‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 70 sur 79 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

PRONONCÉ A MONTRÉAI, PAR MGR PROVENCHER, A L’INTRONI- SATION DE MGR LARTIGUE, LE 8 SEPTEMBRE 1836.

‘Ce jour, Monseigneur, est un jour de triomphe pour cette église; aussi c’est avec la plus grande u«ilégresse qu’elle ouvre ses portes pour vous recevoir avec ce nombreux cortège; elle semble nous dire, dans son silence: Voici un jour d'honneur pour moi, un jour qui me donne une existence parmi les églises du Canada; et moi, qui ai été sans nom jusqu'à ce moment, j’en reçois en ce jour, un qui sera respectable à toutes les églises qui m’environnent, de loin comme de proche; je deviens leur mère, quoique la plus jeune.

“Votre entrée dans cette église change la face des choses, fait une sorte de création. Oui, Monseigneur, cette seule action donne à cette église ie nom de cathédrale, à cette ville et à ce district le titre d’évêché, et à vous-même, Monseigneur, le droit de vous intituler Evéque de Montréal. Cette église est encore vierge, vous êtes son premier époux. Je ne pourrai donc pas vous dire dans cette circonstance : marchez sur les traces de vos illustres prédécesseurs ; c’est vous, Monseigneur, qui graverez ces traces en caractères de vertus, et d’autres les proposeront à l’imitation de leurs successeurs.

se Monseigneur, la ville de Montréal, qui vous a vu naître, vous voit en ce jour devenir son premier pasteur. Par une heureuse coïncidence, :e jour de la naissance de Marie est celui où Votre Grandeur devient le premier évêque de Ville-Marie.

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‘“ Le fardeau de l’épiscopat, qui pèse sur vos épaules depuis plus de quinze ans, ne deviendra pas plus léger en le portant sous un autre titre; au contraire, en le ronsidérant sous ce rapport de la responsabilité, il devient beaucoup plus accabiant.

‘ Succédant à la dignité des Apôtres, vous devez vous attendre à participer à leur croix. C’est le chemin qui les a menés au ciel. Ainsi, Monseigneur, aux yeux de Dieu, aux yeux de la religion, et même aux yeux de tout homme qui aime son repos, la dignité épiscopale n’a rien qui puisse la faire désirer. Les épines qui environnent les honneurs dont cette haute dignité de l’Eglise est accompagnée, sont plus propres à repousser qu’à attirer.

‘“ Cependant, Monseigneur, si, de la hauteur des choses divines, nous descendons à la considération des choses humaines, nous y trouvons plus d’un point de vue consolant. Votre Grandeur devient en ce jour le premier évêque de Montréal. Cette ville, avec son riche district, comporte la plus belle partie du Bas-Canada, et forme, je n'hésite pas à le dire, le plus beau diocèse de l'Amérique du Nord.

‘ Ce nouveau diocèse se trouve pourvu d’une cathédrale, d’un palais épiscopal, de plusieurs séminaires, de plusieurs collèges et de plusieurs maisons religieuses, par conséquent de tous les établissements nécessaires pour pourvoir à l’éducation de la jeunesse, former les élèves du sanctuaire, et même secourir l’humanité souffrante. Plusieurs de ces établissements ne sont pas, à la vérité, suffisamment dotés ; mais espérons que le temps et la générosité de plusieurs mettront une dernière main à ce que nos yeux voient déjà avec admiration.

‘ Une considération flatteuse, en ce moment, pour Votre Grandeur, c’est ce nombreux clergé de la ville et des campagnes, qui remplit le chœur de votre cathédrale. Il forme le beau bataillon que Votre Grandeur doit commander. Ce qui est plus consolant pour vous, Monseigneur, c’est que ce clergé a demandé lui-même au successeur de Pierre,

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que ce commandement fût remis entre vos mains. Il vous aime donc, il a donc mis en vous sa confiance, ce qui est pour vous un gage assuré de son respect, de sa soumission et de son obéissance. Un évêque qui commande à son clergé, armé de ces trois vertus, porte avec consolation le fardeau de l’épiscopat.

