‹ Monsieur BotteChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Départ pour la ferme ; ce qui s'y passe.

« PiTo Y ABLE, pitoyable, dît Charles, pour engager une discussion qui lui fît gagner encore une Heure. — Pitoyable n'est pas le mot , monsieur , reprit Poûcle j incomplète à la bonne heure. Dis donc, Phomme qui t'a fourni toutes ces caricatures ? — Mon bon monsieur, c'est un marchand bijoutier, qui demeure rue Quimcampoix , n^. 78. — Bah ! ua marchand bijoutier qui veut faire dé l'esprit] qu'il fasse de l'or avec de la Tome II. i

a MONSIEUR BOTTE.

rosette. — Il serait beaucoup mieux, monTiher oncle j car ce qu'il y a de Sien là -dedans est pris du Diable Boiteux, — Cela n'est pas vrai, monsieur. Les originaux que j'ai reconnus appartiennent au bijoutier, comme certains tableaux de Lesage n'appartiennent pas à l'auteur espagnol qu'il a imité. D'ailleurs , monsieur le critique , tout est imitation dans les arts.

Il n'y a pas d'idées neuves, parce qu'il n'y a rien de nouveau dans la nature, et que hors la nature il n'y a rien. Le mérite des artistes en tout genre se borne donc nécessairement à donner un air -de nouveauté à des choses rebattues. — Mais mon oncle — Un

moment, monsieur, je finis , et par une comparaison. Un peintre imagine-t-il le chêne qu'il peint , après que mille autres ont peint des chênes?

ï) ^ donné sou coloris au sien , et les peintres futurs peindront encore des

MONSiE UR BOTT E. 3

chênes qu'ils coloreront à leur manière. » Charles soutenait assez vigoureusement sonx)pinion. M. Botte soutenait la sienne en homme qui dé*nUiVement veut qu'on lui donne raison, efPami Horeau disait , quand il trouvait le moment de dire quelque chose : c'est assez drôle, cette Pièce curieuse ; allons , c'est assez drôle.

L'heure s'écoula en effet , comme Charles l'avait prévu. Quand l'homme à la pièce curieuse fut payé et parti , le jeune homme tira sa montre :

€ Midi et demi , mon cher oncle , et sept lieues à faire. — Qu'importe, monsieur,— A quelle heure dînerezvous ? Quand je serai arrivé.. — Il sera Theiire de souper. — Je soupe* rai. — Et quand reviendrez-vous ? — Quand je pourrai. Finissez vos interpellations., monsieur. Si je laissais faire ce drôle -là y il me mettrait en

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curatelle. — Ah , mon oncle !...,.,. — Paix , et qu'on monte en voiture ».

Guillaume ëtait de retour depuis deux ou trois heures. Il avait trouvé mademoiselle d'Arancey seule avec Marguerite ) il avait glissé adroitement sa lettre , et il s'était amusé ensuite à faire à la grosse fille quelques contes qu'elle avait écoutés avec avidité î caries filles qui ont passé trente ans, ont l'oreille très-active ; et pendant que Marguerite souriait bêtement aux platitudes impertinentes de monsieur le piqueur , mademoiselle d'Arancey était allée lire la lettre de Charles et y répondre.

Elle écrivait en quatre lignes qu'elle redoutait l'aspect de M. Bot te 5 qu'elle irait dîner chez un fermier du village, et qu'elle ne rentrerait qu'après le départ de l'équipage. Elle finissait par sa malheureuse phrase : « Ah , mon cher ami , que d'obstacles je prévoie ,

MOt^SIJEUR BOTTB. 4>

que de peines nous nous préparons ï»

Cliarles avait reçu le billet et le lisait , pendant que l'ami Horeau soulevait M. Botte sous les bras, et le mettait dans sa calèche.

On^ part au grand trot de quatre vigoureux chevaux , et on s'enfile dans des chemins de traverse, toujours détestables, parce qu'un paysan ne veut pas conabler pour les autres une ornière qui l'arrêterait au plus dix minutes. On est égoïste à la ville, on Test à la campagne , à la cour, et le primo mihiest le grand régulateur des actions de tous les hommes- Nos Voyageurs sont cahotés pendant une lieue ou deux ; leurs épaules, leurs genoux, leurs fronts se heurtent , et Charles s'écrie à chaque secousse : « Mon cher oncle , vous souffrez 3 retournons chez vous. — Je suis assez de cet avis , dit enfin Horeau en passant la main sur deux bossos

que Tos frontal de M. Botte lui avait faîtes au-dessus de l'oreille droite. — Allons donc, reprit l'homme opiniâtre, vous êtes des femmelettes : fouette , cocher. i>

Le cocher fouette , une roue s'engage dans une ornière plus profonde que les autres jnin ressort mal trempé 8*alIonge , la calèche penche ; il tant s'arrêtei', remonter la soupente :

encore une demi-heure de perdue.

On seremeten mafche; les roues de devant enfoncent jusqu'aux moyeux} deux des chevaux tombent sur les genoux et se couronnent. Il faut que le postillon gagne à travers les champs un village qu*on aperçoit à mi-côte.

Il en rapporte de l'eau-de-vie et de la grosse toile; il bande les genoux de ses chevaux j encore une heure de perdue.

On repart, mais au petit pas. Monsieur Botte pense bien qu'il ne cou-

chera pas dans son lit , et que larfi^anchise et la gaîté du bon homme ^d^ mond ne le dédommageront pas àe$ aisances qui y dans son château , se multiplient à chaque pas. Mais il a reproché à ses compagnons de voyage d'être des femmelettes , et il s'est imposé l'obligation de montrer du caractère. Il chante pour la première fois de sa vie , a6n de prouver qu'il est au-dessus des accidens multipliés qui ralentissentsa marche ; il jurerait, s'il Tosait , à faire abîmer la voiture.

Horeau ne s'occupait plus d<e rieil f parce qu'il avait pris le parti de s'endormir; et comme son sang-froid lui permettait de penser k tout , il avait préalablement mis son mouchoir en quatre doubles entre son chapeau et son oreille, pour que le crâne de M. Botte ne le réveilla pas en sautant.

Charles ne pensait pas à dormir :

il n'avait d'abord cherché à filer le

temps que pour faire manquer net la partie, et il s'affligeait en silence , en réfléchissant qu'on arriverait à une heure où mademoiselle d'Arancey ne pouvait plus attendre personne, et où elle serait rentrée à la ferme. Ses présentimens n'étaient qu« trop fondés.

On arriva enfin , et il était huit heures du soir. La tendre Sophie avait passé la journée dans une maison d'où elle pouvait voir ce qui arrivait à la ferme , et ce qui en partait. £lle était rentrée à la nuit tombante , et elle prenait le frais dan3 le jardin , en pensant à Charles, à son amour y aux obstacles , aux chagrins prévus , et surtout à ces momens si doux où elle oubliait tout auprès du cher ami. Elle ne doutait plus que son adresse tfeût détourné le bizarre projet de l'oncle j elle s'en applaudissait , ses petites

craintes étaient dissipées, quand la calèche arrêta à la porte de la cour.

