‹ Monsieur de Cupidon (volume 2)Chapitre 3 sur 48 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Début sans fracas. — Poorqnoi tontes les femmes levaient la tète en passaiti devant notre héros. — Ah ! le fripon. — Une miuiatore. — On ne s'attend pas à ce qui va arriver. — U jette son cigare. — Ce n'est qu'une Ailettequi passe. — Voyez-la montrer son brodequin et la naissance de son bas. — Événement imprévu. — La première flèche de M. de Capidon. — Comment cela finira-t-il ?

U faisait soleil. — A l'une des croisées du Café de Paris on voyait un jeune homme qui fumait en regardant sur le boulevard. — Sa mise et son air étaient ceux d'un petil-maître, comme on eût dit autrefois. Nul doute qu'il n'eût parfaitement sa place sur le sofa des marquises d'avant-bier, entre Tabbé et le Mondor, — côte à côte du petit chien Pompée.

11 n'était guère plus gros que le poing ; — mais sa taiUe était diviaerneut prise. On lui eût à peine donné dix-huit ans, à voir le feu de son regard et l'éclatante fraîcheur de son sourire. U avait des cheveux blonds que lui eût enviés une femme, bouclés à profusion et jetant l'ambre à cent pas. — Mais où diantre avait-il été prendre le vermillon qui lui couvrait la joue?...

Le tailleur qui l'avait habillé devait être un peu parent de celui de la reine Mab. — C'é^it la main des Elfes qui avait tissé au clair de lune les dentelles de son jabot.' Il était mis à la dernière mode. Son

habit venait du célèbre chose^ ainsi que son gilet brodé. Un refrain d'opéra bruissait allègrement entre ses dents de perle.

Il regardait le boulevard, ai-je dit. Ajoutons que le boulevard, de son côté, le regardait quelque peu, — comme on regarde une jolie gravure aux vitres d'un magasin. U n'y avait qu'une voix sur son compte. Cependant, les uns lui trouvaient l'air trop freluquet, les autres trop ingénu. — C'est qu'en effet il y avait sur son visage, — comme diraient les romanciers sérieux, — un singulier mélange de candeur et de rouerie, la timidité première du chevalier Desgrieux et la hardiesse finale du don Juan de tous les poèmes. Était-ce un homme ou un enfant ? — Je crois que c'était l'un et l'autre à la fois.

Après cela, il faut supposer que les femmes ne lui trouvaient, elles, ni trop d'effronterie ni trop d'inno-

cence , — car les œillades qu'il eur dispensait de droite et de gauche n'étaient pour la plupart que des prêtés-rendus. Bien des capotes roses se détournaient, incendiées, — bien des ombrelles oubliaient de s'incliner devant les traditions diplomatiques. Accoudé sur l'appui de la fenêtre, il regardait passer la blonde et la brune, avec la nonchalance moqueuse de Jocondë, et l'on s'attendait d'un moment à l'autre à voir Astolfe venir lui frapper famiUèrement sur l'épaule.

Quand la cendre de son cigare fut tombée jusqu'à la dernière parcelle, — il se souleva; et soufflant sur ses manchettes, il se disposa h partir. Auparavant il jeta un dernier coup d'œil sur le trottoir.

Plus leste qu'une nymphe, — une fillette traversait le pavé, précisément en face du Café de Paris. Elle avait une robe d'indienne, et sur la tête un délicieux petit bonnet à barbes , qui paraissait à chaque minute prêt à s'envoler, — semblable à un papillon qu'on aurait fixé par une épingle à une fleur.

11 s'arrêta, — et, comme la jeune fille sautait le ruisseau d'une jambe fine et chaussée d'un brodequin bleu tendre, — il tira de sa poche une sorte de portefeuille, qui n'était autre chose qu'un imperceptible carquois de voyage, où il choisit un petit dard de la longueur et de la grosseur d'une aiguille ordinaire. — Dès qu'il l'eut saisi entre les deux doigts, lejlard, sans autre impulsion, — s'é-

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lança — et alla piquer la jeune fille un peu au-dessous du sein gauche.

Celle-ci poussa un faible cri et leva les yeux sur la iTOJsée du café.

M. de Cupidon, — après une pirouette, — s'était élancé à sa poursuite.

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