Tome L
. € Faites attentioa à cet autre femme qui se désespère j elle a dix* liuit aos , et elle est jolie comme les amours. Son mari s'est noyé> après avoir perdu au jeu sa dot^ ses dia« mans et mêmes ses dentelles • On croit qu'elle mourra du chagrin, non d'être ruinée , mais d'avoir perdu ce mari dissipateur. Quelle est bonne !
n'est-ce pas, mesdames ?
<( Que dites-vous de celte jeune personne pleine de candeur ? elle in« troduit son amant chez elle, et sa conscience est tranquille, parce que, dit- elle naïvement, il lui a fait une promesse de mariage. Tant pis pour lui s'il la trompe.
< Voyez ce pauvre homme qui est tombé en apoplexie , et qu'une sai-gnée gérirait II n'a jamais voulu se marier , il n'a auprès d« lui que des domestiques qui le laisse mou* rir , qui emportent tout ce qu'il a dt
précieux y et qui ameuteront ensuite les voisins à force de sanglots.
« Diable! diable, dit M. Botte,
en se frottant Poreille. Donnez , de
volxe vivant, lui dit tout bas Horeau*
— Je n'ai pas besoin de vos conseils ,
monsieur. Poursuis , Phomme à la
ç\fece curieuse.
« Changement de tableau, suite
des bigarrures de l'esprit humain.
Remarquez cette vieille qui rentre
chez elle , un gros sac d'écus sous
le bras. Elle marie des jeunes gens rui-
Tiés à des riches veuves imbécilles »
et elle fait tomber tous les bureaux
^ qtii annoncent aux coins des rues les
femmes lasses du célibat, que l%%
^ buralistes n'ont jamais vues ; mais
^ c^est ainsi qu'en parlant de ses bonnes
♦ fortunes , aussi brillantes qu'imagi->
f flaires , on tente une beauté facile de
*^ *e faire inscrire sur la liste , et c'est
^^ ^si qu'à force de vanter soa bauloo
ôn tente les passàns de s'empoisonner.
Oest ainsi, enfin, qu'en placardant l'immoralité , on espère gagner de l'argent , en efiaçant ce qui reste de morale.
« Voyez-vous ces braves rempla* çaps qui emmènent une femme aux crins noirs , à l'œil hagard , à la bouche écumante ? c'est une tireuse de cartes qui faisait efifrontément distribuer son adresse sur le Pont-Neuf j qui levait des impôts assez forts sur les cuisinières , qui les reprenaient au marché; sur les femmes galantes , qui savaient bien où les reprendre j sur les dévotes, à qui leur religion défend .d'interroger les sorciers 3 sur les imbécilles de toutes les classes , qui sont nés pour être dupes , mais qu'il n'est pas permis de voler; - <c Observez cet homme qui paraît si content de lui. Il a une femme aimable ^ dés ënfans intëressans : il
les laisse mourir de faim pour entrer tenir une fille qui le trompe , et $e moque de lui selon Tusage.
« Regardez cette autre fille qui trompe tout différemment. Ellevant^ à toutes les jeunes personnes la puret^ et les avantages du célibat , et depuis quarante ans elle pleure en secret suç sa virginité, qu'elle a encore, parce que personne ne lui a proposé de s'ea défaire.
« Que pensez- vou? decette femme, qui a essayé de tout , et qui aime tant son chien , qu'elle ne conçoit pas qu'on puisse aimer les hogames ?
« Et celle-ci, qui n'ose pas dîr# qu'elle préfère son chat à son naari et à ses enfans 3 mais qui caresse le chat et qui rudoie les autres ?
« Ha I ha ! ha ! regardez bien ce tableau-ci.
« Aux pieds de ce prêtre , que vous voyez là- bas dans le coin, est
Î98 . MOK8IEUR BOTTK.
UD homiSLe qui ne croit pas en Dieu y et qui va publiquement à confesse , par esprit de parti.
