‹ Monsieur Brouillon, ou, L'ami de tout le mondeChapitre 8 sur 19 · BROUILLON, LE BARON · texte numérisé non relu

BROUILLON, LE BARON

L E B âR o N.

Ce carton contient sans doute des papiers importants.

B no UI LL ON.

Non du tout, des friandises pour les enfans, des gimbletiea pour les^etits chiens, des recueils de charades, d énigmes, de calembourgs, pour amuser les dames ; j'en ai pour tout I0 monde.

LE BARON

A quoi bon , tu es sûr d'être bien accueilli partout.

Sans doute, mais cela ne nuit pasj on donne une gimbletteà l'un, une croquignolle à Tauin'.... Si nous reprenions nos anciennes habitudes..... une pipe, Baron, cela remet de la fatigue du voyage.

Parbleu ! tu m'enchantes , voici ma pipe.

£t vous !

M, Brouillon. H

( lO )

LE BAnOX.

Oh ! j'en aurai une autre.

B r> o t" I L L o N , faisant la grimace. ( A part.) Quelle odeur !

LE BARON

Conmieut irouves-lu mon tabac.

BROUILLON, fumant.

Parfait, en vérité. ( // tousse. ) Il est d'une odeur....

LE BARON

Qu'as- tu donc? Il t'incommode peut-être ?

Au contraire.... c'est qu'il y a si long -temps que je m'ea- «uis privé....

LE BARON

Ah ! cà, dis-moi donc ce que tu as (ait depuis si long-temps que tu nous as quitté ?

Ma foi , j'ai passé mon été assez tristement à courir de château en château, promener à pied ou à cheval, chasser ou Î)êcher , jouer le reversi ou le bosion , danser ou chanter , scon les goûts des diverses sociétés où je me suis trouvé. Enfin j'ai tué le temps le mieux que j'ai pu , Baron , j'ai tué le temps. Et vous ?

LE BARON

Ah! moi, j'en ai bien long à te raconter. Tu as bien vu chez moi ce vieillard respeclable qui était si gai , si affable, et qui paraissait encore si vigoureux.

Monsieur ypire oncle ?

LE BARON

Il est mort d'une attaque d'apoplexie peu de jours aprçs toa départ.

Ah! mon Dieu, quelle perte', que je vous plains! que j'en suis affligé moi-même ; il a\;Mt tant de bontés pour moi....

LE BARON

Et pour moi donc ? Croirais-tu qu'il ma laissé une foriun* considérable.

En vérité! c'est charmant, et je vous en félicite de tout mon cœur. Baron, il ne pouvait pas mieux placer ses bienfaits.

LE BARON

Hé bien, mon cher, cette succession a été pour moi la

soucie (le chasjrins de tome espèce. J'ai eu à la partager aveô une cousine chicanneuse , et j'ai été entraîné dans le procès lo plus désagréable.

B no U ILL ON,

Ah ! que me dites-vous là , Baron j que me dites'--vous \ki vous me faites une peine....

LE BARON

Ne sachant comment en finir^ je me suis décidé à donner ma fille en mariage au fils de celte parente, et lu ai-riVeè justement pour la noce.

Quel plîïisir vous me faites, Baronj cette chère ^'nfant , elle est si intéressante, que je suis donc aise de la voir étatlie.

Voilà , mon cher ami, où jVn suis après bien do trrtCas;

BROIJ ILLON. , '

Mais c'est fort bien, c'est fort bien. Uil hértfaçfè' qiri arïrVéy im procès qui s'arrange, nu mariage qui se conclut.,., c'est à merveille. Mais quel est donc le nom de cette parente entêtée ?

LE BARON

Madame Dorsanville !

Oh ! je ne connais que celïi,je n'en suis plus surpris, c'est une femme d'i.n caractère entier, opiniâtre, d ailleurs trèshonnête, très-respectable^ et quel était le motif du procès?

LE BAR ON. ' i

Oh! une bagatelle. La succession de mon oncle se compose d'une maison à Paris et d'une ferme à cent lieues de la capitale , à peu près de même valeur. Je prétendais ayoir le droit de choisir comme Paîriéj je voulais avoir la maison, ma cousine ne voulait pas de la ferme. Pour en finir, nous avons donné l'un et Tautre à nos enfants en les mariant, et. Dieu merci, nous voilù tous d'îtccord.

BROL ILLO N

Parbleu! je suis enchanté de n'être arrivé qu'après que tout a été arrangé, car je n'aime point à me mêler en rien de ce qui tonelic l'intérieur des ménages, les intérêts de iiiuiille.

LE BARON

Tu as bien raison : ce sont des cordes si Jélîcates à toucher....

Que chacun se mêle de ce qui le regarde : voila ma règle. Mais je suis étonné que votre cousine, étant plus jeune (jue vous, ne vous ait pas cédé lu. maison : o'ert uue dcCéreiic* qaclîc cfevail à votre âge.

( lo

LE B A n O N.

C'est bien aussi ce qui me portait à plaider, d'autant que....

C'est finij ainsi n'en parlons plusj mais elle a mal agi avec vous, et peut-être avez-vous cédé un peu légèrement j car si Van des époux, ou tous les deux, venaient à mourir sans enfans , cela serait un procès à recommencer , et alors....

LE BARON

Parbleu ! tu as bien raison , mon cher Brouillon , je n'entends pas courir cette chance.

f Un domestique apporte le déjeûner. ) Encore une fois n'en parlons plus , Baron. Je sais bien que lorsqu'on termine une affaire, il faut la bien finir, la finir complètement , et ne point craindre de retour de part et dautre ; mais ce sont des choses qui ne me regardent pas , et sur lesquelles je dois me taire, c'est ce que je fais.

LE BARON

Voici la chère cousine j si tu peux tout doucement la ramener à son devoir, c'est un service que tu nous rendras à tou* deux.

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