‘ Votre Grandeur aperçoit la foule qui se presse sur son passage ; votre cathédrale ne peut pas même la contenir. La population de Montréal, et surtout ses citoyens les pius respectables, sont ici; ils viennent, rendant à jamais mémorable la possession que vous prenez du beau siège de Montréal, participer à la joie commune, en voyant leur cité élevée à cette haute dignité par le glorieux Pontife Grégoire XVI, avec l’agrément de notre gracieuse souveraine.”

S’adressant ensuite au clergé, l’orateur continue:

“ J'ai l'honneur de vous présenter en ce moment Mgr Lartigue, comme votre évêque Aiocésain. Par la teneur de ses bulles, dont vous venez «entendre la lecture, vous voyez que Sa Sainteté le Pape Grégoire XVI a érigé la ville et le district de Montréal en évêché séparé de celui de Québec. Cet évêché ne relève que du Saint-Siège. Depuis longtemps, la nécessité d’avoir à Montréal un évêque en titre, était sentie à Rome comme en Canada. Vous avez, en quelque sorte, accéléré cette mesure en la demandant l’an passé. Je me suis trouvé heureux alors d’arriver à temps pour corroborer par mon approbation et mon nom, votre requête au Saint-Père. La cour de Rome a vu avec plaisir votre demande, le chef suprême de l'Eglise y a acquiescé, et vous voilà avec un évêque et un évêque de votre choix. Votre demande, de transférer de l’évêché da Telmesse à celui de Montréal, Mgr Jean-Jacques Lartigue, ne pouvait pas manquer de rencontrer l’approbation du Saint-Siège : Gepuis longtemps, son mérite et ses talents étaient connus là comme ici. Sa Granaeur, en changeant de titre, ne fera que prendre un cœur plus paternel, s’il est possible, envers

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pasteur des hommes. C’est par vous, Messieurs, qu’'ii pourra s’acquitter de la partie la plus accablante de sa charge, celle de paître et de régir le troupeau de Dieu. Car la charge d’évêque ne se borne pas à recevoir de temps à autre les honneurs attachés à cette haute dignité, mais à pourvoir aux besoins spirituels des peuples qui lui sont confiés. Revêtus aussi vous, Messieurs, de pouvoirs sublimes, vous pouvez aider votre évêque dans la conduite de son troupeau. Mais ces pouvoirs, vous les tenez de lui; c’est donc à lui de vous assigner la partie du troupeau qu’il jugera le plus à pronos de vous confier. Pour que tout cela se fasse avec promptitude et facilité, il faut qu’il trouve en vous tous le respect, l’obéissance et la soumission. Ces trois vertus doivent faire l’apauage de tout clergé bien discipliné ; elles doivent faire surtout le vôtre en particulier, Messieurs, si vous voulez être conséquents, et répondre à vos démarches passées. Je me donnerai bien de garde, Messieurs, d’avoir l’air de douter de la sincérité de vos dispositions ; les démarches que vous avez déjà faites, celles que vous faites en ce moment, semblent un sûr gage de votre conduite future.”

Enfin, se tournant vers le peuple, Sa Grandeur termina ainsi son discours :

“ Et vous, mes frères, Messieurs les citoyens de Montréal, vous voyez de vos yeux le Pasteur de vos âmes, celui qui est chargé par Jésus-Christ de vous conduire dans les voies du salut, soit par. lui-même, soit par les prêtres qui travailleront sous lui. Il est votre concitoyen, il a été élevé et il a vécu au milieu de vous. Ses vertus et son mérite vous sont connus. Vous devez donc le considérer comme votre père et votre guide pendant le pèlerinage de cette vie mortelle. Il succède aux Apôtres,et il ne voit au-dessus de lui que la dignité suprême de Pierre. Votre fidélité à écouter sa voix sera le plus sûr moyen de paraître avec confiance devaat le souverain Pasteur de nos âmes, et d’être admis dans cetts demeure où il n’y aura plus qu’un seul bercail et un seul Pasteur.”

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