‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 34 sur 79 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Démarches pour trouver des missionnaires.—Mgr Provencher passe un an au Canada.

Monseigneur Provencher et son compagnon s’'embarquèrent à New-York le 1er décembre 1835, sur un voilier en destination de Liverpool. La traversée, quoique très heureuse, dura cependant 26 jours. En débarquant à Liverpool, Mgr Provencher écrivit à l’évêque de Québec, pour presser le projet de mission à la Colombie.

‘ Je ne sais pas, lui dit-il, combien de temps je “ serai à Londres ; tout cela dépendra de mes affai- ‘res. Je prie Votre Grandeur de penser à la mis- “sion de la Colombie. Songez que les ministres ‘ protestants ravagent déjà cette vigne sans racine; ‘ une année de retard la fera peut-être sécher. Je “€ presse pour l’acquit de ma conscience, en don- “€ nant à Votre Grandeur les informations qui me ‘sont connues. Je vous ai même laissé, dans “une lettre du gouverneur Simpson, le moyen de ‘€ la fondation ; le reste dépendra de Dieu, qui, ‘ en arrangeant cela, a sans doute pensé à dispo- “ser les choses en Canada. Vous trouverez, je “n’en doute pas, de bons sujets, si vous faites

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4 connaître votre désir, et vous serez surpris de “les trouver peut-être dans ceux auxquels vous n'avez jamais pensé.”

‘ Demandez à Dieu que mon voyage, qui a été “ heureux jusqu'ici, devienne maintenant conso- “ ]ant par la vue d’un avenir lumineux pour tant ‘ d’âmes assises à l’ombre de la mort. Pour cela ‘il faudra que ce Dieu bon, dont je cherche à faire “ connaître le nom, daigne bénir mes projets, et ‘ mes demandes en Angleterre, en France et à “ Rome. O utinum ! !”

Le pieux évêque pourrait dire comme saint Paul, ‘‘ que le zèle de la gloire de Dieu le presse ‘ partout.” Il ne pense qu’à ses chères missions, et aux moyens de les agrandir pour sauver plus d’âmes.

De Liverpool, Mgr Provencher se rendit à Londres, où il passa 20 jours, pour y traiter les affaires de sa mission, et celle de l’érection de l’évêché de Montréal.

Rome ne voulait procéder à l'érection de ce nouvel évêché qu'après s’être assurée que le gouvernement anglais n’y mettrait point opposition. Mgr Provencher avait donc besoin de voir à Londres lord Glenelg, ministre des colonies, pour avoir son assentiment. Celui-ci le reçut avec la plus grande courtoisie, et lui promit de s’occuper immédiatement de sa demande; ce qu’il fit en effet, par une réponse qui tarda un peu, mais qui fut favorable.

Sir G. Simpson se trouvait alors à Londres.

C'était une belle occasion pour obtenir des faveurs

du comité de la compagnie, et pour s'entendre sur les moyens de transporter les missionnaires à la Colombie. Dès sa première réunion, le comité accorda toutes les demandes faites en faveur des missions, et la seule condition qu'il exigea fut que les missionnaires seraient Canadiens.

Monseigneur Provencher ne cessait de remercier Dieu du succès obtenu dans cette démarche. Il écrivit à l’évêque de Québec pour lui annoncer ces bonnes nouvelles, et pour répéter ses recommandations au sujet des prêtres pour la mission de la Colombie.

‘ En écrivant de Liverpool, lui dit-il, je pres- ‘ gais pour avoir des prêtres tout prêts à ‘ partir Au mois d'avril; je me trouve dans la ‘ nécessité de presser encore plus. La compa- ‘ gnie ne veut que des prêtres canadiens. Elle ‘se prête volontiers à nos mesures. Ici on ap- ‘prouve tout ce que le gouverneur Simpson ‘a fait. Le gouverneur s'attend à trouver à ‘Montréal deux prêtres prêts à s’embarquer.

‘“ Profitez d’une faveur ménagée par la Provi- ‘ dence. Tâchez que ce soient des gens qui ne se ‘ découragent pas à la première difficulté. Si je ne ‘ suis pas trompé, ils seront bien avant peu d’an- “ nées. La compagnie leur sera d’un grand 8se- ‘€ cours.”