Charles toussait, crachait, criait après le postillon, après le cocher^ pour avertir à l'intérieur de l'approche del'ennemi.La pauvre Sophie regagna précipitamment la ferme ^ avec un battement de cœur extraordinaire ; elle dit en passant à Tami Georges qu'elle ne se trouvait pas bien, ce qui était vrai^ qu'elle ne soiiperait pas , et elle n'en avait pas besoin. Pendant que ce bon Georges, alarmé, attentif, lui fait dix questions de suite, auxquelles il ne lui donne pas le temps de répondre, elle le pousse doucement de la mainv, et s'enferme chez elle. Elle se déshabille, elle se couche en répétant : ah ! cher, trop cher ami, que de peines nous nous préparons !

Charles présente la main à son oncle 3 il lui aide à descendre de voi-

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ture; il le conduit h la maison, et à chaque pas il tremble de rencontrer mademoiselle d*Arancey,

M. Botte salue Edmond, comme s'il le connaissait depuis vingt ans^ et s'assied sans plus de cérémonie.

Ses gens vident la voiture, et chargent des provisions choisies qu'on y a mises, la table de noyer que vous connaissez. Horeàu, qui a dormi assez; et qui n'a rien à dire , arrange le couvert i Charles sort , rentre , sort encorej, promène partout un œil inquiet, ne voit pas la charmante fille, et ne désespère point de se tirer de ce mauvais pas. Edmond et Georges , étonnés de ce qui se passe chez eux, fixent M. Botte, et attendent l'explication d'une installation aussi extraordinaire.

Le cher oncle prend enfin la parole : ce Vous paraissez surpris, brave homme , de la manière dont je me

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présente chez vous, — J'en convieils^ monsieur. — C'est ainsi que j'en use avec le petit nombre de ceux que j'estime. Touchez là } des gens comme nous sont amis avant dé se connaître^ et s'aiment davantage quand ik se sont parles, — Monsieur , vous me faites trop d'honneur. ^— * Vous ne savez ce que vous dites. Je ne puis vous honorer; mais je m'honore*, moi, en vous rendant justice. — Par où, monsieur, avons*nous mérité.^..

— Ce jeune homme , mou neveu , m'a raconté ce que vous avez fait pour votre ancien seigneur. — Et c'est là , monsieur, ce qui m'attirie ces marques d'estime ? Vous n'eu eussiez donc pas fait autant à ma place ? — Si , parbleu , je l'aurais fait.

— Ma conduite n'a donc rien qui doive vous étonner. -^ Vous avez raison, bravehomme Jamais les beaux

traits sont si rares! — Moi^ moa*

sieur j je les croîs communs. — Parce que vous jugez lesautres d'après vous.

•— • D'après qui les jugez-vous donc , monsieur ? — Diaprés l'expérience.

— Je vous plains d'en avoir tant. — Je vous félicite de n'en point avoir, i Ces réponses du père Edmond avaient fait à M. Botte un plaisir singulier. Il serrait en silence les mainsdu vieillard; il le regardaitavec attendrissement. « Parbleu , s'écriat-il tout d'un coup , si j'en avais cru ces messieurs, je serais retourné chez moi, et je m'applaudis d'avoir opiniâtrement voulu vous connaître} mais vous avez des chemins de tous les diables , et entre amis on doit partager les corvées ; il faut me promettre , M. Edmond , que vous viendrez me voir à votre tour. — Moi, monsieur 9 avec cet habit grossier....

~ Que m'importent les habits, c'est l'homme qu'il me faut. — Mais,

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monsieur,.. — Mais , monsieur , vous dînerez , avec votre habit de gros drap, dans mes appartemens dorés, et vous coucherez sous mes rideaux de damas. — Et les gens du bel air que vous recevez chez vous ? — Je vous marquerai des égards, et les hommes sont toujours de l'avis de celui dont ils mangent la soupe. — Je sais mener une ferme , monsieur ; vous êtes fait pour conduire un château , restons chacun à la place où la providence nous a mis. — Oh , le drôle de corps ! c'est votre dernier mot ? — Absolument. — Hé bien , n'en parlons plus. Horeau , le bon homme pourrait bien avoir raison, et il est plus philosophe qu'il ne se l'imagine : on ne descend jamais que pour .avoir voulu monter trop haut.»

Il fallait que M. Botte fût de bien bonne humeur pour se rendre aussi facilement; mais, dans quelques mo-

ment qu'on le prît , il n'était pas homme à rien céder ^ sans obtenir d'amf les dédommagemens ; il proposa ses conditions qui , après quelques observations , furent acceptées par le papa £dmond.

I ^. D'abord que lui , M. Botte , Tiendrait , quand bon lui semblerait, respirer à la ferme un air patriarchai : ce sont ses expressions. Cet article passa sans difficulté.

a?. Qu'il lui serait permis d'apporter son dîner. Accordé , à condition que le dîner du vieillard sera joint au sien.

3^. Que les bouteilles de vieux Beaune et Bordeaux qui demeureront intactes , resteront à la ferme , attendu que le vin vieux est le lait de la vieillesse. Le présent article refusé net.

Et par amendement : Comme le père Edmond n'est pas fait pour recc-

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▼oir de cadeaux , il lai sera loisible de donner aux gens de M. Botte autant de pintes de son crû, qu'il en recevra deSaint-EmîUon, ou de Cdte- Rôtié. Accepté par le bon homme, Biais avec une répugnance marquée.

Enfin , pour prévenir tous retards et aecidens , des journaliers rempli-* ront une trentaine de trous qui rendenl la route impraticable, et ce, aux frais de M. Botte.

A cette dernière proposition f le vieillard serra à son tour la main du cher oncle , parce que , disait-^il , le bien qui en résulterait serait commun à tous les babitans du canton*

Ce petit traité, arrêté et juré , M. Botte cria d'une voix de Sfentor :

à table , à table. Il plaça Edmond à sa droite , et il fit asseoir à sa gauche M. Georges , dont il loua la figure , le maintien décent , et qu'il engagea à suivre la profession de son père,

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et à l'honorer comme lui. S'il eût connu Georges , il ne lui eût rien recommandé.

Horeau , pour qui une conversation sentimentale n'avait rien de restaurant , et qui mourait de faim , brisa , avec le manche de son couteau , la croûte d'un excellent pâté :

M. Botte s'était mis en devoir de découper une daube à la gelée transparente , quand il s'aperçut enfin que son neveu n'était pas là. A peine en a-t-il fait l'observation, que Georges €st levé , et qu'il se met à parcourir tous les recoins. Il trouve notre pauvre Charles, l'oreille fixée au trou de la serrure de la porte de mademoiselle d'Arancey,quil'entendaitagiter la clef , qui ne savait pas que ce fût lui , et qui retenait son haleine.

Georges le prend très-poliment par la main , et le tirant après lui , il le fait entrer dans la salle , et lé jette

sur sa chaise , en lui faisant une profonde révérence.

On avait avalé les premiers morceaux 3 on avait bu quelques coups.

Le bon cœur de M, Botte se dilatait; il disait des duretés à tout le monde, mais il les disait avec une gaîté originale f ce qui ne lui arrivait pas tous les jours. Le bon homme Edmond se faisait à son ton , qu'il commençait à trouver drôle , et de temps en temps

il riait de tout son cœur Tout h

coup il joint ses mains avec force, et se levant : «Ah ! mon dieu , Georges , qu'avons - nous fait? — Qu'est-ce donc • mon père ? — Nous voilà à table, mon garçon , et notre demoi-* selle qu'on n'a pas avertie !... — Je ne l'avais pas oubliée, mon pèrej mais elle n'a pas voulu souper, et elle s'est couchée. Qu'est-ce que c'est que celte demoiselle ? demanda M.

