‹ Monsieur BotteChapitre 14 sur 14 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

bonne humeur délassaient le pasteur, , en civilisant le troupeau. La chansonnette n'était pas interdite, pourvu qu'elle ne fût pas grivoise. L'harmonie, le travail et la santé étaient fixés dans le village.

Un malheureux, hypocrite depuis sa naissance jusqu'en mil sept cent quatre-vingt-neuf, avait fait chasser le bon curé, dontil convoitait le prespytère , et tous ces villageois regrettaient leur digne père.

Quand il put reparaître sans dan* ger, car notre curé n'avait jamais ambitionné la palme du martyre , il écrivit à ses^ paroissiens une lettre affectueuse , et il Padressa au père Edmond , parce qu'il était le plus âgé du village , celui qui chantait le mieux au lutrin , et qui figurait avecle plus de dignité aux processions, qualités qui ne lui paraissaient pas indifférentes 3 car , disait-il , c'est par le$

yeux et les oreilles qu'on arrive à Timagination , et c'est par rimagî^ nation qu'on mène les hommes. Loués soient ceux dont les efforts ne tendent qu*à les mener au bien.

Le père Edmond, flatté de la préférence que lui accordait son curé , commença par mouiller sa lettre de ses larmes, puis il alla la lire de maison en maison. Partout on lui présentait le grand fauteuil , il s'asseyait^ titrait ses lunettes , relisait la lettre , recommençait à pleurer , et gagnait une autre chaumière.

Ceux à qui il avait lu le suivaient en chantant , l'un Y Alléluia , un autre le TeDeum, univoisïhmeleMagni^ Jicaty un quatrième le Rorate cœli ; ce qui faisait un concert aussi discordant qu'il était pur et naïf : de sorte que , lorsque le père Edmond sortit de la dernière cabane , tous les habitans étaient rassemblés autour de lui.

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Côtûttient récevra-t-on mônèîeût le tnré ? quels honntut« lui tendtat^-ôfi ? On proposé , on discute, ôa délibère , Où parle tous à la fois. On sonnerait bien la cloùhe , mais on en a fait des gros sous , ou la culasse d*ttù eanon j on tendrait bien Pëglise, tnài's on a fait dés guêtres avec la draperie noire, et on à doublé des habits

atrtefe là draperie blanche Que

diaùtre fera-t-ôn , car enfin il faut faire quelque chose.,*. Âh . illuminer tomme à Paris , mordienne.... Non ; non, c*est trop mondain cela... ÏHon, Dieu, que feronà-nbûs ?

ÎLe père Edmond se fait soulever sous les bras pour monter sur une escabelte. Dès que ^a tête blanchie est élevée au-dessus de celle des au* très , on juge qull veut parler , le tumulte s^appaîse , ûîi profond silence règne dans rassemblée , parce que dans ce village • là on a conservé

rhabitude de respectai: le^ vieillards.

K Mes amis ^ dit le bon père j croyez-vous que le $ou d'uue cloche , et que des murs garnis de driip blauQ ou noir, soient ce qu'il a de plui agréable à Dieu ? Ce sont les cœurs purs qu'il aime, ce sont ^es temples les plus chers : les n6tres sont diguei de s'élever vers lui. Remerçionç-U d'abord de nou^ avoir rendu notre bon curé , et nous verrons après. »

Tous les chapeaux sont à terre, tout le monde est à genoux. Edmond prie à haute voix au nom de tous, etchacunVunit intérieure méat à lui.

« Avisony-nous maintenant, dit 1?

père Edmond , en remontant sur sou escabelle. Dieu a paré la nature de fleurs; les fleurs lui sont donc agréaiblés : des guirlandes de barbeaux, de roses , de jasmin j| décpïaroot son

église. Il a béni nos moissons : des gerbes orneront son autel. Chacun mettra la main à l^^uvrage , et ces premiers préparatifs terminés , tous les habitans, en habit de dimanche, sortiront du village , et iront à la rencontre de monsieur le curé. La marche sera ouverte par les derniers jeunes gens qu'il a mariés , et la jeune femme lui dira , en lui faisant la révérence : Le bon Dieu a reçu nos actions de grâces 3 recevez, monsieur le curé , les vœux et l'hommage de vos paroissiens. Ils ont voulu que la parole vous fût adressée par les derniers que vous avez bénis. Le ciel vous a entendu, et il a répandu sur nous ses grâces : venez bénir les autres àPéglise, dont nous vous présentons les clefs dans ce plat d'étaira.

