‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 31 sur 79 · MONSIEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR

‘ A mon arrivée à la Rivière-Rouge, qui a eu ‘ lieu le 7 du présent mois, j’ai reçu l’honneur de ‘votre lettre. J'ai plus de raison que vous de ‘ regretter l'honneur de vous voir à ce poste, car ‘les affaires se traitent beaucoup plus vite dans

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‘une conversation que par lettre, quoique pour- ‘ tant elles se fassent avec plus de solidité par les ‘ écrits, qui restent.

‘ Monseigneur de Québec m'a mis au courant ‘ de vos intentions sur Pembina, avant mon dé- ‘* part de Montréal.

‘“ Je vois bien que les raisons que vous avez ‘“ d'abandonner ce poste sont bonnes ; mais l’exé- “ cution n’en est pas aussi facile que vous le ‘ pensez; on en viendra à bout peut-être par ‘* degrés.

‘ Cette émigration est absolument impossible ‘‘ cette année, parce que versonne ne sera pressé ‘de venir s'établir à Saint-Boniface, pour évi- ‘ demment y mourir de faim. Bien loin que Saint- ‘‘ Boniface soit capable de nourrir les émigrés de ‘ Pembina, il faudra qu’une partie des habitants ‘ de Saint-Boniface aille encore cet hiver chercher ‘la vie à Pembina. Nous ne pouvons pas quitter ‘ cette place cet automne; le plus tôt que nous ‘* puissions l’abandonner sera le printemps pro- ‘ chain. D'ici à ce temps-là, nous tâcherons de ‘{ faire comprendre aux gens de l’endroit la né- ‘ cessité de quitter ce terrain américain.

‘Quand nous nous y sommes établis, nous ne ‘pouvions pas prévoir qu’un traité entre l’An- ‘‘ gleterre et les Etats-Unis mettrait Pembina du ‘€ côté américain. Sa Seigneurie feu lord Selkirk, ‘en demandant des prêtres catholiques, enten- ‘* dait sans doute que ce serait pour instruire tous ‘ les catholiques de l’endroit, et surtout les Métis ‘ canadiens ; or la plus grande partie des catho- “ liques et tous les Métis étaient à Pembina, et ne ‘ pouvaient absolument pas quitter ce poste pour ‘venir à Saint-Boniface, où ils n’auraient pas pu ‘vivre. Il fallait bien aller les trouver là. Les ‘agents de la colonie approuvaient alors ce plan

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‘ ouvertement ; nous devions les supposer assez ‘‘instruits des intentions de lord Selkirk pour “ nous en rapporter à eux. Nous y avons fait de ‘ grandes dépenses, parce qu’on nous donnait à ‘entendre que Pembina serait autant soutenu ‘que Saint-Boniface. Depuis quatre ans, on n’a ‘ pas dit un mot contre cet arrangement ; voilà ‘ce qui a attiré tant de gens qui, en quittant ‘* Pembina aujourd’hui, se trouveraient plus au ** dépourvu qu'en arrivant dans le pays.

‘Je conviens qu’il eût été mieux de bâtir à ‘© Saint-Boniface qu’à Pembina ; mais il nous ‘€ était impossible de le faire, faute de provisions, ‘qu’il était très difficile de se procurer à Saint- ‘ Boniface.

‘ Soyez persuadé que je ferai tout ce qui sera “ en mon pouvoir pour faire prospérer la colonie. ‘ Pour cela, je n’ai en mains que les armes de lu “ religion, qui, à la vérité, sont les plus fortes ; ‘ jen ferai le meilleur usage possible.”

M. Halkett reçut cette lettre à la baie d’Hudson; il y répondit le 30 août; il dit à Mgr Provencher qu’il espère lui voir adopter en tout ses vues sur Pembina ; mais il lui renouvelle la menace de porter plainte en Angleterre, si on tarde trop à exécuter ses ordres.

