‹ Monsieur Clown!Chapitre 2 sur 18 · LE CLOWN · texte numérisé non relu

LE CLOWN

Vous pouvez rire, allez-y, c'est le roi de la farce qui passe, le triboulet de la foule, le jovial et folâtre amuseur public.

N'en doutez pas, c'est lui, lui le paillasse nouveau, ce pitre raffiné de nos spectacles modernes, l'un des principaux personnages de la troupe.

Vous le savez bien, grands et petits, qui ne vous rendez au cirque que pour ouïr les lazzi du jocrisse en délire, ou admirer ses fantastiques contorsions.

Je vais plus loin, un clown de premier ordre, est l'ardste le plus difficile à trouver. Ah ! mais, parfaitement.

Et quand l'oiseau rare est découvert, ne soyez nullement surpris qu'il occupe l'un des premiers rangs de l'échelle sociale, dans la circassienne compagnie.

L'un des premiers rangs de l'échelle sociale ! Assurément !

D'abord, vous ne doutez pas, je suppose, qu'elle n'existe et bien déterminée cette échelle ?

Montrez-la moins donc la réunion d'hommes pris dans l'une quelconque des classifications politiques existantes, famille socialiste, genre possibiliste ou espèce anarchiste, dans laquelle cette échelle ne se rencontre pas et cù celui qui occupe le premier rang ne soit parfaitement convaincu de son écrasante supériorité.

Eh ! bien elle existe en son plein l'échelle sociale dans les troupes de cirque.

Elle existe même d'une manière plus tranchée encore chez ceux dont je m'occupe en ce moment.

C'est ainsi qu'outre son titre particulier qui le place au-dessus de toute une catégorie d'artistes le paillasse en chef peut encore porter celui

d e pre m ier cloivn ,

Alors, oh ! alors, pitres, jongleurs, sauteurs et gugusses, saluez !

Eh! eh! vous pouvez rire, mais ils ne sont pas très communs, je vous le répète, ces premiers clowns-là ! Et monsieur l'Auguste ne considère nullement comme un déshonneur de faire le salut en question, quand monsieur le premier clown passe.

Encore une fois ces personnages-là ne se ramassent pas purement et simplement dans les ruisseaux des halles. Pourquoi ? Ah ! parce que leur rôle comporte des difficultés dont le spec-

tateur n'a et ne peut avoir une juste idée, difficultés qui ne consistent pas seulement en ces séries de cabrioles tant prodiguées sur les pistes, et qui sont pour un clown de talent l'enfance de Tart, mais en un travail d'une toute autre nature et que je vais m'efforcer de faire comprendre.

Je n'apprendrai rien à personne en disant que l'harmonie n'est pas précisément la qualité dominante parmi les artistes, dans leurs communs rapports.

Il existe entre eux une de ces rivalités violentes, permanentes, tenaces qui les font se jalouser éternellement les uns les autres et qui les poussent, non seulement à s'imiter — l'imitation est presque forcée je le veux bien, — mais à se surpasser dans tel ou tel genre d'exercice^ pour arriver finalement à se supplanter.

Tout naturellement celui qui tient un rang élevé est le point de mire de toutes les attaques, l'objet de toutes les imitations.

Or, ce qui constitue l'originalité du clown placé ainsi dans une situation enviée de ses collègues, c'est non pas cet exercice de sauts flip-flap, saut plongeant, saut périlleux qui

s'exécute dans toutes les baraques foraines même du plus bas étage, mais ce répertoire de mots comiques, de petites scènes de parodie, d'excentricités plus ou moins grotesques, dont il doit être lui-même V inventeur .

Seulement, voilà bien le côté désespérant de son affaire. A peine une scène est-elle trouvée, que déjà elle appartient au domaine commun, et il faut à tout prix que notre artiste en invente une nouvelle sous peine de tomber dans la banalité et de voir son directeur lui refuser un nouvel engagement.

Quand un clown est sur la piste, personne ne le dévore des yeux avec plus de curiosité ardente que ses collègues, brûlants d'inquiétude !

S'il allait leur voler leurs trucs !

J'ai personnellement assisté à une drolatique scène provoquée par un « vol » de ce genre.

Deux clowns nouveaux venus dans l'un des cirques parisiens exécutaient depuis plusieurs soirs les mêmes exercices.

Un des anciens de l'établissement ayant été ce soir... là, injure mortelle ! placé sur le programme avant ses deux nouveaux collègues, leur joua en guise de vengeance un joli tour : il exé-

cuta lui-même avec son jeune élève les exercices des deux infortunés compagnons, ce qui, hàtonsnous de l'ajouter, lui était absolument permis, chaque artiste étant maître sur son terrain, comme un journaliste est maître de sa rubrique.