Botte à Charles, et il avait un air /''^N

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sévère !!! » Charles rougit , pâlit , baissa les yeux , et ue répondit rien.

M. Botte se tourna du côté d'Edmond^ et répéta son interrogation.

Le bon homme raconta simplement , et arec un air modeste, ce qu'il avait fait pour mademoiselle d'Araiicey.

U. Botte lui jeta les bras au cou, et le tint long- temps embrassé. Il regarda ensuite son neveu , mais d*ua ttii...... ah ! quel œil ! Charles trem-

blait, et Horeau disait, à part lui, en mâchant sa croûte de pâté , il y a quelque chose^ U y ^ quelque chose.

M. Botte n*articula plus un son jusqu'à la fia du souper. Ses regards tombaient continuellement sur Charles i il fronçait ses sourcils gris-noirs; tes joues étaient enluminées et son front menaçant : le malheureux jeune homme se sentait prêt à défaillir. «On ne m'attendrit pas avec des grimaces, monsieur, dit le cher oncle en se

Ifevant de table. Pourquoi ne m'avezvous rien dit de mademoiselle d'Arancey , que vous connaissez depuis un an? — Mon oncle... c'est que...

— Pas dé réponse évasive , s'il vous plaît : parlez , répondez net ; vous voyez bien que je ne suis pas en colère. Pourquoi , monsieur , ne m'avez^vous rien dit dé mademoi* selle d'Arancey? — Je sais, mon ofqcle, que vous n'aimez pas le père , et j'ai craint de vous déplaire en vous parlant de sa jSUe. — Vous deviez bien plus craindre, monsieur , de me déplaire en la voyant. Je crois , monsieur, reprit Georges, qa^il n*cst personne qni ne doive se féliciter de la connaître. — Ceci , M. Georges , est entre mon neveu et moi , et ne re-* garde que nous^j souvenez- vous en, s'il vous plaît. Charles , ordonnez qu'on mette les chevaux.

« Hé , monsieur , dit le père Ed-

mond, où youlez-vous aller à cette heure ? — Chez moi. — Vous verserez dix fois en route. — C'est le pisaller. — J'ai fait préparer pour vpus et pour monsieur votre ami , mon lit et celui de Georges. — Raison de plus pour que je parte. — Mais, mon^sieur... — Mais , monsieur , je ne suis pas ici prisonnier, je Pespère.

— Voilà donc comment vous traitez ceux que vous estimez , que vous aimiez avant de les connaître , que vous deviez aimer davantage après les avoir connus? et une larme tomba des yeux du père Edmond. M. Botte la vit cette larme...... Je reste , digne

vieillard , je reste ; mais vous garderez votçe lit, je le veux, je l'ordonne.

Je m'arrangerai avec Horeau de celui de votre fils. — Vous serez mal , monsieur. — Hé , vous m'excédez à la fin. Je serais bien plus mal encore, si vous n*étiez pas bien, i

MONSIEUR BOTTE. Hl

Il prend un flambeau ; il sort sans ajouter un mot j il marche, guidé par la grosse Marguerite , et Horeau le suit en bâillant. Georges reprend la main de Charles, il le conduit à la grange , où il s'enferme avec lui j il met la clef dans sa poche ; il se jette sur un tas de gerbes, et il laisse notre jeune homme s'arranger comme il pourra.

Quelle nuit il passa le malheureux!

Si du moins il avait eu son Guillaume près de lui! mais c'est Georges qui ronfle à ses côtés : il faut souffrir et se faire.

Messieurs Botte et Horeau avaient l'esprit fort tranquille et le corps très-agité. « Quel lit! disait Horeau.

— Plaignez-vous , je vous le conseille, quand le fils unique est couché sur la paille. — On jurerait que ces matelas sont faits avec des noyaux de pêches. — Que vouliez- vous qu'oa

sa MONSIEUR BOTTE.

fit, que vous donner ce qu*on a de mieux. — Hé , que pouvait-on nou3 donner de pis ? je ne fermerai pas rœil. — C'est bien dommage. — Vous ne dormirez pas plus que moi. — J'ai pris mou paili • tachez de prendre le vôtre. Bonsoir, M. Horeau. — Bonsoir donc. »

Le lit était dur , très-dur , et il était étroit j et il donnait au-dessus des bergeries; et le plancher était à claires-voies j et les agneaux bêlaient en tétant leurs mèrçs, qu'ils n'avaient pas vues de la journée^ et des insectes très-actifs sautaient de la bergerie aux solives, et' des solives au lit:

Horeau restait immobile et droit comme une planche , de peur de gêner M. Botte ; M. Botte frétillait comme une anguille, et disait^ ea grommelant, le bon homme avait bien affaire de pleurer ; }e serais maintenant dans ma calèche, où je

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dormirais d'un bon somme : dors-tu^ Hôreau ? — Hé ! qui diable dormirait ici ? — Puisque vous ne dormez pas , il faut que je vous communique une idée qui mp passe par la tête.

— Qu'est-ce que c'est , voyons ? — Est-il bien sûr que madame Duport soit vraiment celle chez qui Charles va.dîner si souvent ? — Ma foi , je n'en sais rien. — Cette demoiselle d'Arancey , qu'il connaît depuis un an, et dont il ne m'a rien dit, ne serait- elle pas cette dame que le drôle considère tant ? — Cela peut êire... ahie, ahie, ahie ! — Qu'avezvous donc ? — Cinq cents épingles m'entrent à la fois dans le corps^ Quels sont donc ces animaux voraces que j'enlève à la douzaine de dessus ma poitrine ? — Les mêmes sans doute que j'écrase à coups de poings sur mon estomac , sur mes bras , sur mes cuisses. — Et pas de lumière. —

Tant mieux , c'est bien assez de sedtir. — Je vais me jeter tout nu dans cette source qui est là-bas en entrant, •p- Certes , je ne le souffrirai point.

— Bah ! — Je vous laisserai courir ^ après une pleurésie , une paralysie , n'est-ce pas ? et puis il n'est pas défendu de penser un peu à soi : la totalité de ces cruelles bêtes s'acharnera sur moi seul quand vous n'y serez plus. Je gagne moitié à vous avoir à mes côtés , et corbleu, vous y resterez. — Mon ami , ayez pitié de moi , je souffre le martyre. — Paix donc , monsieur , vous «'avez pas de caractère. — Hé bien , je l'avoue , mais laissez -moi sortir. — Que diriezvous si vous étiez dans la position d'un Saint-Laurent V, ,d'un Guatimozin ? — J'y resterais, parée que je ne pourrais faire autrement 3 mais rien ne m'oblige à rester ici, et je m'en vais. V

En effet, Horeau roule son ami dans la couverture et tlnns les draps ^ îHui jette sur le corps les oreillers , le traversin et leurs habits communs ; il ouvre la porte, et il trouve l'escalier. M. Botte se dépêtre le plus promptement possible de ses entravés ^ et il suit Horeau en lui disant k demi-voix , par égard pour le sommeil d'£dmoQd : « Le froid va te saisir , tu en mourras, malheureux. »

Horeau n*entend rien; il veut noyer tous ses ennemis à la fois. Il marche toujours, et il entend M. Botte sur ses talons. Il se hâte, il artive dans la cour aq petit trot, et il s'oriente vers la source par la ligne droite , ^ui est la plus courte en mathématiques, comme d*après^^a,.raison. Il disparait tout à coup j et M. Botte, qui s*est mis aussi au petit ttot , disparaît presqu'en même tem^s. Ils sont tombés tous, les deux , d'un petit mur aii ToMft IL. %

