‹ Monsieur BotteChapitre 5 sur 14 · C H A PI T R E I V · texte numérisé non relu

C H A PI T R E I V

Fin de t'^xposiiion.

Mademoiselle d^Aran^ey avait compté les jours , les heures , les minutes. Tous les matins elle portait des yeux inquiets sut la route ; elle y retournait à midi , elle y re- , tournait le soir 5 elle rentrait en se promettant d« combattre un amour qui faisait dès^ sa naissance le malheur de sa vie , et tout ce qu'elle pouvait faire y c'était de cacljer son cha« grin à tout le monde , et à G^eorges surtout, à Georges qu'elle aimait .tant!

Ce jpur-là, jour remarquable, puisqu'il va décider du sort de deux

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petits êtres à peu près parfaits; ce JQur-1 à Sophie était allée à Pordinaire siir le chemin, et elle était rentrée étussi triste que les jours précédens.

Après le dîner, Edmond et Géarges étaient retournés à leurs charrues;, êtres utiles et laborieux , qui toute l'année arrosent de leurs sueurs une terre dont les fruits les 4>lus beaux De parent jamais la table du cultivateur. Sophie les avait acc^ompa^ gnés jusque dans la cour^ où elle était restée immobile et pensive, € C'est là que je l'ai vu vingt fois > c'est ici que j'ai remarqué son trouble naissant; voilà les tourelles de ce château, où j'avais l'air de travailler quand je ne voyais que lui; où ses yeux me disaient ce q ue j 'avais tant de plaisir à croire , ce que dix jours d'a^ Tandon démentent si fomtellement; voilà le chpminoù il glissait dans ma corbeillle ces lettres qui peignent un

amour si vrai, si fortement senti.

Insensée ! ah , ce sont ces lettres qui in*ont perdue. » Et en disant cela, mademoiselle d'Arancey tirait de son sein la plus passionnée de ces^ lettres ; elle la baisait , elle la relisait ; elle la bais&it encore, et une larme de tendresse, de regrets, d'inquiétude , tombait sur le papier précieux.

Le lourd galop de deux chevaux résonne au loin sur le pavé; le fouet ' du postillon se fait entendre. Sophie doute ; Charles ne vient jamais en poste. Cependant le cœur de la jeune personne est vivement agité j ses joues se colorent ; laleltre est promptement remise sous le fichu discret j ia charmante fille est à la porte.

C'est lui , c'est lui.... on ne peut plus s'y méprendre.... On respire à peine, les genoux ploient 3 on est obligé de s'assoir. Charles a entrevu «a Sophie, il a doublé de vitesse, il

MÔNSIÉtJR BOTTE. 14$

ft sauté de son cheral ; il est près de cequUl aime, ic Ah , (feif vous, monsieur: voilà tout ce que Sophie f>éUt dire. —.Plus: tendre, plus empressé que ^mais,: répond Charles, qui oublie toutes) les. finesses de sonGuilkume» — Empressé , vous , moA« sieur! —Et pedt-^tre* importun ?> — Ah , ce n'est pl^is votre défaut. — Je conçois que^ quelques jours d'ab«

sence • — Quelques jo^urs , oui,

monsieur. Au r«ste, vous avez vos^ plaisirs; }'ai mes .occupations : de cette mianière le temps passe vite.^^~ Mademoiselle ne ti'est pas aperçue de sa leateur?— Monsieur mHnterroge j je crois. — Si vous saviez ce que j'ai souffert, vous .me trouveriez trop puni- — Prenez garde , monsieur , vous allezine rendre compte de voÉ seatimens' secrets. — Je le dois ,* je le veux. — Qtf aî-^e fait j qu*aii-|e dit qui vous^ y autorise? — Ah, vous û^ ToMB L 7

prenez nul intérêt à ce que je poiir«rais vous dire* — Aucun , monsieur , ]e vous assure. — Permettez-moi cependant de vous rappeler, mademoiselle , que vous m^avez permis dé vous écrire. — Moi, monsieur! — * Vous avez daigné recevoir une première lettre — L'ai - je reçue ,

monsieur? — Vous Tavez gardée , tu moins. — Qui vous Vsl dit ? »

, Les réponses sèches de mademoi-* telle d'Arancey ont piqué Charles; il eon^ence à se rappeler les leçons d« son. confident.

« Je peux croire, mademoiselle, que vous avez daigné lire la première et les autres^ •— Parce que je n*ai pas fait d'éclat? Pouvais^jevousUs rendre sans amener entre Georges et moi des explications fatigantes? •** Toujours Georges , mademoiselle , toujours Georges! — Ah, s'il écrivait, lui, il n'écrirait que ce qu'il pense. ~ Gom-

parer ma conduite à ce que j'ai écrit| c'est avouer que vous m'avez lu. — Vos observations sont dures; elles sont malhonnêtes, monsieur. — Ah , mademoiselle^ que je suis loin d'ea ^voîr ^intention! — Si vous n'aviez balbutié en m'a dressant des choses que je ne devais pas entendre , si à chaque mot votre cœur n'eût visîbler ment démenti votre bouche, je ne vous reverrais de la vie. — Mad&« moiselle.... en vérité-., croyez.... je ne peux... — Vous ne pouvez êtra faux, p le vois, et je m'en applaudis.

Pourquoi chercjier à le paraître ?