Ce n'est pas , mes amis , que je croye mauvais les mariages faits seulement d'après la loi ( car j'ai vu , dans ma

vieille Bible , que le consentement mutuel sufësait aux patriarches , et les patriarches nous valaient bien), m^is la bénédiction d*un honnête homme est comme la rosée qui féconde nos plantes , et leur fait porter de bons grains.

€ Entouré de ses enfans , monsieur le curé se rendra à l'église ; il la purifiera, chantera une grand*messe, fera la cérémonie des mariages, et nous le mènerons sous le grand ormeau , où seront dressées des tables.

Chacun apportera son plat et son broc, et ce sera la fête des épousailles , de la reconnaissance et de Tamitié.

<i Son presbytère est vendu : puisset-il profiter à celui qui l'a acheté !

Comme l'ancien du village , je logerai monsieur le curé le premier, et je le garderai six semaines. Les autres feront après moi , selon leurs

moy ens... •— • Oui y oui , nous le logerons tous. »

« M. Edmond, dit modestement madeoiioisdle d' Arancey , vous m*a« vez temiae en possession dvx château de mon père. Trop feune pour Miabiter encore , permettez que py reçoive monsieur le euré j il y sera commodément et ne dérangera personne. -— * Brave demoiselle !...• — I>igne demoiselle !.... — Oui ^ au château...* — Au château— *— Vive , vive mademoiselle d'Arancey !... — Mt notre bon pasteur. — Le laitage...

— • Les owfs.... — La meillei^e volaille«i». — Nous lui potterons toat..« — Nous lui offrirons tout... -*- Et il ne refusera pas ses amis. >

Le temple était paré y les habitans endimanchés i les villageoises dans leurs atours, et le cortège était ea marche. Georges ^ l'honnête et tra«.

cassier Georges , avait passé à soa

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bras le bras joli de mademoiselle d'Arancey. On avançait en silence et dans le recueillement. Un homme d'un extérieur vénérable parait dans Péloignement : est-ce lui ? se demandait-on tout bas.

Autant qi^on en peut juger , il porte un habit de camelot gris , et ce n'est pas la couleur d'usage ; il a des guêtres de toile écrue , et un bâton noueux à la main, et jamais on n'avait vu de curé en guêtres , armé comme un marchand de bgeufs*..Mai« ses cheveux paraissent frisé&en rond; mais son chapeau, à demi-retroussé »

marque trois pointes ; mais sa dé-^ marche est noble et grave... ce pour^ rait bien être lui.

On n'était plus qu'à cinquante pat les uns des autres. Le voyageur s'arrête, regarde, tire son mouchoir, essuie ses larmes ^ tombe à genoux •ur la route , dans la poussière ^ H

s'écrie : Mon Dieu , mon Dieu , je vous remercie 3 vous m'avez conservé leurs cœurs.

Les villageois ont entendu cette exclamation : c'est lui, c'est lui, crient cent bouches à la fois , et on oublie ce qu'on devait faire , et l'ordre de la marche est rompu , et on court , et les plus jeunes se précipitent, et les vieillards se plaignent pour la première fois du fardeau des années.

Le bon curé est entouré de ses paroissiens j c'est à qui baisera ses mains , touchera ses vêtemens^ ce bâton , qui rappelle la simplicité , la pauvreté de l'apostolat. Les anciens arrivent enfin. Le pasteur aperçoit Edmond, ouvre ses bras et le presse contre son sein.