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mveau du sol , dans la marre , dont Teau verdâtrene réfléchit aucune lunùère , et les voilà dans la fange jus- <]u*aux hanches.

c Ah, mon Dieu, dit Horeau, nous voilà noyés. — Hé, non , poltron , puisque tu parles^— Si cela n'est pas fait , cela ne tardera point. — J'ai bien autre chose qui m'inquiète. -— Moi , je ne vois rîen de plus inquié-^ tant. — Si mon coquin deneveu nous trouvait là Puu et l*autf e?— Hé bien^ il nous en tirerait. — Et les ris, et les réflexions tnàligUes, et ma dignité compromise j eaii^ enfin, }e n'ai pas l'air d'un oncïe dans l'état où ma voilà.... Vous aviez bien affaire , monsieur, dé vauloir vous lever. — Et vous, mansieur^ de vouloir me suivre. -<- AUond, pas de jérémiades j , tâchons de nous tirer de là. — Hé bien, nidez^môi un peu. -—Hé, je suis pris comme dans de la poix, r^

C'est sûirement de la terre-glaise ^ mon ami. — C'est le diable , si tit reax , mais il faut en sortir. >

Ils firent de longs efforts qui n^a^ boutirent qu*à enfoncer davrantaga deux corps des plus solides. Monsieur Botte, qui jamais n'avait connu d'obstacles , entra vraiment en fureur j Horeau , à qui la frayeur faisait perdre la tête , criait aussi haut que son ami.

Charles , qui ne dormait pas , recon* nut l'organe rauque desôzï oncle^II poussa rudement Georges^ et lui demanda la clef de la grange; Georges ^j qui croyait avoir de bonnes raisons pour la garder 9 la refuse net. Charries 's'échauffe; Georges se possède, mais il persiste dans son refus. Querelle dans la grange , querelle dans la marre.

Marguerite battait le beurré pour le marché du lendemain^ Elle prête l'oreille, elle sort, portant en avant

5iB. MONSIEUR BOTTÉ.

sa lampe , fst faisant réverbère, d'une içain. Le bruit confus de voix la conduite vers Lamarre^ elle s'approche y .

elle regarde...» Elle pose sa lampe à terre ^ et se serrant les cotes de ses deux bras , elle éclate de rire au nez , de Tirrascible M. Botte.

M. Botte tourne alors toute sa co« lère sur Marguerite. Il la querelle plus vivement que jamais, et Marguerite , en riant toujours ) disait à mots entreôpupës ; <i Je vous demande pardon...

moasieuif ; mais.... c'est que vous ête s si drôle! Ht

Mademoiselle d'Arancey avait aussi ses raisons pour ne pas dormir. Ne sachant que penser de certains gros ju* rons qu'interrompaient des ris immodérés, elle saute dç son lit ^ passe un« rohe^et varéveillerlepère Edmond.

Xe père Edmond passe sa culotte,

descend^ voit de quoi il est question,

fait la morale à Marguerite , et la lui

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fait longuement , bien que M. Bdtte l'interrompit à chaque mot pour liii dire : k M. Edmond , tiréz-nous d'a«»

bord d'ici. ».

Lorsque M. Edmond eut méthd-^ diquement prouve à sa servante qu'elle avait manqué aux lois de rhospitalité , en lui répétant ce qu'il avait retenu d'un sermon de son curé > dont les auditeurs n'étaient pas dans une marre, il fut frapper à la porte de la grange , et il parla en père qui Veut être obéi. Georges ouvrit sans répliquer; Charles sortit avec lui. Ils fautèrent tous les deux dani l'eau, et commencèrent par mettre les deux infortunés à califourdhon sur deux futailles vides. Ils les poussaient vers le talus pavé par où descendait le bétail pour s'abreuver , et ils riaient Tuii et l'autre , bien que fortement piréocupés;*mai8 il était difiîcile de ne pas rire. '

3o MONSIEUR BOTTE»

^ Ces deux messieurs , en sortant xlir |a marre, ressemblaient au fleuve Scamandre. Nus comme, lui , <;Fotté5 comme lui , grognant comme lui , il ne leur manquait y pour que la ressemblance fût parfaite , queTélëgance Tigoureusq des formes et la couronne derpseaux*

« Riez y monsieur^ riez , disait M. Botte à son neveu , en traversaii; la cour. Il est plaisant, sans doute , de me voir dans cet état grotesque ) mais apprenez que )e ne me suis en* glaise ainsi que pour avoir voulu empêcher un fou de prendre un bain glacial à minuit, — Le motif est très'»

louable ; mon oncle. — IlPest| sans doute y et de quelque manière que je jne présente devant vous , apprenez , monsieur, que j'^i toujours droit à Tos respects. »

Charles suivit dans un profond si* lencé son onole et son ami i qu'on

Monsieur botte. 3i éclairait de manière à ce qu'ils pussent ramasser un petit écu. Le père Edmpfld les consolait très-sérieusement d*una disgrâce comique, et parlait toujours , quoique M. Botte lui répétât: «C'est bon, c*est bon, ea voilà assez : de l'eau chaude et une chemise. »

Mademoiselle d'Aranceyîescroyaît tous partis.Ellerestait tranquillement à sa fenêtre, parce qu'elle croyait voir deux hommes en pantalons jau« lie, etqu'elleétaitbienaisede savoir oe que tout cela signifiait. La lamper dé Marguerite et les réparties de l'on* cle l'instruisirent , la troublèrent , et la modestie lui donna cette fois un prétexte tout naturel pour se renfermer. EJb rentra chez elle en se demandant pourquoi ces messieurs étaient au milieu de la marre , aa lieu de dormir dans leur lit j et ne pouvant résoudre uns question , qui

3a MONSIEUR BOTTE,

au fond rintëraiàsait peu , elle se recoucha en peusant à Charles , tou* jours à Charles , rien qu'à Charles , et elle répétait de temps en temps : « Ah , mon ami , que de peines nous BOUS préparons ! »

Edmond avait conduit les deux amis dans sa salle où il avait allumé du feu 3 Marguerite apporte un grand chaudron , dans lequel chauffait Teail destinée à laver les ustensiles de la laiterie j Georgesarriveavec Péponge de ses chevaux ; il aide à M. Botte àenjamber les bords du chaudron 3 il commence à éponger vigoureuse-ment , et son vieux père de retourner toute son armoire de noyer pour trouver ses deux chemises fines , celles où il y a des manchettes festonnées, celles enfin qu'il mettait pour tourner le dimanche les feuillets du missel, lorsqu'il était nmrguîUier et qu'il chantait au lutrin. ,

M. Botte souffrait impatiemment une opération nécessaire. Il regardait son neveu eh grondant, en hochant la ' tète , et le jeune homme , qui dépuis un quart-d'heure n*osait plus ni rire , ni parler , ne put s'empêcher de lui dire : <c Au moins , mon cher oncle , vous avouerez qu'ici il n'y a pas de ma faute. — Pardonnez -moi , monsieur, c'est encore vous qui êtes cause de tout ceci. — Ah, par exemple,

mon cher oncle — Si vous né

m'aviez pas fait un éloge emphatique de ce vieillard , je n'aurais pas été tenté de le connaître , et je ne serais pas debout dans le chaudron de Mar-« guérite , obligé de me laisser éponger le derrière par Georges, qui ne devait jamais le voir. y>

Pendant que ces messieurs , dé-»

crottés et passés dans des chemises blanches , attendent leurs habits, pendant que Marguerite les cherche,

p4 MOKSIfiUR BOTTE.