Pourquoi vous dépouiller volontaî*^ rement de cette candeur, votre arma la plus dangereuse ?.••••• Renvoyez vos chevaux > monsieur, ou appelez Marguerite» Il me semble qxie la conversation peut se cojQtinuer ailleurs que dans la rue. »

he$ fieux jeunçs gen$ %vaie;it fait

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^sqUe-î-là dès efforts incroyables pour «•en tertir au ton froid ou piqué qulis trpilvàîeàt éonvehâble à leurs petits îritérêts.Ils ne pouvaient soutenir da- Tanlajge ces traits mordaiis , plus ^rôprcfs à '■ tout bromlîer j^ iqu'à produire iin rapproébement dont l*un et ï^autreàvaîent le plus pressant besoin* Sophie prend CKartes par la main , le feit entrer , lui montre un siège , et «^assied près de lui. «'Il est inutile , ibonsièur, de passer le temps à dire et à entendre des cbosès qu'on ne pense pas ; laissons ces puériles et vains détoiits , où l'esprit ne brille qi^aùx dépens du coeur. Je n^ai qu'une ^iie&ttèft'^^vous faire j elle est de la pTus haiite importance, paùr nioi du ÀioiîQbS, et je vèus priedeme répondre francbemient. Vous m'avez montré nn scntlnient' ttopVîf , poiir avoir été dix jours sans me dôniiEer de vos nou« Telles , n un motif que je ne déméls

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. pasnevousy eût déterminé» Je vbini préviens que je ne croirai, pas a^UJÇ obstacles : vous n'eussiez pas nxanqué de m'en parler, en arrivant. Répondez-moi., monsjleur, comment avez^ vou$ manqué, je ne dirai point à la délicatesse ^ mais aux plus simples bienséances ? Comment me suis^^jo attiré des procédés aussi h(^n^ilian«?

*— Mademoiselle«..t mademc^iselle*.c'est que... — Le ipptif ne vous fait pas d'honneur , votre emb^irra» ma le prouva. N'importe^ parlea, je auîs indulgente^ mais ne m^.tropfipez; pas, je ne le mérite point. — Vow n'avez répondu à aucune de mes lettres. — Vous saviez ^monsieur, que je ne le devais pasu — J*ai cru... j'ai qru...— *• Qu'avez-vous cru? — Que je vous...

que je vou% déplaisais... — Non , monsieur, non, vqus ne Tavez; pas cru ; je conviens que vous n'ayez pas dû le croire, et ce n'était plus letempd

j5o monsieur botte, de m'éviter. Vous pouviez fuir quand , Tamitié suffisait à mon bonheur j cette conduite eût été louable. Maïs pendant des mois entiers j faire tout pour persuader qu'on aime; l'écrire d'un style! enchanteur ) poursuivre , pat des lettres brûlantes , une fill« estimable jusque dans le silence des nuits j chercher à exciter en elle des^ sentimens qu'on a feints ou qu'on bl0 veut partager qu'un moment , voilà un plan tracé par la perfidie la plus consommée, et ce n'est pas à vingt ans qu'on se joué froidement de la bonne foi , de la tendresse et dé l'honneur : ce plajp n'est pas de vous. — Mademoiselle je suis un malheureux. Je ne peux soutenir vos reproches, ni votre vue... Je pars, je m'éloigne pour jamais. — Vous ne partirez point, je vous le défends

Restez, par grâce, restez, ou rendezmoi le repos que vous m'avez ôté. —

MONSIEUR BOTTE. l&t

Qu'ai • je entendu, grand Dieu ! — Charles 9 je cède au moment^ à mou cœur qui m'a trahi cent fois , et dan$ leqifêl vous avez craint dé lire ^ je ne dissimule plus un sentiment honnête^ que ', malgré les apparences , fe me flatte que vous méritez. — Je m*en suis rendu indigne ; je le mériterai , H*en doutez pas. — Ah , mon ami ] quel mal m'ont fait votre éloignement et votre silence! Dix jours , dii:

fours entiers !.•• ingrat! et personfui à qui je pusse parler de mon amour ; personne à qui }*osasse prononcer librement votre nom ! Vos lettres,moû cœur et mes larmes , voilà tout ce^ue j'avais.... Vous êtes à mes pieds , Charles , vous embrassez mes genoux ; le repentir se peint sur votre iront... Mon ami, mon cher ami, non , l'idée de me tourmenter n'est pas de vous : quel est le cruel qm vous l'a donnée? »

iSa MONSIEUR BOTT«.

. Charles ne se possédait plus. lyrô d'un aveu forme} , qu'il'attèadait ce-^ pendant^ pénétré^ confus d0 la bonté de mademoiselle d' Arancey , il ne tcijiait que des discours sans suite , et elle écoutait y l'œil humide de plaisir* II est si flatteur ce désordre pour celle qui l'inspire! il est si doux de Je partager!,

Charles parla long-temps a son tour , et la vérité que sollicitait , qu'attendait maderuaiselle d'Aranjcey, s'échappe enfin de sa bouche : il a^foommé Guillaume. «Voyez, lui dit-elle, lorsqu'il eut ccasé de parlear^ voyez à quoi on s'expote en plaçant mal sa confianjcê. Déjà, pair une ruse indigne d'un, amoui^ vrai , vouy vous êtes rendu aussi malheu* reux que mai. Plusà'intimllé ,.je vous prie, avec desvalet^isans délicatesse, dçîitrattaHbhemenkscrrile déshonore U maître qui en eil l'objet, — Je It

îfONSiÈUR BOTTE» iS^

renyerwi, madpfnoip^lV — Non, mon «uni, Vipi|ç se 1^ reiMr.çrre:ç p^s, Mai3 à pirés/entqj^^ nQ9, çopur» c'entendent ,^t:Qîiit deijEr3^:U€inli!^rper entro ftow dmXf Co9fie^-mQi diftw«nAi$ vos iDq.métiidQS , Toa chqigf ios > t,09 pliia^^crei:€a^peB&éQ& ; QdaiYou^ aern bien facile^^ si irçua. ne faites, si voui ne penae^ quq ce qu'un .honn^ie bomme f eut 4vo w« aftna routgirf --r Oui yje vous confierai tout., tQtit: sans exception , et si je jEn'écar tais un mo ^ ment de la v>érju, qb serait Toais, fille «éleste, qui d'un mot m'y. rarnèt neriei;* Que inoa sort est heureux , qu'il est digne d'enrie] Je.trouv0eii yoi4$ hbçjsmté y la sagejie, Pamouir et h\ bonjieur. -r- Le bonUèui', ah !

