SCENE PREMIERE MADAME GÉSARIN, DÉSIRÉ, puis IGNACE
Au lever du rideau, Madame Césarin arrive de droite avec un filtre à café et un pot de faïence, qu'elle place sur le poêle. Après quoi elle met un peu d'ordre dans le ménage.
DÉSIRÉ, venant du deliors en soufflant dans ses doigts. Bonjour! Vous allez bien, madame Césarin?
MADAME CÉSARIN, continuant à s'occuper du ménage. Oui, monsieur Désiré.
DÉSIRÉ, ayant accroché son chapeau et allant vers le poêle.
Je crois qu'il gèle un brin.
Oui, le froid m'a saisie en ouvrant la boutique... En octobre, c'est tôt!
DÉSIRÉ, se chauffant.
Et c'est symptomatique D'un hiver rigoureux... Sans être un grand devin, On peut prévoir pour la fin de mil huit cent vingt Ce qui se fait de mieux en lait d'intempéries... Aujourd'hui la nature a des bizarreries! On ne faisait jaias du feu dans les maisons' Qu'à la fin ce novembre!
MADAME CÉSARIN.
On n'a plus de saisons.
(Ignace entre à son tour par le fond, et accroche également son chapeau.)
IGNACE
Madame César in, bonjour î
MADAME CÉSARIN.
Bonjour, Ignace.
IGNACE
Le thermomètre de l'opticien, sur la place, Marque un demi-degré au-dessous du zéro, Et comme à ma soupente il manque un grand carreau, Je me suis réveillé ce matin dans la brume Ayant déjà le nez occupé par un rhume. (Il serre la main à Désiré.)
[ DÉSIRÉ
Moi, j'ai pris des douleurs par les trous des cloisons.
IGNACE, en se chauffant aussi au poêle. Et l'on n'est qu'en octobre... On n'a.plus de saisons.
MADAME CÉSARIN.
Au moins, avez -vous pris tous les deux quelque chose?
DÉSIRÉ, d'un ton détaché.
Je ne prends jamais rien le matin...
MADAME CÉSARIN, à part, apitoyée.
Et pour cause!
IGNACE
Moi non plus...