CHAPITRE V- La curiosité , la Pièce^ curieuse
tiE rendemam., M. Botte , toujpurs impatient , s'est levé de grand matin^ c'est-à-dire , de sept ou huit heures.
Comme il n'est pas prudent de se mettre en route avec un estomac vide ,
lB8 MONJIÏITR BDTTK. ,
il avait ordonné la veille un suçon* lent déjeuner. Sa calèche , attelée dç quatre chevaux , était prête dans sa cour, et bien <ju*il dinât à merveille avec des œufs , de la franchise et de la gaîtë 9 ainsi qu'il l'avàit^it à son neveu , au commencement de cette histoire, il avait fait remplir le coffre et la cave de la calèche da viandes froides et d'excellent vin.
Charles , très-en peine de ce qui se passerait à la ferme^ avait prolongé le déjeûner 3 ce qui n'était pas difficile , en osant contredira M. Botte une fois ou deux , et Charles l'osa.
Mais comme on ne peut pousser loin la contradiction a^ec son onde , et que l'oncle le plus gourmand , ou le plus gourmet, finit par quitter la table , M. Botte se leva j il fijJlut q«e Charles le suivît , et Horeau ferma 1a marche avec l'insouciance d'un hjpmxne à qui il est égal de filer ^a vie
MONStEUR BOTTE. tS^
à droite ou à gauche , qui ne setrouvei jamais paria il émeut bieU; mais qui né «e déplaît nulle part.
Comme on ouvrait la portière , M. Botte vit sortir de che2 le cou* * cierge un homme chargé d'une grande caisse. Il demanda ce que c'était : on lui répondit que c'était un pauvre diable qui vivait en montrant ce qu^il appelait leiPiècecuri0Use,qu*i\ l'avait fait Voit à tous les gens de la maison, et que sa c//r/o^/^^,quine ressemblait à aucune de celles qu'on voit sur les cjuais de Paris, lui avait valu le spujyet et Un coin sur la soupente du oonCiel^gfe.
« Hé , voilà , se mît aussitôt l'hom-^ me à crier en faux-bourdon, voilà la cûrîbsité , la pièce curieuse. Voyei , mes bons messieurs 3 voj^ez, vous y rccoûàaîttez plus d'un original. Vrai* méht , noU$ y reconnaîtrons plus d'un oirigînal? reprit M. Botte. J^n ai
igO MONSIEUR QO TTE.
bien reconnu y moi , monsieur, poureuivitjk cuisinier. Ah^ voyons cela, dit Charles , qui espérait que la curiosité ferait manquer le dlder, voyons cela, dit Horeau^ qui sentait le besoin d'être réveillé par quelque .
chose de piquant j hé bien , voyons cela , dit M. Botte. Nous arriverons une heure plus tard , voilà tout. »
Charles tire sa montre. Il est onze heures. La pièce curieuse peut dnrer jusqu'à midi 3 on a sept lieues à faire ; on n'arrivera guère qu'à quatre heures. On aura dîné chez le père Edmond } mademoiselle d'Arancey , qui aura eu tout le temps de setoonsulter, sera dans le viilage, ou au moins dans sa chambre. Rien ne l'obligera à paraître , et peut-itre n'en parlera- t-on pas.
On rentre au châteeu ; l'homme à la curiosité monte pesamment l'escalier 9 et gagne l'appartement; doni
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le parquet résonne sdus $e^ souliers ferrés. Il ouvre son pîed pliant , établit dessus la précieuse caisse , démasque ses verres d*optique, eofermfi nos trois messieurs , assis derrière soa rideau tournant^ et se dispose à CQinmencer.
« Hé, regardez bien, messieurs^ la curiosité , la pièce curieuse. Voilà d'abord le soleil et la terre... Que le diable t'emporte , dit M. Botte , cela commence comxue la lanterne ma^ gique.
« Voilà le soleil et la terre ^ tioa pas tels qu'on les a toujours vus^ mais tels ;qu'ils doivent désormais.
Voilà le soleil plat comme un fromage de Brie , et brun foncé , parce qu'il n'est pas lumineux. Le voilà sur son char, tiré par douze chevaux, au lieu de quatre , en raisonde l'augmenr tation d'espace iqu'il est condamné à parcourir doréaavant. Voilà la 't>etit;Q
fçfl MONSIEUR BOTTE,
terre , pour qui seule tout a été fait , qui ne ressemble pas mal à un fromage de Neucbâlèl , et voilà legrand homme qui a rê^ë tout cela. Le voilà arrivé au bord de son plateau; et ne pouvant plus faif e un pas sans rouler dans le vide, il attache une échelle de cordeS) afin de descendre en sûreté chez les Antipodes.
Passons à des sujets moins relevés.
« Regardez , messieurs , le bas du tableau. Voilà un grand homme sec, fardeau inutile de notre globule pi ne possède au monde qu*un habit râpé , mais assez propre. Il dine où ou veut le recevoir, et il se plaint quand on nelui fait pas grande chère.
Il emprunte à tout le monde , n'a Jamais rendu , et se fâche quand on ne lui pré* ^ rs.
» Près "de lui sont des voleurs qui iûheïHi^b^t à sluntr^uire chezun riche
MONSIEUR BOTTE. îg^
marchand. Plus habile qu*eux, il a volé s«s créanciers. 11 est parti pour Londres avec sa caisse^ et n'a pas même daigné déposer son bilan.
« Cet autre , qui crève d*embon-î point, s'est prodigieusement enrichi au moyen de trois banqueroutes. La quatrième fut si scandaleuse, que la justice a été forcée de s'en mêler.
K Kegardez cette belle dame qui se baigne dans de l'eau de rose. Ello va courir Paris à demi-nue j elle entendra sur la modestie un sfermon qui ne lui fera pas mettre un fichu; elle gagnera un rhunie qui ne lui fera pas mettre un jupon; elle jugera l'opéra nouveau quoiqu'elle ne se mêlât ni de musique)* fai de vers à la place Maubertjetce soir elle couchera avec son cocher, parce que son mari fait le bel esprit , et qu'elle ne sait que répondre quaad on ne lui parle ptls ea jurant.