Comme les missionnaires, pour le temporel, dépendaient en tout de la compagnie, Mgr Provencher avertit ceux qui seront choïsis pour la Colombie, de se montrer toujours prudents et délicats à l’égard des officiers en charge des forts.

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“Qu'ils prennent bien garde, dit-il, de se ‘ brouiller avec les agents de la compagnie. Ils ‘ g'informeront, à la Rivière-Rouge, sur la con- ‘“ duite que nous avons tenue. Nous avons eu Île ‘ bonheur de tomber tout de suite sur le bon ‘ chemin, et je n’ai jamais été obligé de changer ‘ de pratique.”

Aussitôt que Mgr Provencher eut terminé ses affaires à Londres, il passa en France, pour faire connaître à l’œuvre de la Propagation de la Foi les besoins de ses missions. Il arriva à Paris le 26 janvier 1836. Logé aux missions étrangères, il eut l’avantage de faire immédiatement connaissance avec les membres du conseil de la Propagation. Une assemblée du conseil devait avoir lieu le lendemain, 27. On invita Mgr Provencher à s’y trouver présent. Le rapport qu’il fit sur ses missions fut écouté avec le plus grand intérêt ; il sut gagner les sympathies et l’estime de plusieurs personnages qui furent heureux de faire la connaissance de ce zélé missionnaire, et qui, par la suite, lui furent d’un grand secours.

À Paris, on conseilla à Mgr Provencher de passer par Lyon, où était le bureau central de la Propagation de la Foi, et de faire le même rapport qu’il avait fait à Paris Ce digne missionnaire, qui ne demandait qu’à faire connaître la position dans laquelle se trouvaient ses missions, fut trop heureux de'suivre ce conseil.

La notice détaillée qu’il soumit au bureau central de Lyon lui valut une forte augmentation

sur les allocations des années précédentes, et l’avantage de se les voir continuer dans ja suite, jusqu’à sa mort.

La bienveillance avec laquelle Mgr Provencher avait été reçu partout sur son chemin depuis Montréal, lui fit espérer que ce voyage, commencé sous de si bons auspices, et entrepris selon les vues de la l'rov':enc:, serait heureux jusqu’au bout.

Le 15 février 1:56, Ver s’'embarqua à Marseille, et le 22, il avait le bonheur d’entrer dans la ville éternelle.

Dès les premiers jours après son arrivée, l’évêque de la Rivière-Rouge fit connaissance avec Mgr Maï, secrétaire de la Propagande, et avec Son Eminence le cardinal Fransoni, qui en était le préfet. Il sollicita auprès de celui-ci, au nom de l’évêque de Québec, qui l’avait nommé son agent, l'expédition des affaires du Canada pendantes à la cour de Rome.

Ceux qui connaïssent l’hlstoire de l’établissement de l’Eglise au Canada, savent quelle longue opposition eut à soutenir le premier évêque de Montréal avant d'obtenir de Rome l'érection de son diocèse. Quinze ans après sa consécration, après maintes instances faites par lui et par le clergé auprès du Saint-Siège, on n'avait encore rien obtenu.

En s’embarquant pour l’Europe, Mgr Provencher avait promis à Mgr de Telmesse de s’occuper sérieusement de cette affaire.

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A la demande du cardinal Fransoni, préfet de la Propagande, il donna une notice sur la ville et le district de Montréal, pour faire connaître les ressources du futur diocèse. Cette notice fut imprimée, et distribuée aux cardinaux avant la réunion de la Congrégation, qui devait avoir lieu le 21 mars. Il composa aussi un mémoire, pour réfuter les objections faites par ceux qui s’opposaient à l’érection du siège de Montréal en évêché, et la veille de la réunion il le passa aux mains d: cardinal préfet. Ce mémoire était si bien fait, si fit, si lucide, si logique, que la lumière se fit sur ceire question, et que la Congrégation décida ris de suite en faveur de l’évêque de Montréal.

Le Saint-Père approuva la décision le «anche suivant, et les brefs furent expédiés au mois d'avril. Mgr Provencher écrivit de Rome à Mgr Lartigue, pour lui faire connaître l’heureux résultat de ses démarches. Tout, dans cette lettre, dénote l’homme à esprit droit, à intentions pures, cherchant uniquement la plus grande gloire de Dieu, et non le triomphe d’une idée personnelle.

