SCÈNE IV
MONSIEUR GÉSARIN, MADAME CÉSARIN.
MADAME CÉSARIN, d'un ton de reproche.
Que tu leur parles fort! Je ne peux pas m'y faire.
MONSIEUR CÉSARIN, en dégustant son petit déjeuner.
Je te l'ai dit cent fois : quand on mène une affaire
Il faut éteindre un peu sa sensibilité.
Il n'est pas de maison sans une autorité.
Je suis bon, je suis doux, mais change de nature
Dès qu'il s'agit de mon commerce d'écriture.
Si je ne grondais pas mes commis comme il sied,
— Ces deux-là rendus fous par leur pièce à moitié,
Et le troisième ressassant ses amourettes —
Je n'aurais que des mains mollasses et distraites,
Je n'aurais que des mains... que des mains d'étourneaux,
Exécutant sans cœur des tracés machinaux.
Et c'est le cœur, tu sais, qui dirige et qui pousse
L'admirable instiument des cinq doigts, dont un pouce!
Qui fait qu'un manuscrit près d'un texte imprimé
Est un être vivant près d'un inanimé!
(Avec un enthousiasme croissant.) Un manuscrit! Un très beau manuscrit, Françoise, Comment faire sentir à ton âme bourgeoise Ce qu'un artiste voit dans un beau manuscrit, Coffret de la pensée et flacon de l'esprit?
(Il boit.)
MADAME CÉSARIN.
En quoi donc vaut-il mieux qu'un livre qu'on imprime?
MONSIEUR CÉSARIN, étranglant d'indignation. Et c'est d'un écrivain l'épouse légitime! Mais comment voulez-vous faire un ménage uni?
(Appelant.) Ignace! Désiré!