On juge si les malheureux ainsi « joués » apostrophèrent le mauvais plaisant à sa sortie de la piste.

Force leur fut bien cependant de se décar casser pour trouver d'autres pantalonnades à servir au public.

C'est donc un travail quotidien pour ces hauts personnages de la piste, que celui de rechercher et de préparer, sans jamais se lasser, des farces non encore rebattues.

11 en est qui possèdent sous ce rapport une imagination prodigieuse.

C'est là leur originalité ou tout au moins ce qui en constitue le caractère capital.

J'ai parlé du progr^mime et de la place que chacun y occupe.

Ah ! tout n'est pas encore couleur du programme, quand il est rose ! — dans l'histoire de la place à donner à chaque artiste.

Plus d'un pître a fait de mauvais rêves parce qu'un fantaisiste régisseur lui a octroyé le numéro i .

Dans les cirques, la première place est la dernière. Naturellement ! Les meilleurs artistes, comme les meilleurs plats, ne sont-ils pas réservés pour la fin, dans tous les pays du monde?

Non, non ! se trouver au premier, deuxième, troisième rang même sur le programme n'est pas une petite affaire, croyez-moi, et vous qui vous livrez aux douceurs du rire à l'apparition du clown, et à ses wâla! wâla ! tapageurs, vous n'imaginez pas les pensées affreusement agitées qui peut-être au même moment bouleversent son esprit !

Faut-il ajouter que quelques autres des particularités exhilarantes des clowns c'est d'abord la façon artistiquement bouffonne dont le ciel a composé leur visage, c'est leur pose, leur attitude, qualités qui, mon Dieu, peuvent se comparer à celles des acteurs célèbres dont la seule apparition sur la scène, grâce au masque dont ils ont été gratifiés, arrache aux spectateurs des larmes de rire, et puis enfin, cela va

de soi, une souplesse, une agilité exceptionnellement phénoménales.

Ce sont là évidemment des dons précieux qui contribuent à l'originalité de l'artiste, mais celle que j'ai signalée plus haut constitue sans aucun doute chez le véritable bouffon la principale.

Si dans la plupart des cas le public ignore les difficultés d'un rôle, en revanche, il arrive fort souvent qu'il ignore également et comme conséquence logique les facilités d'un autre ; et alors que parfois tel travail dénotant un talent remarquable passera complètement inaperçu, tel autre exercice d'une simplicité enfantine excitera les applaudissements, les trépignements du public et les rappels sans fin.

Je prendrai pour exemple le travail des chapeaux.

Qui ne les a vus ces fameux chapeaux à la colin^ bonnets de pierrots enfarinés, coiffure indispensable et caractéristique du clown, qu'il met à toutes les sauces, dont il joue comme un singe d'une noix.

On sait que dans cet exercice il s'agit pour

l'artiste de prendre plusieurs de ces étranges coiffures et de les jeter sur la tête d'un confrère de manière à les faire tomber d'aplomb et les unes sur les autres.

Il en est qui les lancent en affectant des poses bizarres, avec une prodigieuse agilité, ou en se plaçant à des distances considérables les uns des autres.

Dernièrement, à l'Hippodrome^ dans cette salle aux gigantesques proportions, l'un d'eux s'était posté contre la barrière, l'autre s'était logé en face, sur le gradin le plus élevé, dominant les spectateurs et de là il lançait son interminable chapelet de chapeaux qui tous venaient comme conduits par un guide invisible tomber sur la tête du personnage resté sur la piste.

Il eut fallu entendre la joie du bon public, les frénétiques applaudissements et les bis multipliés en présence d'un pareil « tour de force ».

Eh ! bien non, vous dira le premier pître venu, c'est de la pure « blague » et on fait cela pour passer le temps.

Au reste, n'en est-il pas ainsi de beaucoup

d'arts? Ce qui fait de l'effet sur le public n'est pas toujours ce qui dénote le talent.

Et cela est absolument vrai dans le cas présent. Quand deux clowns travaillant ensemble seront à bout de ressources, en désespoir de cause, ils prendront les chapeaux et les voilà assurés d'être rappelés trois fois.

Mais alors, direz-vous, pourquoi n'en usentils et abusent-ils pas?

Et l'art, vous répondront-ils, qu'en faitesvous ?

