CHAPITRE XX
Qualités et vertus de Mgr Provencher.
Les mines les plus riches et les plus précieuses sont toujours cachées dans les entrailles de la terre ; quelques petits filons isolés çà et là nous les font découvrir, et nous indiquent la valeur de ces trésors.
Il en est de même des qualités et des vertus réelles parmi les hommes. L'homme de mérite est modeste, il aime à rester caché; il craint que le bruit ne se fasse autour de son nom; mais, quelque profonde que soit l’humilité dans laquelle il cherche à s’ensevelir, il ne peut empêcher que de riches filons n'apparaissent au dehors et ne dévoilent au monde les mérites renfermés dans son cœur.
Enseveli dans un pays sauvage pendant trentecinq années de sa vie, loin de tous les regards de ceux qui auraient pu apprécier les belles et riches qualités dont son esprit et son cœur étaient doués, Mgr Provencher a toujours fui l’ostentation, et a pris le plus grand soin de dérober aux yeux
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Au physique aussi bien qu’au moral, il était doué de qualités peu communes. Il avait une taille herculéenne et bien proportionnée, quoique légèrement voûtée. On dit que rien n'était majestueux comme son entrée dans le sanctuaire, lorsqu'il officiait pontificalement. Quand il apparaissait la mitre en tête, aver cette figure imposante où respiraient le calme et la bonté, on se sentait saisi d’admiration, et jamais on ne voyait ce spectacle sans éprouver toujours les mêmes sentiments.
On rapporte que le pape Grégoire XVI, après avoir vu Mgr Provencher dans une audience, disait qu’il n'avait jamais vu un plus bel évêque.
Pendantsle voyage qu'il fit à Rome en 1836, il s'arrêta quelque temps à Londres pour voir le ministre des colonies anglaises, lord Glenelg. Il avait pris son logement dans un hôtel. ‘Un jour qu'il était assis dans une salle où se trouvaient réunis plusieurs voyageurs, un Anglais charmé de voir un si bel homme, s'arrête devant lui, et se met à le fixer avec attention ; puis, s’avançant auprès de Mgr Provencher, il lui dit : ‘ Excusez- ‘“ moi, si je vous regarde ainsi; mais je n'ai ‘ jamais vu un si bel homme que vous.” Mgr Provencher se contenta de sourire de cette naiveté, et dit à son compagnon de voyage: Voyez donc cet excentrique d'Anglais !
Dans une visite qu’il faisait au collège de
Nicolet lors de son voyage au Canada en 1843, il “était allé un soir marcher dans la salle de récréation des élèves. Les écoliers, en voyant ce géant se promener au milieu d’eux, auraient bien voulu trouver un moyen de mesurer sa taille; on comprend qu’ils n’osaient pas aller lui demander <ombien de pieds et de pouces de hauteur il avait. Ils imaginèrent de placer, des deux côtés de la salle, deux mathématiciens, chargés de projeter sa taille sur les murs avec toute la précision du rayon visuel. Il paraît que ces deux élèves étaient #ort habiles, car ils tombèrent juste, et trouvèrent «que Mgr Provencher mesurait de taille six pieds et quatre pouces. La vie active qu’il menait avait développé ses forces en proportion de sa taille. “Ces qualités, en elles-mêmes, ne sont pas d’un grand mérite; mais on dirait que Bieu les lui avait données comme pour inspirer le respect et la crainte à ces natures sauvages qu’il allait évan- -géliser, et qui attachaïent un grand prix à la force physique.
Les qualités de son cœur et de son intelligence m'étaient pas moins remarquables que ses qualités physiques. Il avait destalents plus qu’ordinaires. Avant de commencer ses études classiques, il n’avait pas eu l’avantage de faire, comme on le fait maintenant, un cours préparatoire assez développé. Cette lacune nuisit un peu à ses classes dans les commencements, et demanda de sa part un excès de travail qui fut préjudiciable à sa santé.