€ Dans cette chambre meubiëe avec une simplicité recherchée , est un vieux docteur en Sorbonne , qui ne peut reconnaître de gouvernement que celui qui se soumettra à la thiare.
Il a rayé de l'évangile rendez à Cé^ ^ar ce qui appartient à Césat; et il a substitué à ces mots : Rendez àVé^ gîise ce qui appartenait à V église. Il est rentré clandestinement, il ne veut pas jurer j il espère obtenir la palme du martyre, et il est malade de peui^ d'être arrêté,
« Voyez ce troupeau de brebis saintes, ces béates qui s*empressent autour de son lit, qui remplissent son buffet de provisions et sa bourse d'argent. /
« Voyez celles qui font queue k la porte , et qui iie peuvent pénétrer
MOKSIEUn BOTTS. . I99
dans la chambre du saint homme , qu'elles revivent , parce qu'il n'y a que ses messes de bonnes , s'il y en a«
€ Yoyef le cher homme qui s'endort, et qui rêire voluptueusement ^'il estgrand inquisiteur en France , et qu^il fait brûler à petit feu, non les ennemis de la religion , mais ceux des prérogatives du clergé*
« Cette jeune dame qui repose mol« lementsur l'édrëdon, n'est pas décote du tout. Elle est attaquée d'une insomnie, et par une profanation con« âamnable, elle a pris une des homélies du révérend père*** , et elle a ronflé au commencement de la troisième page. ^
€ Près d'elle , au bout de ma ba« guette , est le révérend père en per* sonne; athée, ou peu s'en faut avant la révolution > bcmnet rouge pendant . la terreur j enfin , royaliste et capu«cin , le voilà traduisant le Psautier
200 MOKSIEUR BO^TE
de David pour la commodité de ceiix qui ne savent pas le latin. C'est dam* n^age, il avait du génie.
« Celui que vous voyez en chairo est un fameux prédicateur. Il n'annonçait que le dieu des vengeances , quand le clergé était riche et puissant ^ il ne prêche que le dieu des misé* ricordes depuis qu'il a besoin de tout le monde : il est toujours bon d'avoir deux poids et deux mesures.
« Celui que vous voyez sous la chaire , en habit brodé d'argent, est un homme sans vices et sans vertuSt Affable et doux envers tout le monde il est parvenu à la tête d'une administration sans presque s'en mêler.
II ne méconnaît encore aucun de ses anciens amis ; mais il ne fait rien pour eux , parce qu'il craint d'user son crédit y et il en a besoin pour se maintenir.
« Cet autre , qui est à côté de
MONdlEUR BOTTE. SOI
lui, va au sermon comme au spec« tacle 'j on le trouve partout. Il a la réputation de connaître particulièrement tous les gens en place. Il suit ^ dans les bureaux , loutes les affaires bonnes ou mauvaises de ceux qui ont de Pargent à perdre. Il tient ainsi une maison et une bonne table où il admet quelquefois des cliens qui ont manqué de l'avancement 3 mais à qui il fera indubitablement obte-.
nir une gratification.
< A un autre, messieurs , à un autre; hé, hé, hé!
« Voilà d'abord un plaideur qui , pour un capital de trois cents livres , compte six cents francs à l'huissier. , au greffier , à son avoué , et rien aux juge^, parce que la justice est gratuite.
« Regardez ce gros papa. Il a volé quatre millions à la république, et il pens« sérieusement à se réconcilie!
30â MONSIEUR BOTTE.
avec le eiel ^ qui devient à la mode comme les chapeaux à trois cornes.
Il va doter deux pauvres filles , h ohacunedesquelles il a fait un enfant.
« Un coup d'œil à cet imprimeur.
Il s'enferme dans un cabinet dont il laisse la croisée ouverte. Vis-à-vis demeure un officier de paix, et llm^ primeur affecte de travailler avec précaution. Il est ruiné , et il imprime un libelle contre le gauvernement^i pour en obtenir du pain à la Guyanne ou ailleurs.
