‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 35 sur 79 · DEC EE PO ES · texte numérisé non relu

DEC EE PO ES

ET

‘* Je le reçus à genoux, en lui baïisant la main. II ‘ me dit ensuite : ‘‘ Il n’est pas bénit, mais vous ‘ pouvez le bénir.” Je lui dis : ‘* Très Saint-Père, ‘‘ ce serait augmenter de beaucoup le prix de votre ‘ don, si Votre Sainteté avait la bonté de le bénir ‘ Elle-même.” Cette demande parut lui faire plai- ‘“ sir, il dit: ‘Eh bien ! je le bénirai demain.”

‘“ Les adieux du Saint-Père furent vraiment ‘‘touchants. Sa Sainteté paraissait éprouver une ‘“ satisfaction sensible en parlant de l'érection de ‘{ l'évêché de Montréal. Il détailla tout ce qu’il ‘ avait approuvé.

“Il me chargea de vous dire d'envoyer des ‘Loms pour avoir un coadjuteur, dès que vous ‘“ aurez pris possession de votre siège.

‘* Si vos bulles ne sont pas expédiées trop tôt, ‘‘ j'en serai le porteur.”

Mgr Provencher demeura très peu de jours à Rome après avoir expédié ses affaires. Il avait hâte de retourner au Canada, pour s'occuper des intérêts de sa chère mission de la Colombie. Néanmoins il ne quitta pas la ville éternelle sans en visiter les principaux sanctuaires. Il partit le 9 avril pour la Lombardie; il admira à Milan la belle église de Saint-Charles, où il se trouva un dimanche, le 27 avril. De là, il se rendit par le Simplon, à Genève, et il arriva à Lyon le 24 au matin. Dans le cours de la semaine suivante, il ge rendit à Paris, qu’il quitta le 13 mai, pour se rendre au Havre, où il s’'embarqua le 16. Le 10 juin 1836, il débarquait à New-York, et il était à Montréal le 16. Son voyage n'avait pas duré six mois. Sur ce temps, il avait passé 50 jours sur

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mer. Cependant ce court espace de temps lui avait suffi pour régler toutes les affaires qu’il avait en vue à son départ.

Ce fut un grand désappointement pour Mgr Provencher, lorsqu'il apprit, à son retour, qu’il n’y avait pas de missionnaires partis pour la Colombie. Il avait tant compté sur cet arrangement |

Comme il devait passer le reste de l’année au Canada, et attendre au printemps suivant pour retourner à la Rivière-Rouge, il se mit lui-même à l’œuvre pour trouver des ouvriers. Il écrivit à Mgr de Telmesse pour le prier de l’aider de ses prières et de ses conseils, et de lui désigner les prêtres qu’il jugeait les plus aptes pour la mission de la Colombie.

“Je regrette beaucoup, lui dit-il, qu’on n'ait k pas trouvé de sujets pour cette année, et qu’on ". n'ait pas profit des avantages offerts par la

‘compagnie. C’est une année de perdue.”

Monseigneur regrettait d’autant plus ce retard, que les nouvelles qu’il recevait de la Colombie étaient des plus encourageantes. Là, les gens, stimulés par l'espoir d’avoir des missionnaires, s'étaient immédiatement mis à tailler le bois d’une chapelle et d’une maison; puis les ministres protestants y étaient déjà rendus; il n’y avait donc pas de temps à perdre.

Il visita les séminaires pour y parler des missions, et pour y jeter des germes de vocations pour de futurs apôtres. Il fit de nouvelles tenta-

tives auprès de M. Mailloux, qui avait été sur le point de le suivre en 1830; mais il échoua de nouveau. Le 2 août il écrivit à Mgr de Telmesse :

‘Je n’ai encore personne sur qui je puisse “ compter pour mettre à la tête de la mission de "Ia Colombie. Monsieur Mailloux décline. Avez- ‘vous quelqu'un dans votre district? Mgr de ‘{ Québec veut me donner celui qui voudra accep- ‘ter. Il s’agit de le trouver. Je ne connais pas le “clergé.”

Avant tout, Mgr Provencher voulait seconder -les desseins de la Providence, et ne pas les devancer. Quand il ne réussissait pas dans une démarche auprès d’un sujet, il se consolait de son échec -en disant: Que Dieu soit béni, ce n’est pas celui-là qu’il veut; ou encore: Le temps n’est pas arrivé.

Il pria, il fit beaucoup prier dans les commumautés religieuses, et il attendit avec confiance, persuadé qu’il ne partirait pas sans avoir trouvé les sujets dont il avait besoin.

Les bulles pour l’érection de l’évêché de Montréal avaient été un peu retardées à Rome, à cause -de la lenteur que le ministre des colonies, lord Glenelg, avait apportée à répondre. Elles n’arrivèrent qu’au mois d'août 1836. La cérémonie :m- “posante de la prise de possession de la cathédrale eut lieu le 8 septembre, jour de la Nativité de la “sainte Vierge. Mgr Provencher eut l4 satisfaction d’introniser l’évêque au milieu d’un clergé composé d’une centaine de prêtres, et d’une foule imxmense, accourue pour être témoin d’une cérémo-

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nie qu’on n’avait pas encore vue à Montréal. Ce fut Mgr Provencher qui fit le discours de circonstance. *

Il félicita le nouvel évêque de Montréal, de

devenir évêque de Ville-Marie le jour de la naisgance de Marie, et de le devenir à la demande de tout son clergé, ce qui lui donnait une assurance de respect et de soumission.