Au mois de janvier 1823, Mgr Provencher alla passer quelque temps à Pembina avec M. Dumoulin, pour préparer les esprits à abandonner le poste au printemps. Il annonça aux gens qu’il allait être obligé de rappeler M. Dumoulin, et qu'ils a!llaïent se trouver sans prêtre pour les instruire. Une partie d’entre eux préféra abandon-

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ner la place plutôt que d'y demeurer sans avoir un missionnaire au milieu d’eux. Au printemps, ils descendirent à Saint-Boniface, et allèrent fonder la paroisse de Saint-François-Xavier, longtemps connue sous le nom de Prairie du Chevul- Blanc.

M. Dumoulin, affligé de voir tomber la mission où il avait mis toutes ses affections, demanda à l’évêque de Québec la permission de retourner en Canada. Il partit avec l'intention de revenir encore ; mais, à son arrivée à Québec, il fut placé curé de Yamachiche, où il est demeuré jusqu’à sa mort. *

La récolte de l’année 1822 commença à remettre la colonie des désastres éprouvés durant les quatre années précédentes.

‘ Nous aurons du pain, écrit Mgr Provencher, ‘* maïs très peu de viande, car les animaux sont ‘très loin. Notre récolte suffira presque pour ‘ nourrir toute la colonie.”

Le manque presque complet de chasse cette année-là, et l’abondance de la récolte venant si à propos, fit songer aux habitants du pays à s’adonner davantage à l’agriculture. Mgr Provencher aurait bien voulu les fixer tous sur des fermes, et les détourner de cette vie nomade, sujette à une

* M. Dumoulin, premier compagnon de Mgr Provencher, est mort la même année que lui, en 1553; ils quittèrent cette vie à peu d'intervalle l’un de l’autre.

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multitude d’inconvénients. Les familles courant la prairie ne pouvaient guère s’instruire ; chaque printemps, la colonie restait pour ainsi dire déserte, et l'instruction religieuse en souffrait beaucoup.

A Pembina, M. Dumoulin avait donné à ses gens des leçons d’agriculture. Mgr Provencher en fit autant de son côté ; il mit la main à la charrue et à tous les instruments aratoires ; longtem®s après sa mort, les anciens habitants de la Rivière- Rouge aimaient à rappeler que c'était Mgr Provencher, leur bon père, qui leur avait appris à labourer leurs champs et à cultiver leurs terres.

Pour l'aider lui-même dans les travaux d’une ferme qu’il avait établie pour la mission, il ne trouvait pas toujours des serviteurs sous sa main ; alors c'était lui qui faisait l’ouvrage. Il coupait les grains, liait les gerbes, les charroyaït dans un coin de son champ, pour les entasser en meule (car il n’avait point de grange). Quelquefois il était obligé de descendre à de plus humbles travaux.

Il fit importer du Canada toutes les espèces d'arbres fruitiers, pour en essayer la culture sur les bords de la rivière Rouge. Il fit demander des seinences de pommiers, de cerisiers, de noix longues, d'érable du Canada, ainsi que tous les légumes pour les jardins.

Comme un bon père de famille avec ses enfants, il ne dédaignait pas de descendre à tous les petits détails pour se rendre utile à son peuple.

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Dans un pays où tout est organisé et où tout peut marcher régulièrement, chacun, sans doute, doit borner l’exercice de son zèle à la sphère des occupations propres à son état ; et alors il ne conviendrait pas à un évêque, ni à ur prêtre, de se livrer à des travaux complètement étrangers aux fonctions du saint ministère. Mais il en est autrement dans un pays sauvage, où toute initiative doit partir du missionnaire. Là tous les talents dont Dieu a doué le prêtre, non seulement peuvent, mais aussi doivent s'exercer pour le bien de ceux qu’il vient instruire et civiliser ; la religion en retire toujours sa gloire. Dans de telles circonstances, aucun travail n’est humiliant pour le prêtre, et ce qui pourrait ailleurs lui attirer le blâme, devient là, pour lui, un sujet de louanges.

‘ Toutes ces occupations, écrivait Mgr Proven- ‘ cher, sont bien distrayantes ; je ne sais si elles ‘ conviennent bien à un évêque ; en Canada, la ‘ question ne serait pas douteuse, mais ici c’est ‘ différent.”

Après la mort de lord Selkirk et l’union des deux compagnies, Mgr Provencher vit bientôt qu’il n'avait plus à compter sur le même encouragement que par le passé, de la part des successeurs du milord. Ce fut pour lui un moment d’épreuve.

