ACTE PREMIER
OCTAVK.
Parce que, je vous le répète, si la femme que je vais épouser apprenait la vérité avant le mariage, le mariage serait rompu, et il faut que ce mariage se fasse; et que, si elle l'apprenait après, la vie serait un enfer. Elle est jalouse, même du passé. Elle me surveille sans cesse. S'il n'y avait que moi en jeu, ce ne serait rien, mais il y a vous; et, après avoir eu connaissance de l'existence de cette enfant, si elle acquérait la preuve que c'est vous la mère, elle vous ferait tout le mal possible.
RAYMONDE
Et pourquoi épousez-vous cetie femme-là?
OCTAVE
Parce qu'il le faut.
RAYMONDE
Je vous plains!
OCTAVE
Il a bien fallu que vous épousiez M. de Montaiglin, vous...
RAYMONDE
" Cela est vrai; mais, moi, j'avais commis une faute, tandis que vous, vous n'en avez jamais commis.
OCTAVE
Enfin, dès que votre mari sera reparti, et il repart demain pour un an au moins, vous retournerez voir Adrienne. Je ne veux pas qu'Adrienne reprenne l'habitude de vous aimer, puisque vous ne l'aimez pas. Si vous l'aimiez, non-seulement vous accepteriez le moyen que je vous propose, mais vous me béniriez pour vous l'avoir proposé...
Celle enfant, vous le savez, m'appelle maman quand elle me voit.
Mais elle ne sait pas ce que ce mot veut dire. Soyez Iran-
quille, elle ne se trahira pas. Je lui ai recommandé d'avoir l'air de no pas vous connaître; elle est capable de garder un secret, elle ne dit que ce qu'elle veut dire. Elle tient de moi.
RAYMONDE
J'espère que non.
OCTAVE
Ah! vous me traitez bien. Heureusement que je ne suis pas susceptible. Et, au bout de quelques mois de cette intimité nouvelle, il sera tout naturel que cette enfant d'adoption vous appelle sa mère, et tout le monde sera content. On regarde comme des malheurs un certain enchaînement de circonstances qui font l'étonnement et quelquefois le désespoir des imbéciles et des timides, mais dont l'homme intelligent ou se préserve ou tire parti. H y a dans le passé un fait que vous voudriez en effacer. C'est impossible. Il vaudrait mieux qu'il n'eût pas été, évidemment. Il est; nous n'y pouvons plus rien. Au lieu de déplorer éternellement ce fait, voyons ce que nous pouvons en extraire d'agréable pour vous et d'utile pour l'enfant Le hasard, le hasard seul a voulu que vous devinssiez la femme d"un ami de mon père qui m'a connu tout enfant. Utilisons le hasard : c'est la providence des gens d'esprit.
RAYMONDE
Quel homme êtes-vous!
Ma chère...
RAYMONDE, avec dignité.
OCTAVE
Pardon ; je suis familier, mettons mal élevé, si vous l'aimez mieux. Eh bien, chère madame. . . madame, je suis un homme qui voit la vie te'le qu'e'le est, et j'ai juré une fois pour toutes de n'être la du|)e ni des choses ni des gens. Du reste, mon tort est de vous avoir fait pari de mon projet. Je