Mais il possédait un jugement si solide et si droit,
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ans les déterminations qu’il étai i prendre sans avoir le temps dE cute 1 toujours, dans ces circonstances, agir avec t ‘de tact, qu’il n’eut jamais à s’en repentir Tout, ck r lui, était calme et mesuré ; il ne donnait rien à la passion ni à un premier mouvement ; ses pro) ds étaient mûris dans la réflexion et la Ro À 4 Ses lettres sont toutes marquées au coin du Dos sens et de la sagesse. Ce fut par un effet de ve prudence qu’il évita toute sa vie de sohtesdiis à . dettes. Il fit de grandes œuvres, mais avec 166 ressources que la Providence lui fournissait 2 jour le jour. Ses désirs pour l'extension du nn
de Dieu n'avaient point de bornes; cependant il préféra toujours laisser de côté des desseins qu’il n'aurait pu accomplir qu’en se jetant dans les embarras inextricables des dettes. Sous ce rapport sa conscience était d’une délicatesse extrême. Plus d’une fois, il lui est arrivé de se soumettre à des privations, plutôt que d’acheter des choses qu'il ne se voyait pas en état de payer. Grande et belle leçon pour ceux qui ne se privent de rien, du moment qu’ils rencontrent des fournisseurs assez imprudents pour leur avancer à crédit des objets qu’ils ne sont pas en mesure de payer.
Monseigneur Provencher était humble. L’orgueil est un manque de jugement ; s’estimer trop, c’est se mal juger; si les hommes ne s’estimaient que ce qu’ils valent, ils ne pourraient pas faire autrement que d’être humbles.
Mgr Ptovencher se croyait sincèrement dépourvu de talents, et il savait si bien cacher ses belles qualités, que souvent on a été jusqu’à le prendre pour un ignorant.
Lorsque Mgr Lartigue fut installé évêque de Montréal, ce fut Mgr Provencher, alors de passage au Canada, qui fit le sermon de circonstance. Ce sermon, sans être un chef-d'œuvre, était bien pensé et bien dit: on l’admira. Au dîner, un des convives, soit par ironie, soit par naïveté, lui demanda s’il avait composé ce discours lui-même. “ Oui, répondit modestement Mgr Provencher ; je fais toujours mes sermons moi-même.” Plus tard,
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il disait, en racontant ce fait à un de ses prêtres : ‘ J'ai bien ri sous cape de cette belle naïveté.”
On raconte qu’une fois un serviteur de sa maison avait fait une faute qui méritait une bonne semonce. Mgr voulut l’avertir et le reprendre, mais au lieu de recevoir respectueusement l’avertissement, ce serviteur prit un air d’arrogance qui lui attira des paroles sévères de la part de l’évêque ; il se retira un peu confus, et eut la mine triste toute la journée. Le soir, Mgr se reprocha les paroles sévères, quoique méritées, qu'il lui avait adressées ; il vint donc avec un air de bonté parler au coupable, et ne le quitta qu'après l’avoir remis tout à fait à l’aise.
Toutes les vertus s’enchaînent ; l’homme humble est obéissant. Mgr Provencher aurait mieux aimé obéir que commander. Lorsque Mgr Plessis lui remit les bulles qui le nommaïent évêque missionnaire pour la Rivière-Rouge, il lui dit: ÆEñnvoyez-moi dans lee missions, Monseigneur, comme simple prêtre ; je suis prêt à partir ; quand je me suis fait prêtre, c'était pour vous obéir ; il me semble que je l'ai fait passablement. Deux ans auparavant, lorsqu’il s'était agi de partir pour les missions, il avait répondu à son évêque: “ Monseigneur, je ‘vous ai fait vœu d’obéissance, parlez: j'irai où ‘ vous voudrez.” Aussi, il préchait l’obéissance à ses inférieurs, comme la condition du succès dans toute entreprise. Un jour il écrivait à un prêtre de l’archevêché de Québec, qui voulait changer son emploi pour un autre :
‘“ Prenez patience à votre poste ; il vaut mieux ‘ travailler où la Providence nous a mis que par- ‘tout où nous nous plaçons nous-mêmes. Je prie ‘ Dieu de vous consoler et de vous ôter de la tête ‘toute autre idée d’arrangements. Peut-être que ‘ des épines plus piquantes vous attendraient ‘° ailleurs.”
