LL À
dirent à ce choix qui assurait à l'Eglise un chef capable de la gouverner dans les circonstances les plus critiques. Il avait déjà fait ses preuves et donné l’idée de ce qu’il serait en face de la persécution. Aussi le fanatisme protestant, qui commençait à s'agiter, crut devoir protester contre ce choix dangereux pour ses desseins. Le général Prescott, alors gouverneur de la province, finit cependant par se rendre aux vœux de l'opinion publique. |
Mais Rome était alors désolée. Pie VI, ayant déplu au grand conquérant qui fesait alors trembler l’univers, avait été enlevé du Vatican et jeté dans l’exil. La bulle qui ratifiait le choix de l’évêque et de la population du Canada n’arriva qu’en 1800.
Le vingt-cinq janvier 1801 fut un jour de joie pour les fidèles de la province de Québec. Joseph-Octave Plessis était sacré évêque en présence du gouverneur, des personnages les plus distingués du pays et d'une foule immense accourue de tous
certe ETiT él
côtés pour assister à cette fête splendide et réhausser le triomphe du prêtre bien aimé dont le nom était gravé dans tous les cœurs.
En 1806 il montait sur le siége épiscopal de Québec, devenu vacant par la mort de Mgr. Denault. |
Comme tous les hommes providentiels, il arrivait dans le temps où la population française et catholique du Canada avait besoin de fortes têtes et de grands cœurs pour la défendre et la protéger. C'était l’époque où des euùnemis puissants travaillaient à ressusciter des projets déjà tramés | plus d’une fois contre l’existence d’une!
nationalité et d’une religion qu’ils détestaient.
La révolution américaine était venue à propos au secours des Canadiens-Français ; en face du soulèvement de ces colonies anglaises, l'Angleterre avait compris le danger de mécontenter les hommes dont
elle avait besoin pour défendre sa puis-
sance en Amérique. Maïs, une fois le dang”r disparu, l’oligarchie fanatique qui inspirait le gouvernement du Canada, avait recommencé ses persécutions,
Supprimer les biens des Jésuites et du Séminaire de Montréal; organiser par tout le pays un système exclusif d'éducation protestante; soumettre la nomination des prêtres, l'érection des paroisses et l’exercice de la religion catholique à la suprématie royale et au bon plaisir des gouverneurs, furent les principaux articles du programme qu’elle chercha à faire triompher en Angleterre. Les Ryland, les Mountain et les Sewell prédisaient que l'exécution de ce programme détruirait dans l’espace de dix ans le catholicisme en Canada.
Mgr. Plessis prit les rênes du pouvoir ecclésiastique dans ces circonstances difficiles. Il hésita un instant, en face d’une situation qui lui imposait une si grande responsabilité; mais son courage et son
rio et PÉTIT Elite
inetlligence étaient à la hauteur des évênements; il entreprit la lutte. Elle fut longue, cette lutte, et elle fut rude aussi, sous Craig surtout, ce gouverneur de sinistre mémoire, dont l'administration arbitraire porte dans l’histoire le nom de règne de la terreur.
Pendant que Sir James Craig et la faction qui l’inspirait cherchaient à mettre dans l'esclavage la Chambre d'Assembléé, fai-
saient saisir les presses du Canadien et
lançaient des mandats d’arrestation contre les Canadiens-Français les plus influents, ils travaillaient avec une égale ardeur à miner l'influence du clergé. Ruses, artitices, séductions, menaces et violences, tout fut mis en œuvre pour vaincre la persistance de l’évêque et lui arracher des concessions.
Lorsque Mgr. Plessis était arrivé à l’épiscopat, on avait fait des efforts énergiques, mais inutiles, pour l'empêcher de prêter serment d’allégeance en sa qualité d'évêque
catholique de Québec. Le digne prélat ayant pris ce titre plus tard dans un mandement où il demandait des prières pour
N le souverain pontife Pie VII, alors prison-
nier à Savonne, une tempête terrible éclata et on résolut de porter un coup décisif,
Le fameux Ryland partit pour l’Angleterre en 1810, muni des instructions du gouverneur et porteur d’un mémoire violent dans lequel on suggérait de traduire Mgr. Plessis devant les tribunaux criminels
| du pays et on indiquait les moyens d’en
finir avec une religion et une nationalité odieuses à la puissance anglaise.
Comme on le sait, on était moins fanatique ou du moins plus prudent en Angleterre ; on loua la loyauté et l'énergie du gouverneur et de sa clique, maïs on les pria d'attendre et d’espérer.
Les Etats-Unis devaient être pour nous une occasion de salut en 1812 comme ils l'avaient été en 1776 : on allait avoir besoin de nous, il fallait nous ménager.
Craig était parti, laissant une mémoire détestée et la nationalité qu’il avait voulu détruire plus forte et plus confiante que Jamais.
Sir George Prevost était arrivé, chargé d’une mission de paix et de conciliation.
Pésolu de se gagner les bonnes grâces du ciergé, il eut plusieurs entrevues avec Mgr.
Plessis, lui fit des promesses séduisantes, pour l’engager à faire des concessions, et lui demanda un mémoire contenant ses idées et ses principes.
L'illustre évêque fit ce mémoire qu’il commença par ces paroles remarquables :
“Je suis obligé de déclarer d'avance qu'aucune offre temporelle ne me ferait renoncer à aucune partie de ma juridiction spirituelle. Elle n’est pas à moi; je la tiens de l'Eglise comme un dépôt qu'il ne m'est nullement permis de dissiper et dont il faut que je rende compte.’’
Les adversaires de Mgr. Plessis cherchaient leurs armes et leur force dans les
ire ilu ue
articles du traité de 1763 et de 1774, qui .
nous accordaient le libre exercice de la religion sans préjudice aux lois d’Angleterre et à la suprématie royale. S’appuyant sur cette réserve, ils prétendaient que la nomination des prêtres et des évêques appartenait au roi d'Angleterre, et que toute interprétation contraire était une atteinte portée à sa suprématie.
Mgr. Plessis revendiqua avec beaucoup de talent et d'énergie les libertés de l'Eglise catholique ; démontra que depuis la conquête on avait reconnu la juridiction des évêques catholiques et leurs titres ; que le traité de Paris ayant accordé aux habitants du Canada le libre exercice de leur religion, avait par là même admis l'existence légale des prêtres et des évêques nécessaires à cet exercice, et que l'Eglise devait être guidée par l’ancien droit, suivant lequel l'évêque était élu par le clergé de l'Eglise vacante et confirmé par le métropolitain
ol 2° MONSEIGNEUR PLESSIS
[111 Où par le Pape, sous le bon plaisir du souju verain.
11) Mgr. Plessis eut bientôt le bonheur de Ton voir ses généreux efforts couronnés de succès,
ll La guerre avait éclaté entre Angleterre | et les Etats Unis. L'évêque de Québec lança un mandement Patriotique et entraînant Pour exciter la loyauté et l'esprit &uerrier de la Population ; les Canadiens.
Français prirent les armes avec enthousi.
asme et Contribuëèrent Par leurs glorieux exploits à ePousser l'invasion. L’Angle.
terre crut qu'après tout, elle méritait des égards, cette brave Population qui venait
d’être respectée, ;
Mgr. Plessis recevait bientôt des lettres qui l'éConnaissaient son titre et sa Juridiction d’évêque catho ique de Québec, et lui
aCCordaient des àPpointements de mille louis par année, avec un siège dans le con-