‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 63 sur 79 · DE L’ANCIENNE · texte numérisé non relu

DE L’ANCIENNE

Le trois novembre de l’année mil huit cent soixante-deux, on a exhumé des ruines de l’ancienne catüédrale les restes de Monseigneur Joseph-Norbert Provencher, premier missionnaire et premier évêque catholique de Saïint-Boniface de la Rivière-Rouge, dans le territoire de la Compagnie de la baie d'Hudson, décédé à Saint-Boniface même le sept juin mil huit cent cinquante-trois, à la suite d’une attaque soudaine d’épilepsie, et inhumé sous le sanctuaire de sa cathédrale le neuf juin de la même année par Messire Jean-Baptiste Thibeault, vicaire général, assisté de | Messire Louis Richer dit Laflèche, vicaire général et admi- | nistrateur du diocèse de Saint-Boniface, et des RKérends Pères Oblats Bermond et René Rémas, en présence de François Bruneau, juge de paix, des Révérendes Sœurs M. Louise Valade, supérieure de l'hôpital des Sœurs Grises de Saint-Boniface, et de M. Eulalie Lagrave, son assistante, du major Cadvelle, gouverneur d’Assiniboia, d'Antoine Gravelin, de Norbert Nolin, soussignés dans l’acte mortuaire qui a été trouvé dans le cercueil du défunt, et d’un grand

nombre de personnes de la colonie, tant protestants que catholiques, qui s'étaient empressées d’assister aux obsèques d’un prélat que les catholiques du pays avaient tant de droit de pleurer comme un père et que les protestants regrettaient comme un ami. Le cercueil fut ouvert à l’instant, en présence de Monseigneur Taché, évêque de Saint- Boniface, du Révérend Messire Ritchot, curé de Saint-Norbert, du Révérend Père Lefloch, Oblat de Marie, et de plusieurs autres personnes, et, à la joie de tous, les restes de Monseigneur Provencher parurent dans un état qui permettait aux personnes qui l’avaient vu de son vivant, de reconnaitre les principaux traits de son visage : son front était encore le même, ses joues et son menton, quoiqu’un peu déprimés, avaient à peu près leur forme naturelle, vu que les chairs n’avaient subi de changement que dans leur couleur par suite de la fraîcheur du sol ; les yeux étaient fermés et un peu affaissés ; l'extrémité du nez avait disparu et laissait entrevoir les os; la bouche était fermée et presque unie par suite de la dépression des lèvres; la partie supérieure des bras, les épaules, le buste, les jambes et même les pieds étaient encore revêtus de toutes leurs chairs, réduites à une grande fermeté et ayant une couleur blanche quelque peu terne. Le corps de Monseigneur Provencher semblait n’avoir éprouvé la putréfaction du tombeau qu'aux avant-bras, aux mains et aussi un peu à la gorge, comme l’ont constaté les personnes qui avaient aidé à l’ensevelir ; il avait conservé le même volume et la même pause, si ce n’est que le milieu du buste, fort enflé au moment de l’inhumation, s'était considérablement affaissé. L'ensemble du cercueil, à l’intérieur, présentait les ravages d’une grande humidité et même de quelque inondation, probablement l’inondation qui a eu lieu au mois de mai mil huit cent soixante-un et les pluies torrentielles qui l'ont suivie dans le mois de juin. Les habits pontificaux et tous les linges étaient collés les uns aux autres ; ils étaient d’une couleur sale et recouverts d une humidité visqueuse.

