‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 45 sur 79 · I. Thi- 8 misoccupé inards · texte numérisé non relu

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Le Père de Smet, qui, depuis longtemps, évangélisait les tribus sauvages sur le territoire américain, était passé en Europe un peu avant Mgr Provencher, pour y recruter, lui aussi, des missionnaires. Il était à Gand en Belgique lorsque l’évêque de la Rivière-Rouge arriva à Paris. Celuici eut la joie d'apprendre que le Père de Smet allait bientôt se rembarquer pour l'Amérique avec six religieuses de Notre-Dame de Namur, et des Jésuites pour la Colombie. Le nonce apostolique, qui était à Paris, lui annonça que le même Père emportait avec luitout ce qu’il fallait pour la consécration de Mgr Blanchet. Tout allait au delà de ses espérances. Les difficultés s’aplanissaient d’elles-mêmes, et il n’avait qu'à remercier la divine Providence, qui arrangeait si bien toutes choses. Pour comble de bonheur, Mgr Provencher apprit que le conseil de la Propagation de Lyon lui votait 30 000 francs (trente mille francs) pour ses missions.

La Propagation de la Foi, fondée en 1837 à Québec, avec les mêmes privilèges que celle de Lyon, n’était pas d’abord unie à celle-ci. En 1842, Rome manifesta le désir de voir l’œuvre de Québec s’unir à celle de France ; les conditions furent posées, Mgr Signay adressa une circulaire pour annoncer qu’elles étaient acceptées, et l’on crut pendant quelque temps que l’union était faite. Mais bientôt Québec s’aperçut que les conditions exigées par Lyon n'avaient pas d’abord été bien comprises et de graves difficultés s’élevèrent entre

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les deux conseils de Lyon et de Québec. Le 19 avril 1843, Mgr l’évêque de Québec avait écrit la lettre suivante à Mgr Provencher:

“Je vous annonçais, dans ma dernière lettre, ‘ que l’union entre l’association de Lyon et celle ‘ de Québec avait été opérée ; mais il paraît qu’une ‘“ des conditions, celle qui faisait rester ici tous ‘nos deniers, n’a pas été acceptée. On a voulu ‘que nous admissions le principe que i’associa- ‘tion de Lyon pourrait au besoin appliquer nos ‘* deniers à d’autres missions que les nôtres. Notre ‘* conseil a cru devoir admettre ce principe, s’en ‘€ rapportant à la sagesse de Lyon.

F nie que rien n’empêchera plus notre union ‘ de s’effectuer.”

L’évêque de Québec avait chargé Mgr Provencher d’exposer au conseil de Lyon les besoins du Canada pour toutes ses nouvelles missions, et lui avait dit de travailler à opérer l’union des deux œuvres sans nuire aux intérêts de Québec.

Huit jours après l’arrivée de Mgr Provencher à Paris, le conseil de la Propagation s’assembla, et prit en considération les conditions posées par Québec. On consentit à laisser au Canada, pour une année seulement, tout l’argent recueilli, et cela à cause des grands besoins où se trouvaient les diocèses. Maïs on ne voulut pas se départir du principe que Québec rendrait compte de tous ses fonds, et que Lyon ferait les distributions selon que le conseil le jugerait à propos. Monsieur Hudon, du diocèse de Montréal, qui avait accom-

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pagné Mgr Provencher, et qui était autorisé à traiter la chose au nom de l’évêque de Montréal, accepta la condition immédiatement. Québec retarda quelque temps, maïs enfin l’union se fit, et l’évêque de la Rivière-Rouge, qui avanttout cherchait toujours le bien général de la religion, eut la consolation de repartir de France avec l’espérance de voir cette œuvre si catholique garder la même unité que la foi qu’elle veut propager dans le monde.

Dès que Mgr Provencher eut terminé les affaires qui regardaient le bien des missions, il se hâta de. revenir à Montréal ; ses deux compagnons, MM. Dumoulin et Hudon, prolongèrent leur séjour en: Europe, pour avoir le temps de visiter la France ct l’Italie. Le 25 mars, l’évêque de la Rivière- Rouge était de retour à Montréal, assez tôt pour préparer le départ de ses missionnaires.

