CHAPITRE XVII
Abandou du projet d'ériger la Rivière-Rouge en province ecclésiastique.—A ffaires de la Propagation de la Foi.— Malentendus entre Québec et Lyon.—Bulles demandées pour le Père Taché.—Lettre de Mgr Provencher à l’évêque de Marseille. —Le Père Taché passe en Eu--
rope.
Les raisons que Mgr Provencher donna aux évêques du Canada contre l’érection de son diocèse en province ecclésiastique, finirent par les persuader que la chose ne pressait nullement. Les missionnaires qui connaissaient le pays et ses: besoins pensaient comme l’évêque de Saint-Bo-. niface.
‘ M. Lafièche et le Père Taché pensent comme. ‘ moi, dit-il dans une lettre à Mgr Bourget ; leur- ‘opinion est qu’un coadjuteur jeune et vigoureux ‘ peut suffire pour plusieurs années. Un coad- ‘ juteur, j'y pense depuis longtemps. J'avais ce. ‘qu’il me fallait dans mon humble. opinion ; ‘‘ Dieu, qui ne juge pas comme les hommes, l’a ‘ rendu infirme. Il était le seul capable et propre- “à cette place; il sait les langues les plus en ‘ usage dans le pays; son caractère aimable et
‘ sans prétention, ses talents rares et ses autres ". ous qualités, le poussent naturellement à ee ne 0
‘Je ne sais plus maintenant où porter mes
‘ vues ; si celui-là manque, Dieu, qui voit de loin
‘et qui connaît nos besoins, a-t-il d'autres des-
‘ seins ? ”
Nous allons voir qu’en effet Dieu avait d’autres
vues, et qu’il va bientôt dire à l’évêque de Saint- Boniface, comme autrefois le prophète Samuel au père de David: ‘“Sont-ce donc là tous vos fils? ‘ ne vous en reste-t-il pas d’autres ? ” Oui, il en restait un autre, occupé au fond d’un désert à garder les brebis; maïs il était si jeune qu’on n’osait pas le faire venir.
Cette épreuve jetait Mgr Provencher dans de grandes perplexités ; il aurait été si heureux de laisser après lui un homme dont les qualités tant du cœur que de l’esprit, eussent donné comme une assurance pour l’avenir des missions.
‘“ Je mérite bien d’avoir des chagrins sur mes
‘vieux jours, disait-il, mais je demande que Fe « Dieu ne punisse pas les autres pour moi. Qu'il “{ leur donne un pasteur selon son cœur ! ”
A l'inquiétude de voir manquer le coadjuteur sur lequel il jetait les yeux, vint se joindre, en 1848 et 1849, celle de voir manquer les secours pécuniaires pour l'entretien des missions. Nous
avons vu plus haut que, lorsqu'il s'était agi, en
1842, d’unir, selon le désir de Rome, la Propa-
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gation de la Foi de Québec à celle de France, le conseil de Lyon avait refusé d’accepter les conditions posées par Québec. Le principe que voulait faire admettre le conseil de Lyon était que Québec rendrait compte de son argent, ferait passer en France toutes les sommes recueillies, et que Lyon ferait les distributions selon que les présidents de son conseil le jugeraient à propos, sans tenir aucun compte des sommes envoyées par le Canada. On promettait seulement d’avoir égard aux besoins des diocèses de Québec et de Montréal ;: mais cette seule considération entrait en ligne de compte dans les secours octroyés. Québec envoyait à Lyon des sommes plus fortes que celles qu’il recevait ensuite. Ainsi, dès l’année 1844, Mgr l’évêque de Québec écrivait à Mgr Provencher :
‘Vous avez compris, lorsque vous avez traité ‘“ vous-même la chose à Paris, que les sommes ‘“ recueillies dans ce diocèse par la Propagation ‘“ de la Foi, seraient laissées à la disposition de ‘“ notre conseil pour être distribuées dans nos ‘ différentes missions. Nous l’avons compris de ‘ même, et voilà que je suis informé qu’on veut ‘ bien nous allouer, pour cette année, 34000 francs, ‘ sur les 46 903 dont nous avons rendu compte. ‘ Cette distribution ne fait pas beaucoup notre ‘“ affaire.”
Ces malentendus se continuèrent les années suivantes, et en 1848, Mgr Provencher exprimait ainsi ses inquiétudes à l’évêque de Montréal, sur
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