<c Dans ce corps-de-garde on retient un homme qui allait chercher raccoucheur pour sa femme en travail d'enfant, et qui aoufoKé sa carte.
Uofficîer, bas Çteton etitêté, prononce que la femme n'accouchera que lorsque le mari aura été réclamé.
c Dans celte prison se repose un homme qui a divorcé trois fois , et qu'on a convaincu d'avoir épousé
MONSIEUR BOTTX4 363 une cinquième femme sans avoir lé^ gaiement cha$6é la quatrième. Son Toisijx a trè«»*lëgaleoM^fit dÎTorcë ; mais il est n^àereim amoureux de •a iemme. Or , comme il s*étaît ma<« rlé il l'église , et que , selon cette saiate mère ^ le mariage est indissoluble y il a ^éteadu èire toujours le mari de sa femme , et agir en coasén quence. La pauvre femme s'ëtait re-mariée , et pour tout concilier , elle consentait à vls^e a^vec ses deux maïis. MaisTëpoux de par Dieu était ja»^ loux del'époux de par la loi, et lui dit un jour grossièrement qu'il n*ëtai{ qtf un adultère. Celui-ci répondit pa*^ un coup de poing ; le jaloux riposta par un coup de chenet , qui le délivra de son adversaire , mais qui le logea
€ A la porte de la prison , est un lK>nnète homme qui prête sur de bonS gages à deux et demi pour cent par mois. Je l'ai placé là d'avance , parce
204 MOîTSlEUB BOTTE,
qiie^ la force de rhabîtude lui fera continuer son trafic, quand nous aurons des lois contre Tusiire. .
«~ Celle qui le tient par la basque de son habit est une femme célèbre ^ qui a fait mourir de plaisir bu de remords cinq à six sots qu'elle a préalablement ruinés. Elle court dé porte en porte avec cinq ou six bâ-f tards, au nom desquels elle s*empare des successions.
A côté d'elle est upe autre femme qui a entrepris le même genre de commerce , et qui se hâte , parce qu'elle craint le nouveau code civil.
€ De Tautre côté du tableau , est un eX'Coni^entionnel , qui était^urieux jadis quand on ne l'appelait pas citoyen, et qui se mord les le- Très aujourd'hui quand on ne l'appelle pas monsieur : il avait sa fortune à faire.
« La belle dame , qui le regarde
MONSIEUR BOTTE. î2o5
d-un air de connaissance, se désolait quand une duchesse , à qui elle allait essayer une robe , lui disait : on ne , fait pas attendre une femme de ma qualité. Elle dit aujourd'hui à sa cou- .
turière : Mon Dieu , ma mie , que TOUS êtes gauche ! — Oui, madame , je suis toujours pauvre. — Vous ne saurez jamais habiller une femme comme il faut. — Vous ne savez pas, madame, comment je les habille.
#c Cet homme, que vous voyez si Jionteux , vient d'être rencontré par un tribun dans un carrosse de place.
Il se rengorgeait , il y a douze ans , quand le savetier de son coin le voyait dans une vinaigrette , et le savetier se donne encore des airs avec son chien.
« Celui-là a déclamé douze ans contre la révolution , parce qu'il croyait aux revenans. Il croit se
3f06 MONSIEUR BOTTE^
/ mettre en faveur, en publiant un tourrage, où il prouvera que Hugues Capet étant un usurpateur, aucun de ceux qui lui ont succédé n'a été roi légitime.»
Changement , * Messieurs , change* ment de déicoration.
« Traversons les boulevards, ou les Champs-ElyséeSé C'est là qu'il faut se gorger de poussière ou étouffer, en levant les glaces de sa voiture, quand on en a une. C'est là qu'on rencontre des mendians à infirmités révoltantes , et dont la place est mar-^ quéeaiix Incurables. C'est là, comme partout, que des échoppes occupent les deux tiers de la voie publique; c'est là que les marchands barre* raient même le pavé , s'ils ne craignaient plus les chevaux que les hommes. Mais il faut se montrer sur le boulevard' avant dîner , c'est le genre.