Une autre fois, en parlant de quelqu'un qui faisait des misères à ses supérieurs, il disait: Que c’est triste de vouloir avoir plus d'esprit que le bon Dieu ne nous en a donné !
Il répétait souvent ces paroles: Faisons le bien dans l'ordre, c’est-à-dire là où l’obéissance nous place ; car Ü n’y a point de bénédictions sans celu ; les œuvres ne sont durables qu'autant qu’elles sont faites en accord avec la volonté de Dieu, manifestée par celle des supérieurs.
Lorsque M. Blanchet passa à la Rivière-Rouge en 1838, Mgr Provencher écrivit à Québec: ‘‘ Ce ‘ prêtre me plaît; il est vertueux, il a un bon ‘esprit ; il a prêché l'obéissance aux supérieurs ‘* tout le temps qu’il a été ici.”
Dans ses lettres aux évêques de Québec et de Montréal, il est rempli de déférence et de respect pour eux; on dirait que c’est un simple vicaire qui demande une permission à un supérieur plutôt qu’un évêque qui parle à ses collègues ; aussi Dieu a donné le sceau de la durée et de la stabilité aux œuvres de Mgr Provencher; elles seront durables parce qu’elles ont été faites dans l’ordre. Les semences qu’il a jetées en terre ont
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produit des moissons qui se renouvellent toujours, et se multiplient sous les bénédictions que le ciel ne cesse de répandre sur elles.
Dans les missions de la Rivière-Rouge, surtout pendant l’épiscopat de Mgr Provencher, tout le monde était dans l’état de pauvreté, le confort y était inconnu ; mais ce n’est pas cela qui fait la vertu de pauvreté: on peut manquer de tout et pécher par avarice. Mgr Provencher eut à souffrir de grandes privations; mais il aima sa pauvreté, et jamais il n’en rougit. Il portait des habits d’étoffe commune et grossière ; obligé de cultiver son champ pour avoir de quoi vivre, il allait, au temps de la récolte, travailler comme un pauvre manœuvre, engerber les moissons, et les charroyer lui-même aux granges.
Lorsqu'il sortait en voiture dans la colonie, il se servait d’une grosse charrette, à laquelle était attelé un bœuf. Plus tard, il échangea le bœuf pour un cheval, mais il garda la charrette. Pour siège, dans cette voiture, il prenait une chaise qu’il liait solidement avec une corde, et il cheminait ainsi à travers la prairie.
Il usaït souvent, pour chaussures, de gros sabots en bois, tels qu’en usent les paysans à la campagne. Il portait des soutanes rapiécées, et dont il eût été difficile de dire la couleur. Il aimait mieux vivre dans cette pauvreté, et se priver d’une foule de choses qui lui auraient été très utiles, plutôt que de retrancher un seul sou à ses chères missions sauvages.
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On raconte que, durant les premières années de la mission, Mgr Provencher n’avait pas toujours à sa table de quoi rassasier sa faim. Pendant le jour, il allait, dit-on, sur la lisière d’un bois voisin, où il y avait beaucoup de boutons de roses au printemps, et là, il cueïllait ces boutons pour les manger. Une personne qui vit encore aujourd’hui (1888), qui était jeune enfant à l’arrivée de Mgr Provencher, en 1818, rapporte qu’il lui disait quelquefois, après lui avoir fait le catéchisme : ‘* Demande à ta mère qu’elle m'envoie quelque ‘ chose pour souper, car je n’ai rien.” L'enfant partait, et revenait avec un peu de viande sèche sous le bras ; c'était le souper du missionnaire. *
Malgré la pauvreté dans laquelle il passa sa vie, Mgr Provencher était si charitable, qu’il était prêt à partager avec les pauvres tout ce qu’il avait. On a conservé à ce sujet le souvenir d’un trait fort original, et qui peint bien la bonté paternelle de ce vénérable évêque.
