CHAPITRE XI
Retour à la Rivière-Rouge (1837).—Pauvreté de la colonie. — Etat de la mission.—Des missionnaires partent pour la Colombie.—Leur voyage.—Hommage rendu à la Compagnie de la baie d'Hudson.
Au moment de repartir pour sa mission, Mgr Provencher disait à un ami: ‘ Depuis deux ans ‘je goûte les aises et commodités de la vie civi- ‘“lisée; mais j'ai joui de tsut cela comme un ‘! voyageur qui passe, et je vous avoue que je pars ‘ sans regrets; seulement, je serais heureux si, ‘en mettant le pied dans le canot, je me trouvais ‘ rendu à la Rivière-Rouge.”
En effet, c'étaient de rudes et pénibles voyages que ceux que faisaient les premiers missionnaires rour se rendre à la Rivière-Rouge, et il n’y a rien d'étonnant que Mgr Provencherexprimât le désir de se voir au terme de sa routeen mettant le pied dans l’embarcation.
On sait qu’à la fin d’avril, au Canada, les rivières commencent à peine à se débarrasser des glaces. La neige n’est pas entièrement disparue, et l’atmosphère est humide et froide. C’est la saison la
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plus désagréable de l’année pour voyager, tant sur la terre, qui est tout imbibée d’eau, que sur les rivières, toutes débordées et devenues des torrents.
Pendant deux longs mois, les voyageurs qui montaient à la Rivière-Rouge couchaient sur des urèves humides, exposés à toutes les injures de l'air, et quoique le missionnaire ne fût pas obligé de tenir l’aviron dans le canot, ni de charger sur ses épaules de lourds fardeaux, cependant ce trajet de 1800 milles sur les lacs et les rivières, à travers des forêts où les sentiers étaient à peine battus pour l’Indien, ne s’accomplissaient pas sans beaucoup de fatigues et de dangers. Dans ce voyage Ce 1837, Monseigneur Provencher fut arrêté quinze jours par les glaces flottantes, etil n’arriva à la Rivière-Rouge que vers la fin du mois @e ain.
L'état dans lequel il trouva la mission n'était pas de nature à le consoler. La récolte avait complètement manqué l’année précédente (1836), et celle de 1837 s’annonçait sous de bien pauvres apparences. Les dérenses qu’il avait été contraint de faire pour le voyage avaient épuisé sa bourse, au point qu'il écrivit à Québec :
‘Ma bourse est à sec ; il ne me reste pas assez ‘d'argent pour payer le compte de cette année. ‘Je vais tâcher de faire le moins de dépenses pos- 8ible ; pour cela, je serai obligé d’arrêter des travaux que j'aurais besoin de finir. Les mau-
. vaises récoltes occasionnent beaucoup de dé-
‘‘ penses pour vivre. J'espère qu’on m’aura alloué ‘quelque chose à Lyon.”
PSE
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| Pendant les deux années d'absence de Mgr Pro- | vencher, M. Thibault, à qui le soin dela mission avait été confié, avait fait avancer les travaux de la cathédrale, mais elle était encore loin d’être logeable ; la couverture n’était pas même entière- | ment achevée.
| L’évêché en pierre, bâti en 1829, avec du ciment | de glaïise, se détériorait de jour en jour, et faisait sentir le pressant besoin d’en construire un autre. En face de ce dénuement, et du manque complet ! de moyens pour continuer ses œuvres, Mgr Provencher se confia, comme toujours, dans la Providence, et loin de ralentir son zèle pour les missions éloignées, il songea plus que jamais à les étendre. Les sauvages du lac Lapluie n'avaient pas encore reçu la visite du prêtre. Il envoya M. Belcourt fonder la mission du fort Francis au printemps de 1838 ; * et la mission sauvage de la Baie-Saint- S Paul, sur l’Assiniboine, fut desservie par M. Poiré, qui résidait à la mission de Saint-François-Xavier. Mgr l''ovencher aurait désiré envoyer un prêtre || au fort des Prairies, sur la Saskatchewan, pour y |! visiter les Canadiens qui setrouvaient là en grand |!
nombre. LS Le fort des Prairies (aujourd’hui Edmonton) | était le plus im portant de tous les postes de l'Ouest.
Il était un point de ralliement pour les blancs et les Indiens. On aurait pu appeler ce poste la ‘‘capitale du Nord-Ouest.” Un missionnaire avait là
* Le fort Francis se trouve sur la rivière qui unit le lac des Bois au lac Lapluie.
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une abondante moisson à recueillir. Malgré le Il peu de prêtres dont Mgr Provencher pouvait dis- ( poser, il eût cependant été prêt à demeurer seul, \l pour procurer les secours de la religion à tant de pauvres âmes abandonnées ; mais il fallait obtenir un passage de la compagnie, car la mission n’avait pas le moyen d’équiper un missionnaire pour un aussi long voyage. M.Jean-Baptiste Thibault était ; prêt à partir si le passage était obtenu. Mgr Provencher fit part de son projet au gouverneur Simpson, et lui demanda si au printemps de 1838, un prêtre pourrait trouver place sur les barges de la compagnie, pour se rendre ou fort des Prairies. Jusqu'à ce moment la compagnie avait la prétention de borner la prédication de l'Evangile aux limites de la colonie. Sir G. Simpson répondit à Mgr Provencher qu’il consulterait le comité en Angleterre pour permettre de tels passages, mais que, pour cette année, il lui était impossible d’accéder à sa demande. Pour le moment, il fallut se résigner, et Mgr Provencher renonça cette annéelà à envoyer un prêtre de ce côté.
Monsieur Demers passa l’hiver de 1837-38 à la mission de Saint-Boniface.
M. Blanchet, curé des Cèdres, qui n’avait pas pu obtenir son passage pour la Colombie en 1837, fut plus heureux l’année suivante: il vint rejoindre son compagnon, M. Demers, à la Rivière-Rouge, et tous les deux s’embarquèrent sur les barges de la compagnie le 10 juillet 1838, en route pour la Colombie. —Un jeune prêtre, M. Mayrand, venu de
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