RAYMONDE, ADRIENNE
ADRIENNE. A peine Monlaiglin et Octave sont-ils sortis, qu'Adrienne, s'assurant que personne ne peut plus voir ce qu'elle fait, se iette dans les bras de Raymonde en criant;
Maman 1
RAYMONDE, lui mettant la main sur la bouche.
Tais-toi, malheureuse enfant! si on t'entendait!
ADRIENNE
Il n'y a pas de danger! mais il y a si longtemps que je ne t'ai vue, que j'ai comme besoin de t'embrasser jusqu'au sang! Ah ! je t'aime tant, ma mère adorée, et je vais pouvoir te le dire tous les jours, à toute minute. Pourquoi n'cs-lu pas venue depuis trois mois?
RATMONDE.
Je ne pouvais pas, chère enfant! mais je t'ai écrit plusieurs fois. Tu as reçu mes lettres?
ADRIENNE
Et je les ai lues et relues, je t'en réponds! Je n'ai appris à lire que pour ça.
Qu'est-ce que tu as fait de mes lettres? '
ADRIENNE
Je les ai brûlées; je les sais par cœur, et, là où elles sont écrites maintenant, personne no les trouvera.
RAYMONDE
Tu as donc compris?
Je n'ai rien compris, jo n'ai rien cherché. J'ai senti, voilà tout, qu'il n'y a que toi qui m'aime au monde, que je n'aime que toi sur la terre, et que c'est un secret. Le comment et le pourquoi de ce secret, ça ne me regarde pas; l'important, c'est que nous nous aimions, ma chérie, et que nous puissions nous le dire à toute heure. Voilàdonc qui est convenu;, quand nous serons toutes seules, bien seules, toi et moi; tu seras maman; quand il y aura du monde, lu seras madame, et je t'aimerai d'autant plus que je t'embrasserai moins.
RAYMONDE
Et tu es sûre de ne pas te trahir?
ADRIENNE
Sois tranquille, je ne m'embrouillerai pas. On me couperait en quatre'avant de me faire dire ce que je ne veux pas dire. La seule manière que j'aie de te prouver que je t'aime, c'est de le cacher aux autres;' ils n'y verront rien, je t'en réponds. (Raymonde l'embrasse.) Rien ne nous séparera plus?
RAY3I0NDE.
Rien.
Je coucherai près de toi?
RAYMONDE
Oui.
ADRIENNE
Dans ta chambre?
RAYMONDE
Dans la chambre voisine.
ADRIENNE
La porte ouverte?
RAYMONDE
Oui.