Un soir d’automne, il avait tué un jeune porc et l’avait laissé suspendu dans un petit hangar, pour donner à la chair de l’animal le temps de se raffermir durant la nuit. C’était toute sa provision de viande, et il ne comptait que là-dessus pour se nourrir les jours suivants. Sur le minuit la servante de l’évêché, entendant du bruit au-
* La personne qui raconte ce fait est agée de 81 ans; son nom est Reine Lagimonière ; c’est la fille de la première Canadienne qui soit montée à la Rivière-Rouge, en
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tour dela maison, mit la tête à la fenêtre pour savoir de quoi il s'agissait: elle croyait que peutêtre on venait pour des malades; mais, quelle ne fut pas sa surprise en voyant un homme qui sortait du hangar avec le porc sur l’épaule, et qui se hâtait de décamper à travers les champs. Sachant qu'il eût été inutile de crier au voleur, elle courut en toute hâte à la chambre de l’évêque pour l’éveiller: ‘* Monseigneur, lui dit-elle en frappant “à la porte de la chambre, levez-vous: on emporte ‘le porc que vous avez laissé hier soir sur une ‘ échelle au hangar, et l’homme se sauve à tra- ‘vers les champs.” —Le bon évêque ne prit que le temps de jeter sur lui une robe de chambre, et se mit à la poursuite du voleur; comme celui-ci ne pouvait pas s'enfuir bien vite à cause de son fardeau, Monseigneur l’eut bientôt rejoint: ‘‘ Ar- ‘* rête, lui dit-il, arrête! n’emporte pas tout, lais- ‘se-moi quelque chose pour manger, je n'ai plus ‘“rien.— Ni moi non plus, répondit le voleur; ‘ mes enfants n’ont pas mangé depuis deux jours, ‘et je n’ai rien à leur donner.— Eh bien! il ne ‘{ faut pas voler pour cela, lui dit Monseigneur ; ‘ rapporte-moi cette viande au hangar, et je vais ‘ t’en donner la moitié ; ainsi tu mangeras, et moi ‘€ aussi. Mas il ne faut plus me dépouiller com- ‘‘ plètement.” Le voleur, on se l’imagine, fut surpris et confus de tant de bonté ; il revint séparer le porc, et le procès fut terminé.
Souvent le charitable pasteur allait visiter quelques familles de la paroïsse de Saint-Boniface,
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pour se mettre au courant des besoins de chacun. De retour à sa maison, il envoyait, quand il le pouvait, porter de la nourriture ou des habits aux plus nécessiteux.
Monseigneur Provencher était un homme de prière, on le voyait souvent devant le très saint Sacrement. Pendant le temps du Carême, il réunissait les fidèles à l’église trois fois par semaine, et tous les soirs il faisait la prière avec ses serviteurs. Quand il voyageait, il passait son temps, le long de lu route, à réciter son bréviaire ou son chapelet. Partout, dans -la colonie, on était si rempli de vénération pour lui, et on avait tant de confiance dans la puissance de sa prière, qu’on venait se recommander à lui dans toutes les diffcultés.