mon acoi^^.que d;'Qbs)taelés^e piiév.ois, que .d^. fxeiiifis nous nous préparons l Je reqf^ifn>erai Jes mienees^ pajdoibcirai lestôt^eg , et slnouç ne pouvoE^ être époux... — Nous le aérons, j'en

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jure par mon amour , par l'boâneur / par vous. — Jurez-moi aussi de respecter les volontés de votre oncle , de ne pas exposer ma réputation par des éclats indiscrets, de n'exiger jamais que je méconnaisse les dr04t8 d'un père malheureux. — Je le jure k la face du ciel , et je tiendrais mou eerment. — Je jure, moi, de n'être jamais à personne, «i je ne peux être à vous: de vous aimer toute la vie , et de faire pour votre félicité *outce ^ue me permettent la vertu et le respect filial. » *

* En prononçant ces derniers mots , ils étaient à genoux, les bras étendus vers le ciel, et la pureté de leuri âmes brillait sur deux visages qu'em« bellissaient l'amour et l'innocence.

« Quel jour! mademoiselle, dit Charles en se levant. — Appelez-moi Sophie ; je le permets, je le^ désire.

— Ah , ma Sophie , quel jourl -rt

MONSIEUR BOTTE. l55

Puissiez - VOUS n'oublier famais ce qu*il a de charmes et ce qu'il nous a coûté! — Jamais , non jamais il ne sortira de ma mémoire. — Ainsi plus de longues absences, nkon ami.-^ Tous lea^ jours... — Oh , non , non , ce sel*aîttrop. — Jamais assez, jamais assez.— Sept lieues pour venir, autant pour s'en retourner! — Etqu'importe, ma Sophie? — ^^Et puis, Georges et son père ne manqueraient pas de remarquer que le seul désir de rendre service ne rend point aussi assidu. Ils me trouveraient déraisonnable,' et kr blâme de ceux qu'on estime et qu'oa aime est difficile à supporter* -*- On peut les tromper sur le mot if .^é. — Oh, non, mon artii, né trolnpons personne. — On peut au moins ne pas tout dire. — Et pour cela il ne faut pas donner lieu aux questtionsip — Hé bien , prononcez , réglez ' Iqs . jours»

.yoùs aimer est moA boûtieur,.vom

i56 MOl^SIEUR BOTT£.

:obéir c$t mon devoir. — JDeuxfoU la $eaxaiae.M -^ Oh , c'est bieà paii* ,— ie le sens comme vousj mais j> TOUS! en pm, et voU^ae mefefiisereif fos. -r Et-l-cs autres joAir^ ? — Yorn rpoiirvez écrice» — .Et vous vé^n^ drez? — Il le faut, Iwen. -^ Et aous ^criroostous lesjoutis? — Xo\kB le^ joUre , mon: ami. — Guillaume portera mes lettres ? ~ Je voudrais bien îne plus employer ce Guillaume;— 11 ^audcaien chercher un aiulire^ et Guillaume n'oubliera. pas.ee que }e lui ai confié. *^Gui41aiunô y soit, •— A qui rèmettraot»^! mesJettres? Qui lui remettra «les. vôtres ? — Jénle suis. — Ni -m0iv-^Ah*î..^-^AbJ..,— Pourquoi ne 'Vi^jtidriyit-il pas tout simplement à la ferme/pendant ({[tt'^^esl aux:champs?

*-- Tous les )Ouvs^ bon ami? Et le bergep, ^ le p*tit pâtoe^qni ne s'é- •loîgnettt^ jamaîs*a$sez j et les filles de bassérèourj et les passians^^? — Ah,

MOMâlKUR BOTTE. iSf

mon Dieu , mon Dieu, comment donc faire? — Ah ! ah !.•. Charles !••• Hé bien ? r- J'ai remarqué.;.... — Quoi ? -r Star la raute, à deux pas du cBâleauM* — Achcre^^j — Ufa orme creux... — J*y suis, j'y suis. Guillaume y déposera niés lettres ; il y trouvera Ibs vôtres. — Je ne vois que ce moyen-là, mon ami. — U n'en &ut qu'un ,nm Sophie. »

Pendant que nos- aimables enfans se livraient aux ëpanchetnens les plus doux ^ M. Botte pensaità là famille de sou jardinier. Triste y soucieux , il faisait une partie d'échecs avec son amiHoreau^ etie brusquait quand il perdait, ah, il Ëil lait voir. Horeau s'en vengeait , en le faisant de nouveau échec et ma*,, ce qui ne calmait pas du tout l'humeuc du cher oncle.

Gn vient délivrer Ife pauvrîe Horeau , en avertissant M. Botte qu'ilest servi.

Tous deux en sont fort aises ^ parce

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que la table fait diversion k tont:

notre oncle ne crie jamais quand il mange , et le pacifique ami jouit au moins d'une Tieiire de repos.

