‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 9 sur 79 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

etour de lord Selkirk à Québec.—Négociations pour avoir des missionnaires.—Choix que fait Mgr Plessis.—M. Provencher quitte la cure de Kamouraska, et se dispose à partir pour ies missions.

Lord Selkirk était parti de la Rivière-Rouge, pour retourner au Canada, vers la fin d’octobre 1817. Pendant son séjour au fort Douglas, les rapports qu'il avait eus avec les gens du pays, Canadiens, Métis et sauvages, lui avaient fait comprendre que, pour assurer l’avenir de sa colonie, il fallait le souffle bienfaisant de la religion, et que la politique seule ne suffisait pas pour le succès d’une telle œuvre. D'ailleurs, un grand nombre ide voyageurs canadiens désiraient des prêtres, et r'attendaient que leur arrivée pour se fixer dans la colonie. Lord Selkirk profita des bonnes dis-

Ibonne forme, à l’évêque de Québec, une requête exprimant l’ardent désir de tous les catholiques de la Rivière-Rouge d’avoir des missionnaires. Il promit d’user de tout: son influence pour faire agréer lour demande.

Pour se rendre au Canada, lord Selkirk prit la route des Etats-Unis, et il arriva à Montréal à la fin de décembre. M. Samuel Gale, qui avait passé l’été au fort Douglas, et qui était en état de donner sur la Rivière-Rouge les renseignements désirables, descendit à Québec au commencement de janvier 1818, pour avoir une première entrevue avec Mgr Plessis, et lui exposer les vues de lord Selkirk. Sa Grandeur écouta avec le plus vif intérêt le rapport de M. Gale, et lui dit que déjà depuis longtemps il songeait à faire porter les luisières de l'Evangile dans ces contrées sauvages, et qu’il allait incessamment travailler à mettre ce plan à exécution.

La requête des catholiques de la Rivière-Roage fat remise à M. Chartier de Lotbinière, qui vers la fin de janvier se rendit à Québec, pour la présenter lui-même à Monseigneur Plessis.

Le 11 février 1818, l’évêque de Québec répondit à M. Gale par la lettre suivante :

‘ Québec, 11 février 1818.

‘ MoNSIEUR,

‘ J'ai reçu de M. de Lotbinière la requête que ‘vous avez eu la bonté de me transmettre de la ‘part des habitants de la Rivière-Rouge. Nul ‘© n'est plus convaincu que moi des avantages in- ‘* calculables qui peuvent résulter de l’établisse- ‘‘ ment d’une mission permanente dans cet en- ‘* droit, abandonné jusqu’à présent à tous les dé- ‘ sordres qu’engendrent l’ignorance et l’irréligion. ‘‘ Je suis donc décidé à seconder de tout mon pou-

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“ voir un projet aussi louable, et auquel vous avez “ bien voulu prendre une part aussi active. Ilse “trouvera, dans mon clergé, des prêtres qui se ‘ consacreront à cette bonne œuvre, sans autres ‘“ motifs que celui de procurer la gloire de Dieu ‘et le salut de ces pauvres peuples.

‘ Permettez-moi de vous remercier pour l’encou- ‘“ ragement que vous donnez à cette entreprise, et ‘ de me souscrire, etc.

‘© J, OCTAVE, ‘ Evêque de Québec. ”

Deux ans auparavant, en 1816, Mgr Plessis avait

| chargé M. Tabeau, curé de Boucherville, de faire

un voyage À la Rivière-Rouge, pour examiner le pays, et s'assurer des meilleurs moyens à prendre pour y établir une mission. Aussitôt après son retour, il devait faire un rapport détaillé de son

| voyage. Maïs les troubles qui venaient d’éclater

entre les deux compagnies l’avaient empêché de se rendre jusqu’à la Rivière-Rouge ; il ne put donc se renseigner qu’à moitié, et, revenu de cette mission, il ne fit son rapport à l’évêque de Québec qu’au mois de mars 1818. Ce rapport, qui venait un peu tard, faisait entrevoir une foule d’obstacles à l’établissement d’une mission permanente, et donnaït à entendre que, pour le moment, il valait mieux se contenter d’aller, chaque année, visiter les postes fréquentés par les voyageurs canadiens, et attendre que la paix fût complètement rétablie dans le pays, pour y fixer des missionnaires.