La chaise de M. Botte approchait , précédée d'un nuage de poussière. Le cher oncle , frappé à la vue d'un homme dont l'extérieur annonçait

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rindîgence , et que pressaient Tamour , le respect , la reconnaissance de toute une peuplade , le cher oncle fait arrêter son postillon , éHui ordonne d'aller savoir ce qui se passe.

« Descendons , monsieur , descendons , dit-il à son neveu , après-avoir entendu le rapport de son messager.

J'honore la vertu sous une soutane , comme sous un habit brodé, et partout j'aime lui rendre hommage.»

Charles a distingué mademoiselle d'Arancey dans la foule. Il s'élançait.... son oncle le retient par un bras. <( Monsieur, vous ayez toute votre vie pour l'amour , et le vertueux curé ne retrouvera jamais un jour comme celui-ci : gardons-nous de rien déranger. >» Et M. Botte et son neveu oublient leur impétuosité 3 ils prennent la queue de la marche j ils suivent , le chapeau à la main.

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Notre aimable Sophie a l'œil aussi actif et aussi perçant que Charles ; elle a vu la voiture que personae n'a remarquée; elle eu a fu de»-^ cendre les voyageurs. Elle nfi conçoit pas que M* Botte lui ramène un amant avec qui il l'a forcée de rompre ; elle se rappelle les observations de GeorgeSh. Mille idées différentes l'assaillent à la fois 3 elle rit 9 elle pleure , elle tremble ; elle s'appuie si fortement sur le bras du jeune paysan , qu'il s'inquiète ) sq retourne , regarde , aperçoit mon^ sieur Botte > et Charles devient rë^ serve ^ rêveur, et ne prononce plus un mot.

Jamais procession n'avait paru «i Charles aussi longue , awsi fasf i-* dieuse que celle-ci. Tantôt il s'tjçar*»

tait de la file, et son oncle lui fai^ sait reprendre son rang ; tantôt il marchait sur les talons de celui qui

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le précédait , et son oncle le Faisait rétrograder j tantôt il s'élevait sut la pointe des pieds , et il rencontrait quelquefois les yeux de sa Sophie.

îh exprimaient tout ensemble , et leplaisir de la revoir , et la crainte de ratenîr. tjue n'eût-il pas dxynné pour ia rassurer !

On ^tait ttifin dan« Pégjîse , on s*é- %ait rangé ; M. Botte s'était laissa tîonduîre par son nevefu qui,n*ayant pu «se placer à côté de mademoist^lle d*Ar^t>cfcy , s'était mis précisément ^S'-à-Tis d'elle. Séparés par un intervalle qu'occupaient le curé , le magister , Edmond et le lutrin , que pouvaient de pauvires jeunes gens , observés , gardés, l'un par son oncle, rautrep»Geoi^es ! Charles «.dressa À Sdpbi^s une profonde révérence; Sophielalai rendit très-exactement 3 dès Ions leurs yeux ^e fixèrezit , non p^as sur l'«iftel , ^ s^ite pensRient em

créateur , c'était pour Tadorer dans ce qu'il avait fait de plus beau.

Quelque parfait qu'on soit, il faut payer tribut à la faiblesse humaine.

Depuis long-temps le bon curé n'avait rempli les fonctions du sacerdoce 3 on le comblait d'honneurs ; sa tête était exaltée ^ et il crut que c'était le cas ou jamais d'officier presque pontificalement avec un calice de bois et une chasuble de serge. Il imagina qu'au défaut du luxe , il en imposerait par la longueur de l'office , et il le prolongea tellement, que le bon père Edmond s'enrouait à ne pouvoir plus se faire entendre , que le fervent auditoire bâillait très-involontairement, et que M. Botte , qui ne voulait rien déranger , trépignait d'une manière très-sensible 3 Charles et Sophie ne voyaient qu'eux.

L'imperturbable curé allait toujours son train ; mais comme il faut

que tout finisse , il s*arrêta , quand il n*eut plus rien à dire ni à chanter, et la séance finit par une bénédiction.

Alors cçmmença la fête de l'amitié.

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