M. Botte entrait dans sa salle à manger ; le jardinier, chargé dé son modeste mobilier, sa femme, jeune encore et gentille , tenant un enfant par la main , et portant l'autre à la mamelle, tra\^ersaîent lentement le parterre. La mère pleurait en regardant ce château où ses enfans étaient nés , et dont elle s'éloignait pour toujours. « Ah , mon ami , dit M. Botte ^ que cette femme me fait demal! partir ainsi avec cent écus pour toute ressource!— Vous n'avez donné que cela : cette fois, vous ne vous en prendrez à personne. — Hé , morbleu, monsieur , vous savez qu'on a remis cette bagatelle au nom-de mon neveu , et un jeune homme de vingt ans n'a pas des monts d'or. — ^ Oxx

SrONSÏEt7R BOTTÉ. îSg pourrait ajoutier quelque chose. — Et le prétexte j car enfin il en faut un qui s'accorde avec ma juste sévérité ; le prétexte j vous dis-je, vite, dépêchez-vous. — Ma foi , mon ami , je n'eil'voîs pas. — En ce cas, taisezvous donc y monsieur le conseiller. »

ce Grâce, grâce, crient huit à dix domestiques qui entrent à la fois , et tombent aux genoux de leur maître ; grâce, dît aussi Horeau^ qui voit son ami pressé dxi besoin de pardonner. —- Non , s'écrie avec effort M. Boite; non, pas de grâce aux voleurs. Qu'ils partent, qu'ils souffrent, qu'ils meurent dé honte et de misère. — Mais, mon ami , la femme, les enfans... — Qu'on, ne m'en parle point, qu'on ne m'en parle jamais.

Sortf*z, sortez tous, et profitez de la kçon que Vous avez devant les yeux.»

Horeau reste seul avec son ami, qui se laisse aller sur un fauteuil) et

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4]ui cache son visage de ses âtiin mains. <( Ah , Charle», Cbarie^r) dit4l d*une roix altérée^ si tu voyais ce tableau d'infortune , quels regrets tu éprouveraits ! Allez me le, cher cher y monsieur y qui ne trouyez pa^de pré* texte j amenez - le à celte croisée ^ qu'il voie ces malheureux j quexe soit sa punition. »

M. Horeau sort et monteàl'ap^ partement de Charles; M«.Bott« court à SQU offiQe 9 qui es^ à l'angl« du^bâtimeqt, A un pied du plafond > est un oeil-de-^boBuf ,.uniqu.ement destiné à renouveler Pair; awua bâti*, ment en fa'ce , Qt la vue est bo^rjciée d$r tous côtés par un plant de peupliersiir M. Botte niQnte '$;iir un.e. c^is^i > ejt appuie un pied sur^n ?ayon çha^ depoiK^elain€Si.Ils*a€tcroched6^s4e^u:3i^ mainsr au cay on supérieur ; il s'élance pesamment : la planche sur laquelle est son pii^d manque &ou$ lui; la

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porcelaine tombe et se brise; il resté suspendu par les maias. Il cherche arec les jambes les tasseaux qui doir vent être restée dans le mur; il trouv^e un nouveau point d'appui. Haletant^ tout ensueur, il panrieot de rayon en rayon jusqu'à Pœil^de^bœuF. Il peut à peine y passer la tête et un bras , et il compte bien n'être vu de personne du château.

A l'instant où il a ouvert la petite croisée , la pauvre mère tournait le coin du bâtiment. M. Bottejette à ses pieds une bouisse d'or ,. et veut se re^* tirer. Sa précipitation le trahit; sa tête et son bras agissent en s^ns con^ traire ; la bonnefemme lève les yeu^r, et reconnaît son maître , qui lui fait signe de ramasser la bourse et de ne rien dire. Elle la ramasse en effet , et retourne s«r ses pas^ les mains élevées vers le ciel. « A h ! mon Dieu, mon Dieu! s'écrie M. Bptte, voi»

verrez que la maladroite va venir me remercier. )» Il se presse de descendre; mais il remarque qtfily a trois pieds au moins du parquet à la planche qu*il a culbutée; gros et court y il n'ose risquer un tel saut. Il y a bien un marche-pied dans le fond dé Toffice ; mais il ne Ta pas vu en entrant, maintenant il ne peut y atteindre : il est forcé de teitev là.

Bientôt il entend du bruit dans sa aalîe à manger , et , setablable à un écolier qu'on prend en maraude , il se pelotonne sur sa planche; La pauvre mère, qui connaît l'intérieur du château comme les jardins , entre dans l'office, suivie de M. Horeau et des domestiques qu'elle a instruits de l'acte de bienfaisance du maître. On trouve le parquet couvert des débris delaporpelaincj et M. Botte, fuché sur onefiledepots déconfitures, honteux

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et colère à la fols de se yoir ainsi surpris*

« Que me voulez-vous? crîe-t-il à Horeau. Ne puis-je prendre Tair à ^e trou sans qu'on vienne m'y tourmenter? — Mais, mou ami, l'endroit est singulièrement choisi. — Cela se peut, mais je veux être singulier. ^^ — Vous seriez plus commodément ailleurs. •— Que vous importe ? moi, je veux être ici. -^ Recevez au moins les actions de grâce die cette bonne femme. — Des actions de grâce, et pourquoi ? — Cette bourse que vous lui avez jetée... — Qui a dit cela ?

— Mais c'est elle. — Elle a menti , je ne donne rien à ceux que je chasse.

C*est mon neveu , sans doute, qui lui aura jeté cela de chez lui. — Mon ami , je ne l'y ai pas trouvé. Il est sorti depuis onze heures du matin , reprend Guillaume. — Tu mens , fripon i je lui ai parlé il n'y a pas une

t64 MONSIEUR BOTTE.

demi'^heure* — Je vous assure, moit-* sieur...— Tais-toi, ou par la corbleu.o Au reste.) la bourbe ne in*^p« partient pas j quelqu'un la réclame^ t-il ici ? Personne ne dit mot ? Allez^ ma bonne^ , emportez ce que la Pro« vidence vous envoie, et que votre mari pense bien que c'est à vousseule^ qui êtes laborieuse et honnête , qu'elle a adressé ce secours. *^ Ofa ^ le bon maître, ofa , le digne maître , s*écrient tous les domestiques à la fois/— Que me veulent encore ces raarauds-là? Je vous répète qu'il m'a plu venir prendre 1-air ici, que je n'ai rien donné , que je ne donnerai rien, et que j'abandonne ces malheureux-là à leur triste sort. Allons, qu'on m'approche ce marchepied* »

Le marchepied placé. M* Botte fait un effort violent pour se lever j un de ses pieds glisse , et il)envoie un pot de gelée de groseilles directement

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sur la tète de la pauvre mère. Elle jette un cri et tombe sur ses genoux.