MOKSIEtrn BOttB. !^7
< Avez* vous vu tur ce^boulevafds les polichinelles , les arlequins et les * poissardes du Carnaval dernier ? Les avoz*vous entendus vomir à tue tète des obscénités que les filles publiques se permettent à peine dans leurs plus sales orgies ? Avez-vous vu ces mères, qni croyaient procurer à de jeunes filles un pa^se-temps innocent, et qui ont été obligées des*eafuir avec elles?
Pourquoi les agens de la police ne peuvent-ils être partout ?
« C'est sur les boulevards , où aux Champs-Elysées, qu'on se rassemble pour aller étaler un luxe ruineux à Long-Champs , où an n'allait dans l'arigineque pour entendre les lamen* tationsdeJérémie,lamentations'biea lamentables. . ' ,
« Le boulevard nous mène droit aux spectacles. Passons les Botfffes, qui croient se soutenir , quoiqu'on n'entende que peu ou point leur
2q8 moîïsieùr botte.
langue, quoique leurs poèmes soient détestables , quoique ces musiques rarissantes aient toutes un air de fatnille , quoiqu*enfîn on h'aille-là que par ton.
« Arrêtons-nous dans la rue Feydeau. Deux théâtres, qui faisaient . d*assez mauvaises affaires , mais qui faisaient deux recettes , se sont réunis pour en partager une : c^est spé- . culer en artistes. Voyez sousle péristyle ce groupe d'auteurs , le curedent à la main. Ils veulent persuader aux passans qu'ils dînent tous les jours lorsqu'ils sont jours moitié moins qu^ils ne Tétaient avant la réunion 3 mais #
Des hommes tels qae nous tombent dans la misère, Et ne démentent point leur noble caractère.
Allez entendre là les ouvrages de Grétry, que petit à petit on remet
MONSIEUtl BOTTK. J20g
au répertoire , tant il est vrai que , malgré ia mode , le boa est toujours bon.
« Un tour au foyer Moutansier , l?i réunion la plus bizarre y la plus ridicule et la plus scandaleusement gaie qu'on connaisse.
« Nous voilà au spectacle par excellence. Cest ici que nos anciens chefs-d'œuvres sont joués par les premiers talens ; c'est ici qu'on fait des recettes atec Molière et Racine : ce qui. prouve que nous ne sommes pas encore si bêtes que le prétendent certains hommes d'un caractère bilieux.
On pourrait jouer un peu plus souvent à ce théâtre les auteurs vivans.
Mais pourquoi payer des vivans médiocres , quand on ne doit rien à des morts qui valent mieux? Que répondre à cela? Allons sous le péristyle , le cure-dent à la main.
€ Voulez-vous arrêter au Vaude* .
IIO MONSIEUR BOTTE^.
ville ? Ne tous trompez pas èur le mot ; ce B^est plus le vaudeville des Chaulieu , des Panard , des Lattaignant : ce sont communément sept vers qui ne servent qu'à amener Ik pointe du huitième 3 ce sont des épi* grammes chantées sur des airs re-* battus. Cest ainsi maintenant que nous faisons le Vaudeville : on fait ce qu*on peut.
« A vez-vousPhumeur atrabilaire?
retournez au boulevard. Voyez sur ces théâtres cachés entre des guin^^ guettes et des pâtissiers , toutes les horreurs qu'a imaginées Anne Rad*^ cliff , traduites par des gens de lettres qui tiennent à la littérature comme un tambour-major tient à l'état-major de son bataillon.
€ Un mot sur ces messieurs et dames que vous voyez là^bas. Le premier est un auteur qui loue sans cesse ^élégante simplicité de Racine ,
irONSIBUR BOTTE. 3ll
et* qui fait des tragédies avec des métaphores et des maximes. Il se dit esclave de la rime , et il a raison : il n'y a que cela qui distingue ses ouvrages de la prose.