Edmond entreprend de leur pemiader que cette foule d'insectes n'est rien du tout , qu'il ne leur manqua qu'un peu d'habitude ; il ajoute qu'il est indispensable que le plancher soit * à claire^-vgies , pour que son fils entende ce qui se passe dans la bergerie et dans l'écurie qui est contiguë. Il £nit par offrir encore son propre lit, et M. Botte de s'ëcrier : « plus de lit :

morbleu , je n'en v«ux plus : ce sont mes culottes que je demande. »

Marguerite rentre, chargée des vêtemens de ces messieurs. Elle n'en avait trouvé qu'une partie dans la chambre; le reste avait coulé à travers les ouvertures du plancher, était tombé dans la bergerie , avait été foulé aux pieds des. brebis, et était arrangé comme vous l'imaginez sans peinç. M. Botte retomba encore sur le pauvre Horeau. Il lui reprocha, dix fois de suite, et sans reprendre

haleine , sa manie des bains froids à minuit, et enfin il observa, avec beaucoup de sacacité, que ces habits ; étant hors d'état de servir ^ il fallait en envoyer chercher d'autres à son château»

Cette observation guérit radicalement Charles de ses envies de rire. Il jugeait , d'après le temps nécessaire pour aller et revenir, qu'on dînerait Stu moins le lendemain à la ferme, et que sa tendre Sophie ^ qu'il plaignait avec raison , n'était pas encore sortie de sa pénible situation. Il fallut pour-; tant obéir au cher oncle; aller dénicher , dans un grenier à foin , le postillon , que les insetces laissaient fort tranquille , et qui dormait très-profondénient ; le faire montera cheval ; lui enjoindre d'aller ventre à terre , au risque de se rompre le cou , et de ramener un valet de chambre et une malle garnie*.

Le papa Edmond , dans son imperturbable patience, retournait encore son armoire de noyer. Il en tire , eti! présente à M. Botte l'habit de drap d'Ëlbeuf mai^ron , la veste de basin brodée, et la culotte de velours d'Utrecht noir : c'est ce qu'il y a de plus beau. Il offre à M. Horeau le gilet et les guêtres de coutil , la belouse bleue au tour-de-col brodé de rouge : c'est ce qu'il a de plus propre.

Il n*y avait qu'à choisir, de passer le reste de la nuit en chemise, ou de $e servir de ce qui se trouvait. Ces messieurs firent ce que nous aurions tous fait à leur place , et ils ne se se« raient pas mieux déguisés pour aller au bal de l'Opéra: ils étaient àfaire mourir de rire. Georges n'y tint pas, et ce fut à lui cette fois que s'en prit M. Botte : Hé, morbleu , monsieur ^ au lieu de rire comme un nigaud , comblez- moi ce trou. qui aesertà

MoiîsiEUR BoTtir. ' 2y rien y et apprenez que quand on a une excellente source dans un coid de sa cour , Dû ne creuse pas une marre dégoûtante au milieu. » II prend Horeau par un bras , il pousse son neveu par les épaules , et marche droit à la grange. Georges va reprendre son lit , Charles se remet dans son coin ; l'oncle et son ami s'arrangent sur la paille fraîche , et M. Botte disait à Horeau , en bâillant de toute la latitude de sa mâchoire :

« Je suis fort aise que mademoiselle ne nous ait pas vus. La considération dépend du premier coup d'oeil j nous voilà fagottés de manière à n'être pas très- considérés, et Je prévois que demain j'aurai un grand rôle à jouer ici. — Mais demain, mon ami, nous ne resterons pas dans la paille jusqu'à midi , peut-être , que le postillon reviendra. — Avec quel sdng- froid il me dit cela ! — Que gagnez- vous à

38 MOKSIEUR BOTTS.

yous fâcher? nous ti*en sommes pas moins aussi ridicules l'unie l'autre* — Hé y vous devriez Tétre seul, monsieur, voqs qui avez commis la faute , et qui n'avez pas à faire l'oncle* }» Ici les bâillemens redoublent , les paupières s'appesantissent, ge ferment , et le silence règne dans là grange comme dans le reste de la maison.

Il était grand jour lorsque ces messieurs se réveillèrent. Charles était sorti dès l'aurore 3 il avait cherché , trouvé et saisi l'occasion de glisseï^ quelqîies mots à mademoiselle d'Arancey. ta Ils sont encore ici , ma Sophie. — Hé , )e le sais bien y mon ami. — Ils y passeront une partie de la journée. — Ah , mon Dieu ! — Qu'allez- vous faire? — Je m'enfuis. 9 Georges parut, et on n'osa pas en dire davantage. Sophie sortit en disant au jeune paysan qu'elle passerait

encore cette journée chez Claudine , qui l'aimait tant , et dont Tenfant était si mal. Georges approuva beau- ^ coup sa demoiselle ; il était fort aise; de la voir sortir , par la raison que Charles était là.

Le déjeûner était servi , M. Botte avait faim. Il fallut qu'il se décidât à paraître en marguillier devant mademoiselle d' Aranccy , au hasard de compromettre ses droits à la considération. Il arrangea de son mieux ses basques et ses grands paremens; il inclina son bonnet de coton sur une oreille; il mit une main dans une poche de la veste , dont^Jl ne put trouver le fond j il caressa de l'autre le jabot festonné ,:et il entra d'une airassez libre dans la sa^e, où il fut fort aise de ne pas trouver la jeune demoiselle.Il en demanda des nouvelles, assez poliment pour lui: on lui répondit qu'elle ne renlreraitpas de la journée.

Il sourît d'un rire plein d'amertume ; il bo4t , il mange, il se lève ^t dit à Edmond qu'il sera bien aise de voir les portraits de la famille d'Arancey. Edmond ne le fait pas répéter ; il prend son bâton, Horeau le suit ; M. Botte ordonne à son neveu de l'accompagner , et on s'achemine vers le château.

Notre oncle avait toujours présent à l'espritladeseription que son neveu lui avait faite du délabrement du manoifudu marquis d'Arancey , et il trouve tout réparé, tout en état, tout en ordre, tout de la plus grande propreté. Il oublie lël portraits de famille, et revenant à ses premières idées , il demande sèchement i Edmond qui a fourni aux dépenses des réparations. « Monsieur , c'est votre neveu. — Où avez- vous^ ris cet argent-là, monsieur ? — Mon oncle

}e... j'ai... — Ces réparations étaient-

elles faites quand vonéavez emprunté certains mille écus ?...« — Non ^ mon oncle. — Vous avez donc emprunté de noureau? — Non , mon oncle. — Où diable avez-vous donc pris cet argent ? Mon oncle.... j'avais..... j'ai tiré parti...»— Et de quoi , ventre bleu 5 parlez donc.*— Des bijoux , mon cher oncle..;. — Que je vous avais donnés?