M. Botte ne pense plus au marche-, pied, il saute delà hauteur de I*œil« de- bœuf pour secourir la pauvre mère; le pied porte à faux ; il se donne une entorse : il crie à son tour comme na enragé. Tout le monde s*empresse autour de lui. «^ A cette femme , marauds, à cette femme à qui j'ai cassé la tête : ne voyez-Tous pas que j*ai Seulement mal à un pied , et tout cela parce que M. Horeau, l'homme réfléchi, ne sait pas trouver un prétexte.

— Ma féi, mon ami, il vaut mieux , )e croîs , n'en pas trouver , que d'en imâgine)r dé la nature du vôtre. — ^n voilà ûUèz i ^monsieur le raisonneur.

Qu'on pdirte éètte femme dans le lit de -mon Hèveui — De votre neveu, mon âfmi? -*- C'est le meilleur du château, apurés le mien. Ce n'est pas que jeâi%téfesse à èètte femme, au

l66 MONSIEUR BOTTK.

moins ; mais j'apprendrai à monsieur mon neveu à partir pour la chasse avant le jour, et àn'ètre pas ici quand le dîner est servi. Qu*on appelle le chirurgien du lieu, qu*ii panse cette femme , qu'il la visite exactement. — Mon bon maître, dit la femme d'une voix faible, si vous vouliez permettre... — Quoi? — Que mon pauvre Jacques me soignât pendant les premiers momens? — Allez au diable, avec vos demandes impertinentes. Ne faut-il pas que je fasse guérir votre tête; n*y suis-je pas obligé en conscience , et parce queje suis en colère, ai-je le droit de séparer la femme de son mari , les enfans de leur mère ? Qu'on me loge toutq cette race dans l'appartement de mon neveu ; mais que je n'en rencontre pas un individu sur mon passage , ou corbleu... Et vous , madame ma femme de charge, que faites- vous là, la bouche ourerto

et VOS grands yeux fixés sur moi ?

des compresses et de Teau-de-vie camphrée sur ce pied-là : il me fait U3 mal de tous les diables. >

On place M. Botte danë un grand fauteuil , on glisse un coussin sous son pied 3 la femme de charge le déchausse , et décide gravement que le secours du chirurgien est nécessaire.

M. Botte réplique qvCil a l'articulation libre 9 et qu'un chirurgien est plus nécessaire à une tête cassée qu'à un pied foulé. Les domestiques , les uns par zèle, les autres pour paraître zélés I insistent sur la nécessité du chirurgien. M. Botte les envoie tous Jàire lanlairej la femme de charge finit cç qu'elle a commencé, et on approche la table à manger du grand fauteuil.

Malgré sa douleur | M. Botte mange de grand appétit , et à chaque morceau ilTécrie : c Mauvais, détes't

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table; tout est froid, loUt estgât^, et cela, parce que M. Horeau ne sait pas trouver de prétexte. »

Horeau prenait le/seul parti qu'il y eût à prendre avec M. Botte quand ii avait de Thunïeur : c'était de le kisser dire , et de boire Un ou deur coups de plu9« « Ah ! çà, mon ami , <}it«il à la ' fin du repas , où voulezvous <|u*on loge votre nereu? — Çull couche où il a dîné. — Vous ivez raison , mon ami. Un neveu qui fie fait que des bévues, involontai* rement à la vérité, mais dont les . bévues ont dès suites aussi désagréables , mérite toute votre sévérité. Je vais défendre de votre part, au concierge , de le laisser rentrer. — Et de quoi diable vous mèiex-vous? Estce à vous qu'il appartient de modifier mes humeurs? Un homme de vingt-ans ne peut - il dîner dehors tans Taveu de son oncle? Faut-il

l^ue je l'aie $âûs cesse à mes côtes , comme une fille s'accolleà sa mère ?

et Dieu sait encore ce qu'y gagnent les mères. — Ah , mon ami , soyez donc d'accord avec vous-même :

voua me brusquez quand je vous^ porte à l'indulgence , vous me brusquez quand je vous excite à la sévérité. — Hé , morbleu , monsieur, c'est que je Suis bieu aise d*avoir une opinion à moi 5 que je veux, que je prétends me conduire à ma manière, et que je ne suis pas , ne vous en déplaise , un homme à mener par le nez. Au reste , j'en veux à Charles plus que jamais ; j'ai été pris au tré« buchet quand j'ai dit que la bourse venait de son appartement ; personne n*a été ma dupe , et voilà ce qui me

fait enrager Enrager , quand on a

fait une action louable !... — C'est bon , c'est bon. — Une action qui vous honore dans l'esprit de vos ÏOMB I. 8

170 MONiilEUR BOTTAS,

gens««. — Je ne veux pas qu'on m'ho-»-, nore , entendez-yous, iponsieur -, je ne veux pas que ces gens-là me crojienjt bon : ils abuseraient bientôt de ma.

bonté , et après tout , je n'ai jbesoiii ni de leurs éloges , ni des vôtres. »

« — Revenons à votre nçveu^ -r^.