Jusque-là tout avait réussi au gré deses désirs ;. à son retour de France, la Providence lui ménageait une petite déception. M. Olivier Caron, qu'ik avait été si heureux de s’adjoindre l’automne précédent, et sur qui, comme il le disait, il fondait de grandes espérances, fut obligé de renoncer à partir pour les missions, à cause de la faiblesse de sa santé.

Ce contretemps dérangeait beaucoup les projets: de Mgr Provencher. Il lui fallait trouver un rem-plaçant pour M. Caron : où le chercher? le moment du départ arrivait. Heureusement la Provi-dence vint à son cecours, en inspirant à un jeune--

diacre, M. Bourassa, le désir de se donner aux missions. L’évêque de Québec l’ordonna prêtre, et il prit la place de M. O. Caron.

Pendant les quelques semaines que Mgr Provencher passa au Canada après son retour de France, il fit connaissance avec le communauté des Révérends Pères Oblats, qui venaient de commencer, avec un succès admirable, à prêcher des retraites dans les paroisses. Le but premier de ces religieux, qui est de prêcher des retraites au peuple, inspira à l’évêque de la Rivière-Rouge l’idée que peut-être il trouverait chez eux les hommes qu’il cherchait pour ses missions. Il en parla à Mgr Bourget, qui approuva son dessein de les demander.

Le 16 avril, huit jours avant le départ des canots, il écrivit à l’évêque de Québec, et il lui dit: “J'ai parlé à Mgr de Montréal au sujet du ‘€ projet d’avoir des Oblats ; il favorise ce projet, ‘ qui entre tout à fait dans ses vues. Il a parlé ‘ aujourd’ui au Père Honorat, et moi aussi.”

Mgr engage et presse l’évêque de Québec à les employer dans son diocèse:

‘ Ces Révérends Pères pourront se charger aus- ‘ si de la mission des postes du Roi, et de la “ mission du Saguenay ; ces missions ne sont pas ‘ hors de leur but.

‘ Ils cherchent à faire du bien, et ils s’y appli- ‘ queront partout où ils seront envoyés. Voilà “ une belle perspective qui s'ouvre aux besoins de ‘ votre diocèse. Je ne doute pas que Votre Gran- ‘ deur ne cherche à en tirer partiimmédiatement.

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‘ Il faudra vous entendre avec l’évêque de Mont- 4 réal et le supérieur, qui est disposé à travailler ‘“ aussi volontiers dans votre diocèse que dans ce- “lui de Montréal. Je ne doute pas que Votre “ Grandeur ne soit satisfaite du travail et des pro- “ cédés de ces bons Pères.

‘“ Le Père Honorat m’a bien remercié de l’inté- ‘“ rêt que je prenais à l’honneur et à l’extension “ de leur communauté.”

Le désir de voir la foi répandue et Dieu honoré est si pur chez Mgr Provencher, qu’il éprouve la même joie à voir le bien se faire à Québec ou à Montréal que dans les missions dont il est chargé.

Il remit à l’évêque de Montréal le soin de s’entendre avec le supérieur des Oblats, pour avoir l’année suivante à la Rivière-Rouge deux religieux de cette congrégation. Le zèle du saint évêque de Montréal lui assurait d’avance le succès de sa démarche.

Les quatre religieuses partirent de Lachine le 24 avril, trois jours avant Mgr Provencher, qui était retenu à l’Hôtel-Dieu par une indisposition.

Les adieux des Révérendes Sœurs furent on ne peut plus touchants: cette séparation ne leur laissait aucun espoir de jamais revoir leurs compagnes sur la terre. Pour un missionnaire, c'était un sacrifice déjà pénible; mais il l'était bien davantage pour de faibles femmes, qui n’auraient plus désormais rien à attendre ici-bas qu’une vie de privations, de souffrances et de sacrifices.