— Oui, mon omcle. — Ah , vous vendez les bijoux que je vous donne, ▼eus les vendez quand j'ai tout fait pour exciter votre confiance ; et pourquoi les vendez - vous ? pour faire restaurer un château qui ne sert à personne. *- Mais , monsieur , votre neveu espère bien que mademoiselle d' Arancey rhabiteraun j our«,

— Il a dit cela, père Edmond? — Il a dit cela , monsieur. — .Venez brave homnie j faisons un tour de jardin ensemble. Votre générosité est fù« rieusement suspecte ) monsieur mon

neveu. Restez-^là , monsiear , restez avec Horeau. — Permettez , mon oncle , que je vous accotnpagae. — Je vous le défends. Restez-là , vous dis-je , et que je vous y trouve à mon jetoun »

; Charles se doute bien qu'Edmoiid va subir un interrogatoire dans les formes. Edmond est incapable d'un mensonge > et né soupçonnant pat Tintimité de Charles et de Sôpèie , il donnera sans doute dans tous les pièges qu'on va lui tendre. Ces réflexionsdésespérantes avaient trouble notre jeune homme à un point... Il ^tait dans un désordre tel^ qull ne pouvait échapper h Horeau , qui ne se mêlait pasde deviner. Il s^approcfaa (^e Charles , le questionna d'un ton si^x^aressant, il le pressa avec tant d'amitié^il lui marqua tant d'intérêt^ que le malheureux j^uoe homme ha« sarda de lui confier ae que sans douta

- MONSIEITR BOT'TB* 48

il eût appris de $oa OBcle une heure plus tard^ et comme il n'est pas défendu d'user d'un peu d'adresse, il se fit un mérite d'une confidence qui devait lui assurer un protecteur. Laissons Charles soupirer, raconter, sup^ plier , et suivons Edmond et M. Botte.

. M* Botte s'était persuadé que pour avoir Ta^ d^un homme de poids, en dépit de son accoutrement, il fallait qu'il se possédât et qu'il prit ce ton de dignité froide qui fait distinguer l'homme deses habits. Ah| pourquoi, dira lé lecteur , M. Botte ne s'habillet-il pas toujours en marguillier ? Hé , 9^*7 gAg'^^rîons-nous ? un homme du caractère de notre oncle ne peut se contraindre qu'un moment y comme certain abbé quifait lagrimacequand il est obligé de dire du bien, et sur»tout de Voltaire.

Les voilà dans le jardin ; M. Botte tousse , crache , en regardant £d-

mond ; une âme pure brille dans les yeux sereins du vieillard j et notre oncle ne doute pas que la vérité jaillisse de sa bouche.

« M. Edmond , mon neveu vient-il souvent ici ? — Mais , monsieur ^ deux ou trois fois la semaine à peu près. — Mademoiselle d'Arancey est madame Duport , que le drôle considère tant ; je m'en étais douté. — Madame Duport, monsieur ? — Estce bien vous que mon neveu vient voir ? — Il le dit , monsieur. — Et vous le croyez ? — Mais , oui , monsieur. — Vous n'y êtes pas , brave homme , vous n'y êtes pas. Qui estce qui reçoit ses visites ? — C'est moi , ^uand je suis au logis. — Et le plus souvent vous êtes aux champs avec votre fils ? — Oui, monsieur. — Et alors c'est mademoiselle d'Arancey qui fait les honneurs de chez vous ? • ^ Oui , monsieur. — Diable , diable !

Mok^IKlIR BOTTE. 4S

Et pourquoi soufFrez-rous , mon- ^ sieur, qu'un homme de viDgt-un ans vienne chez vous trois fois la semaine?

— ^ Il m'a rendu de grands services, monsieur , et je le reçois comme un bienfaiteur. — Ces bienfaiteurs-là sont dangereux , Mé Edmond.

« Dites -moi un peu, bon vieillard. . # . — Monsieur ? — Mademoiselle d'Arancey a- 1 -elle l'habitude d'aller passer les journées chez cette dame Claudine? — C'est la première fois que cela^ arrivé, monsieur. — Ah ! elle ne s'absentait jamais avant que j'arrivasse chez vous. — Jamais , monsieur^ — Il y a connivence : dia* ble , diable !

€ Quel âge a mademoiselle d'Arancey ? — Bientôt dix-sept ans. — Elle est |oUe ? — Oh, monsieur, il n'est pas possible de l'être davantage. — Tant pis. Est-elle sage ? — Je ne lui connais que des vertus.— Tant

pis. A^t-elle de l'esprit? — Je ne m'y connais pas trop, — Hë, monsieur, Vous vous y connaissez comme un autre. Tous les hommes sont à peu près susceptibles des mêmes idées; leur différence essentielle est dans la manière de les rendre , et si vous êtes incapable de bien dire , vous ne Têtes pas de bien entendre. Trouvezvous du plaisir dans la conversation de mademoiselle d'Arancey? — Oh, beaucoup , monsieur. — Tant pis.

Est-elle aimée dans le village ? — ' Aimée , considérée , respectée. — Tant pis , morbleu , tant pis. — Hé , .monsieur^ nous serions t^us bien fâchés qu'elle fût autrement ; pourquoi vos tant pis, s'il vous plaît?

—-Cela me regarde^ père Edmond. »

Et M. Botte se gratte l'oreîlle , et il frotte ses joues rubicondes et dodues.

« Vous parle-t-elle quelquefois de Charles ? ^ Jamais y monsieur.

— Tant pis. Ecoute-t-elle quand vous en parlez ? — Oh , très*attentivément. -^ Tant pis , ventrebleu , tant pis. — En vérité, monsieur, je.iâe vous conçois pas. — Connivence^ connivence : parlons d'àutr« chose.

« Combien vous ont coulé la ferme etlechâteaa? — Soixante et dix mille francs; — Combien croyez-vous avoir réellement payé ? — Quinze mille livres environ. — Combien un fermier peut«-il payer de redevance ici en faisant seapetites affaires?— Mais j monsieur, de quatre à cinq mille francs. — Vous avez fait là un bon maxclié, père Edmond; mais vous vousr êtes gêné. — Beaucoup , monsieur, et sans votre neveu.... — Ce n'est pas de mon neveu que je voui parle.

« Vous êtes, dit-on, dans Tijûtention de rendre ce bien au marquit

d'Arancey ? — Oui, si Dieu nous Ta conservé, — Il était dur' votre sel- .

gneur. — Un peu ^monsieur. — Beaucoup. Orgueilleux. — On le dit. — Je le sais. Empruntant de toutes mains.,^ f— Oh , monsieur , toutes ses dettes .ont été payées sur le produit de la vente de ses biens. — Tant mieux , s'il revient , il n'aura à rougir que de sa pauvreté , et il eu rougira j ces petits grands seigneurs sont si sots ! En av-ez-vous des nouvelles ? — * Non | monsieur.

« M. Edmond , fe n'aime pas les d'Arancey j mais votre excellent cœur mérite un bon conseil ^ et je vais vous le donner : vous faites votre opération tout de travers. ■— Comment cela , monsieur ? .^ Ld marquis est mort civilement. Vous ne pouvez rien lui donner , ni lui par conséquent à sa fille. — Mais BOUS donnerons à notre demoiselU

MOHSIEUR BOTtS. ^

— Quand? — Quand elle se mi^r riera, monsieur. — Et si vous mouip rez avant? — Mon fils pense comme moi. — Et s*il meurt aussi? — Ah^ mon Dieu, monsieur, quelle id^ vous vient là? — Avez -vous, ui^ notaire dans le village? — Qui^ monsieur. — Qu'il dresse sans délai un acte par lequel vous ferez unç donation absolue à mademoiselle d'Arancey^ sous la condition qu^ vous jouirez gratuitemeqt de la fqrme pendant six ans ^ pour vous remplir des quinze mille francs et des intéirêts que la demoiselle reconnaîtra vouf devoir, et dont. elle sera quitte^ si votre fils. et vqu^ mourez d,ans lUn« tcrvalle. Au mpins vos hëçit|€ar$ pe la forceront point à r^vendrç| son bien ^ et d'après ce que voU9 m'ave^ dit d'elle, elle les paiera peu àpeâj el^ elle aura du pain. à donner à so^ père , s'il en aencore^bçsoin. — Âh ! ToMRiL '* ^

5b VOUSIEUR FOTTE.

ttonsieur, que je ▼oih ai d'obliga* tioa ! jamais ces bonnes pensées ne me seraient venues : que je vous ai d^obligation! -^ Je demande une récompense , M^ Edmond. ^^ Ké , monsieur, que pùis-je pour vous?