Sahs doute, en venant à la Rivière-Rouge, Mgr Provencher avait d’abord compté sur Dieu et sa providence, pour soutenir l’œuvre des missions ; mais il avait aussi espéré en la puissante protection de lord Selkirk pour l’aider à fonder cette: colonie naïssante.

Le 29 juillet 1823, il écrivait à Mgr Plessis :

‘ L'honneur de voslettres du mois d’avril m’est “© parvenu le 15 juin. Je vous prie d’en recevoir ‘mes humbles remerciements.

‘ Nousavons passé l’hiver assez bien. La récolte “‘ de l’année dernière nous a fourni une aisance ‘“ que nous n’avions pas auparavant.

‘’ Le peu de consistance que paraît acquérir ‘‘ cette colonie, décourage les colons. La plus ‘grande partie d’entre eux n’attendent que les “ moyens de sortir du pays.

‘On ne sait comment vont être gérées les ‘“ affaires. Notre gouverneur, le capitaine Bulger, “qui est un homme très estimé, passe en Angle- “terre, et il n’a pas encore de successeur. Il a ‘reçu ordre de remettre les affaires entre les “{ mains de la compagnie. Va-t-elle être chargée ‘ de tout? Je l’ignore ; il paraît qu’on n’a pas ‘* écrit c.airement là-dessus d'Angleterre. La com- ‘‘ pagnie, souvent assez mal représentée ici, n’est *‘ pas aimée des colons. Si la chose est ainsi, je ne “ doute pas qu’un bon nombre d’entre eux vont ‘ gagner chez les Américains. Il y en a déjà qui “ l'ont fait ce printemps. En quittant le pays, ils ‘ laissent leurs dettes aux héritiers de lord Sel- “Ckirk.

‘* Depuis que le comité d’Angleterre a donné “° ses parts aux anciens commis du Nord, ceux-ci “ sont devenus très intéressés ; il leur faut de l’âr- “gent, peu importe le moyen. Je ne crois pas que “‘ la colonie les occupe fort. Je crois que si la mis- “sion était encore à demander, elle le serait long- ** temps. Enfin,la perspective offre bien des contra- “f riétés, que la Providence fera peut-être dispa-

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‘‘ raître. Je n’en suis pas étonné, parce que je les ‘ avais prévues, et que je m’y attendais. Dieu ‘“ veuille me donner le courage d’en tirer avantage. pour l’autre vie!

‘* Tout paraît mal organisé pour encourager les ‘“ colons. Les agents qui viennent ici sont gênés ‘ par les ordres donnés d'Angleterre, et ils se don- ‘ nent bien garde de les outrepasser, car on s’en “ prend à leur bourse. M. Halkett, qui a tant fait “ de bruit pour détruire Pembina, n’a pas voulu ‘“ dire un mot au gouverneur sur ce qu’il avait à ‘t faire avec les habitants de cet endroit. Ce prin- ‘temps, nous avons fait descendre presque tous “ ces gens, et, rendus à Saint-Boniface, ne pouvant ‘ obtenir de la compagnie aucune avance, ils se ‘ sont campés le long de la rivière, en attendant ‘* la saison de la chasse. Il semble pourtant que ‘ les gens nés dans le pays devraient être encou- ‘ragés de préférence à ceux qu’on fait venir ‘ d'Europe. Nos gens, trompés dans leur attente, ‘vont quitter la place.

‘ Votre Grandeur voit, par cet aperçu, que notre- “ position n’est pas des plus agréables. Je ne dis ‘ pas cela pour me plaindre, mais pour vous ‘ donner une idée de notre état. Du reste, je t4- ” cherai de ménager les esprits autant que pos- ‘* sible.?