L'habitude de se blanchir la figure, habitude sans laquelle ne saurait exister un comédien quelconque, est naturellement chez les clowns une condition sine qua non de leur état.

Chez les hommes de cirque l'art du maquillage est même poussé à un très haut degré de perfection. Il le faut bien d'ailleurs; écuyer, paillasses ou autres^ ils doivent être à la fois auteurs, exécuteurs, coiffeurs, etc. ; il est de toute nécessité qu'ils agissent seuls et sans le secours de personne.

Mais, j'en reviens au visage : les exercices de polichinelle auxquels se livrent ces malheureux rendent impossible un grimage superficiel qui ne ferait pas long feu et risquerait fort de rester dans la bataille.

Aussi quelle préparation ! et quelle cuisine !

Le clown doit d'abord se passer sur le visage une couche de graisse. Il se sert à cet effet d'une substance assez dure toute préparée et vendue en forme de bâton de cosmétique.

C'est le blanc-gras.

Il se badigeonne ainsi jusqu'à ce que toutes les parties du visage soient enduites de cet « engrais », puis il se saisit d'un linge plié qu'il

promène d'abord dans une caisse remplie de blanc d'Espagne réduit en poudre, puis sur son visage.

Vous pouvez être assuré après cela ' que la figure de Monsieur Clown est blanche et qu'il peut se livrer aux gambades les plus extravagantes sans que rien ne s'efface dans son maquillage.

Mais ce n'est pas tout.

Le masque est maintenant si solide que cette solidité même va nécessiter, à la fin de la représentation, un second travail capable de le disputer au premier comme ragoûtante propreté.

En effet, le savon étant à lui seul impuissant à attaquer ce bizarre mélange de graisse et de blanc d'Espagne, il est indispensable d'avoir recours à une forte dose de saindoux et de s'en frotter à tour de bras, après quoi le savon fait le reste.

Mais on s'en doute, il faut moins de temps pour raconter cela que pour l'exécuter; et quelquefois l'artiste est obligé de se livrer à ce fantastique travail entre deux scènes !

S'il désopile la rate du spectateur, la sienne reste bien tranquille, je vous l'assure.

Au reste, c'est une curieuse remarque à faire, et je citerai comme exemple Billy-Hayden, Tony Grice, Guion, Foottit, leur sérieux, au sortir de la piste, devient imperturbable et ne se dément plus.

N'est-ce pas, sans précisément établir de comparaison, Molière provoquant non-seulement comme acteur pendant de longues soirées, mais comme auteur pendant des siècles entiers un rire sincère et fou, et restant, lui, accablé durant sa vie, d'une invincible, d'une désespérante tristesse.

Ce fait me remet en mémoire l'anecdote suivante :

Un comique célèbre était atteint d'une mélancolie noire, à tel point qu'il dut aller consulter un médecin pour déterminer tout au moins la cause de ce mal incurable.

Le médecin, affreusement embarrassé, ne découvrait rien. En désespoir de cause, enfin, il dit à son client: Eh! mais, j'y pense, allez donc voir un tel, le fameux comique? Il vous secouera, il forcera votre rire.

C'est moi, répondit tranquillement et désespérément l'artiste .

J'ai connu des amateurs de ces spectacles funambulesques de la piste, qui voyaient dans ce fait signalé plus haut une mesure du talent du bouffon.

Le plus sérieux au dehors, prétendaient-ils, est toujours ou presque toujours en scène le plus désopilant.

Le bouffon de haute marque va à ses exercices comme un fonctionnaire se rend à son bureau.

Les clowneries ne commencent pour lui qu'à l'entrée, non pas de l'établissement où il s'exhibe, mais de la piste. Aussi rien de plus hautement drolatique comme de le voir parfois, riant, sautant, gesticulant, se livrant enfin à ses abracadabrantes pitreries, puis, brusquement, à peine la barrière franchie, s'emportant contre un confrère, un membre quelconque de la troupe qui lui a fait, je suppose, manquer son entrée, ou causé quelque autre désagrément de ce genre.

Le paillasse sans valeur, lui, passe son temps, au dedans et au dehors, à « faire de l'esprit », le malheureux! et rendu sur la scène le voilà subitement hypnotisé.

Si le maquillage du clown est compliqué, son costume l'est moins.

Il n'a pas encore atteint le « chic » où il parviendra, n'en doutez pas, avec le progrès.

Tout le monde le connaît ce carnavalesque costume; c'est tantôt le maillot d'Arlequin, bien passé de mode aujourd'hui, tantôt la toilette de Pierrot avec pantalon bouffant, le tout agrémenté de couleurs hurlantes.