‘ Cherchant plus, dit-il, la gloire de Dieu que ‘‘ celle de l’emporter sur celui-ci ou celui-là, je ‘ me suis adressé à Dieu, le priant de faire con- ‘ naître sa sainte volonté par l’organe de ceux ‘ qui sont chargés de la manifester sur la terre. ‘ Je tâchai d’y intéresser la très sainte Vierge, pa- ‘ tronne de Montréal, saint Joseph, saint François ‘ Xavier, patron du pays; et le jour de la réunion “ de la Congrégation, 21 mars 1886, j'ai dit la ‘ messe de saint Benoît pour le sacré collège et le ‘ Saint-Père.

‘Lo soir, j'ai appris de Mgr Maï comment tout

s'était passé; qu'on (tait en général favorable

aux évêques quand on était bien informé, et que jamais À Rome on ne cherchait À entraver celui qui est chargé de toute la responsabilité devant Dieu. Je dis alors un gros Deo gratias !

* Monscigneur Maï m'a rendu tous les services possibles ; ik connaît bien nos affaires, et il pense comme nous,

Le 8 mars, j'ai donné ma notice sur Montréal ; le 12, j'ai donné le mémoire sur mes missions, ‘Le 20, j'ai fait imprimer un sommaire des affaires de Montréal, et la réfutation des opposants.

‘On m'a demandé tous ces détails comme évêque canadien, et comme agent de l’évêque de Québec; je ne pouvais pas refuser, mais je vous avoue qu'il m'en a coûté beaucoup de me mettre À l’ouvrage, au dépourvu comme je l’étuis. La Propagande a paru satisfaite de mon travail; tout a bien tourné. Que Dieu soit béni! Je suis trop payé de mes peines |

‘ Que je me trouve heureux, moi le dernier de tous sous tous les rapports, d’avoir été un petit instrument utile dans des affaires qui intéressent d’une manière si spéciale la religion et la ‘ paix de notre patrie !”

De toutes parts, on témoigna à Mgr Provencher les plus vives sympathies. La Propagande lui fit don de mille piastres, et d’une caisse de livres très estimés pour la bibliothèque d’un évêque. Il n’eut pas de peine à obtenir que le territoire au delà des montagnes Rocheuses passât sous la juridistion de l’évêque de Québec. Tous les privilèges demandés pour l’œuvre de la Propagation de

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la Foi à Québec et à Montréal lui furent accordés. Il eut le bonheur de 8e trouver à Rome pour lu semaine sainte, et d’être témoin de ses im posantes cérémonies. Le jour de Pâques, il assista à la messe célébrée par le Pape à Saint-Pierre, Il fut tellement impressionné de la beauté de ce spectacle que plus tard, quand il en rappelait le souvenir, il disait qu’il fallait aller au ciel pour voir quelque chose qui élevât l’Ame davantage. Cependant, il ne pouvait cacher qu’il avait été en même temps attristé de l’air de dissipation que portaient les étrangers en visitant la basilique pendant ces jours solennels. “ Dans ce temple qui est la mer- ‘ veille du monde, disait-il, on vous adore avec “ moins de respect apparent, ô mon Dieu ! qu’à # l’autre bout du monde sous de pauvres toits de “ chaume l”

Il obtint deux audiences du Suint-Père, qui lui témoigna une tendresse toute particulière.

Le 31 mars 1836, Mgr Provencher écrit à Mgr Lartigue :

‘* Hier, j’ai eu une audience duSaint-Père ; elle ‘€ a été des plus consolantes pour moi ; ce n’était ‘pas la première fois, mais la dernière, et par ‘‘ conséquent mes adieux.

‘ Le Saint-Père me reçut avec une cordialité ‘ parfaite, qu’il est difficile d'exprimer. Il me ‘fit présent d’un beau calice d’argent doré, qu’il ‘me présenta, disait-il, comme un souvenir. *

. * Ce beau calice a brûlé dans l’incendie de l’église à Saint-Boniface, en 1860.

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