Deux fois détruite par la Compagnie du Nord-- Ouest, en 1815 et en 1816, la colonie de la Rivière- Rouge n’était pas remise de ses désastres à l’arrivée des missionnaires en 1818. Cette petite poignée: de colons, jetée à plusieurs centaines de lieues de tous pays civilisés, abandonnée pour ainsi diredans ces immenses déserts, était certainement

destinée à périr, sans l’arrivée des missionnaires, et on peut dire que Mgr Provencher a été, sinon le fondateur, du moins le principal soutien de cette colonie. Si les luttes commencées entre les compagnies se fussent continuées deux ou trois ans de plus, c’en était fait de l’établissement de lord Selkirk. Ce fut la présence du missionnaire, et surtout de l’évêque missionnaire, qui donna de la stabilité à la colonie, en y faisant renaître le. courage, et en‘y rétablissant la paix. Après chaque revers et chaque épreuve, tout le monde, rassuré sous l'égide de la religion, se remettait au travail

avec ardeur.

Ce pays, qui jusque-là n’avait vu que divisions, haïnes, jalousies et vengeances, vit tout à coup l’union la plus admirable régner entre ses habitants, sans distinction de croyances ni de races.

Cette bonne entente entre tous les colons de la Rivière- Rouge est un fait qui mérite d’être signalé, sortout quand on sait qu’en Amérique presque toutes les colonies, formées d’un mélange de différentes races, ont commencé par la 1 :nifestation du plus déplorable fanatisme religieux. A la Rivière-Rouge, au contraire, les colons étaient comme les membres d’une même famille ; Anglais, Ecossais, Irlandais, Canadiens, Métis, tous vivaient en parfaite harmonie, et étaient heureux de se rendre service les uns aux autres. Les protestants,

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comme les catholiques, tenaient en grande vénération Mgr Provencher. *

Un des premiers soins de Mgr Provencher, au commencement de la mission, avait été, nous l'avons vu, d'ouvrir des écoles. De !S18 à 1820, un ecclésiastique, M. Guillaume Edge, qui était monté avec les missionnaires, avait tenu à Pembina une école qui avait été fréquentée par 60 enfants. Mgr Provencher en tenait une ouverte à Saint-Boniface. En 1820, M. Edge étant retourné en Canada, l’école de Pembina avait été continuée par un autre ecclésiastique venant du collège de Nicolet, M. Sauvé. M. Harper, monté en 1822 avec Mgr Provencher, fut chargé de l’école de Saint-Boniface.

Le cours classique du collège de Saint-Boniface date de l’arrivée de Mgr Provencher à la Rivière- Rouge; car, en 1823, il écrivait à Mgr Lartigue, évêque de Telmesse, résidant à Montréal :

‘* J'ai deux écoliers qui ont vu toute leur gram- ‘ maire latine, et qui ne sont pas sans talents; l’un ‘est un Métis du nom de Chénier (son père est ‘ de Lachine) ; l’autre est un Canadien du nom ‘ de Senécal. Dieu veuille qu’ils fassent quelque ‘“ chose de bon ! ”

Mgr Provencher aurait bien désiré avoir aussi

* On rapporte qu’un jour, un bon protestant, sentant le besoin du secours du Ciel pour obtenir des bénédictions sur les biens de la terre, vint demander à Mgr Provencher de chanter deux messes à cette intention.

une bonne école de filles. Il songeait même à avoir des religieuses. En 1819, il avait dit à Mgr Plessis : “Si nous avions des Sœurs pour l'instruction des filles, elles trouveraient bien ici de l’occupation. Les parents auraient plus d’ardeur qu’au Canada ; maïs ce serait difficile de faire venir ici des Sœurs de la Congrégation de Montréal.”

Les difficultés de communiquer avec le Canada, et surtout la grande pauvreté de la mission, firent remettre à plus tard l'exécution de ce plan, sans cependant jamais le perdre de vue. Mgr prit son temps pour préparer les voies à l’établissement d’une communauté religieuse à la Rivière-Rouge ;: mais en attendant, il chercha à se procurer des institutrices laïques.

Au mois de juillet 1824, il écrit à Mgr Plessis:

‘ Je vous adresse une liste des livres à deman- ‘“ der pour moi en Angleterre. Il me faut des ‘“ livres pour le latin; j’ai besoin d’une traduction ‘ d’Horace. Il y a déjà ici des De viris illustribus ‘et des Cornelius Nepos. Je prie Votre Grandeur ‘de m'envoyer des exemplaires des discours de ‘ Cicéron, des ‘“ Salluste,” des ‘ Quinte Curce.” ‘ J'ai demandé sur mon mémoire adressé à sir ‘“ George Simpson * quatre dictionnaires latin- ‘ français, et quatre français-latin. Envoyez-moi

* Sir George Simpson, gouverneur de la Compagnie de la baie d'Hudson.