Adresse nt ensuite la parole au clergé, il lui rappela sa requête au Souverain Pontife, l'automne précédent, et lui dit que, pour être conséquent dans sa démarche, il devait, par sa soumission et sa conduite régulière, travailler à rendre le fardeau de l’épiscopat agréable et iéger à son nouvel évéque. Puis enfin, s’adressant aux citoyens de Montréal, il les félicita de l’honneur qu’ils avaient de voir leur ville devenir évêché, et d’avoir pour évêque un de leurs concitoyens, dont les vertus et le mérite leur étaient déjà connus.

Tout ce qui touchaït à l’honneur de la religion, à l’agrandissement et à l’affermissement de la foi, affecta t profondément le cœur de Mgr Provencher. Etendre le règne de Dieu autant que possible, travailler à stimuler le zèle des ouvriers évangéliques, se réjouir du triomphe de la vérité sur l’erreur, telles étaient les pensées habituelles de son esprit; à chaque instant nous en trouvons des preuves dans ses lettres aux évêques du Canada.

* Nous ie reproduisons intégralement à la fin du livre, dans l’appendice.

‘# Veillez, répétait-il à l’évêque de Montréal, à ‘“ former un clergé modèle, ami des études et de ‘€ la science, pratiquant les vertus de son état.”

Si Mgr Provencher ne réussit pas à trouver des missionnaires pour les envoyer immédiatement à la Colombie, il eut cependant la consolation de voir des prêtres envoyés aux pauvres Canadiens et aux sauvages sur l’Ottawa et au lac Témiskamingue, comme il Pavait demandé à l’évêque de Québec l'automne précédent. Abbitibbi, qui fa:sait partie du vicariat de la Rivière-Rouge, eut bientôt part aux mêmes bienfaits. La Propagation de la Foi s'établit dans les diocèses de Québec et de Montréal, et avant son départ pour la Rivière-Rouge, Mgr Provencher pouvait écrire à l’évêque de Montréal : “Je suis heureux de voir ‘ que la Propagation de la Foi fait ici de rapides ‘ progrès.”

Le bureau de Lyon se montra bien disposé à accorder des secours, non seulement à la Rivière- Rouge et à la Colombie, mais aussi au diocèse de Québec pour les missions de l’intérieur. Toutes ces œuvres en marche étaient dues en grande partie au zèle et à l'initiative de l’évêque de la Rivière-Rouge.

Dans le cours de l’hiver de 1837, Mgr Provencher rencontra deux sujets qui lui parurent parfaitement convenables pour la mission de la Colombie. Ces deux prêtres étaient M. Norbert Blanchet, curé des Cèdres, et M. Modeste Demers, vicaire à Trois-Pistoles. Il se réjouissait à la

Montréal, à études et de son état.”

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pensée qu’au printemps il les aurait pour compagnons de voyage ; tout était arrangé et réglé pour leur départ, quand il reçut d’un agent de la compagnie une lettre annonçant que le passage ne pouvait être accordé qu’à un seul prêtre, jusqu’à la Rivière-Rouge.

‘ Je reçois, écrit-il à l’évêque de Québec, le 25 ‘“ mars, une lettre de M. Severigh, qui m’annonce “que je n’aurai le passage que pour un prêtre. “ Voilà donc les plans de la mission de la Col- ‘“ ombie qui échouent une seconde fois.”

Il écrivit à M. Demers pour lui dire de se préparer à partir seul avec lui le 25 avril.

Monseigneur Provencher avait insisté auprès de Mgr Lartigue pour que celui-ci se hâtat d’envoyer à Rome trois noms pour un coadjuteur, aussitôt qu’il serait installé. Pendant son séjou: au Canada, l’évêque de la Rivière-Rouge ne perdit pas de vue cette importante affaire.

Il écrivait à Mgr Lartigue, peu de temps après son installation : ‘ A présent que vous êtes sûr “qu'à Rome et en Angleterre on approuve un ‘évêque de Montréal, ne pourriez-vous pas en- ‘‘voyer immédiatement les noms de ceux que ‘vous voulez présenter ? On paraissait disposé, ‘à Rome, à nommer en même temps un évêque ‘et un coadjuteur. Le Pape m’en a parlé, et ‘“encoreplus la Propagande...

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‘Il y a toujours des difficultés à nommer un suc-

‘° cesseur à un évêque qui meurt sans coadjuteur : ‘ Charlottetown en est une triste preuve.

‘ Votre Grandeur le jugera comme elle le croira ‘ plus avantageux à la gloire de Dieu.”

Monseigneur Lartigue, dans une réponse à cette lettre, lui fit connaître les trois noms qu’il se-proposait d'envoyer à Rome. Celui de M. Bourget était le premier (dignissimus). Déjà Mgr Provencher l’avait désigné à Mgr Lartigue comme le plus méritant sous tous les rapports. Cette fois il répondit à l’évêque de Montréal :

‘ Je donne de bon cœur mon suffrage pour les ‘‘ noms que vous mettez sur la liste.

‘° M. Bourget est sans doute le plus au fait des ‘“ affaires du diocèse. Je crois que sa nomination ‘ rencontrera votre très grande approbation.

‘ Je crains bien cependant qu’il n’y ait des in- ‘“trigues. On ne veut pas de M. Bourget parce ‘qu’on pense qu’il sera trop sévère.

‘* Le secrétaire Maï m'a dit que le Pape prend ‘toujours celui qui est à la tête de la liste, à ‘“ moins de fortes raisons.”

Le 21 avril 1837, peu de jours avant son départ pour ses missions, Mgr Provencher écrit à l’évêque

de Québec:

“ J'ai fait partir une iongue lettre pour Mgr ‘ Mai. Je lui parle d’une requête envoyée pour ‘ mettre de côté M. Bourget, pour la nomination ‘* duouel j’insiste, comme étant le plus propre à ‘ soutenir, à défendre et à suivre les affaires tem. ‘‘ narelles et sp'rituelles du diocèse. Je lui dis

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