‹ Monsieur Brouillon, ou, L'ami de tout le mondeChapitre 11 sur 19 · SCENE VIIL · texte numérisé non relu

SCENE VIIL

BROUILLON, Madame DORSAN VILLE.

J'espère , Madame, que vous n'ajoutez pas foi à ce que vient de vous dire le Baron 3 il voudrait me faire passer pour un indiscret , un méchant ; mais si j'ai été assez heureux pour être quelquefois le confident de quelques dames , et pour savoir leurs petites intrigues , je vous prie de croire que je n'ai jamais âhusé de leurs secrets.

Biad. DARSANVILLE.

Je ne doute pas que vous ne soyez trop galant homme pour cela.

Vous m'avez vu à Plombières : j'étais répandu dans les cercles les plus Ijrillants; je savais tout ce qui se passait. M'avezvous jamais entendu dire que la jeune madame Dormeuil avait pour amant un tailleur de la banque j que la vieille Dorimont entretenait un petit musicien; que les enfants du notaire ressemblaient à son premier clerc , et ceux du général à son aidede-camp ; voilà de ces choses qu'il est bon de savoir , mai» dont un homme délicat ne doit jamais parler. Ce sont de ces secrets qui doivent mourir avec nous. Voilà ma profession de foi, on ne m'en arracherait pas çà....

wad. n o r. s A N V I L L E

C'est très-bien penser , mais cependant vous venez vous même de dire....

BROU I L L o N

RicD^ madame , rien. L'indiscrétion est le vice ic plus dan*

çprpux de la société, c"c.si une source do mésini diligences, de disputes, de procès. -A propos, j'ai appris avec bien de la satisfaction qu'au moment d'en avoir un avec voire cousin , lout s'était arrangé à l'amiable.

Mad. D o r. s A N v r L L E.

C'est vrai, monsiem' , mais on voit encore dans cette occasion une preuve du peu de galanterie que Ton trouve aujourd'hui chez les hommes. Sans égard pour mon sexe, M. le Baron a prétendu choisir dans la succession le lot qui lui convenait.

Oh ! je ne reconnais pas le Baron dans cette manière de se «onduire, il faut qu'il ait eu quelques raisons particulières que vous me cachez et que je ne chercherai pas à connaître.

Mad. DO r. SANVILLE

Aucune , je vous assure.

BROU IL L o N.

Impossible , ce serait le comble de la grossièreté. Excusezmoi , si je ne m'explique pas davantage , je suis ici chez lui 5 }e dois me taire.

Mad. D o R s A N v I L L E.

Vous convenez cependant qu'il a eu tort d"en agir ainà avec moi.

Je ne conviens de rien, madame, mais à sa place je sai& bien ce que j'aurais fait et à la vôtre je sais bien encore ce que je ferais.

Mad. DOR SANVILLE.

Eh que feriez-vous donc à ma place ?

R II o U I L L O N.

Ah ! ceci est mon secret. A sa place j'abandonnerais peutêtre mes droits, à la vûire je pourrais les faire valoir, mais à la mienne je chercherais à rapprocher les parties, à rétablir la bonne intelligence. C'est le rùle qui convient à ma situation, à mon caractère, à mon cœurj permettez que je ne ra'ea écarte pas.

Mad. D o li s A N V I L L E.

Eh bien , moi , monsieur , qui n'ai pas les mêmes menagemens à garder, je vous dirai que je suis loin de considérer notr» procès comme terminé, et quà moins que monsieur le Baroa ne fasse de nouveaux sacrifices pour sa fdle , je retire ma parole, je renonce au mariage projeté et je plaide.

Je n'ai pas le droit de vous empêcher de faire voire volonté. Mais quelque chose qui arrive, j'aurai au moins la consolatioa

<f avoir fait mon possible pour consolider les liens du sang et de l'amitié qui doivent vous unir.

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