SCENE XII
MONSIEUR CESARIN, seul; puis LAURENT, puis EUGÉNIO.
Naïf! Qui ne sent pas tout ce qu'a de factice Et de momentané ce semblant de caprice!
(Après un bref combat intérieur, il sort de sa pocbe un papier.)
Bah! plus d'atermoiements, de scrupules oiseux: Pour faire une omelette il faut casser des œufs!
(il s'avance près de la cheminée, retiré le billet placé par Marcellin sous la planchette qui sert de socle à la statue, et lui substitue visiblement le sien. — Après quoi, satisfait, il consulte sa montre.)
Je voudrais déjà voir, pour lui souffler son rôle, Le monsieur qui me doit donner un coup d'épaule. Il devrait être ici... je suis sur du charbon...
LAURENT, apportant une carte sur un plateau. C'est un monsieur bien mis, bel homme, et qui sent bon.
MONSIEUR CESARIN, ayant lu la carte.
C'est lui!... Faites entrer.
(M. Césarin rectifie sa tenue. Entre bientôt Anselme Eugénio type de bellAtre vaniteux, mis avec recherche, et prodigieusement infatué de. ses avantages physiques et de son talent de comédien. Après les saluts.)
MONSIEUR CÉSARIN, désignant le canapé.
Donnez- vous donc la peine.
EUGÉNIO, assis.
Mille grâces, monsieur... C'est monsieur... Rosereine? MONSIEUR CÉSARIN, assis à droite.
Non, monsieur...
EUGÉNIO.
Oh! pardpn...
MONSIEUR CÉSARIN, se présentant.
Philibert Césarin...
Je suis un des auteurs... Oui, je suis... écrivain...
EUGÉNIO.
Ah!... Tous mes compliments, votre pièce est charmante.
Votre rôle vous plaît?
EUGÉNIO.
Mais... pour peu qu'on l'augmente Il sera très gentil.
MONSIEUR CÉSARIN, l'ayant examiné.
Il vous ira très bien.
EUGÉNIO.
Vous verrez que je fais quelque chose avec rien; Vous verrez que je fais — c'est un de mes mérites — Découvrir des beautés qui ne sont pas écrites.
Vous êtes, je le vois, l'oiseau rare, l'acteur Qui pense, et qui devient un collaborateur.