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‘ des livres élémentaires, et tous les objets pour ‘“ les écoles.”

Evidemment une mission où les missionnaires demandent tous ces livres classiques, n’est pas une mission où l’on néglige de donner l’instruction aux enfants.

Jusqu’à ce jour, tous les historiens qui ont écrit sur la Rivière-Ronge et qui ont parlé des commencements de cette colonie, ont beaucoup exalté les efforts des Anglais et des Ecossais pour répandre dans ce pays les bienfaits de la civilisation. Nous ne voulons pas le moins du monde diminuer le mérite que ces hommes ont pu avoir; mais ce qu’il y a de certain, c’est que jusqu'ici, on n’a jamais pris la peine de mentionner le nom de Mgr Provencher, qui, deux ans avant l’ouverture d’une école protestante à la Rivière-Rouge, avait deux écoles qui fonctionnaient admirablement, et un cours classique passablement avancé. Il est étonnant qu’on ait fait semblant d'ignorer un homme dont les travaux, pour l’avancement de la colonie, faisaient l’admiration du gouverneur de la Compagnie de la baie d'Hudson, à tel point qu’il n’en parlait qu'avec les plus grands éloges devant le comité de la compagnie en Angleterre.

Voici l'extrait d’une résolution passée au conseil de York Factory, le 2 juillet 1825, à la suggestion de sir George Simpson :

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Eïtract from the minutes of Councit held at York Factory, 2 of July, 1825.

‘* Great benefit being experienced from the ‘ benevolent and indefatigable exertion of the ‘* Catholic mission at Red River, in welfare and ‘ moral and religious instruction of its numerous ‘* followers ; and it being observed, with much ‘ satisfaction, that the influence of the mission ‘under the direction of the Right Reverend ‘ Bishop of Juliopolis, has been informly directed ‘to the best interest of the settlement and of the ‘ country at large, it is

‘ Resolved : That, in order to mark our appro- ‘ bation of such laudable and disinterested con- ‘ duct onthe part of said mission, it be recom- ‘mended te the Honorable Committee, that a ‘sum of £50 per annum E. given towards it ‘ support... &c,, &c., &c.”

Voilà comment des hommes à larges vues savaient apprécier le bien opéré par Mgr Provencher dans la colonie de la Rivière-Rouge, non seulement dans l’ordre élevé du salut des âmes, mais aussi dans l’ordre des choses temporelles. *

Le travail de Mgr Provencher devait embrasser tout ce qui peut contribuer à l'éducation de l’es-

* Sir G. Simpson était le type du parfait gentilhomme du monde; doué d’une intelligence peu commune, il joignait à un esprit cultivé, des manières gracieuses et une affabilité qui lui attiraient le respect de ses inférieurs et l'estime de ses amis. Sir George Simpson eut toujours pour Mgr Provencher la plus haute estime, et il le lui prouva en maintes circonstances.

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prit, comme aux besoins matériels d’un peuple. Dans sa mission, tout était à créer. La famille que Dieu lui donnait à instruire et à former ignorait les choses les plus élémentaires que tout homme a coutume de savoir lorsqu'il a grandi au milieu d’une société civilisée.

Les étrangers qui arrivent d'Europe pour s’établir en Amérique, apportent avec eux toutes les notions des choses utiles dans un état de vie policée, et chacun d’eux se trouve prêt à contribuer largement au bien général, en procurant aux autres le secours de ses connaissances. Il n’en était pas ainsi des familles nées dans ces pays sauvages, et accoutumées à la vie nomade du désert. Chez elles, les idées d’art, de métier et d'agriculture, étaient inconnues. La tâche de Mgr Provencher et de ses compagnons fut donc de prendre ce peuple enfant et de l’élever.