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Ses gants et sa soutane avaient encore conservé la force de leur tissu. Après cette inspection, les restes de Monseigneur Provencher ont été transportés religieusement dans la sacristie faisant suite au corps de la future cathédrale et qui la remplace provisoirement pour les offices de la paroisse où on avait préparé un Catafalque pour les recevoir et he exposer à la vue du public. Quelques instants après, vers quatre heures de l’après-midi, Monseigneur Taché et son clergé se réunissaient autour du cercueil pour chanter l'office des morts, auquel assistait un peuple nombreux et recueilli. Durant toute la soirée la sacristie ne désemplissait pas des personnes qui se pressaient pour voir les restes de Monseigreur Provencher et aussi pori avoir quelques reliques de ses chairs ou des habits qui l'avaient accompagné dans le tombeau. C’est que, en effet dans ce cercueil, les personnes mêmes les plus timides et les plus impressionnables, ne ressentaient rien de cette horreur qu’inspire naturellement la vue de la mort. Tout le monde se plaisait à regarder ce corps inanimé, ce visage maintenant si peu changé, et si les cœurs se sentaient db pressés au souvenir d’un père que la mort a ravi, ils se sentaient aussi soulagés et comme joyeux à la pensée que le ciel est ouvert déjà à une âme qui travailla si longtemps et si généreusement au salut des habitants du diocèse de Saint-Boniface. Sur l’invitation de Monseigneur Taché quelques personnes ont bien voulu passer la nuit en prières auprès du cercueil de Monseigneur Provencher. Aujourd’hui, quatrième jour de novembre, dès la pointe du jour le peuple affluait encore pour contemplerdes restes de Monseigneur Provencher. A dix heures du matin Monseigneur Taché chantait, en présence du cercueil de son vénérable prédécesseur, un service solennel. Sa Grandeur était assistée à l’autel par le Révd Messire Jean-Baptiste Thibault, son vicaire général, du Révd Père Joseph-Jean- Marie Lestang, Oblat de Marie, faisant l'office de diacre, et du Révd Messire Ritchot, curé de Saint-Norbert, faisant l'office de sous-diacre,

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Après les cinq absoutes marquées dans le Cérémonial des évêques, les restes de Monseigneur Provencher ont été transportés dans l'emplacement de la future cathédrale et inhumés dans un caveau en maçonne qui se trouvera, lorsque la cathédrale sera achevée, à peu près sous Île maître-autel, du côté de l’évangile.

Après la mesce, Mgr T'aché a prononcé loraison funèbre de feu Mgr Joseph-Norbert Provencher. Sa Grandeur, après un prologue qui commentait le texte qu’Elle avait choisi : Pretiosa in conspectu Domini mors Sanctorum ejus, a donné quelques détails biographiques sur les premières années et sur les études classiques de son vénérable prédécesseur ; puis, le contemplant au moment où il aban. donnait en Canada la cure de Kamouraska pour aller porter la foi aux peuples sauvages et aux pauvres Métis du Nord-Ouest, Elle a fait ressortir et l’obéissance que le jeune prêtre avait même pour les désirs de son évêque et toute l’étendue du sacrifice que le jeune missionnaire avait si généreusement accepté dans l’unique but de gagner des âmes à Dieu. Quelques faits ont montré ensuite les privations et surtout la pauvreté que le jeune missionnaire rencontra au milieu de son peuple, les efforts et les actes d’humilité que le prélat même s’imposait plus tard pour. pourvoir à sa propre subsistance et pour aider son peuple à trouver dans la culture de la terre, l'entretien de leurs familles; enfin le dévouement sans bornes que Mgr Provencher montra toujours aux habitants de la Rivière-Rouge, sa sollicitude à procurer la gloire de Dieu dans son diocèse par L'établissement des Sœurs destinées à l'éducation des jeunes personnes, et par l’appel d’une congrégation rehgieuse qui lui permettait d'assurer les secours de la religion tant aux habitants de la colonie qu'aux pauvres sauvages qui habitent dans les limites du diocèse de Saint- Boniface. Ensuite, après avoir montré que Mgr Provencher avait voulu se choisir lui-même un successeur pour être sûr, avant de mourir, que le bien qui lui avait coûté tant

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de privations, tant de sacrifices, serait continué, Sa Grandeur a fait appel à son auditoire, et l’a invité à se rappeler devant ce sépulcre les impressions et les résolutions que beaucoup avaient prises lorsqu'ils perdirent leur premier pasteur et leur père. Il leur a communiqué les craintes et la peine qu’éprouvait autrefois le cœur de Mgr Provencher en pensant aux éxcès qu’occasionnerait dans la colonie l’usage immodéré des liqueurs enivrantes, Hélas! ces craintes étaient bien fondées ! et Mgr Provencher pouvait bien dire qu’il sentait sa vigoureuse santé ébranlée, ses forces abattues, depuis que quelques-uns de ses enfants avaient eu le malheur de donner dans la colonie le spectacle de l'ivresse. Nous espérons que les restes inanimés de Mgr Provencher auront parlé charitablement et énergiquement à quelques cœurs à l’apparence si froide et si lâche, et que le souvenir de leur père les encouragera à profiter des bienfaits qui lui coûtèrent jadis si cher.

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