€ Celui-ci parle à tout le monde de son étonnante fécondité : elle n'est connue que de luij de son libraire et de l'épicier,
< Cette actrice ^ aujourd'hui si maigre , était , il y a un mois , du plus appétissant embonpoint ; mais une jeune personne a débuté dans son emploi ^«et a réussi , quoique son ancienne ait acheté cent billets pour la faire tomber.
€ Cet acteur est persuadé quil est le premier homme du monde , et ce* pendant il est modeste quelquefois :
c'est quand on le siffle,
« Il serre la main à un dramaturge, que le public traite plus inhumainement encore , et toujours , dit Tau-
teur, par les efforts d'une cabale acharnée : ils se consolent ensemble, <ç Celui .qui les regarde d'un air d'ironie , est un travailleur infatigable. Il joue presque tous les jours , et ne se fait jamais doubler : c'est que ses doubles valent mieux que lui.
« Son camarade s'est érigé en juge suprême de la littérature. Il fait hardiment de mauvais vers j il taille , il coupe les ouvrages nouveaux , il garantit un plein succès à l'auteur docile , et la pièce ne finit pas.
€ Ce petit homme ) que vous voyear là-bas est un petit directeur qui , le« bons jours, ne joue que ses œuvres , parce qu'il est persuadé qu'il se soutiendra toujours seul. Il travaille à une petite pièce en cinq actes , où il se fait encore un petit bourgeois tracassier, parce qu'il ne sait jouer que cela. )^
MONSIEUR BOTTE. 2lS
Yoilà, messieurs , voilà mon sixième tableau.
« Passons un moment aux hôpitaux ; on y arrive quelquefois parla comédie qu'on fait , et par la comédie qu'on joue. Vous y verrez des tableaux cruels , du bien et du mal , car il y en a partout. Vous y verrez , et ceci ne vous plaira pas y des gens qui pourraient se traiter chez eux , et qui sont mieux à Hbôpital que les véritables indigens^ parce qu'ils sont recommandés par les médecins.
« Vous y verrez des amphithéâtres où on expose des femmes nues aux regards de deux cents jeunes gens / qui causent , qui rient, que l'habitude a rehdus insensibles. Un seul de ces jeunes gens suit l'opérateur , et sera utile à son tour. C'est quelque chose :
mais la malade a bien payé son traitement.
« Voulez-rvow voir dans le 'même
lieu le deraier degré de perfection où rhumanité poisse atteindre ? Regar«* dez ces filles qui pourraient vivre honnêtement de leur travail et jouir ^ des douceurs de la maternité ; elles se vouent au célibat pour soigner le Jour et la nuit des malades dégoûtans , attaqués quelquefois de maux pestilentiels : voilà de la vraie vertu ^ ou il n'y en a point.
« La rue desif rêtres n'est pas loin d'ici , et nous pourrions condamner cette vieille et laide église qui dépare . la colonade du Louvre, et qui mérite biea autant la démolition que le châtelet. Mais ne passons pas là.
M Pourquoi cela? dit M. Botte.
« Je pourrais être reconnu par cet abbé caustique ^ qui avec de l'esprit , de l'érudition et un style pur, n'est célèbre que par des méchancetés. Or , comme la méchanceté n'a^uère qu'un langage , et que Puniformité fatigue,
jllONSIEUR BOTTE. 2l5
pour conserver ses abonnés , il dit quelquefois un peu de bien de ceux dont on en pense beaucoup. Il a natême fait ^ il y a quelques mois , une espèce d'amende honorable à Y ol-^ taire , dont il outrageait la mémoire régulièrement tous les jours ; mais kl lendemain il s'est Hvré de nouveau à son ridicule et puérile acharnement.
