‹ Monsieur Césarin, écrivain publicChapitre 52 sur 132 · SCÈNE VI MONSIEUR CÉSARIN, MADAME CÉSARIN, MARGELLIN · texte numérisé non relu

SCÈNE VI MONSIEUR CÉSARIN, MADAME CÉSARIN, MARGELLIN

MARCELLIN, arrivant de gauche, un peu essoufflé.

Je m' excuse; Mais un travail pressé...

Quel travail?

MARCELLIN

Six couplets Pour un billet d'amour, rimant en triolets...

MONSIEUR CÉSARIN, sévèrement.

Vous deviez arriver à temps pour, la lecture; C'était donc si pressé, votre littérature?

MARCELLIN

Horriblement pressé! C'est le billet d'amour Que j'aurais dû, patron, donner le premier jour A Rosereine!... Aussi, tantôt, je me déclare!

MONSIEUR CÉSARIN, inquiet.

Tantôt?

MARCELLIN

Oui, car je sens une tiédeur bizarre... C'est votre faute aussi! Vous disiez : « Attendez! « Opposez la réserve aux brusques procédés « De ces goujats, qui ci oient qu'en toute comédienne « Bat un cœur complaisant qu'on prend à la prussienne! »

Eh bien?

MARCELLIN

Eh bien, je fus cet amoureux transi.

Et votre bon conseil ne m'a pas réussi!

Son amour, croyez-en ma vieille expérience, S'amplifie en raison de son impatience; Un désir amoureux que longtemps on berça N'en est que mieux ancré!

MADAME CÉSARIN, soupçonneuse.

Comment sais-tu tout ça?

MONSIEUR CÉSARIN, un peu troublé.

Comment je sais tout ça?... Parbleu, cette bêtise! C'est... d'avoir lu Manon, la Nouvelle Héloïse...

MADAME CÉSARIN, rassurée.

Ah! bon.

Donc, mon petit, pas de temps de perdu.

MARCELLIN

Si, patron! Je sens bien que j'ai trop attendu! Et je vais lui glisser cet aveu poétique, Ardent, passionné, presque anacréontique !

Soit. Mais le difficile est de le bien donner... Ah! que c'est délicat...

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