Une année, pendant la moisson, l’air était tellement rempli de mouches et de moustiques, qu’il était impossible de demeurer dans les champs pour y travailler. Les religieuses de la communauté des Révérendes Sœurs Grises, qui étaient arrivées depuis peu dans le pays, étaient moins accoutumées que les autres à ce fléau, et en souffraient davantage. Un après-midi, par un ciel couvert de nuages annonçant la pluie, les. Sœurs et leurs servantes étaient en frais de ramasser la récolte étendue sur le champ, auprès d’un bois ; l’atmosphère était tout épaisse de moustiques, à tel point que tout le monde était à la veille de: s’en retourner à la maison, ne pouvant plus se défendre contre ces myriades d’ennemis. Tout à
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coup, quelqu'un aperçoit Mgr P:ovencher venant vers les travailleuses : ‘ Demandons à Monsei- ‘ gneur de prier pour éloigner un peu ces mou- ‘ ches, dirent-elles, afin que nous ayons le temps ‘ de sauver la moisson qui va se perdre.”
Le bon évêque reçut la supplique en souriant, et répondit : ‘‘ Travaillez, mes enfants, travaillez : ‘Je bon Dieu aura pitié de vous.” Puis il se mit à réciter son chapele ; et, à la grande joie detous, à partir de ce moment, on put demeurer dans le champ jusqu’au soir, sans avoir à souffrir Ge la piqûre des insectes. *
Si la foi transporte les montagnes, on peut dire que celle de Mgr Provencher pouvait opérer ces prodiges ; il vivait de foi, comme le juste dont parle saint Paul. C’est cette vertu qui animait toutes ses œuvres et qui lui donnait tant de fermeté, de persévérance, de cours ge et de zèle. C’est sa foi ardente qui lui faisait comprendre le prix des âmes, pour lesquelles il aurait sacrifié mille fois sa vie, s’il l’eût fallu. Cet esprit de foi paraissait aussi dans son amour pour la beauté du culte divin. La pompe des cérémonies religieuses le touchait profondément. Lorsqu'il eut le bonheur d'être témoin, à Rome, des cérémonies si imposantes de la semaine sainte et du jour de Pâques, il fut tellement impressionné qu’il disait encore longtemps après: Z faut aller au ciel pour voir
* Plusieurs personnes qui étaient présentes, entre autres une religieuse encore vivante en 1888, racontent et attestent ce fait.
un spectacle plus grandiose ! À force de sacrifices, il était parvenu à se bâtir une cathédrale très convenable. Son bonheur était de dénloyer toute la pompe possible dans les cérémonies. Aussi, -comme il était joyeux quand, à l’arrivée des missionnaires, il se trouvait à avoir assez de prêtres pour officier solennellement !
Il aimait passionnément le chant d'église ; luimême prenait le temps de l’enseigner pour former un chœur; et longtemps après lui, il y a eu, à la cathédrale de Saint-Boniface, des chantres formés par Mgr Provencher.
Un jour il écrivait à l’évêque de Québec, pour lui dire quelles étaient les qualités qu’on devait trouver dans un bon missionnaire ; entre autres, ‘ il signalait celle-ci : “ Il faut qu’un missionnaire “ait de la voix ; celui qui n’aurait pas une voix
‘*{ humaine ne serait pas acceptable chez les sau- “ vages.”’—Monseigneur Provencher chantait très bien.
Son zèle pour instruire les fidèles et les enfants
était si grand, que pendant toute sa vie il voulut tous les jours faire le catéchisme. Deux fois l’année il préparait les enfants à la première communion. Aussi son peuple était instruit des vérités
Au christianisme. Il allait faire le catéchisme
“aux pauvres gens trop éloignés de l’église; il les réunissait dans une maison, et là, leur enseignait -avec soin les vérités de la religion.
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était obligé de nourrir de la doctrine chrétienne. Il n’aimait pas les grandes phrases qui planent dans la voûte, et qui ne tombent sur la tête de personne.
Il donnait à ses malades un soin empressé et une attention touchante, surtout à leurs derniers moments.
Sa vie était scrupuleusement réglée. Il se levait de grand matin, afin d’avoir le temps de bien faire son oraison, et de se préparer à offrir le saint Sacrifice de la Messe. Il donnait tous les jours à l'étude tout le temps que ne requéraient pas son ministère et ses travaux. En histoire il avait de vastes connaissances ; il avait repassé plusieurs fois la volumineuse Histoire de l’ Eglise de Rohrbacher. ‘* Ma bibliothèque n’est pas con- * sidérable, disait-il un jour à quelqu'un; mais ‘ je sais ce qu’il y a dedans.”