€ Tantôt il reproche au grand homme de faire parler Nérestan en fanatique. Hé , qu'était-ce qu'un croisé ? '
« Tantôt il s'étend avec complai*' sance sur quelques invraisemblances dramatiques , et il sait oîen , le taquin , qu'ilyetna^partout. Quel bruit il eût fait , si Voltaire eût employé le moy^n trivial et choquant dont se sejt le roi de Pont pour tirer les vers du nez de ])Ioniiiie ? Mais Racine à fait Esthèr et Athalie. Oh , le bon temps que c^btt où las porêtres égor«
2l6 MONSIEUR BOTTE,
geaient les chefs dont il u'étaient pas coôtens !
« Qu'a fait, à la vérité , ce pauvre Voltaire pour mériter leur indulgence ? Mahdmet , TEptre à Uraine , le Dictionnaire et des Mélanges philosophiques , etc.
« Uirasciblé abbé se plaint de ce que Voltaire ne put pas supporter la critique des feuillistes du temps* Hé, parbleu, il est bien permis à un homme qu'une fourmi pique au talon , de se retourner et d'écraser Pinsecte.
« Le malin abbé nous conte , dans je ne sais quel feuilleton, que Collin est un homme très-pieux pour avoir fait les Mœurs du temps , et que Molière au contraire s*est toujours montré très-mauvais chrétien. Ah!....
Molière a fait le Tartuffe.
4( Nous trouvons, dans un autre numéro , qne les Précepteurs sont
UONSIEOR BOTT]Ç. ^ly
uoe plate bêtîse. Ah ! menteur^ il j a dans cette pièce dix scènes que vous voudriez bien avoir faites; et que trouFe-1:-<m «dans vos feuilles qui justifie votre ton tranchant? perfidie et lâcheté. Perfidie , parce que vous di»s ce que vou$ ne pensez pas ; lâ« cheté , parce que vous attaquez des ^ens qui ne peuvent plus se.dë« fendre.
€ Le dr^le de corps d'abbé va quelquefois bien plus^lpin que tous les feuillistes qui ne déchirent ordi-* nairement que les ouvrages qu'ils ne peuvent pas faire, puisqu'ils ne font que des journaux. Il s'avise de diffamer des individus. Nous n'avons pas oublié ce qu'il a dit d'un ides auteurs du Lovelace. On a été traduit pour moins à la police correctlonaelle. »
« Oh ! s'écria M. Botte , il ne fîqira pas sur le chapitre de l'abbé. »
« Allons, allons, mes boqs mes*
TaM£ L lo
3l8 MONSIEUA BOTTE.
«ieiir»^ paàsoQs.de la rue des Prêtres aux Petites*Ma>soiis : il n*y a pas si loin qu'on pense.
M Le premier est devenu fou , parée que , comptant sur une guerre étemelle^ il s'était approvisionné en conséquence de marchandises eolomaies ^ sur lesquelles il a perdu trente pour^^ent.
« Son voisin avait une femme beaucoup plus jeune que lui et extrêmement ingénue. Pour s'étayer d'une ancienne réputation y au défaut d'au« tre chose , il faisait à sa moitié l'énu* Inération des maris qu'il aniait...*.....* y4;>us êtes bien heureux d'en avoir tant fait, lui répondit naïvement to femOie ; jusqu'à présent ]e n'en ai pu faire qu'un. Il est le «eul ici qui ait .perdu la tête pomr semblable vétille.
a Celui qui vient ensuite a été de toutes les assemblées populaires 9 de
MOMSIfitJR BOTTBî StÇ
tous lèb<)lub8 j de toua les comités:, et le regret de n'avenir pu attraper seu^ lement une petite mîwloii ^ lui^ a brouillé la cervelle. CoDMBe il t^aait infiniment à Végalité, il s^est imagina être roi de France; il s'est fait une couronne de papier,il est sans bas. et sans souliers, et il se promène majes*' tueusement dans sa loge, en s'écriant lui-même : Vwâ le roi!
