‹ Monsieur Brouillon, ou, L'ami de tout le mondeChapitre 5 sur 19 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les Précédens, AUGUSTE.

AUGUSTE

Mauvaise tète, dites-vous, mon oncle, je vous ai bien entendu j je suis sûr que ma cousme me rend plus de justice.

J'ai peut-être tort.

AUGUSTE

Au reste , je ne me donne pas pour un modèle de patience , et je serais j;ieu fâché de ressembler à ces êtres froids et a:)athiques que rien ne saurait émouvoir, espèces de girouettes, de mannc([iiins de société, qui n'aiment personne et se font les amis de tout le monde, qui obéissent au premier venu, et caressent jusqu'au chien de la maison.

LE BARON

Oui, il vaut mieux braver, comme vous le faites, toutes les convenances, et se faire des ennemis partout où Ton va.

AUGUSTE

En attendant, je viens de m.unuser comme il faut aux dépens d'un original de ce genre.

JULIE

Encere quelque tour de votre façon.

LE BARON

Il est incorrigible. '*

AUGUSTE

J'étais allé avec mes amis admirer les carricatures qui débarquent tous les jours au bureau dco messageries. Vous sa\ei,

mon cher oncle , quelle foule entoure du matin au soir les di- Ji;^'ences qui partent et celles qui arrivent. C'est un mari qui attend sa fenmie ou sa maîtresse, une dame qui emballe son mari ou son amant; un enfant qui cherche son père ; un créancier qr.i surveille son de'bilcur, un chasseur qui attend un chien, ou un gourmand une bourriche. C'est charmant.

He' bien !

AUGUSTE

Hé bien, nous voyons descendre d'une de ces voitures un liomnic s'-e et !)lème, l'œil cave , les joues creuses, le ventre plat et probablement le gousset vide, pouvant à peine se soutenir sur ses jambes , et otïrant son bras et ses secours à tous les vovajjeurs , se chargeant des femmes, des enfants, des paquets de tout le monde. Nous nous jetons au-devant de noire provincial connue des parents, des amis, lun se dit son cousin, l'autre son frère , Tautre sou oncle, son neveu, nous l'enlevons et nous nous le passons de main en main, l'étoulTanl de caresses et de coniplimens...

j u L I E , riant.

Ah ! ah! ah! la bonne figure qu'il devait faire.

LE BAU ON

Si vous vous étiez attiré un bon coup d'épée, vous n'auriez eu que ce que vous méritiez , Monsieur le mystificateur.

AUGUSTE

^otre homme avait l'esprit trop bien fait pour cela. Loin de se fâcher, il nous a rendu politesse pour politesse , nous a serré l'un après l^autrc dans ses bras, a paru se croire en famille, nous a demandé avec instances nos demeures , et nous nous sommes logés dans les quatre coins de Paris pour lui donner le plaisir de la promenade. Il s'applaudit d'avoir d'aussi bons parents dans la capitale, nous présente à ses compagnons de voyages, et nous plaisante si bien à son tour, que je fmis par me fâcher j je le provoquai, mais inutilement; il rit de mes menaces encore plus ((ue de mes caresses, et je crois que les injures, les coups même, ne lui atn'aienl pas causé la plus légère impatience. J'étais d'une colère de voir le sang-froid d« cet original

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