‹ Monsieur Alphonse; piece en trois actesChapitre 52 sur 60 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

rendre service; il avait promis le secret, il a tenu sa parole, il a bien fait. C'est très-bien. Il est capable d'être sérieux et discret, ça me fait plaisir, et ça fait pardonner bien des choses; j'aime mieux qu'il m'ait menti quand il m'a dit qu'il avait un enfant, que lorsqu'il m'a dit qu'il n'en avait pas.

MONTAIGLIN.

Vous l'aimez donc beaucoup ?

MADAME GUIGHARD.

C'est ridicule à mon âge et avec une frimousse comme celle-là, mais le cœur est en dedans et il ne sait pas comment le visage est fait. Que voulez -vous!... je n'ai jamais eu de famille, j'ai beaucoup pâti dans ma jeunesse. Je me suis rattrapée un peu depuis. Enfin, j'ai besoin d'aimer. Je crie beaucoup, j'ai l'air d'être très-méchanle; au fond, je ne le suis pas. Il n'y a qu'une chose qui me révolie, c'est le mensonge. Moi, je dis toujours ce que j'ai sur la conscience. Quand j'ai fippris tantôt que la mère vivait , après qu'il m'avait dit qu'elle élait morte, je n'ai eu qu'une idée, j'ai cru n'avoir qu'une idée, celle de me venger. Et puis, quand j'ai été à la mairie, quand j'ai vu cet acte de naissance, sans parents, sec et glacé comme un décès, je me suis rappelé ma naissance, à moi, qui a été à peu près la même, et je me suis attendrie sur celle petite, que je n'ai jamais vue et que je déteslais deux heures auparavant. J'ai fait le vœu d'être bonne pour Jle. Voilà comme je suis. Drôle de femme, n'est ce pas ? Et je lui apportais deux cadeaux, à cette enfant, des robes, des petits bijoux. C'est là dnns ma voilure. Faitesla-moi venir, commandant, que je lui donne ses petites alTaires, que je la voie enfin, ma fille, notre fille, etquo je mo sauve comme une maladroite qui est venue se mêler do coquine la regardait pas. Ah! la drôle d'hisloirol J'en aurai eu des aventures, moi, dans ma viol

MONTAIGLIN, lui tendant lu main.

Madame Guichard^ vous êtes une brave femme.

MADAME GUICHARD

Trop vive... trop tendre et trop passionnée. Mais, si j'avais eu un peu d'éducation, un peu d'instruction, un peu d'argent pour commencer, on aurait fait quelque cliose de moi. Merci, monsieur de Montaiglin, ça me fait plaisir, ce que vous me dites là, parce que, vous aussi, vous êtes \in brave homme. S'il y avait seulement un homme comme vous sur vingt, le monde pourrait encore se tirer d'affaire. Di'es donc! quel malheur que notre aventure ne soit pas vraie! mais vous n'auriez pas voulu de moi, ou vous m'auriez planlée là encore plus vite que vous n'avez fait de l'autre. Ce qui m'étonne, môme, c'est que vous l'ayez prise un moment, l'autre. Cela ne sied pas à votre grande mine d'avoir trompé un mari, de lui avoir pris sa femme et d'avoir eu un enfant en cachette sans lui donner tout de suite votre nom. Ça n'a pas l'air d'être fait pour vous, ces choses-là... c'est bon pour nous, le commun des martyrs I... La jeunesse... l'entraînement... Et puis vous étiez un beau garçon. Et nous sommes si persévérants, si opiniâtres, quand l'amour nous tient ! Enfin, vous avez failli aussi comme nous, ça nous excuse un peu.

MONTAIGLIN, à part.

Étrange femme L..

MADAME GUICHAnD.

Est-ce que vous voudrez bien être le témoin d'Octave?

MONTAIGLIN.

Impossible, je pars demain.

MADAME GUICHARD

C'est juste ; mais vous permettrez que je vienne, en votre absence, voir ma fille de temps en temps?

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