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‘Il ne faut pas de longtemps songer à choisir ‘ des étrangers pour évêques dans ce pays, à cause ‘ des préjugés qu'on entretient contre eux. C’est ‘ pour cela que j'aime à voir venir ici quelques ‘* prêtres canadiens ayant du zèle pour les mis- ‘ sions, afin que d’avance ils puissent se former, ‘apprendre les langues, et connaître le pays. J'ai ‘ toujours eu beaucoup de difficultés à trouver des ‘* prêtres jusqu’à ce jour; ce me sera beaucoup ‘ plus difficile à l’avenir si mon diocèse est sépa- “ ré de Québec; alors on me répondra : c’est hors ‘‘ de mon diocèse. Il est bien vrai que le diocèse “ d’un prêtre peut s'étendre à toute la terre avec ft l'agrément des évêques. Aller au bout du monde : ‘ce langage est dur à entendre quand on est ‘‘ jeune, et rempli de projets qui, la plupart du ‘temps, ne tendent guère à la gloire de Dieu. ‘ Ah ! si l’on pouvait se transporter au moment “ de la mort, il n’y a pas un prêtre qui n’aimât ‘“ mieux alors avoir passé sa vie dans les pénibles ‘travaux des missions, que d’avoir mené celle au ‘ bout de laquelle il se trouve. Mais quand on ‘ compte encore une carrière de 30 et 40 ans, on ‘ trouve le temps long.
‘ Pour les missions, il faut des hommes bien ‘“ connus ; de ces heureux caractères qui vivent ‘ bien avec tout le monde, et qui font du bien “ partout où on les place. Je prendrais Votre “ Grandeur pour juge dans cette affaire.
‘ Parmi mes prêtres canadiens, j’ai ici le Père # Taché qui est celui qui a le plus de talents ; mais “ïjl ne fait que de naître. Je ne doute pas que “ plus tard il ne fasse honneur à son ordre ; il se- “ ra bien au fait des langues et usages du pays. “ D’autres que moi jugeront alors ; mais je suis “ bien aise de jeter de loin cette petite pierre dans “ son jardin. Il y aura longtemps un préjugé “ contre les ordres religieux dans ce pays anglais ;
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‘“ mais un sujet anglais bien connu pour ses ta- ‘ lents en rencontrera moins.”
Le Révérend Père Faraud, ordonné prêtre dans le cours de l’année 1846, visita en 1847, avec le R. Père Aubert, les missions de la rivière Winnipeg et du lac Lapluie, tandis que le Révérend Père Bermond était envoyé au lac Manitoba, pour y desservir la mission de la Baiïe-des-Canards, mission dont personne n’était exclusivement chargé depuis la mort de monsieur Darveau.
Pendant les absences assez prolongées des missionnaires, Mgr Provencher restait seul pour desservir deux missions.
Les années 1846 et 1847 furent des années de disette pour la Rivière-Rouge, et la mission, pour suffire aux dépenses, ne pouvait guère compter que sur les secours de la Propagation de la Foi. Le couvent des Révérendes Sœurs, commencé en 1846, n’avait encore, en 1848, que quatre pauvres chambres un peu logeables ; neanmoins l’œuvre des Révérendes Sœurs,malgré leur extrême pauvreté, ne laissait pas de se développer. Leurs écoles, tenues sur un bon pied, eurent pour effet de paralyser les efforts des protestants, chaque fois que ceux-ci voulurent établir des couvents. Les premières familles du pays, et la plupart des bourgeois des forts. tinrent à honneur de faire donner l'éducation à leurs filles par les Révérendes Sœurs.