•— Défendre' Centrée de votre maison k mon neveu. -— Ah ! monsieur, cela serait d'un dur !... -*• Vous le devez à la réputation de mademoiselle d* Airanoey. — Quoi , vous croyez ?-.^.

«— Oui , monsieur ^ oui , je croîs qifiine fille de dix*sept ans ne doit '^as recevoir un jeune homme, lorsque ceux qui veillent sur elle sont aux thamps. Rentrons , brave homme. »

' lis rentrèrent. Charles tremblant ii^osAit fixer son oncle ; Horeau cherfchait sur le front de son ami ce qui •e passait dans ce cœur si irascible et si bon. M. Botte ne les regarda hi Vun ni l'autre, ne leur dit pas un moft , traversa les appartemens j sor*

JtfONSlEUR BOTTK* Si

lit du château, marcha aussi vtït que le permettait son gros ventre , et l^îasa bien loin derrière lut la père Ëdjpond , qui faisait tous ses efforts pour le suivre.

Le cher oncle n'était pas d'un ca<»

ïaptère à s'occuper d'autre chose que de l'idée du moment. Animé par ce qu'il a dit^ plein de ce qu'il veut dire encore 9 il oublie ses grands paremens et sa. longue veste , et: son bonnet de coton; il s'approche du premier enfant qui se trouve sur son passage , et il demande la demeure de. dame Claudine. La maison bien désignée 9 bien reconnue, M. Botte poursuit son chemin ; il n*est plot qu'à trente pas de la chaumière.

Mademoiselle d' A rancey s'y croyait bien en sûreté : elle eût fui au bout du: village ^^au village voisin , je ne tais où elle n'eût pas été, plutôt que de paral^c devant cet oncle si tep»

Sll MOVSIBUR BOTTE.

rible. Loin de soupçonner que monsieur Botte put faire un pas pour la trouver, elle attendait avec impatience le moment où il remonterait en voiture. Elle regardait à cbaquer instant si la porte charretière de la ferme s'ouvrirait à la fin. Elle reconnut Phabit des dimanches d'Edmond. Il Tavaitsans dpute mis poqr faire honqeur à ses hôtes; la pauvr<»

enfant le croyait ainsi ^ et sans y faire plus d'attçntion , elle retourna près de Claudine. Oh , si elle n'eût pas été trompée parle déguisement; s'il eût 4%é possible de le prévoir , le toit, la cave, le puits ;..^. qui sait jusqu'à quel point la frayeur domine ia raiton, et quel bonheur, dans cette circonst^ce critique , que M. Horeau ait voulu se baigner à minuits

M. Sotte avait jugé, d'après ce que lui avait dit Edmond, que.la jeune personne l'évitait , et il f oadit comm»

un hussard dans la maison. Mademoi* selle d*Araticey croyaitvoir paraître le bon fermier, et elle ne sut qu€f penser de l'habit de drap d'Elbeuf sur le, corps d*un inconnu. Elle regardé M. Botte , M. Botte la regarde à soil tour, l*examine de la tête aux pieds, et y ai ga de Claudine qu'un souriro involontaire agita ses lèvres , qUll mordit aussitôt.

« Vous ne me connaissez pas , ma« .

demoiselle? — Non , inonsieur. — Je m*appeUe Botte , je sui* l'oncle-* Hé , mon dieu , qu'avez- vous donc?..« Vite , la bonne , secourez-la. . • .

coupez ces cordons... du vinaigra aux tempes... • allons donc, vous n'agissez pas. j> Mademoiselle d' Aran* cey ^tait tombée sans connaissance dans les bras de Claudine.

Monsieur Botte . toujours bouillant^ administre lui-même le^ secours, et quand leiîchu ou le corset

54 MOKSIÏUH BOTTEE

toahMsait leg secrets de l'ionoeence^ il disajt à Claudine: « L^empresse'^' ment d^un homme de mon âge "ne peut paraître suspect. Coupons ce ourdon-ci^ encore ceiuUlà. . . • c'est du satin que cette peau ! • • • Voyous donc le vinaigre. î>

Sophie, eh revenant à elle, vît M. Botte à genoux , suaàt à grosses gouttes, çt versant le vinaigre à flots :• elle crut dëmêler un air d'intérêt dans les y^ux qu'elle redoutait tant j elle se remit, et honteuse d'une faiblesse, qui ne pouvait la mene^ à rien , elle résolut d'opposer uae fermeté me* deste à un orage inévitable.

« Elle revient , Claudine, elle revient. Ses yeux se rouvrent, ses joues se colorent , ses lèvres s'agitent , elle va nous parler. Vous me craignez donc beaucoup , mademoiselle ? — ph , beaucoup , monsieur. — Et pourquoi me craignez^vous , si vous no*

MONSIEUR BQTTB»^ £4

VOUS reproche* rien? — Jç nfi cr^ pas , monsieur , avoir dç reproohe^ à me faire. — ^ Je suiç donc un homme gprpssier ^ brutal , ex^travagaat ? — Jo ne dis pas cela, monsieur- — Vou* le pensez ? *- Non , ^ monsieur» . — Qui TOUS a donné de moi cette opit.

uion ? — Personne , monsj(^ur. :— Pourquoi donc ravez-vous?^-^,Mait }js ne l'ai pas, çiumsieur. — Pourquoi donc, trembles- vous en me parlant ?.

-^ Ce ton, auquel je ne suis^pas faite«w — Ne vous met pas à voti^ wm t u'est-il pas vrai? Hé bien^mude^ moiselle, expliquoasriiou$ franche*) ment) vous pensez bien 4'ailleurs que je suis venu ici pour quelque chose :

mon neveu vous aime, t- Je n'ai pu l'en empêcher, monsieur^ -^ Vpuj»

l'ainiez ? -^ Monsieiir««.» — Vous l'ai-»

mez. — Je up puis pardomier qu'à çqn oqcle cett^. manière de m'inter*-.

>^PgÇr.*— C'est répondre c«i^i mWÎPn

56 MOKSIBUR BOTTS.

meiselle. Vous vous aimez , j'en suis îàdhéy mais ce n*est pas une raison pour abandonner vos foyers y pour tous évanouir à mon aspect , pourne me parler qu'avec défiance ; prenez mon bras , mademoiselle y et venea dîner chez vous. »

II ne lui donna pas le teilips de le prendre ce bras; ce fut lui qui prit le bras de la timide Sophie; il la tira de la chaumière, et fit tomber la con« versation sur des choses indifférentes.

