ACTE TROISIÈME
ISABELLE
t Voyons, si son cœur saigne
Elle est à plaindre aussi.
MARCELLIN, avec humeur.
Que diable, on se renseigne !
Ecrire quatre-vingts billets, c'est s'engager!
ISABELLE
Oui, c'est vrai... L'on n'a plus le droit de voyager.
MARCELLIN
Mais bien sûr! On n'a pas le droit, dans une ville,
De choisir un garçon qui vivait bien tranquille,
De lui monter des mois l'imagination,
De créer dans son âme une... agitation^
Un trouble... enfin, qui sait? peut-être... une espéiance,
Pour le laisser ensuite avec indifférence!
ISABELLE
Vous aimez Rosereine, il semble?
MARCELLIN
Elle me plaît, Mais de son grand dédain l'autre me consolait. Si bien qu'après trois mois de ce doux exercice Je pensais presqu' autant à la consolatrice... Même, à présent que les regrets sont superflus, Je me demande si je n'y pensais pas plus!
ISABELLE
Pourtant si c'est quelqu'un d'obscur et de modeste?
MARCELLIN
Modeste ou non, chacun de ses billets atteste Quelle a de la pudeur et de l'honnêteté, Chacun d'eux, amoureux, comme avec chasteté Révèle une charmante et sensible nature.
; ISABELLE, fièrement.
Et ses billets, au moins, sont de son écriture!
MARCELLIN
Non, je n'étais pas fait pour le festin d'ici... Depuis qu'elle préfère Igor tout s'éclaircit; Que suis-je venu faire...
Oui... Dans cette galère l
MARCELLIN
C'est l'autre que j'aimais! L'autre, l'épistolaire, Partie en Amérique !
ISABELLE
Il faut un passeport...
Peut-être qu'elle attend ses papiers dans un port?
MARCELLIN
Comment la retrouver de Bordeaux à Boulogne?
ISABELLE
Et de la mer du Nord au golfe de Gascogne? Il y a bien le télégraphe aérien...