La plupart de ces costumes sont achetés dans ce vaste dépôt du Temple, bien connu du tout Paris artiste et bohème ; monumental capharnaûm où sont entassés, dans une confusion macabre, des vêtements de toutes les formes, couleurs et dimensions.

C'est dans ces halles centrales du vêtement que l'on va puiser à pleines mains et où l'on trouvera même au besoin, une vieille crosse de fusil ou quelque autre indispensable instrument réclamé par le jeu de la piste.

Vous n'êtes pas sans avoir remarqué un fait bizarre ?

L'immense majorité des clowns est fournie par un seul pays, l'Angleterre!

L'explication n'en est pas, à mon sens, difficile à trouver.

Les philosophes qui ont retourné nos individus dans tous les sens et ont étudié notre espèce sous toutes ses faces, vous diront que le rire provient d'une antithèse : d'une antithèse aussi brusque qu'imprévue, et pouvant exister, d'ailleurs, simultanément, dans la même personne.

Eh ! bien n'est-ce pas la gravité britannique alliée précisément au grotesque de la mine et du costume qui provoque de prime abord un rire irrésistible ! Et s'il en est ainsi, n'est-ce pas cette facilité primordialement existante chez l'Anglais qui le pousse à entreprendre une carrière où assurément il n'a pas la considération et les honneurs, mais où le plus souvent il trouve à gagner un argent qui lui serait, sans aucun doute, refusé dans son pays?

Voici, au reste, comment se répartissent à peu près les clowns au point de vue de la nationalité.

Sur un nombre de vingt, on comptera 15 Anglais, 2 Espagnols, i Italien, i Français, I divers.

On voit que la France n'occupe pas précisément le premier rang.

Injure mortelle à son amour propre !

TONY GRICE

Tony Grice, premier clown grotesque du Nouveau- Cirque, ainsi sont libellées ses cartes de visite.

Grotesque, oui il l'est, ce personnage qu'on croirait toujours dans l'épanouissement d'une joie exhubérante et folle.

Comme le fameux Gougou, à la face plus ensoleillée et rebondie encore, Tony Grice remplit la piste à lui tout seul. Flanqué de son élève, le voici, il entre, c'est lui, regardez-le, d'un coup il a pris possession de la salle entière.

En voilà un que l'embarras ne tourmente pas quand il s'agit d'amuser son public.

11 possède sa liste complète « d'entrées co-

miques » composées par lui-même et passe ses journées à enrichir son répertoire.

Qu'un accessoire vienne à lui manquer, un geste à Antonio et tout est dit.

On devait faire le « cochon », on fera le « tonneau ».

Allez, allez, Antonio, et plus vite que cela.

Le triomphe de Tony Grice c'est la parodie.

Chacune de ses scènes est une parodie d'ailleurs assez intelligente de tel ou tel personnage du théâtre ou de la société.

Le prestidigitateur est souvent l'objet de ses sarcasmes.

Un mouchoir, demande-t-il aux spectateurs, un mouchoir d'une parfaite blancheur. Le premier venu peut lui offrir le sien ; allez-y carrément, notre homme n'a pas de compère.

« Il est bien blanc, n'est-ce pas, dit-il, en le promenant devant les yeux du public attentif.» Puis se tournant vers le propriétaire de l'objet : « De quelle couleur voulez-vous qu'il devienne, rouge, bleu, vert, violet, citron? »et,ce disant, il le place sous son bonnet, son immortel bonnet.

Le propriétaire émet le nom de sa couleur préférée.

Eh ! bien, reprend-il pontificalement tandis qu'il retire le mouchoir et le rend à son propriétaire, — vous n'avez qu'à le porter demain matin chez le teinturier.

Sa parodie de la danseuse est assez réussie.

Certains mouvements de danse d'une grâce contestable auxquels sont obligés de se plier les danseuses sont mis en relief par Tony Grice, avec un talent que la corpulence de l'artiste ne contribue pas peu à rendre d'un grotesque achevé.

Mais que dire de cette scène du « chemin de fer » que le Nouveau-Cirque a servie à son public pendant deux ans ! et avec laquelle il a provoqué ses trépignements sans fin du premier jusqu'au dernier jour.

Oh ! c'est bien simple !

« Trois hommes, s'il vous plaît », demande Tony. Un Anglais, un Italien et... un Chocolat.

Chocolat, c'est l'Auguste de la troupe.

Les trois hommes se présentent.