Dès qu'il ne fut plus question d'amour , Sophie retrouva sa présence d'esprit ; elle répondit avec justesse , «avçc gr^ce^ et M. Botte ne marchait plus qu'au très-petit pas« Il s'arrêtait de temps en temps , il écoutait, et de temps en temps il avait l'adresse de tourner l'entretien sur un sujet nouveau. Mademoiselle d'Arancey se flattait qu'il prenait quelque plaisir àrentendrej cette persuasion faisait

MONSIEUR BOTTE. Sj

naître sa conBance , et la pureté des expressions , et les tours heureux , et ]a finesse des idées , tout était employé 9 bien iônocemment , san»

doute; M. Botte souriait quelquefois : c'était beaucoup.

Ils arrivèrent à la porte de la ferme. M. Botte s'arrêta , et fixant la jeune personne d'un aîr sévère : « Mademoiselle, qu'est-ce que la vertu 7 — Je ne vois pas^ monsieur, à propos de quoi... — Je n'ai pas besoiti d'à-propos, mademoiselle. Qu'est-ce que la vertu? — C'est, je crois, mon sieur, la pratique exacte de ce qu^on doit aux autres et à soi. — N'oubliez donc jamais, mademoiselle , ce que vous devez^ à vous , à Edmond , k moi, et rappelez-vous sans cesse que dans votre position il n'est pas d'amour innocent. )>

Charles parlait avec feu à Horeau dans un coin de la salle. On ouvre la

porte : c'est son oncle et mademoiselle d'Arancey . Charles est frappé de cette apparition ; mais sa tendre amie paraît calme, et il ose espérer. Il prend les mains dé ce cher oncle , et il tombe à ses genoux. Que dirâ-t-il qui rende ce qu*il éprouve ? Ses regards supplians disent tout.

« Je n*aime pas les scènes' dramatiques, monsieur 3 levez-vous. — Je vous prie de croire, monsieur , dit Sophie , que je n'approuve point cette démarche de votre neveu. — ^^Si je vous en croyais capable , mademoisc^lle , je vous mépriserais , et je ne vous répondrais pas. >

I.e dîner ne fut pas gai. Tout le inonde , excepté Edmond, était dans un état de contrainte, qu'on ne savait:

pas également dissimuler. M. Botte avait juré d'être impénétrable^ il le fut pour la preniière fois , et peutêtre par ostentation. Mais Horeaur

MOKSIBUR BOTTEf 5^.

était éiçu i^fiutant qull pouvait i^être }, mais Cbaprles ne tensd^t pa^ sur sa.

chaise ; ma^s Sophie jqe lev^i^ pas les, yeux dQ peni* <}e rencontrer cçux du bon ami 7 et de le re^rder.... comm^^ on regarde ce qu'on aime. M.^ Çôtte^ obserrait tout ,, et gliLCfiit ftoutes les langues.Hy avait là un autre observa*^ teur qui n'était pas knqins à craindre:; c'était Georges , qui^ ne sachant que penser dte l'entretien particulier du, cher oncle et de aon père, de la visi^ rendue à mademoiselle d'^rancey, de lani^nièrepresqu'amicaledontos^ avait fait le trajet delà chaumière Sk la ferme, cherchait la vérité sur tous lea visages. Il la trourait sur celui de Charles , et ce visage ne lui disait rien qu'il Ae sût déjà. Mais celui de mpnsieur Botte ne disait rien du tout ^ et c'était li^i surtout que Georges eût.

voulu pénétrer* l\ sentit qu'il ne lui cil»Te»ait pas de, prendre h parple

6o MOMStEUR »OTTÊ*

OÙ ëtaient son père etM. Botte ^ mais en cédant au respect dans lequel on Payait élevé pour la vieillesse , il né put empêcher des soupîfs» qu'il s*eff ornait d'étouffer, de s'échapper avec tiolence» • -

Le retour du postillon termina lo dîner le plus ennuyeux , et mit fin à ^embarras général. Ces messieurs sortiï'ent pour prendre des habits à eux , et Charles , qui comptait bien profiter de leur absence , ne put trouver mademoiselle d'Arancey seule un^ minute , une seconde. l*ou)ourr Georges, l'opiniâtre Georges. Il la suivait partout ; il désolait nos pauvres jeunes gens : ils avaient tant de choses à se dire !

Ils se plaignaient intérieurement de l'importunité de Georges , et ils vont se trouver bien plus malheureux encore : il fallait que la prophétie de mademoiselle d'Ai^mcey s'aio-

MOKSIBUR botte; él

«emplit dam toute son étendue. Mon« ii^r Botte y en prenant congé d'Ëd*^ œond, lui recommanda de ne pas oublier le notaire^ et le pria de notifier de suite ses intentions à son neveu. Le bon vieillard ne savait com<> ment s'y prendre pour dire quelque ofaoçe de désagréable, cela nelui était peut-être arrivé de sa vie. Cependant il s'agissait de la réputation de sa demoiselle j et cette considération l'emportasur sarépugnance.Il tiraCharles à l'écart , et lui déclara , avec tous les ménagemens qu'il put imaginer , que l'entrée de la ferme lui était désormais interdite.

Charles ne se posséda plus. Il cria à^l'in justice, à la tyrannie ; il articula même le mot ingratitude. Georges , instruit par ces exclamations, respira avec plus de liberté. M. Boite, pour prévenir les scènes tragiques, qu'i^ n'aimait pas^ or^^^ma à son neveu du

le suivre; il glissa en passantuiiloaii^ dans la main de la grosse Ma^rgiie^ lite , il monta en voiture* et partit.

Qae devint la tendre Sopbie à cette défense aussi extraordittaire <]u'inat-' tendue? Comment expliquer la conduite d'Ëdmpnd? Elle ne se permit pas un murmure. Mais ne plus voir* rhomme qu'elle chërissait uniquement, qu'elle aimerait toute sa vie 5 eacher sa douleur^ à Georges surtouty qui n*eût pas manqué de vouloir?

prouver combien cette interdiction était sage et {Nécessaire..* Quelle^ . situation ! elle avait prévu dés obstacles , des peines : elle n*en était pas»

moins inconsolable.

Charles , de son côté , était au 9u^ plice.Il n'osait faire éclater éon dépiP dans la voiture , et les efforts qtfil faisait pour se contraindre, altéraiefit visiblement tous ses traits. « Vous:

fae voyez donc pâs^ iàttooami; daa^^^

MONSIEUR BOTTl* 63^

quel ëtat Mt vcitrè neveu ?-^ Par^»* doiuiez^moi , monsieur. — Ce jeuno homme m'afflige. — Et moi aussi. — »

Et c*est là tout ce que tous Toulea faire pour lui? — Monsieur Horeau j. vous allez me conseiller de l'éloigner à jamais de mademoiselle d'Arancey, afin que je les rapproche. -— Vous m'aviez promis, mon ami j d'oublier ma petite ruse en faveur de votre jardinière.. — Ne m'en faites donc pat souvenir. — Je ne vous conseille pas.

— Et vous avez raison. — Mais vous me permettrez de vous observer... — Je ne permets rien. — Que vous devez au mojnâ.des consolations... — A un homme de vingt*UQ ans. S'il a du ca*^ rajctère, qu'il s'en serve ; s*il n*en a pas, qu'il s*en fa«se un. Brisons là ^ s'il vous plaît. » ^

Horeau leva les épaules , appuya sa tète dans Tencoigaure 4e la cal^ohe|.

3!eaâQrnbit ^ et à force de 44ioiH:9 4a9Jt

64 UÙSilEVR BOTTE*

1«» terres , le cocher évita les ofnières , et oa arriva au château sob»

accident»

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