« Ce rieux général aeu la fantaisie de se marier il y a six mois« Il a dé« mandé à son apothicaire un breuvage irritant , et la future s'était fait préj^rer des herbes astringentes. La li<queur prolifique 'n*a pas fait assçz d'effet, les astringens en^nt fajt trop, et le désespoir de son impuissance a conduit ici le nouveau marié.
ic L'autre qui suit est un marchand qui a perdu la tête en étudiant les nouveaux poids et mesures. Dame ^ c'est que cela n'est pas aisér
«. Près de lui est hauteur de l'art de jprocréer les sexes à volent é,
€ Cette femme est une vieille mar«quise que son porteur d^eau s'est avisé d'appeler citoyenneé
€ Sa voisine, après avoir régenta les enfaps d'un prince j a voulu régenter se$^ compatriotes» On vient quelquefois l'entendre prêcher ici , et elle assure très^-sérleuseme^t que le^ femmes doivent être pieuses, même par coquetterie , parce que les liber-»
tins aiment beaucoup les dévotes qui pèdent et qui pleurent après.
« Celle-ci est une mère qui n'a pu supporter qu'un joli homme de vingt ans lui préférât sa fille, qui n'en a que seize,
€ En voilà dix, vingt; trente, qui sont devenues folle^ , Tune , parce que son mari , qu'elle a ruiné , lui a refusé une loge à l'Opéra, où elle allait lorgner un jeune danseur , ea
attendant mieux j l'autre, parcequ*Une voisine, qu'elle aimait à la fureur, lui a enlevé un amant dont elle né se sou-* ciait plus 'y celle-ci , parce qu'elle ne trouvait plus à emprunter , pour j ouer, sur aucun effet , pas même sur sa personne; celle-là , parce que son mari a eu la grossièreté de se plaiiadre d'une galanterie qu'elle lui a donnée : ce qui a été cause qu'elle n'a pu la fairç circuler davantage , etc., etc., etc.
€ Hé ! hé ! hé ! voici le kboratoîre d'un chimiste. Examinons le contenu de quelques-uns de ses bocaux»
^ Le désintéressement d'un homme d'affaires.
La fidélité entre époux.
La docilité des enfans*
La chasteté d'une prude.
La froideur d'une fille de quinxe ans.
L'amitié entre acteurs.
La bienfaisance en action.
Les vœux satisfaits d'un avare*
«2^ MONSIEUR BOTTEr
Llmpartialité d'une mère pbur les défauts de ses enfans.
L'éloigaemetit des grandes places.
Le désir de les mériter.
. La modestie après son élévation.
L'affabilité d'un protecteur.
La reconnaissance d'un grand.
La modération des souverains.
Les lumières d'un cagot.
- La tolérance d'un prêtre*
La clarté d'une thèse théologique.
Une véritable relique.
* Un miracle constaté.
Et nombre de jolies petites choses qu'on ne trouve plus dans le monde, depuis que le chimiste les a mises en bouteille.
« Voyez, messieurs, voyez, pour dernière pièce , la fin du monde ou le chaos. Voyez l'Eternel qui a fait l'homme à son image, ou que l'homme afaitàlasienne; voyez-le brisant d'un tour de main son ouvrage, comme un
enfantfait d'un joujou , et détruisant sans retour la haine, la fureur, l'en-vie, Tambition , la perfidie, Thypot^risie , Tintempérance , la luxure , tous les vices contre lesquels s'est vainement élevé Moïse dans ses livres qu'il n'a point écrits , tous ces vices que n'a pu déraciner le sang de notre divin maître, qui n'a pourtant été répandu que pour cela. Voyez rentrer pèle-mèle dans le néant le potentat et le charbonnier, la princesse et sa blanchisseuse, la jolie femme et la guenon, le vieillard et l'enfant nouveau né. Voyez la poussière de tous les «hommes voler confondue dans l'espace, et vous présenter l'image de l'égalité absolue , la seule peutêtre qui ne soit pas absolument impossible, et que je ne souhaite à personne, s»
FIN DU TOMS FREMIia.
MONSEElfR BOTTE.