Maintenant, dit le clown dans le langage que l'on sait, la piste représente la gare St-Lazare, ces messieurs sont les voyageurs et moi je suis le conducteur du train.

Voilà qui est entendu.

Après quelques explications plus ou moins iroquoises, le clown se saisit d'une cloche dis-

posée à cet effet près de lui, fait entendre un carillon assourdissant, puis, d'une voix tonitruante, imite l'appel de l'employé du chemin de fer : Messieurs les voyageurs pour Asnières, Levallois, Chatou, Charenton. . . la situation des localités lui importe peu.

Le premier comparse se présente.

— Où allez-vous, monsieur?

— A tel endroit.

— Quelle classe ?

— Première.

— Très bien, monsieur, parfaitement, mais donnez donc vos bagages. Et le clown accompagne ces mots d'une mimique ad hoc.

En voilà pour un. L'appel recommence.

C'est au tour du second comparse.

— Où allez vous?... Quelle classe?

— Seconde.

Ah ! tant pis pour le voyageur, car il est reconduit à la barrière rapidement et avec un fort accompagnement de raisons frappantes.

C'est ici, et en apercevant la tête du troisième comparse, que le public commence à subir des accès d'une douce gaieté.

Le troisième comparse, c'est Chocolat. Les effets sont bi.n gradués, comme on voit.

Que va-t-il recevoir sur le crâne, le malheureux !

Pour la dernière fois, la scène recommence et le pauvre diable des troisièmes classes, dont le principal rôle est d'ailleurs d'être battu, est jeté par terre du coup et, de chute en chute, finalement précipité hors de la barrière.

VoiL'i ce qui fait se pâmer la galerie.

J'ai demandé à Chocolat s'il ne recevait pas de temps à autre quelque horion sérieux. Quelquefois, m'a-t-il répondu.

11 y a longtemps, n'est-ce pas, que les chiens savants sont passés à l'état de vieilles lunes.

On nous a montré ensuite les ânes savants , qui se font apporter leur dîner au moyen d'une clochette, les malins ! Puis les singes. Ensuite, nous avons vu les rats, et quoi donc encore ? Eh ! mais les puces savantes attelées à une voiture et qui la traînent — • tout simplement. Aux puces ont succédé, le saut n'est pas petit, les éléphants qui battent

la grosse caisse et se promènent en vélocipède. Infortunés vélocipèdes !

Enfin, aujourd'hui^ nous avons le cochon savant.

Le cochon savant devient à la mode. Tony Grice a le sien.

Chargé d'un singe qu'on lui a planté sur le dos, Charlie^ c'est le nom du cochon, va, vient, court sur la barrière qui entoure la piste. Il fait mieux, toujours à la voix de son maître, il saute des obstacles ; il passe à travers des cerceaux, et des cerceaux garnis de papier. Oh ! mon Dieu oui !

D'après les curieux renseignements fournis par son maître, il faut environ deux mois pour arriver à parfaire l'éducation de l'animal.

C'est peu. Détail important : il est indispensable que sa race se rapproche de celle du sanglier ; Charlie est un croisé. Le cochon ordinaire est indressable. Il paraît que l'excès de civilisation atrophie tous les cerveaux.

Une grande difficulté du dressage consiste en ce fait, que contrairement au chien qui se fait humble et se soumet quand on le fouette, mon-

sieur le cochon s'éloigne toujours précipitamment. Aussi, pour remédier à cet inconvénient grave, Tony Grice attache-t-il Charlie avec une ficelle d'une respectable longueur et, quand ce dernier prend la fuite, crac ! la ficelle le rappelle brusquement à la réalité de la situation. Inutile de faire observer que le pain joue aussi son rôle dans la circonstance. Quand Charlie a bien travaillé, il sait ce qu'il en retourne.

Une autre difficulté réside dans les caprices de monsieur. Un jour « monsieur le cochon » travaille à merveille, le lendemain, il ne veut rien savoir.

L'habile clown s'acquitte d'ailleurs de sa tâche avec une inaltérable patience. Il est aidé dans son travail par son élève — le petit Tony — armé lui-même d'une vigoureuse chambrière et qui force Charlie à marcher droit, particulièrement les jours de caprice.

Tony Grice, ai-je dit, est doué d'une patience inaltérable. On n'es past Anglais pour rien, car il est Anglais, naturellement. Mais cette circonstance ne doit pas vous empêcher de lui adresser, si bon vous semble, la parole dans

l'une quelconque des langues de l'Europe, suivant votre fantaisie.

Soyez sans inquiétude, Tony Grice vous répondra.

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