Hé bien , mon neveu ,? — Que déciL-»

deZ'Vousà son égard ? — Je n'en sais rien ; ne nVen parlez plus , ejt^onne;^ s'il vous plait. » ,

Un domestique entre. « Hé bien^ le chirurgien est-il venu ? — Oui , monsieur. — Qu'a-t-il dit? — Rien, monsieur. — Qu'a-t-il fait? — Il ^ pansé Jayotte. — Après? — Il ç.st parti. T- Commisnt , morbleu , il« est parti sans me voir j — Vousnbfusave;^ dit à tous que vous n'en vouliez pas^ — Hé , non , maraud , je ne veux pa9 être pansé 3 n;iai.s cette femmp^ cette femme,,, -7* Si qous avions ,su l'iutérêt que voii» y prççezM. — ^e jjie

MONSIEUR Botte» ijt m'intéresse pas à elle-, je le répàte ; je l*ai blessée par inadvertance; mais que venait-elle chercher dans mon office , lorsqu'elle devait être sur le grand^ciiemin ? Aussi je ne m'en in-, quiète guère, et je ne parle que dt^ chirurgien ; car enfin , quqind je paie un homme , je veux savoir s'il gagne son argent. Qu'a-t-il fait ? voyons.

A-t-il coupé des cheveux ? — Non , monsieur. — Ah ! il n'y a pas de plaie à la tête. — Non , monsieur* — À-t-il saigné ? — Oui, monsieur. — Il craint donc un contre-coup. — Je ne^ais monsieur.— Et U n'a rien dit ? — * Non, monsieur. — Et kttourrison ? — Il ne cesse de pleurer. — Le . chirurgien Pa-t-ii visité ? — Non , n^oa* sieur. — ImbéciUe, pourquoi ne Je lui as-tu pas dit ? Monsleûir , je n'entendsrien à tout celaK. —Animal!

un ejDifant qui tombe avec sa mère ne peut se briser un mepibre , m'est-il

ijt Monsieur botti.

J)asVrai? Cours chez ce f rater, ratoène-le à l'instant, et fais-le courir dievaiit toi, p

Le domestique sort. M. Botte , âpptiyé sur sa cdune et sur Pépaule d'Hoteàu, gagne sa chambre à coucher, après avoir mandé son con-^ cierge , et lui at^oir ordonné de l'a*ve^tir au moment où son neveu renfrétait.

ÈnPattendaht , il eut le petit plai* sîlrdé grotadef pendéfnt Une heure le piM^té éhirUrgieil : le chirurgien répétait , jusqu'à s'enrouer, que l'accident de la mère était peu de chose, et que l'enfatit qu'il venait de voir n'avait rieri. Lé chirurgien parti , M. Botte qiférèila tïôreau , qui , faute de trouver lih prétéjtte , avait failli causer dort de femme ; il querella sa femme dé chargé,' "qui, éii humectant ses compressée, é'était avisée de dire un mot de son bon (rœur j euGû il s*eQ«

MONSIEUR BQtTjBâ 178

dormit, car un bourru se Iww dq gronder, comme d'autre çhosf <

A minuit, on vient lui apprendra que M. Charles est rçotr^« Qu'il paraisse, dit M. Botte» Cbarles, prier»

venu par Guillaume , s'attendait h une explication orageuse, qu'il eû|:

bien roulu s'épargner. Il restait en dehors de l'appartement , et quand iji nyait avancé d'un pas , il reculait d^ deux. Horeau, qui avait réussi m proposant de f^ite coucher le neveu k h belliB étoile , se projmeltait biea de myxp ?p» thème , ^ ue <iljsait mot

JM. Botte, ennuyé d'attendre , répéta d'une voix terribte : « Qu'il paraisse , qu'il paraisse donc , ou PQrbleu , je J'irai chercher en dépit di5 Tnonentprse. » Il fallut s'exécuter; Charles parut très-embarrassé de sa personne. « Ah j vpus yeup^ de vous romener, monsieur. — Oui, mon

cher oncle# — Et §n vous promenant, ave?-vou3 récapitulé vos hauts faits de la journée ? — Qu'ai-je donc fait, mon oncle ? —Ce qu'il a fait ! le malheureux ! vous vous êtes levé avant le jour, et à trois heures après midi , voici ce qui élaft aiTivé : tous mes chevaux estropiés , mon jardinier et »a famille chassées y mes porcelaines brisées , une femme assommée, mon pied" presque démis , et un dîner mangé froid ^ voilà ce que vous avea fait ou causé , monsieur. — J'en suis au désespoir, mon cher oncle... — Hé , monsieur, ce n'est pas là ce que je vous demande. — J'espère que votre accide^nt n'aura pas de suite. — Je ne vous ai pas mandé, monsieur, pour vous parler de moi ; c'est de vous dont il s'agit. Où avez-voùs passé le reste de la journée? Près de quelqu'un que je considère beaucoup. — Ah diable î et q^uel est ce

MdNSIEUH BOTTE, tjS

quelqu'un? — C'est..,, mon cher oncle, rassurez -'moi , je vou!5 prie.

Votre accident. .. Paix. Quel est ce quelqu'un que i^ crus considérée assez pour nVabandonner au milieii de mes embarras ? — Mais , moit oncle, votre pied ?... Paix , paix :

quel est ce quelqu'un ? un homme de poids ? — Non , mon oncle. — Ah , c'est une femme, peut-être ? — Mon Oracle ... — Oui , c'est une femme que monsieur considère. Quelqu'amourette , saris doute ? — Ah^, mou oncle, de quel mot vous vous servez !