Mais le zèle de Mgr Plessis pour le salut des âmes ne se laissa pas arrêter par ces craintes : plein de confiance en la divine Providence et dans le secours d’en haut, il résolut de se rendre immédiatement à la requête des colons, et d’envavye: des prêtres pour fonder au printemps une mission à la Rivière-Rouge. D'ailleurs il voyait la volonté de Dieu manifestée dans l’empressement que montraient les plus hauts personnages du Canada pour favoriser ce dessein. Sous la date du 16 avril 1816, il avait déjà reçu de lord Selkirk l’admirable lettre suivante, que l’on dirait plutôt dictée par un catholique que par un protestant :

‘ Montréal, 16 avril 1816.

‘© À Sa Grandeur Mgr Plessis, ‘ Evêque de Québec.

‘J'ai été informé, par M. Miles McDonell, ancien ‘ gouverneur de la Rivière-Rouge, que, dans une ‘ conversation qu'il a eue avec Votre Grandeur, ‘{ l’automne dernier, il vous a suggéré d'envoyer ‘un missionnaire dans cette contrée, pour y don- ‘* ner les secours de la religion au grand nombre ‘ de Canadiens qui y sont établis, et qui vivent ‘à la manière des sauvages, avec des femmes ‘‘ indiennes qu’ils ont épousées. Je suis convaincu * qu’un ecclésiastique zélé et intelligent ferait un ‘bien incalculable parmi ces gens, chez qui le ‘ sentiment religieux n’est pas perdu. Ce serait ‘avec la plus grande satisfaction que je coopére-

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‘ rais de tout mon pouvoir au succès d’une telle ‘“ œuvre; et si Votre Grandeur veut choisir un ‘ sujet convenable pour l’entrepréndre, je n'hésite ‘* pas à lui assurer ma considération, et à lui offrir ‘“tous les secours que Votre Grandeur jugera ‘ nécessaires. J’ai entendu dire que Votre Gran- ‘“ deur avait formé le projet d'envoyer, cet été ‘même, deux ecclésiastiques au lac Supérieur et ‘au lac Lapluie, pour y rencontrer les voya- ‘ geurs qui sont au service de la Compagnie du ‘* Nord-Ouest lorsqu'ils reviennent de l’intérieur. ‘ Comme tous ces gens sont dans un grand besoin ‘* desecours spirituels, je suis heureux d'apprendre ‘* cette nouvelle ; néanmoins, si vous me permettez ‘ d'émettre une opinion, je pense qu’un mission- ‘“ naire résidant à la Rivière-Rougce réaliserait ‘beaucoup mieux votre pieux dessein; car, de ‘* cet endroit, il pourrait visiter facilement, durant “ l'hiver, les postes de traite sur le lac Lapluie- ‘et sur le lac Supérieur, à l’époque où les gens y ‘ sont assemblés en plus grand nombre.

‘ Cependant, si Votre Grandeur ne trouve pas, ‘ pour le moment, cet arrangement praticable, ‘ je crois qu’un ecclésiastique qui serait prêt à par- “tir de Montréal à l’ouverture de la navigation ‘ pour se rendre au lac Lapluie, pourrait encore. ‘‘ faire beaucoup de bien. M. McDonell doit se- ‘ mettre en route avec un léger canot aussitôt ‘‘ après le départ de la glace, en sorte qu’il arri- ‘* vera à la Rivière- Rouge vers la fin de mai ou le ‘commencement de juin. Il serait très heureux ‘ d’avoir avec lui la compagnie d’un missionnaire, ‘ qui pourrait séjourner quelques semaines avec ‘les Canadiens de la Rivière-Rouge, avant le ‘retour des voyageurs du Nord-Ouest au lac ‘ Lapluie et au lac Supérieur.

‘ Jai l’honneur d’être, etc., (Signé) ‘ SELKIRK.”

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