En 1825 il écrivait à Mgr Plessis: “ Quand vous “ me choisissez un sujet pour les missions, il est ‘ très important, Monseigneur, que vous voyiez ‘à ce qu’il soit habile à toutes sortes d'ouvrages ; ‘ici, il faut que le prêtre sache tout faire. Je crois ‘avoir déjà fait remarquer à Votre Grandeur, ‘“ qu'outre les bonnes qualités de l'esprit et du ‘cœur, s’il avait de la voix ce serait très com- ‘ mode.

‘Que Votre Grandeur ne regarde pas comme ‘‘ perdu un sujet d'espérance envoyé ici: à la Rivi- ‘ ère-Rouge, il s’agit de planter la foi ; en Canada, ‘il ne s’agit que de l’entretenir.”

Les sujets sur lesquels Mgr Provencher avait compté pour des vocations ecclésiastique ne répondirent pas à ses espérances. En 1824, ils quittèrent le pays, après avoir terminé leur cours d’humanités. :

‘* Ceux sur qui je comptais, dit-il à l'évêque de ‘Québec, n’ont point de vocation ecclésiastique. “ Je m'adresse à Votre Grandeur pour avoir un ‘ nouveau sujet l’année prochaine.”

Monseigneur Plessis avait averti Mgr Provencher que Québec ne pourrait pas lui fournir bien longtemps des prêtres. C'était un grave sujet d’inquiétude pour celui-ci.

“Vous m'avez prévenu, lui écrivait-il, que je ‘ n'aurais bientôt plus de sujets de votre diocèse. * “Je souhaiterais pouvoir m'en passer ; je l'avais

‘un peu espéré, mais je me suis trompé. Je ne

“ perds pas de vue l'instruction propre à me pro-

‘ curer de l’aide; j’en fais presque toute mon ‘occupation. Si ] je prends les moyens de me pro- ‘ curer la vie plus largement, c’est afin de garder ‘et d’instruire un plus g Sand nombre d'enfants. ‘ Enfin, je prie le maître de la moisson d' envoyer “lui-même des ouvriers pour travailler à sa . “vigne.”

Pendant les cinq premières années de son épiscopat, Mgr Provencher n’eut, pour l'aider à fonder ses pénibles missions sauvages, que deux jeunes prêtres, M. Picard Destroismaisons, et M. Harper, ordonné à la Rivière-Rouge en 1824. Mal-

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gré cela, l'instruction ne fut nullement négligée. Au printemps, M. Harper suivait les chasseurs à la prairie, M. Destroismaisons desservait la paroisse de Saint-François-Xavier, et visitait le poste de Pembina, où un bon nombre de Métis s’obstinaient à demeurer; Mgr Provencher demeurait seul à la mission de Saint-Boniface, faisant le catéchisme deux fois par jour aux adultes, et l’école aux enfants.

Un trait remarquable dela vie de ce digne évêque missionnaire, ce fut son assiduité à faire le catéchisme tous les jours jusqu’à sa mort. Son zèle pour instruire les enfants ne se bornaïit pas aux heures de classe de l’école; il profitait de toutes les occasions pour leur enseigner lareligion. Lorsqu’il sortait pour aller visiter quelques familles, s’il rencontrait un enfant sur sa route, il s’arrêtait, l’appelait à lui, et commençait à l’interroger sur son catéchisme, ou à lui faire réciter sa prière. L'enfant était-il ignorant des réponses élémentaires, il l'avertissait de se rendre à l'évêché le lendemain, pour assister au catéchisme. Le nombre de ceux qui venaient y assister était-il petit, il n’y mettait pas moins d'importance. Il arrivait parfois qu’il n'avait pour auditeur qu’un enfant ou un vieillard ; pourtant le bon évêque expliquait sa leçon avec autant de zèle que s’il eût eu cent auditeurs.

La mission avait prospéré sous tous les rapports, durant les quatre premières années d’épiscopat de Mgr Provencher. Les bonnes récoltes s'étaient

MENU RRE TE ar D nd RE Len ce mn —

succédé depuis 1822 jusqu’à 1825; les sauterelles avaient complètement disparu, et l’on croyait le pays délivré de tous fléaux, quand il plut à la divine Providence de faire passer Mgr Provencher et son peuple par un autre genre d’épreuve.

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