Le 24 avril au soir, Mgr Provencher dit, dans une lettre à l’évêque de Québec :

‘ On vient de me dire que les Sœurs sont par- ‘“ties. La séparation a été énible ; mais le cou- ‘ rage ne manque pas. Voilà une des choses les ‘ plus affligeantes pour des cœurs unis. Cette ‘* séparation est pour la vie, car ces bonnes filles ‘“ n’ont plus d'espérance de revoir leur commu- ‘ nauté. Elles seront seules pendant le voyage : ‘“ elles n’ont point de prêtre avec elles.” *

Mgr Provencher et les deux missionnaires s’embarquèrent le 27 avril. Le gouverneur de la compagnie prit avec lui dans son canot l’évêque de la Rivière-Rouge, à qui, durant tout le voyage, il donna les attentions les plus délicates.

Le 11 mai, après treize jours de marche, Mgr arrivait au Sault-Sainte-Marie ; à cet endroit, il laissa les deux missionnaires, qu’il chargea d’attendre les religieuses, et lui-même continua le voyage avec le gouverneur. |

Un accident était venu éprouver les bonnes religieuses dans la traversée du lac Huron, et leur avait fait craindre un moment qu’une de leurs compagnes ne fût obligé: 4e retourner en arrière. Dans un endroit appelé la Cloche, la Révérende Sœur Lagrave s'était donné une entorse qui la mettait dans l'impossibilité de marcher.

- * La supérieure et une autre Sœur accompagnèrent leurs missionnaires jusqu'aux îles Dorval. Elles recommandèrent bien aux voyageurs d’avoir soin des religieuses, et surtout de ne pas jurer devant elles, Ils le promirent; mais il paraît que plusieurs ne furent pas toujours fidèles à leur promesse,

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Leur embarras était grand, et celui des conducteurs du canot ne l'était pas moins. Si la navigation n’avait pas dû être interrompue pour atteindre la Rivière-Rouge, il eût été assez facile pour la Sœur de continuer le \>yage ; mais il y avait à faire une multitude de longs portages ; et coziment transporter, à travers les bois et les rochers, une personne dont le poids requérait la force de deux hommes? On délibéra quelque

4 temps pour savoir quel parti prendre. Les relie À gieuses pleuraient, elles suppliaient, ne voulant pas se séparer de leur sœur ; enfin deux robustes Iroquois du Sault-Caugnawaga, qui montaient à | la Rivière-Rouge, s’offrirent à se charger de la 4 bonne Sœur dans les portages ; on promit de les récompenser généreusement, et l’on put continuer la route.

Il est facile de s’imaginer si les Sœurs furent heureuses de trouver, au Sault-Sainte-Marie, MM.

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geurs. Le reste de la route se fit sans accidents : on portait la blessée sur un brancard lorsqu'il fallait descendre à terre, puis on la replaçait dans Je canot au moment de reprendre la navigation. Mgr Provencher était arrivé à Saint-Boniface le 31 mai. Les marches du gouverneur étaient toujours extrêmement rapides, et au lieu de deux mois que prenaient les voyageurs ordinaires, pour venir de Montréal à la Rivière-Rouge, il parcourait cette distance en trente jours.

Mgr Provencher arriva donc bien avant les

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canots qui amenaient les missionnaires. Il aurait voulu faire des préparatifs pour faire aux religieuses une réception solennelle. Les gens du pays avaient hâte de voir arriver ces femmes, dont ils n’avaient aucune idée. Les canots arrivèrent à Saint-Boniface le 21 juin, à une heure du matin. À ce moment de la nuit, tout le monde était endormi à la mission. Mgr Provencher fut fort surpris lorsqu'on vint l’éveiller pour lui annoncer l’arrivée de ses missionnaires. Ce n’était plus le moment d’organiser la réception ; elle fut. remise au dimanche, et chacun alla se reposer des fatigues du voyage.

Le dimanche suivant, Mgr fit conduire les religieuses à l’église, en procession ; il adressa quelques mots d’édification aux fidèles, et chanta un Te Deum solennel, pour remercier Dieu de les avoir protégés durant le voyage, et pour Île succès obtenu dans toutes ses entreprises, depuis son départ pour le Canada.

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