‹ Monsieur Alphonse; piece en trois actesChapitre 3 sur 60 · ACTE PREMIER. i · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. i

OCTAVE

Vous voulez que je sois sérieux?

RAYMONDE

Oui, si vous pouvez!

Eli bien, pour la dernière fois, voulez-vous, oui ou non, que j'introduise Adrienne ici par le moyen bien simple quo je vous ai communiqué tout à l'heure?

RAYMONDE

Non.

OCTAVE

Alors, ce ne sera pas ma faute si vous ne la revoyez plus.

RAYMONDE

Comment, si je ne la revois plus? Qu'allez- vous donc faire?

OCTAVE

Je vais l'envoyer en Amérique, à une vieille parente à moi, qui consent à se charger d'elle.

RAYMONDE

En Amérique! Vous ne la laisserez pas chez les gens qui l'ont élevée?

OCTAVE

Elle ne peut pas y rester éternellement; je ne peux pas non plus la prendre avec moi, puisque je me marie; et ma future femme n'est pas de celles qui se chargent des enfanis des autres. Dans cette situation, ma comoinaison était un trait de génie. Au lieu de courir les routes, comme vous y êtes forcée, depuis dix ans, pour embrasser cette entant à la dérobée, — ce que vous taites aussi souvent que vous le pouvez, c'est une justice à vous rendre, — vous auriez eu cette enfant perpétuellement à côté de vous, et vous auriez pu l'aimer, la soigner, l'embrasser à la face de tous. Vous no voulez pas, n'en panons plus. Je vais la remmener.

La remmener! Où est-elle donc?

OCTAVE

Dans le village, à l'iiôtel où je suis descendu,

RAYMONDE

Vous avez eu l'audace de l'amener ici?

OCTAVE

J'étais si sûr de votre consentement! voyez ma naïveté. Et, en somme, quelle audace y a-t-il à cela? Je viens faire une visite d'adieu à ce vieil ami de ma famille qu'on appelle Marc de Montaiglin, commandant de la Galathée^ qui repart demain pour un voyage d'un an, de deux ans peut-èlre. Il habile la campagne. 11 fait beau. J'ai une fille de onze ans, personne n'en sait rien, pas même elle. J'emmène ma fille avec moi, pour lui faire prendre l'air; mais, comme je nai pas besoin de raconter mes affaires à M. de Montaiglin, je laisse ma fille à l'hôtel pendant que je viens faire ma visite. En attendant que le commandant rentre, et tout en causant avec madame de Montaiglin, que je trouve triste, ce qui est bien naturel la veille du départ d'un mari qu'elle aime, il me vient une idée dont l'exécution pourrait la distraire pendant la longue absence du commandant. Cette idée, c'est de lui confier ma fille, qui n'a ni père ni mère, et qui ne saurait être en meilleures mains. Madame de Montaiglin repousse cette id^e; j'attends que M, de Montaiglin rentre, je lui serre la main,'je l'embrasse même; je m'en retourne à Paris avec Adrienne, et je la remets aux mains d'une étrangère qui, moyennant une rétribulion quelconque, se chargera de la conduire en Amérique, voyage fatigant, dangereux même; car l'enfant est changée, très-changée depuis trois mois que vous n'avez pu aller la voir.

RAYMONDE

Quel plaisir vous avez à me faire du mail Et comme je vous hais! Pourquoi voulez-vous faire partir cette enfant?

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