— ^ Comment, monsieur, de quel mot je me sers? Vous aviseriez-vous d'aimer sérieusement ? Avez-vous étudié lesfemmes ? Vous flatlcz-vous de connaître le coeur féminin , que personne ne coiinaîl: encore ? Avezvous la présomption de croire qw vous ne serez pas dupe de votre pro fonde considération? — Tîéla^, n

176 MOUrSIBUR BOTTS.

cher oncle , je ne me suis pas fait toutes ces quj^tioas. — Et vousavex eu tort , monsieur ; c'est par là que doit comj^aencer tout homme pru^ dent 9 qui rencontre femme un peu trop jolie. Au reste , celle-ci est honnête^ ou elle ne l'est pas. Si elle est sage y il serait affreux de chercher h la séduire ^ si elle ne Test pas , vous TOUS avilissez en la fréquentant y et dans tous les cas, monsieur, je vous défends de penser à l'ajmour , et sur* tout au mariage , jusqu'à ce que j'aie prononcé > et je ne prouoDcerai que quand je rencontrerai les avantages auxquels vous devez prétendre. »

« Ah ! çà , dites-moi donc à quel jeu vous avez joue avec cette femme que vous considérez tant ? — Moi , mon oncle ? — Vous , mçusieur, Vos cheveux en désordre, votre fron^ couvert de sueur , vos habits chargés dépoussière... Elle a de singuliers

g0Ûl3« cett^ femme- là. — Maïs, moi»

cher ODjde, votrefied ? — Mon pied va bien, bourrwu* A quel jeu as-ii|' }q»é? réponds. — Jié , mon ami, il c'a fias joué.— Qui rousPçi dit, won.- $ieup Horeau ? — Regardez ce poil eollié à Tintérieur de ces bottine? ; monsieur descend dç cheval , et vou?

lui aviez défendu d'y monter. — J,ç lui ai interdit mes clievaux et Ijf, chasse. — Et il a éludé v otre déf ewie..* «— Que vous importe, ià vous? — Pour courir, Dieu sait après qui* tt- M* Hpreau , mon neveu jse respecte p et jjene conçois rien à racharnemeAj; avec lequel vous le poursuivez aujourd'hui. Je ne conçois pas davantage votre extrême indulgence»

— M. Horeau , il est allé dîner chcys une femme, qu'il considère , et j,e nlnterdirai pas , pour flattei votre caj>xice ioconc^evable > la société du sexe à paon neveu» N« $0JQt-cepas le?

femmes estimables qui forment la jeunesse , lie me l'avez -vous pas répété jusqu'à satiété ? — A la bonne Fleure, reprit Horeau, qui voyait Charles se remettre , et par conséquent en état démentir ; mais , mon ami, vous ne connaissez s^eufement pas cette femme estimable. — Ai-je Besoin de la connaître ? Est-ce moi qui vais dîner chez elle? Au reste , Charles, et pour en finir, son nom?

— Mon c^er oncle , c'est madame Duport. — T'y voilà prî s , mon pauvre Horeau. ITne femme de cinquante ans , qui a été belle comme le jour y. à qui on n'a jamais connu d'amans, et qui jamais n'a perdu un ami. Charles, hiadame Duport mérite en effet toute jia considération; va dîner tous tes ours chez ellej mais? couche-toi à fins tant , tu as Besoin dé repos. — Hé*, où voulez-vous qu'il couche ? vous àvtz mis cette famille dans'soîi ap^

MONSIEUR BoTre. f79 partement. —Je n'en ai pas dix encore, où il n*y a personne , n'est-ce pas ?— Et qui n'ont pas e'të ouvertsdepuis trois mois. A la vérité , ua air renfermé , un peu d'humidité , la. privation de ses commodités habituelles ne sont rien pour un homme de vingt ans, — Et pourquoi un homme de vingt ans ne prendrait-il pas ses aises 5 quand il peut se les procurer. Qu'on donné demain de.

TairàtHus mes appartémetis , et que ce soir on rétablisse mon neveu dans son lit. Et ta faftiille dii jardinier ? v

— La femme n*a- qu'une légère con- tusion , on les r(*conduira chez eux.

— Et , comme une- légère contusion n'empêche pas de marcher, demain , au point dut jour, ils s'éloigneront

d'ici. — Démaîni demain

Mais qu'a-t-il donc ce'chien d'homnie- 1^? Mon jardinier a commis une faule y je VêÀ puni. — Et v^us ave2

'l8o MONSIEUR BOTTF*

caisosi. — J'ai failli eâsser la tê*e de $a flamme*.... — Oui , V(m% avex failli. — J'ai <iù la aoUiciter. -^ Bé bien , vous Pavez fait, — Son aaari n'a pas manqué depuis. Je le crois Hbien , il n'en a pa«s eu le temps. -^ Le puxiirai-)e deux 'fois pour uae seule faute? le cha$serai*)ejdeuxfois eu Tifigt^uatr^ b^ures ? — Je vous vois venir, vous allez le garder,— Et Vious-mêiae vous m'&x pressiez tantôt^ -*• La compassion m'avait saisi, -^ £Ue me saisit , à mon tour ^ qu'avez'Vous à dire? — Bien des choses, — Horeau, je to suis pas content de vous. Je $ui$ brusque, je suis dur; j'ai besoin de quelqu'un qui me calme , vous l'avez fait jusquCk ce moment, et ce soir vous eherchez à m'animer contre tout ce qui m'entoure, »

M, Botte, un peu confus de re« venir ainsi, doncke, en hésitant^

MOfï'SiAum BOT ré. i^^ tes «iîdiies  m femme de charge :

illes coioM'dfiSfHcétexteB les moins gaucfaei»^'il(pe«rt tBOfNV^r^ et nous savons '€|u'ii s'est psiê heuireux en prétesLtes. La femmie de chaîne , à qui Horeau a Sait signe ^ sort sans louer son bon maître, selon sa^cou* t4|itte« lut bon mftîtce la rappelle :

€, que desnain Itontesles ckfs soient changées^ et^que peruMuoe n'insulto ce drdie-^là ; il a été assex humilié.

