‹ Monsieur Césarin, écrivain publicChapitre 26 sur 132 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ISABELLE

Monsieur le marchand d'écriture, C'est que je ne veux pas de la simple aventure Qui jette la demoiselle de magasin Obligatoirement dans les bras du voisin; Je voudrais des amours durables... et... légales... Qui seraient... qui seraient..,

Qui seraient conjugales.

ISABELLE

Sage, je ne veux pas de coupables amours;

Je veux être sa femme vraie... et pour toujours...

Car je l'aime! Je l'aime à m' étonner moi-même!

Vous l'aimez tant que ça?

(A part.)

Ce matin comme on aime!

ISABELLE

Or, s'il me connaissait, ce serait tout d'abord :

« Bonjour... Bonsoir », dans l'escalier, le corridor...

Puis : « Donnez-moi du feu, ma chandelle est éteinte...

Je viens vous apporter la dernière complainte... »

Et puis une amitié si grande, qu'une nuit

Le voisin enjôleur ne rentre pas chez lui...

C'est pour ne pas commettre une telle imprudence

Que je voudrais l'aimer...

Ah! par correspondance?

40 MONSIEUR CÊSAR1N

ISABELLE

Oui. Lui peindre si bien, de loin, mon sentiment, Avec tant de douceur et tant d'acharnement, Qu'après six mois, huit mois, dix mois, peut-être douze, Il m'aime aussi de loin, me connaisse, et m'épouse!

Une lettre par jour, à dix sous seulement...

ISABELLE

Pourriez-vous pas me faire un prix...

D' abonnement ?

ISABELLE

Je l'aime!

Mon enfant, refuser me chagrine, Mais enfin...

ISABELLE

J'en mourrai, monsieur, de la poitrine!

Au diable les romans qui nous ont tout gâté : On ne peut plus aimer avec de la santé!

ISABELLE

Ma démarche chez vous dit assez ma torture; Secourez-moi, monsieur le marchand d'écriture! Car vous seul vous pouvez, étant assez savant, Faire un billet d'amour qui soit très émouvant.

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