Monsieur Clown!
Eh bien oui ! Trouvez-en l'explication où vous voudrez, mais l'acrobatie est à l'ordre du jour.
Clowns, sauteurs, jongleurs, augustes, pitres, paillasses, commencent à attirer singulièrement l'attention sur leurs cabriolantes personnes.
Remarquez que je félicite sincèrement mes contemporains de se pâmer d'aise au spectacle des grimaces, pitreries et « sauts de singe » de Monsieur Clown ; ce sont là, malgré tout, des jeux innocemment bouffons, que diable ! et on ne saurait reprocher au public moderne de préférer ces dislocations-là aux hideurs convulsionnaires et sanglantes des anciennes arènes.
Circonstance digne de remarque : l'attention
se porte vers les exercices du cirque, mais je crois qu'il n'est encore rien de plus ignoré, on l'a constaté récemment, que les détails d'intérieur de ces établissements, que certains côtés de leur fonctionnement et, en général, leur personnel.
Cependant, bien curieux parfois, les commencements de ces personnages, au premier aspect bizarrement étranges, de ces enfarinés au rire perpétuel qu'on croirait inhérent à leurs individus, à ne les voir jamais que sur la piste.
Ce qui est digne d'intérêt, ce sont les travaux auxquels ils se sont livrés pour parvenir à transformer leurs corps en balles élastiques ; c'est la patience qu'ils ont mise à dresser certains animaux, chien, cochon, éléphant, en mécaniques obéissantes ; passez-moi l'expression^ je la crois celle qui se rapproche le plus complètement de la vérité.
Un mot seulement, avant d'aller plus loin, sur le cirque au point de vue historique.
Tel que nous le connaissons aujourd'hui, le cirque, où s'exhibent toute une soirée, à tour de rôle, écuyers, clowns, gymnasiarques, acrobates de tous les ordres, est, en somme, de création très récente.
C'est vers les commencements du siècle que les frères Franconi, dont le talent dans l'art de l'équitation n'a guère été dépassé depuis, empruntant à l'Angleterre une idée qu'ils développèrent vigoureusement ensuite, ouvrirent en France le premier manège circulaire.
Ils obtinrent un succès inespéré.
Du coup, les frères Franconi inventèrent la plupart des exercices équestres qui n'ont cessé
d'être pratiqués, et excellèrent dans leur art.
Les représentations du cirque, rendues confuses au début par un mélange de scènes théâtrales, ne tardèrent pas à se spécialiser tout à fait.
Aujourd'hui, soit dit en passant, on revient aux représentations théâtrales, à la pantomime.
C'est l'éternelle roue.
Quelques cirques, ambulants, l'un notamment dirigé par Blondin-Loyal, s'étaient déjà établis quand, vers la fin du règne de Louis- Philippe et au commencement du second empire, furent installés les deux cirques d'Eté et d'Hiver, dirigés aujourd'hui par les Franconi.
Plus tard, un grand progrès s'accomplit. On ne s'en tint pas au manège circulaire ; on construisit près de l'Etoile un établissement en bois, de forme ovale, qui prit le nom d'Hippodrome.
La fondation du magnifique établissement de l'avenue de l'Aima a été accomplie en 1877, à la suite de la complète destruction, par un incendie, de ce premier Hippodrome.
Le cirque Fernando s'est également, après de longues tournées en province, fixé depuis peu de temps à Paris, vers 1873.
Enfin, il y a trois ans, un nouvel et luxueux établissement s'est ouvert rue Saint-Honoré, le Nouveau-Cirque, le dernier progrès du genre.
Aujourd'hui, les cirques, tous taillés sur le même modèle, sont répandus dans l'Europe entière, disons mieux, dans le monde entier.
Citons parmi les plus connus : le cirque Wulff, à Bruxelles, Carré, à Amsterdam, Renz, à Berlin, Parish, à Madrid, Alegria, à Barcelone, en France, Rancy, Bouthor, Piège, etc.
L'année dernière, un livre a été publié sur le monde des cirques. M. Dalsème y a recueilli des faits intéressants, mais combien reste à dire sur un sujet si peu traité. J'aurai, d'ailleurs, l'occasion de citer quelques passages de cet ouvrage.