Bonsok. M. Horeau 3 ^ous vener de jouer wi fort sot pensonnage* »

Horeau .et Charijes se retirèrent très- satisfaits d'un dodble dënoœ* ment docit ils. n'eussent osé se flatter* Horeau fit à Charles quelques représentations amicales sw Pincouve* nance diLmoment qu'il aurait choisi pour courir la poste, et il fufr dormir paisiblement. Charles , moulu d'avoir couru à toutes selles , se coucha de j&Qu c&téf en ^se promcttaiit

tZ^ MONSIEUR BOTTS.

bien de revoir au plutôt madame Duporf-rM-Botte 8!endormit en rëfléchi^ant àce^qui s'était passé pea«dant la soirée. Tout ce qu'avait dit Horeau Jui était revenu à l'esprit , et. Je lendemain mâtin il l'envoya cliercber.^

. «: Monsieur , vous : m'avez joué hier au soir. — Moi , mon ami ?

— Vous , monsieur : vous êtes évidemment sorti dd votre caractère, et vous ave^ affecté de toujours dire non , pour m'amener à toujours dire oui. Cela, ne vous réussira plus , je vous en avertis ; d-abord , parce que i je: suis sur mres gardes*, et ensuite, | parce que je vous prie très- expressément de ne jamais user de ces petits moyens , quidétruisent la cdnfiance , déshonorent l'amitié, et me donnent à^moi l'air d'un sot. *— Ah , mon ami,

— Oui, monsieur, l'air d'un sot.

Que voule;jp-¥ou8 qu'on pen^e d'ua

Monsieur BOTTE. i83 homme qui veut, et ne veut plus qnipunit-et qui récompense? Souffrez que je sois moi , prameltez-moi d'être toujours vous , toujours calme, toujours bon , ou rompons dès ce moment. — Rompre, mon cher Botte, rompre une amitié de trente ans I — .

J-e sais ce qu'il m'en coûterait , ainsi pas d'observations. -^ Vous ne le pourriez pas plus que moi , mon ami. Hé, non , je ne le pourrais pas ; mais cela vous autorise-l-il à me traiter comme un Géronte de comédie ? — ^.J'en suis fâché, bien fâché , mon ami ,et cela ne m'arrivera plus. Tu me le promets? — D'honneur. — N'y pensons plus, et déjeû- Bons. »

Pendant quinze jours ou trois semaines , il ne se passa rien que de ^rè s- ordinaire au château. M. Boite, en faisant par-ci ,. par-là , quelque bie», criait à son oBdinaire.yoreaU);,

§84 WPJïSJEVR ÇpJTTjP.

^èle à sa promesse , ne charchaiil ji l'appaiser qu'en combattant se3 î4ées, ce qui le faisait crier plus haut^ et je crois qu'il s^i^it mott il'ennui | si on eût cessé 4e le cojîp tredirc.

Charles, lui, n'avait plus qu'un«r occupation ; d'écrire à mademoiselle li'Arancey , ou de l'aller voir. Tou-^ jours plus chéri , parce qu'an te connaissait mieux , il s'attachait aussi tous les jours davantage* Il ne voyait, ne pensait; ne rêvait que Sopàie* Il relisait'; il commeniait ses lettres , il les trouvait toutes charmantes; et elles l'étaient en effet , parce qu'elles étaient l'ouvrage du cceur , et que l'esprit n'y entrait pour rien. Un« seule phrase lui faisait mal ; et il s'y arrêtait malgré lui , bien qu'elie se répétât tous les jours. « Ah ! mou cher ami , que d'obstacles )e préyois > que de peines Aoijs nous préparow ! ^

MONSlJ^yR BOTTE. lS5

Opendant le temp$ passe à travers ces alternatives de plaisir , de crain*te« , d'espérances. Oa était arrivé, sans trop savoîp comment , à l'époque des cpille écus empruntés à dix per*^ sonnes, et à la grande colère de l'oncle , ainsi que je vous l'ai appris dans mon premier chapitre*

Ah î mon cher ami , que d'obs* lacles je prévois , que de peines nous nous préparons , écrivait encore ce jour^là mademoiselle d'Arancey, çt Charles jugea ^ en soupirant ^ que l'accoinplîssemeat de la prophétie pourrait commencer le lendemain.

Que dirait y que penserait M. Bolte^ qui s'entêtait à aller dîner chez .le bon fermier qu'il roulait connaître ^ quçî dirait-il, en trouvant là un© bell^ demoiselle , que son neveu connaissait sans doute, et dont il ne lui avait pas parlé ? A la première surprise , succéderaient les<|uestions sur

l86 MONSIEUR BOTTE.

ïe nom, la fortune, l'es qualités de Pesprit et du cœfiir , ce n'était pas le dernierarticlequîembartassait Charges ! mais les deux pf emiePs ! et ces paroles si redoutables qui revenaient à sa mémoire : je vous défends de penser à l'amour, et surtout au mariage, jusqu'à ce que j'aie prononcé , et je ne prononcerai que quand je rencontrerai les avatitages auxquels vous devez prétendre, v Ces mots étaient dcsespérans.

Le pauvre jeune homme passa une partie de la nuit à réfléchir , à imaginer , et à se plaindre; enfin il écrivit à mademoiselle d'Arancey. Il lui annonçait rétonnante visite qu'elle allait recevoir ;/ils ne lui donnait aucun conseiF; ri laissait tout à sa prudence, et quelque cho?e qui ari^ivât, il jurait amour éternel.

Il réveilla Guillaume , avec beaucoup de précautions cette fois ; il lui

dit de sortir doucement , de prendre

un bidet de poste , d'aller à toutes .

jambes, et deremettre directement

sa lettre à mademoiselle d'Arancey,

Georges fût-il encore à la ferme j car

enfin , comme l'observait Charles, i

fallait bien que tôt ou tard ÎVT. Georges

s*£tccoutumât à voir mademoiselle

d'Arancey être aimée^ et aimer à son

tour.

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