tous les bienfaits que cette belle vocation allait procurer au troupeau confié à ses soins !

Il y a dans l’ordination d’un prêtre quelque chose qui élève l'âme et l’impressionne vivement !

Un jeune homme est arrivé au terme de ses études, au but désiré dont la pensée à tant de foi soutenu son courage défaillant ; il lui faut choisir la destinée qui convient le mieux à ses goûts, à ses aptitudes, au développement de ses talents et de ses connaissances ; il est sur le seuil de la vie réelle.

Deux routes s'offrent à lui. L'une lui apparaît pleine d’enchantements et de jouissances, jonché de fleurs, chargée de parfums ; il voit les honneurs, la richesse et la gloire réservés au talent, il entend les

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applaudissements qui l’accueillent à son passage ; des femmes charmantes lui apparaissent, richement habillées, le sourire sur les lèvres, et lui jettent des regards séduisants ; des hommes puissants lui tendent la main et lui offrent de l’enrôler sous leur drapeau.

L'autre est semée de pierres aiguës, bordée de ronces et d’épines ; il ne peut faire un pas sans s’écorcher les pieds ; il entend des cris de douleur : ce sont des femmes en pleurs, des moribonds à la figure cadavérique, au regard éteint, des mendiants couverts de haïllons qui lui demandent des secours et des consolations ; il ne voit partout que tombes, emblêmes de tristesse, de désolation et de souffrance.

D'un côté c’est la vie, la liberté, la joie et les plaisirs, la réalisation de tous les rêves qui l’ont bercé depuis son enfance ; c’est le printemps avec sa verdure, son soleil, ses fleurs, ses harmonies, sa brise parfumée, ses joyeux murmures. De l'au-

tre côté, c’est l'esclavage du cœur et de la pensée, les humiliations, la contrainte, le sacrifice, la mort à tous les entraînements, à toutes les séductions de la nature ; c’est l’automne avec ses sombres nuages, ses arbres dépouillés, son manteau'funèbre, ses frimats et ses tempêtes.

Et ce jeune homme, il est dans toute la vigueur de l’âge, dans le bouillonnement de toutes les passions, l'épanouissement de la jeunesse, de la santé et des sentiments les plus puissants et les plus féconds de l'humanité, dans les exaltations d’une imagination surexcitée par les mirages trompeurs de l’horizon et les séductions de l'inconnu !

Une lutte terrible se livre dans son âme, tout son être est bouleversé. Il prie, se recueille et réfléchit, mesure le temps avec l'éternité, le ciel avec la terre, et un jour, après une lutte pleine d’angoisses, après avoir écarté bien souvent de ses lèvres la coupe du sacrifice, il marche à l'autel, s’y

prosterne, la face contre terre, et se relève prêtre.

A quarante ans, à l’âge du désenchantement et des déceptions, lorsque l’âme fatiguée peut apprécier à leur juste valeur les choses de ce monde, ce sacrifice ne serait pas aussi méritoire ; mais à vingt-trois ans,

à il est admirable et prouve éloquemmient la

divinité de la religion qui le produit depuis dix-huit siècles.

On me pardonnera de m'être arrêté un instant sur le bord de mon chemin pour jeter une fleur sur l’autel du sacrifice sacerdotal.

Ce tableau qui pourrait paraître chargé, dans certains cas, ne l’est pas à l’occasion de Joseph-Octave Plessis. Il n’y a pas de doute que le monde lui aurait assuré l’avenir le plus brillant, et qu’il serait devenu l'égal des Bédard, des Vallières et des Papineau, sinon leur supérieur.

Voyons ce qu'il a été dans l'Eglise.

Lorsque le jeune Plessis fut fait prêtre,

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Mgr, D’'Esgly venait de remplacer Myr.

Briand comme évêque de Québec et s'était à (l adjoint, comme coadjuteur, Mgr. Hubert, | qu’il chargea spécialement de l’administra. | tion diocésaine. Mgr. Hubert le choisit | pour son secrétaire et ne craignit pas de faire partager à ce jeune prêtre de vingttrois ans les labeurs et la responsabilité de sa vaste administration. On peut dire même que M. Plessis commença dès lors a remplir les fonctions de coadjuteur, tant ses conseils exerçaient d'empire sur les délibérations et les actes de son évêque.

En 1792, il fut chargé de remplacer dans l’importante cure de Québec, M. David- Augustin Hubert, qui venait de se noyer en traversant de Québec à l’île d'Orléans, victime de son zèle apostolique.

En 1797, Mgr. Denault, successeur de Mgr. Hubert, le nommait son grand-vicaire et annonçait avec bonheur qu’il avait choisi le jeune curé de Québec pour être son coadjuteur. Le clergé et les fidèles applau-

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