Les nouvelles que Mgr reçut des missions de
l’Ile-à-la-Crosse étaient consolantes. Les progrès que le Père Taché et M. Laflèche avaient faits dans la rude et difficile langue montagnaise, avaient été si rapides qu’ils causaient l’étonnement de M. McKenzie, bourgeoïs du fort de l’Ile-à-la Crosse. Ce monsieur disait à Mgr Frovencher, en parlant d’eux :
‘ Ils ont réussi à apprendre le cris et le monta- ‘ gnais depuis leur arrivée à l’Ile-à-la-Crosse, ‘n'ayant pour interprète qu’un sauvage aveugle ‘“quine parle pas un mot de français. Ils peu- “vent maintenant converser avec ces tribus dans ‘ leur propre langue.”
Au mois de juin 1848, le Révérend Père Faraud partit pour l’Ile-à-la-Crosse; il allait remplacer M. Lafièche, à qui Mgr Provencher donnait l’ordre de revenir à Saint-Boniface. Il pressait de plus en plus le projet d’en faire son coadjuteur.
Les bulles pour l'érection du vicariat de la Rivière-Rouge en diocèse, données le 4 juin 1847, arrivèrent à Saint-Boniface un an après, le 4 juin 1848. Ces bulles donnaïent à Mgr Provencher le titre d’évêque du Nord-Ouest.
‘ Ce nom d’évêque du Nord-Ouest ne signifie *‘ rien, écrivait-il à l’évêque de Montréal. Le Nord- ‘ Ouest n’est pas une place. C’est un pays encore “inconnu au loin; ici même, par Nord-Ouest on ‘entend la compagnie de ce nom. Pourquoi ne ‘ pas dire evêque de la baie d'Hudson ? ce serait ‘un nom que tout le monde entendrait. J’aime-
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‘ou de la Rivière-Rouge, si vous voulez. Je le de- ‘ manderai à Rome.
“ Je vais prendre possession de mon siège le ‘18 juin, jour de la très sainte Trinité. Ce ne se- “ra pas une cérémonie bien imposante ; je n'ai ‘ que le Révérend Père Aubert avec moi ; peu de “ peuple, les voyages à la prairie et à la mer enlè- ‘vent la plupart des hommes.
‘* Priez Dieu pour moi. Sous différents noms ou “titres, me voilà rendu à 26 ans d’épiscopat. Je ‘ finirai par être évêque comme les autres, et à ‘rentrer dans le droit commun.”
Mgr Provencher avait appris que M. Laflècae se trouvait atteint, à l’Ile-à-la-Crosse, d’une infirmité qui menagçait de devenir grave: des plaies qui s'étaient déclarées à une de ses jambes le rendaient boiteux, sans cependant l’empêcher de marcher. Cette maladie venait déranger tous les plans de Monseigneur et le jeter dans un embarras d’où il ne savait comment se tirer. Si M. Lafièche ne pouvait plus accepter l’épiscopat, sur qui Mgr allait-il jeter les yeux ? ‘‘ Si celui-là me “ manque, écrivait-il à l’évêque de Montréal, je “© ne sais plus où en prendre un autre.”
Cependant, ce contretemps, qui paraissait si fâcheux, entrait dans les desseins de la Providence, qui voulait assurer le sort des missions sauvages.
On a vu jusqu'ici combien Mgr Provencher avait eu de peine à se procurer des prêtres séculiers pour l’aider dans ses travaux. À mesure que les missions prenaient de l’extension, cette diff.
culté de trouver des missionnaires devait devenir de plus en plus grande. [l n’y a que des hommes appartenant à un ordre religieux qui soient capables de se dévouer constamment à ce pénible genre de ministère. Hors d’une communauté, on trouvera bien de temps à autre quelque sujet à qui la vertu inspirera un tel dévouement ; mais on ne doit pas compter là-dessus pour assurer l'avenir des missions sauvages. D'ailleurs le religieux, dont l’entretien est assuré par sa communauté, peut, sans arrière-pensée, user sa santé dans les missions, tandis qu’il n’en est pas ainsi du prêtre séculier.
Dans les desseins de Dieu, c’était donc pour le plus grand bien du diocèse de Saint-Boniface, que les événements tournèrent de manière à amener
le choix d’un religieux comme coadjuteur de Mgr Provencher.
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