A Rome, en 1836, les cardinaux furent étonnés de trouver, dans un pauvre évêque missionnaire, autant de connaissance des règles de la sainte Eglise ; l’un d’eux lui dit: ‘ Mais, Monseigneur, ‘il y a du droit canon dans ce que vous venez ‘ d'écrire là.—Eh bien ! Eminence, répondit Mon- ** seigneur, nous l’étudions quelquefois à la Ri- ‘ vière-Rouge.”
Sa correspondance était considérable. Il n’écrivait que pour les besoins de son diocèse; beaucoup de ses lettres ont été perdues, et néanmoins il en reste encore près de trois cents. C’est dans ses lettres que nous apprenons à connaître le beau
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et noble caractère de Mgr Provencher, sa bonté unie à une grande fermeté. C'était un homme sans ruse et sans détour ; il dédaignu toute sa vie les faux-fuyants ; il allait droit à son but ; il n’eût pas aimé la politique de nos jours. Sans manquer aux égards dus à ceux à qui il parlait, il savait dire franchement sa façon de penser; jamais il ne s’abaissa à flatter personne pour obtenir des faveurs.
Lorsqu’en 1842, il fut décidé à lancer ses missionnaires vers les montagnes Rocheuses, il rencontra, de la part du gouverneur de la compagnie, sir George Simpson, une forte opposition : celui-ci ne voulut pas d’abord accorder de passage à bord des barges, et il fit dire à Mgr Provencher que la compagnie n’approuvait pas l'envoi de yrêtres en dehors des limites de la colonie. Mgr lui fit répondre qu’il avait reçu sa mission de quelqu’un plus élevé que lui, qu’il enverrait ses prêtres aux frais de la mission, qu’ils iraient camper à la porte des forts, et que, s'ils étaient molestés par les sauvages, ce ne serait pas un honneur pour la compagnie. Une telle fermeté de langage fit changer de sentiments au gouverneur : il accorda les passages, et les missionnaires furent logés honorablement dans tous les forts de la compagnie.
Finissons ce chapitre et cette vie en disant combien était grande dans l’âme de Mgr Provencher, la résignation à la volonté de Dieu. Agissant toujours pour Dieu et en vue de Dieu, il
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ne se laissait jamais abattre par un refus ou un échec.
Dans toutes les démarches qu'il fit pour avoir des religieuses dans son diocèse, il fut admirable de patience et de résignation. Cinq communautés, à la porte desquelles il alla frapper, lui refusèrent des sujets, en disant qu’elles n'avaient pas les moyens d'aller fonder des maisons si loin. ‘ Eh ‘bien! disait-il ensuite, ce ne sont pas celles-là ‘ que la Providenc e me destine.”
I] lui est souvent arrivé de voir des prêtres qui s'étaient d’abord offerts à lui pour les missions, renoncer à ce dessein après qu’il avait compté sur eux. Pour se consoler, il répétait ces paroles : ‘“ Dieu ne veut pas de celui-là ; il voit plus clair ‘“ que nous. Que sa volonté soit faite ! ”
Nous ne pouvons mieux terminer que par les témoignages élogieux rendus à la mémoire de ce vénéré prélat, par son illustre successeur Mgr Tarbe, dans ses Vingt années de missions :
‘ Mgr Provencher était doué de toutes les vertus ‘ chrétiennes et sacerdotales. Il observa pendant ‘toute sa vie la pratique des conseils évangé- ‘ liques.
‘ La bonté naturelle de son cœur se félicitait ‘ de n’avoir jamais fait de peine à qui que ce ‘soit. Pourtant, ajoutait-il en soupirant, Dieu ‘m'a laissé la confusion d’avoir souvent affigé les ‘ autres ! ”
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